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samedi 28 avril 2007

Un drôle de chevalier

Cette période d’ombres et de lumières est riche en personnages sortant de l’ordinaire. Je m’en ferai l’écho ici, qu’ils soient célèbres ou moins célèbres.

J’ouvre cette galerie avec Charles Geneviève Louis Auguste Timothée de Beaumont, chevalier d’Eon (Tonnerre, 1728 - Londres, 1810).

Son histoire est compliquée à souhait, Eon lui-même, les mémorialistes et les historiens de seconde main l’ayant embrouillée à plaisir.

Fils d’un avocat au Parlement, il fait des études de droit, est reçu à la licence et se fait connaître par des ouvrages d’histoire et d’économie politique.
Son apparence fragile dissimule une exceptionnelle force nerveuse. Cavalier accompli, il est aussi l’un des meilleurs escrimeurs de son temps. Un homme à qui il vaut mieux ne pas donner prétexte à tirer l’épée. La prudence s’impose d’autant plus qu’il est habité par la susceptibilité inquiète de ceux dont l’assise sociale manque de solidité.

En 1755, il devient agent de la diplomatie secrète française, et part à Saint-Pétersbourg comme agent du « Secret du Roi ». Par la suite, il servira à Londres, où ses démêlés avec l’ambassadeur, le comte de Guerchy, et le fait qu’Eon détienne des documents secrets font passer la France tout près d’une crise majeure.
Avec d’Eon, le Secret a recruté l’un des meilleurs et l’un des pires agents de l’histoire des services spéciaux français.

Le chevalier d’Eon est aussi connu pour s’habiller en femme (sans doute à partir de 1769), sans que l’on sache bien la raison de cette fantaisie. Certains ne manquent donc pas, hier comme aujourd’hui, de soulever la question de son "hermaphrodisme". Mais les livres que j’ai consulté sur Eon ne faisait pas état de preuves de cela.
Gilles Perrault, l’auteur du Secret du Roi, indique ceci, à propos du chevalier :
"Ami des pires débauchés de Paris, il les étonne par sa parfaite sagesse ; ses amis disent qu’il est « pétri de neige » : lui-même évoquera dans une lettre de 1771 au comte de Broglie « le calme de mon tempérament naturel » et s’avouera « assez mortifié d’être encore tel que la nature m’a fait », c’est-à-dire puceau. Au physique, il est joli, délié, avec un visage fin et imberbe, des mains de fille".
Eon avait donc probablement une sorte de grâce féminine, qu’il accentuait en se travestissant. Mais rien n’indique qu’il était hermaphrodite, au sens médical de ce terme.


Quelques lectures sur le chevalier d’Eon (il y a en beaucoup d’autres, mais j’indique celles que j’ai sur les étagères de ma bibliothèque) :

Mémoires du Chevalier d’Eon. Capitaine de dragons, Chevalier de Saint-Louis, Ministre plénipotentiaire de France à la Cour d’Angleterre.
J’en ai trouvé, chez un bouquiniste, une édition "récente", aux Editions de Saint-Clair (Paris), 1967. Cette édition reproduit le texte de l’édition publiée en 1836 chez Ladvocat, libraire à Paris.
Ce livre, c’est Eon par lui-même. Quand on connaît la propension d’Eon à plus qu’enjoliver les récits le concernant, on prend cette lecture avec des pincettes quant à la véracité des épisodes qui y sont contés. Néanmoins, c’est une lecture passionnante.


Madame le Chevalier d’Eon, de Michel de Decker, chez Perrin France Loisirs, 1987.
Professeur, scénariste, journaliste, conférencier et animateur d’émissions historiques à Radio-France Normandie, Michel de Decker est parti sur les traces du chevalier d’Eon dans cet essai qui montre les différentes facettes du personnage.


Le Secret du roi (tome 2 : L’ombre de la Bastille), de Gilles Perrault, chez Fayard (Paris), 1993.
Voilà un livre qui se lit comme un roman d’espionnage. Le chevalier d’Eon est présent dans de nombreux passages de ce livre. Pour préparer la revanche sur l’Angleterre après le désastreux traité de Paris (1763), des agents secrets sont envoyés repérer les côtes anglaises en vue d’un débarquement. Tout se passe bien jusqu’à ce que le chevalier d’Eon, en bisbille avec l’ambassadeur de France à Londres, en menace de faire défection et de dévoiler l’entreprise aux Anglais.

lundi 27 décembre 2010

Chevalyé de Saint-George, mizisyen des Lumières

 
Tout attaché que je sois à notre République indivisible, et tout respectueux que je sois de notre Constitution de 1958 qui, dans son article 2, stipule que « la langue de la République est le français », je suis tout aussi attaché à la richesse qu’apporte la diversité. L’égalité de notre devise républicaine n’est pas, pour moi, l’antonyme de la diversité, ni le synonyme d’uniformité. Ainsi, n’en déplaise aux tenants d’une République jacobine qui craignent que les richesses locales ne sapent les fondements de leur colosse un et indivisible, je suis un fervent partisan de la défense, de la protection, de l’enseignement et du développement des langues régionales : plus elles seront considérées comme faisant partie de notre patrimoine collectif d’hier, d’aujourd’hui et de demain, moins elles pourront être des raisons de clivages, car elles ne seront alors l’instrument ni des centralistes ni des communautaristes.

J’ose une telle entrée en matière pour tirer mon coup de chapeau à un ouvrage bilingue français-créole, et pourtant, il me serait bien difficile de prétendre que j’ai été bercé par le créole. En matière de langues régionales, mon oreille a plutôt été habituée au basque ou au gascon. En caricaturant à peine, je dirais que le créole, à part au travers de disques de Malavoi, de reportages télévisés sur Aimé Césaire ou de l’émission Studio M sur France Ô, je n’en ai pas entendu ni écouté souvent.

C’est grâce au chevalier de Saint-George, qui est devenu un familier de mes salons à force que je l’y invite (avec ou sans son contentement, allez savoir !), que je me suis plongé dans un texte créole : l’ouvrage Chevalier de Saint-George, musicien des Lumières / Chevalyé de Saint-George, mizisyen des Lumières, avec un texte français de Françoise Kerisel adapté en créole par Henri Cadoré (éditions L’Harmattan, collection Jeunesse, 2007, ISBN 978-2-296-02397-0).

Un livre de petit format, 26 pages de textes écrits « gros » et aérés, créole et français en vis-à-vis, j’avais là de quoi faire mes premier pas sans risquer la surchauffe. Premier constat, dès la lecture du titre et de la quatrième de couverture : pour essayer de comprendre ce que j’ai sous les yeux, il me faudra lire à voix haute. Parce que je ne sais pas si le créole s’écrit comme il se prononce, mais quand je le lis « dans ma tête », je n’entends rien !

Nwèl 1745
Lagwadeloup an timanmay sòti nèt. Manman’y an jenn
famm yo ka kriyé Nanon, ka mimiré an ti chanté ba tibébé’y la. Déwò a an jenn gason ka jwé flit. Yo ka dansé alantou’y.
An menm moman a an sakré bèl twama ka rantré dans larad-la, sé Saint-Heorges. Yo ka tann sé maren-a bay lavwa pandan yo ka paré sé losiyé a pou maré batiman-a.

Noël 1745
A la Guadeloupe, un enfant vient de naître.
La jeune Nanon, sa maman, chantonne doucement pour son nouveau-né. Dehors, un garçon joue de la flûte. On danse autour de lui.
Sur la mer, au même moment, un superbe trois-mâts, le Saint-Georges, entre dans la rade. On entend les cris des marins qui vont amarrer.

Loin des oreilles indiscrètes (et peut-être moqueuses), j’ai donc commencé à ânonner quelque chose qui n’avait qu’un lointain rapport avec le son des mots créoles, m’appuyant sur le texte originel français, cherchant la structure des phrases, puis me laissant porter par la phonétique et un certain plaisir à avancer, cahin-caha, vers quelque chose qui s’est mis à sonner moins faux.
Quand j’ai refermé le livre, j’étais bien loin de prononcer le créole aussi bien que Saint-George jouait du violon ou de l’épée, mais ce court voyage bilingue en sa compagnie a été une bien agréable façon de découvrir ce personnage sous un autre angle. Pour que le voyage soit complet, il faudrait maintenant qu’un ou une Créole m’en fasse la lecture, pour que mes oreilles soient bercées de la « vraie » musique de ce texte.

En attendant, recevez les salutations de Misyé de C. !
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dimanche 19 avril 2009

Saint-George, encore


Après m'être retiré de chez le cardinal de Bernis sans oublier de lui promettre de revenir la voir, j'ai retrouvé le chevalier de Saint-George.

Cette fois-ci, c'est Alain Guédé qui m'a accompagné au long de la vie du chevalier, avec son livre Monsieur de Saint-George, le nègre des Lumières (éditions Actes Sud, collection Babel n°509, 2001, ISBN 274273449X).

A mi-chemin entre la biographie et le roman, cet ouvrage rend très vivant le chevalier de Saint-George et son parcours, mettant en exergue à la fois la multiplicité de ses talents, son charme qui emporte tout, et ses difficultés à être un Noir dans une société française qui reste très blanche malgré la percée des Lumières.

A lire pour (re)découvrir ce personnage hors du commun, et aussi pour jeter un regard sur notre propre société, aujourd'hui.

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Petit regret : je n'étais pas encore familier de ce personnage lorsque l'édition en plus grand format était parue chez Actes Sud, et j'ai donc du me rabattre, récemment, sur cette édition de poche, alors que je préfère largement les autres formats, hauts et étroits chez Actes Sud. Point de détail, mais les amoureux des livres comprendront certainement qu'on puisse ainsi préférer certains formats à d'autres.

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samedi 5 mai 2007

Les Lumières, oui mais...


Une autre personnage tout à fait exceptionnel (dans une période qui n'en manque
pourtant pas) et que j'avais découvert grâce à une émission de France Musique voici
quelques mois : le chevalier de Saint-George.
Cette émission m'avait donné d'en savoir plus sur lui, et j'ai acheté et dévoré le livre que
Claude Ribbe lui a consacré : Le chevalier de Saint-George (Editions Perrin, 2004,
ISBN 2-262-02002-7).

Joseph de Bologne de Saint-George est le fils d'un ancien mousquetaire et d'une esclave antillaise. Au cours de sa vie qui vaut mille romans, il sera un compositeur de grand talent (on dit qu'il influença Mozart), un escrimeur réputé invicible, un agent secret. Il côtoiera le chevalier d'Eon, Mirabeau, Haydn, Henry Angelo (le maître d'armes, fils de Domenico qui a écrit un célébrissime traité d'escrime), Marie-Antoinette, et tant d'autres.

Il sera confronté à des réactions dues à la fois à sa peau de couleur et à son ascendance servile. Le livre de Claude Ribbe, en cela, apporte des éléments qui ne sont pas à verser au crédit d'un siècle qui se voulait celui des Lumières...

dimanche 16 novembre 2008

Eon et Saint-George sur les planches


J
e ne suis pas grand connaisseur de théâtre contemporain. Par fainéantise d'esprit, peut-être. Par manque d'information aussi, peut-être.
C'est donc avec retard que j'ai appris, par l'intermédiaire d'un blog destiné, selon ses propres mots, aux antillo-guyanais de Paris, l'existence d'une pièce d'Alain Foix mettant en scène deux chevaliers qui ont le place dans mes billets : le chevalier d'Eon et le chevalier de Saint-George.



Je suis tout particulièrement curieux de découvrir ce Duel d'ombres, présenté à Avignon en juillet 2008, texte en alexandrins sur des musiques du chevalier de Saint-George.

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Pour plus de détails : interviews d'Alain Foix ici et .

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lundi 11 février 2008

Saint-George trop adulé ?

Alain Guédé, bien connu des lecteurs du Canard enchaîné, s'est pris de passion pour le chevalier de Saint-George, étonnante figure de ce siècle des Lumières que j'ai déjà évoquée dans un billet.

Il lui a consacré un livre, Monsieur de Saint-George, le nègre des Lumières (éditions Actes Sud, collection Babel, 2001, ISBN-13 : 978-2742734498). Cet ouvrage, à la croisée des chemins de la biographie et du roman d'aventures (il faut reconnaître que Saint-George, par sa vie hors du commun, se prête à cet exercice), tourne par moment au panégyrique, au risque d'en faire trop. La démonstration du caractère exceptionnel du personnage et de son oeuvre (surtout son oeuvre musicale) et de la nécessité d'une lutte contre l'intolérance en devient parfois pesante.

Mais Alain Guédé ne s'est pas arrêté là : il a également commis une oeuvre musicale en hommage à Saint-George. Je n'ai pas eu l'occasion de la voir, cependant les deux critiques que j'en ai lues, sur un même site mais sous deux plumes différentes (l'une par Sylvain Fort, l'autre par Maurice Salles), ne m'encouragent pas à faire beaucoup d'efforts pour voir par moi-même ce qu'il en est. Ou bien simplement par curiosité d'esprit, car l'intérêt du livret, sur des pièces de Saint-George, semble mineur, et même risible selon ces deux critiques.
Me laisserai-je aller à découvrir cette oeuvre pour me faire ma propre idée ?

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jeudi 13 mai 2010

Des mémoires trop appliqués

 
J'ai, pour le personnage de Saint-George, une affection assez marquée. J'avais notamment apprécié la biographie que Claude Ribbe lui avait consacrée.

Aujourd'hui, Claude Ribbe revient vers Saint-George avec un roman, Mémoires du chevalier de Saint-George, (éditions Alphée, 2010, ISBN 978 2 7538 0564 4).

J'ai attendu quelques jours après avoir achevé la lecture de ce roman pour venir en dire quelques mots, le temps de savoir si je me sens plus figue que raisin ou l'inverse à ce sujet.
Ce roman est loin d'être « mauvais ». Il ne m'a pas ennuyé, et m'a même fait passer de bons moments en compagnie de Saint-George. Mais j'ai trouvé qu'il ne s'éloignait pas assez de la biographie, du point de vue formel, et que ces Mémoires en deviennent presque trop « sages », trop appliqués. J'espérais probablement plus de flamboyance, ou plus de verve, quelque chose de plus accrocheur. Par moments, ce roman m'a fait l'effet d'être trop clinique, trop détaché. Je dirais que cela sonne presque comme si Saint-George lisait à voix haute son « autobiographie écrite par quelqu'un d'autre » (ou, disons, sa biographie écrite par quelqu'un d'autre à la première personne du singulier).

Bref, un roman qui arrive à manquer de souffle, sur un personnage qui n'en manquait pourtant pas.

Quitte à lire quelque chose sur Saint-George, autant lire la biographie que lui a consacrée le même auteur (j'ai donné un lien, plus haut).
Et, dans un tout autre genre, regarder le DVD du superbe spectacle que l'incomparable Bartabas avait créé autour de ce personnage (j'en avais dit du bien dans ce billet-là).
 
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lundi 3 mars 2008

Un Africain à la cour de Bartabas


Le chevalier de Saint-George est une figure emblématique du Siècle des Lumières, notamment parce qu'il représente le produit d'un grand écart social, fils d'un gentilhomme et d'une esclave, et parce qu'il a été une des plus fines lames de son temps et un compositeur de musique talentueux (mais peut-être pas aussi talentueux que Mozart, comme on le lit parfois).


Tout comme il a invité à sa cour l'aventurier René Madec, Bartabas a pris ce personnage à bras le corps, avec son Académie du spectacle équestre de Versailles. Ce spectacle, inspiré par le livre de Claude Ribbe, mêle chorégraphies équestres et fantaisies pyrotechniques sur des musiques du chevalier de Saint-George, dans le splendide cadre de Versailles et notamment son bassin de Neptune, ici encore remarquablement mis en valeur.

Comme pour le spectacle sur René Madec, le rendu de cet hommage à Saint-George perd de la profondeur en se retrouvant gravé sur la galette d'un DVD. Au point que montures et cavaliers emblent parfois empesés. Echo sincère d'une réalité où les artistes à deux et quatre jambes ont été des artisans appliqués plutôt que des artistes, ou artéfact du passage en deux dimensions qui enlève ladite profondeur ?


Il faut toutefois être honnête et reconnaître que la caméra nous permet de nous approcher de ces centaures en habit comme le seul oeil ne nous le permet pas quand nous sommes assis dans les tribunes pour le spectacle. Gagne-t-on autant ainsi que ce que l'on perd ? Je ne saurais trancher de manière définitive.


Photo Jean-Paul Lozouet, avec son aimable autorisation expresse


Toujours est-il que ce DVD nous offre un très beau spectacle, en séance de rattrapage pour ceux qui ne l'auraient pas vu en direct.
Quant au reportage offert en bonus (Bartabas à la rencontre de Saint-George, réalisé par Arnaud Emery), il nous permet de comprendre la construction de ce spectacle, depuis les premières idées jusqu'à sa concrétisation. Une vue par les coulisses comme seuls des privilégiés pourraient en avoir « en direct ».

Comptez-vous hésiter encore longtemps ?


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D'autres photographie de ce spectacle par Jean-Paul Lozouet sont visibles sur ce site-là .


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lundi 18 août 2008

Les héritiers de Saint-George ?


E
n regardant la finale olympique d'épée par équipe, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au chevalier de Saint-George.

Quatre très fines lames pour décrocher l'or [note]. Quatre escrimeurs venues de terres de France d'au-delà de l'océan.

Jean-Michel Lucenay, Fabrice Jeannet, et Jérôme Jeannet, tous trois nés à Fort-de-France (Martinique), et Ulrich Robeiri, né à Cayenne (Guyane).

Photo : Reuters / Joe Chan

Des sortes de cousins de Joseph Bologne de Saint-George, né à Baillif (Guadeloupe), lui aussi l'une des plus fines lames de son temps ?




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[Note] Contrairement au règlement olympique, j'associe pleinement le quatrième tireur à ce titre, car il a contribué, autant que les autres, à amener l'équipe aussi haut.

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samedi 4 octobre 2008

Des inspirations d'hier et d'aujourd'hui


V
oilà déjà un bon moment que je tiens ces Mémoires, partageant avec vous mes coups de cœur et coups de gueule, notamment pour des romans, films, spectacles ou reportages.
Pour faciliter la navigation vers telle inspiration ou telle autre, je tiendrai à jour la liste des œuvres pour lesquelles j'ai écrit un billet dans le blog, par catégories (films, romans, BD, etc.), avec un lien direct vers le billet en question.


Romans

  • Bruce Alexander, série du juge Fielding (billet)

  • Orazio Bagnasco, Vetro (billet)

  • Alain Bauer et Roger Dachez, Les mystères de Channel Row (billet)

  • Arnaud Delalande, Le piège de Dante (billet)

  • Jean-Paul Desprat, Bleu de Sèvres (billet)

  • Alexandre Dumas, Le Capitaine Paul (billet)

  • Alexandre Dumas, Le chevalier d'Harmental (billet)

  • Frédéric H. Fajardie, La tour des demoiselles (billet)

  • John Meade Falkner, Moonfleet (billet)

  • Paul Féval, Le bossu (billet)

  • Diana Gabaldon, Une affaire privée (billet)

  • Gonzalo Giner, El secreto de la logia (billet)

  • Jean Haechler, Promenade dans le XVIIIe siècle (billet)

  • Deryn Lake, L'apothicaire et le manoir des ombres (billet)

  • David Liss, Une conspiration de papier (billet)

  • Pierre Mac Orlan, L'ancre de miséricorde (billet)

  • Jean-François Parot, série de Nicolas Le Floch (billet)

  • Jean-François Parot, Le cadavre anglais (billet)

  • Michel Peyramaure, Les trois bandits, tome 1 : Cartouche (billet)

  • Michel Peyramaure, Les trois bandits, tome 2 : Mandrin (billet)

  • Peter Prince, Adam Runaway (billet)

  • Patrick Süskind, Le parfum (billet)

  • Michel Zévaco, Le chevalier de La Barre (billet)





Bandes dessinées

  • Altan, Casanova (billet)

  • Jean-François et Maryse Charles, Pionniers du Nouveau Monde (billet)

  • David Chauvel et Fred Simon, L'île au trésor (billet)

  • François Bourgeon, Les passagers du vent (série) (billet)

  • Corteggiani et Faure, L'île au trésor (billet)

  • Xavier Dorison et Mathieu Laffray, Long John Silver (billet)

  • De La Fuente, L'île au trésor (billet)

  • Dethorey et Autheman, Le passage de Vénus (billet)

  • Dufaux et Griffo, Giacomo C (série) (billet)

  • Franz et Vicq, Les aventures de Mandrin (billet)

  • Hippolyte, Le maître de Ballantrae (billet)

  • Pierre Joubert, L'île au trésor (billet)

  • Fabien Lacaf et Philippe Bonifay, L'histoire de Mandrin en BD (billet)

  • Patrick Mallet, Les plombs de Venise (billet)

  • Pellerin, L'épervier (série) (billet)

  • Hugo Pratt, L'île au trésor (billet)

  • Georges Ramaïoli, La saga de Bas-de-Cuir (billet)

  • Rodolphe et Hé, Moonfleet (billet)

  • Studio Walt Disney, L'île au trésor (billet)

  • Fabien Vehlmann, Matthieu Bonhomme et Delf, Le marquis d'Anaon (série) (billet)

  • Fabien Vehlmann, Matthieu Bonhomme et Delf, Le marquis d'Anaon : la chambre de Kheops (billet)

  • Warnauts et Raives, Les suites vénitiennes (série) (billet)






Films

  • Philippe de Broca, Le bossu (billet)

  • Gérard Corbiau, Farinelli (billet)

  • Federico Fellini, Casanova (billet)

  • Milos Forman, Valmont (billet)

  • Stephen Frears, Les liaisons dangereuses (billet)

  • Bernard Giraudeau, Les caprices d'un fleuve (billet)

  • Stanley Kubrick, Barry Lyndon (billet)

  • Fritz Lang, Moonfleet (billet)

  • Patrice Leconte, Ridicule (billet)

  • Michael Mann, Le dernier des Mohicans (billet)

  • Edouard Molinaro, Beaumarchais l'insolent (billet)

  • Jake Scott, Plunkett and Macleane / Guns 1748 (billet)

  • George Sidney, Scaramouche (billet)

  • Bertrand Tavernier, Que la fête commence (billet)

  • Tom Tykwer, Le parfum (billet)





Téléfilms

  • Edwin Baily, Nicolas Le Floch (projet) (billet)

  • Robin Davis, Marquise de Pompadour (billet)

  • Henri Helman, Lagardère (billet)





Reportages

  • Yves Bourgeois, L'incroyable aventure de Monsieur de Lapérouse (billet)




Spectacles

  • Bartabas / Mathias Ledoux, Le chevalier de Saint-George - Un Africain à la Cour (billet)




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dimanche 15 août 2010

Prochainement dans ces colonnes

Pour rattraper le silence des semaines passées, je publierai dans les prochains jours, des billets sur quelques ouvrages anciens ou récents sur lesquels j'ai mis la main ces derniers temps. Certains sont faciles à trouver mais d'autres sont, j'ai la faiblesse de le penser, un peu plus rares ou, à tout le moins, un peu moins aisés à dénicher.

Le n°2 (août-septembre 2010) de la revue Biographia, sur « les secrets de Casanova », que vous trouverez dans la première maison de la presse venue. [J'ai finalement publié mon ressenti dans ce billet-là.]



Le roman The Devil's Company, de David Liss (2009), un auteur dont La Conspiration de papier m'avait captivé. [Avancez jusqu'à ce billet-là, pour lire ma critique de The Devil's Company.]



La bande dessinée collective Casanova, par dix dessinateurs italiens de grand talent. Un ouvrage publié voici 30 ans en version française, et que je n'ai acquis qu'il y a une quinzaine de jours. [Pour en savoir plus, lisez ce billet-là.]



Encore une édition d'extraits des Mémoires de Casanova, illustrée par Bruneslleschi (1950). [Pour lire mon billet sur cette édition, suivez ce lien-là.]



La bande dessinée Le crépuscule des anges, Stephen Desberg (scénario) et Henri Reculé (dessin), en 2 tomes parus en respectivement en 1998 et 1999 [j'en parle dans ce billet-là].



L'ouvrage pour la jeunesse Chevalier de Saint-George, musicien des Lumières / Chevalyé de Saint-Georges, mizisyen des Lumières (2007), en version bilingue français-créole, par Françoise Kerisel et Henri Cadoré pour l'adaptation en créole. [Pour en savoir un peu plus, rejoignez-moi là-bas.]

mercredi 26 mai 2010

Au bout du Monde !

 
Court message d'autosatisfaction, pour signaler à mes aimables lectrices et fidèles lecteurs que mon billet sur les Mémoires du chevalier de Saint-George a été cité par Jean-Claude Halley dans les colonnes « Guadeloupe Attitude » qu'il tient dans l'espace « blog » du Monde, où il signale mon « point de vue mi figue mi raisin ou l’inverse » sur ce roman.

dimanche 8 février 2015

Mort étrange et bonne surprise


Depuis quelque temps déjà, c’est sur la pointe des pieds que je m’approche du rayon « polars historiques » d’une librairie. Mes déceptions dans les lectures de ce genre étaient devenues largement majoritaires sur mes satisfactions. Les romans à énigmes à la façon d’Agatha Christie me fatiguent autant dans une ambiance des années 1920 que dans un univers médiéval ou au Siècle des Lumières. Et Les romans où l’auteur plaque le contexte historique sous forme de leçons ou dans des dialogues interminables me fatiguent tout autant. Mes coups de cœur sont donc très rares, parmi lesquels A Conspiracy of Paper / Une conspiration de papier de David Liss (auteur dont j’ai déjà dit du bien par ailleurs), ou An Instance of the Fingerpost / Le cercle de la croix, de Iain Pears. Quant aux « séries policières historiques », j’en suis largement revenu, après des années de gloutonnerie de lecture.

Pour me faire sortir de ma réserve, il faut donc me jeter des appâts auxquels il m’est difficile de résister. Là, pour le coup, « polar historique + Casanova + éditions Actes Sud », j’ai eu un moment de faiblesse. Le genre de moment d’inattention qui fait que vous prenez un coup d’épée dans un combat déloyal.



En l’occurrence, c’est Olivier Barde-Capuçon avec son Casanova et la femme sans visage (Actes Sud, collection Babel noir n° 82, 2013, ISBN 978-2-330-01777-4, présentation sur le site de l’éditeur) qui a trompé ma défense pour porter son attaque. Un crime avec une victime sauvagement mutilée, un duo d’enquêteurs formé par un « commissaire aux morts étranges » et d’un moine qui sent le soufre, une galerie de personnages incluant Casanova le comte de Saint-Germain, manipulateurs d’esprits crédules, des grands personnages du royaume comme Louis XV et la marquise de Pompadour, et diverses coteries qui cherchent à remettre ce roi pervers dans le droit chemin ou, au contraire, à jeter la monarchie à bas.
Présentés comme ça, les ingrédients peuvent laisser présager une soupe indigeste. Pourtant, j’ai été surpris par la saveur assez fine de ce roman. Et je reconnais m’être laissé porter par le suspense tout au long des plus de 440 pages.

Si j’osais une comparaison de série à série, je dirais que cette « enquête du commissaire aux morts étranges », c’est un peu l’autre côté du miroir par rapport à une enquête de Nicolas Le Floch sous la plume de Jean-François Parot. Chez Barde-Cabuçon, le commissaire a un passé trouble ; son compagnon de route, un passé encore plus trouble ; le roi Louis XV est un monarque cyclothymique à tendance pédophile ; son valet Le Bel, un maquereau ; Sartine, un intriguant qui ne joue que ses propres cartes ; et le parti dévot est presque la moins dangereuse des forces qui agissent dans l’ombre.
Je ne célèbre pas devant ce roman comme s’il était exempt de tout défaut. Ainsi, parfois, le côté « police scientifique » frôle l’anachronique. Mais, comme cela faisait longtemps que je n’avais pas eu une vraie bonne surprise en polar historique, je ne vais pas bouder le plaisir que m’a procuré ce Casanova et la femme sans visage.

Et, alors que la série de Jean-François Parot a fini par perdre ma fidélité de lecteur (L’enquête russe, en 2012, m’avait fait franchir la limite de que j’arrivais encore à supporter, mais mon intérêt s’était déjà étiolé depuis deux ou trois titres de la série), je vais sûrement me pencher sur un autre roman d’Olivier Barde-Cabuçon dans sa série du chevalier de Volnay.
Évidemment, si cet autre roman me déçoit, je ne manquerai de lui donner la bastonnade. Au roman, pas à l’auteur. Je précise, vu que certains (lecteurs de mes billets ou auteurs eux-mêmes) ont parfois du mal à faire la différence entre mon avis négatif sur un livre et mon avis sur son auteur.
Et si cet autre roman me plaît, je le dirai tout aussi spontanément.

D’ici là, partisans ou opposants du commissaire aux morts étranges, n’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires de ce billet !

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PS : en ces temps où la caricature déchaîne les instincts meurtriers des esprits les plus dogmatiques, je signale la couverture de ce roman détournée sur le site couvzenvrac, sous le titre Casanova et la femme sans visa, et avec une aquarelle de Gaston Leroux.


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 Défi. Ce billet répond au défi suivant :


jeudi 26 février 2015

Messe grise


La lecture de Casanova et la femme sans visage avait été une surprise plutôt agréable. Un roman policier dix-huitiémiste où l’auteur conviait, en personnages de premier plan (hors les deux « héros »), Sartine, Casanova et le comte de Saint-Germain. Du beau linge, et une intrigue qui ne s’essoufflait pas au fil des pages. Je me suis donc laissé aller à lire un deuxième roman d’Olivier Barde-Cabuçon de cette série de polars du « commissaire aux morts étranges » sous le règne de Louis XV : Messe noire (éd. Actes Sud, collection Babel Noir, 2013, 978-2330-02698-1 ; fiche de présentation sur le site de l’éditeur).


Le titre du roman est celui de la scène qui l’ouvre : une froide nuit d’hiver, un cimetière, le corps d’une enfant, et les restes d’une probable messe noire interrompue en cours de rituel. Les indices sont minces, mais le chevalier de Volnay et son étrange acolyte, duo dont on a fait connaissance dans le premier volume de la série, ne se laisseront pas décourager par cette minceur. Accompagnés d’une certaine Hélène de Troie (un pseudonyme, pensez-vous?) que Sartine, devenu lieutenant général de police leur a mis dans les pattes, ils se lancent sur la piste des satanistes.

« En haut lieu », on ne se réjouit pas à la perspective d’une résurgence d’une affaire sulfureuse comme celle des Poisons, qui avait secoué le règne de Louis XIV jusque dans l’entourage direct du roi. L’enquête de Volnay et du moine prend donc un tour politique, et dans ce genre d’ambiance, il y a de quoi se demander qui veut vraiment que la vérité éclate, et qui préfère que les vilaines histoires restent dans l’ombre.

Je ne déflorerai pas les dessous de l’intrigue, et me contenterai de dire que, jusqu’à une cinquantaine de pages de la fin du roman, j’étais bien content de ma lecture. Même si, comme dans une proportion non négligeable de « polars à énigmes », les enquêteurs ont souvent un peu trop de chance, un peu trop de facilité à extrapoler avec justesse à partir de bribes d’information, un peu trop de capacité à survivre, les armes à la main, à des adversaires bien meilleurs bretteurs qu’eux. Et, dans ces « enquêtes du commissaire aux morts étranges », comme dans d’autres polars historiques (la série mettant en scène Nicolas Le Floch, par exemple, pour en citer une dont l’arrière-plan historique est similaire), une propension à être très en avance sur leur temps, que ce soit sur le plan de la pensée politique ou des sciences médico-légales.

Passant par-dessus ces petits défauts souvent inhérents à ce genre de roman où se croisent les styles « polar » et « roman de cape et d’épée », je ne boudais pas mon plaisir. Et là, dans la dernière ligne droite, paf ! Le genre de chapitre qui me reste toujours en travers de la gorge : le chapitre où l’auteur, par la voix de l’enquêteur qui a tout compris et du coupable qui avoue tout, repasse en revue toutes les pièces du puzzle qu’il avait semées sous les yeux du lecteur, et explique audit lecteur toute la finesse du plan du méchant et toute la finesse encore plus grande de l’enquêteur qui a vu clair dans le jeu du méchant. Bon sans de bon sang, j’en suis arrivé à détester ces étalages artificiels. En tant que lecteur, j’accepte pleinement de me faire entourlouper par un auteur ; comme, en tant que spectateur, j’accepte pleinement de me faire entourlouper par un scénariste (comme Christopher McQuarrie pour Usual Suspects). Quand c’est le cas, j’applaudis : je perds le combat (de l’esprit) avec fair-play. Mais ce « chapitre explicatif » si caractéristique des « romans policiers à énigme » déclenche, chez moi, une réaction allergique.
Je suis peut-être comme un buveur qui sait que sa bouteille de gnôle lui donnera un mal de crâne carabiné le lendemain matin mais qui la boit quand même parce qu’il a du mal à s’en passer. Je sais que le chapitre final d’un roman à énigme, le chapitre-qui-vous-dit-tout, me donnera la gueule de bois. Et pourtant, je me laisse aller à en lire encore un, de temps en temps.
Mais il me faut du temps pour faire passer la gueule de bois. Surtout quand c’est juste le dernier verre de la bouteille qui me donne un coup derrière la tête.


Cette Messe noire était savoureuse... jusqu’au moment où le barman, à qui je demandais juste de me servir mon poison, s’est mis en tête de me faire la leçon, et j’ai ressenti qu’il me prenait pour un demeuré. C’est peut-être parce que les premiers verres m’avaient suffisamment grisé pour que j’oublie les petits trucs pas trop crédibles et que je me laisse porter par l’histoire. Mais le dernier verre m’a, paradoxalement, dégrisé et assommé à la fois.


Messe noire (prix Historia du roman policier en 2013) est un bon roman à énigme.


C’est moi qui ne suis pas fait pour les romans à énigme. Ou pas fait pour le chapitre final des romans à énigme. Le prochain que je lirai me le dira peut-être. Allez savoir !




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 Défi. Ce billet répond au défi suivant :


mercredi 9 mai 2007

Quand l’Histoire se lit comme un roman


Le Secret du Roi, de Gilles Perrault, fait partie de ces livres que j’ai dévorés.
Est-ce un livre d’histoire qui se lit comme un roman, un roman qui fait vivre l’histoire ? Qu’importe de le savoir, tant j’ai apprécié cette oeuvre.

Il s’agit, en fait d’une trilogie : Le secret du roi, L’ombre de la Bastille et La revanche américaine.

Le secret du roi et L’ombre de la Bastille s’intéressent très directement à l’histoire du "Secret du roi", qui était, en quelque sorte, le service secret diplomatique de Louis XV. Ce service travaillait sans que la diplomatie officielle en soit informée, ce qui n’allait pas sans poser de problème, puisque diplomatie officielle et diplomatie secrète n’allaient pas dans le même sens.

La fonction première du Secret du Roi était d’essayer d’asseoir un prince français sur le trône de Pologne (l’accession au trône de Pologne se faisait alors par un système d’élection). Mais il a aussi servi à jouer contre l’Angleterre, notamment après après la guerre de Sept Ans dont l’issue avait été très défavorable à la France (notamment parce que la France n’avait pas idée du poids économique de ses territoires coloniaux en Amérique et dans les Indes). Parmi les agents du secret, il y a eu des personnages peu connus du grand public (comme Charles de Broglie, ou Tercier), mais aussi des figures extravagantes comme le chevalier d’Eon.


La revanche américaine se déroule plutôt sous Louis XVI. On y retrouve les agissements secrets des Français pour nuire à l’Angleterre, et plus particulièrement dans le soutien apporté aux insurgés des "colonies" américaines. Parmi ces agents français, personne de moins de Beaumarchais, sous son pseudonyme de Roderigue Hortalez, grenouillant à Londres et dans les ports français pour livrer des armes aux rebelles américains.

Avec cette trilogie du Secret du Roi, il y a de la matière à de très prenantes aventures, des ambiances variées d’espionnage, avec des agents doubles ou triples, des codes secrets, des retournements, des opérations de désinformation, des empoisonnements, de Londres à Saint-Pétersbourg, de Vienne à Paris, de Varsovie à Boston. Un délicieux cocktail jouant sur des ingrédients que ne dédaigneraient pas John Le Carré, Eric Ambler ou Ian Fleming.

Des aventures où les agents secrets portent des gilets de soie, des cols en dentelle, et des épées à poignée tissée de fils d’argent.

Courez acheter ces trois livres. Ils sont disponibles au Livre de poche, vous ne vous ruinerez pas.

mardi 15 décembre 2009

Juste une mise en bouche



Le livre de Jean-Claude Hauc, Aventuriers et libertins au siècle des Lumières (Les éditions de Paris Max Chaleil, 2009, ISBN 978-2-84621-124-6) propose une galerie de courtes biographies de figures plus ou moins connues d'aventuriers de XVIIIe siècle. L'ouvrage fait une place tant au comte de Saint-Germain, au chevalier d'Eon ou à Casanova qu'à Théodore de Neuhoff, à Elisabeth Chudley ou à la princesse Tarakanova, en courts chapitres de moins d'une dizaine de pages chacun.


L'intérêt de cet ouvrage est surtout de donner envie d'en savoir plus sur ces étonnantes figures : les quelques pages consacrées à chacune d'entre elles ne sont en effet que des mises en bouche. Soit le lecteur connaît déjà le personnage auquel le chapitre est consacré, et il en apprendra peu ou pas dans ce livre ; soit il n'en connaît rien, et le chapitre lui en dira juste assez pour éveiller sa curiosité.

Finalement, le chapitre le plus intéressant se révèle être le premier, celui qui prend un peu de hauteur pour essayer de brosser un portrait d'ensemble de ces aventuriers, dans leurs traits communs et dans leurs différences. Mais, du fait même de son faible volume, ce chapitre n'atteint pas, à mes yeux, la finesse d'analyse de l'ouvrage de Suzanne Roth, Les aventuriers au XVIIIe siècle (éditions Galilée, 1980, ISBN 9782718601731), auquel je consacrerai un prochain billet.

Aventuriers et libertins au siècle des Lumières est donc une fenêtre ouverte. C'est aux curieux d'aller plus loin, par d'autres lectures, pour faire plus ample connaissance avec ces messieurs et dames de plus ou moins bonne compagnie.

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dimanche 6 avril 2008

Photographie et remerciements


J
'avais sollicité l'autorisation de Jean-Paul Lozouet pour illustrer mon billet sur le spectacle de Bartabas consacré au chevalier de Saint-George avec l'une de ces photographies prises durant une des représentations dudit spectacle en 2004.
Cette autorisation m'ayant été accordée, le billet en question est désormais illustré de l'un de ces clichés.


Photo Jean-Paul Lozouet, avec son aimable autorisation expresse


Je vous invite à découvrir les autres photographies de ce spectacle sur la page spécifique que Jean-Paul Lozouet lui a consacrée.

Et laissez-vous aller à flâner dans ses autres albums, non dix-huitièmistes.

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samedi 31 décembre 2011

Brisons les chaînes

C’est en 1781 qu’un pasteur suisse, le Dr Schwartz publie, à Neuchâtel, le court livre Réflexions sur l’Esclavage des Nègres. Une dénonciation de l’esclavage, qui démonte les arguments des esclavagistes sur les plans humaniste, juridique, économique et culturel.
Il est étonnant que ce bon Monsieur Joachim Schwartz, pasteur du Saint-Évangile à Bienne et membre de la Société économique de B*** d’après le livre, ne fasse pas partie, au regard de la portée forte de ce texte, de la galerie des antiesclavagistes à laquelle les oreilles du grand-public ont pu être éduquées.


Les connaisseurs de la langue de Goethe auront peut-être souri en lisant le nom dudit pasteur. Le Dr Schwartz ? Le Docteur Noir, voulez-vous dire ? Ah, je comprends mieux !
Derrière l’ironie de ce pseudonyme, c’est en effet Nicolas de Condorcet qui a tenu la plume de ces Réflexions, texte majeur sur la route vers l’abolition de l’esclavage.




Un peu plus d’un siècle plus tôt, Le Code noir, ou Édit du Roy servant de règlement pour le gouvernement et l’administration de justice et la police des isles françoises de l’Amérique, et pour la discipline et le commerce des nègres et esclaves dans ledit pays, formalisait les règles infâmantes de la traite des esclaves et privait les esclaves de toute personnalité civile et juridique, faisant d’eux de simples biens mobiliers (peu glorieuse année, cet an 1685, qui voit à la fois l’édiction du Code noir et la révocation de l’édit de Nantes...). Les plus cyniques voyaient dans ce Code un moyen de protéger les esclaves de l’arbitraire absolu qui prévalait jusque-là ; de quoi rendre acceptable l’inacceptable. Un Code qui aura la vie longue, puisqu’il durera jusqu’en 1785, après divers remaniements qui en renforceront la portée...


Au Siècle des Lumières s’affrontent partisans et adversaires de l’esclavage, et même les philosophes « éclairés » avaient, sur ce sujet, des positions contrastées. Parmi les antiesclavagistes, certains s’attaquent à l’esclavage par l’ironie, comme Montesquieu, en 1748, dans De l’esprit des loix (sic), ou Voltaire, dans un des épisodes de Candide ou l’Optimisme (1759) ; d’autres abordent le sujet sous l’angle du droit de nature, de l’esprit de la religion, ou encore de l’économie, comme le chevalier de Jaucourt dans les articles « Esclavage » et « Traite des Nègres » de l’Encyclopédie, ou de la vie en société, comme Jean-Jacques Rousseau, dans Du Contrat social (1762) ; d’autres encore mettent en scène des personnages dont l’un défend l’esclavage et l’autre en réfute les arguments ; ainsi l’abbé Raynal dans L’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (1770).

Et en 1781, c’est donc le Dr Schwartz, alias Marie-Jean-Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, homme de sciences et de philosophie qui publie ses Réflexions sur l’esclavage des Nègres (première édition à Neuchâtel ; édition revue et corrigée à Paris, 1788). Le ton est donné dès l’épître dédicatoire aux esclaves : « Mes amis, quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. »


La publication de la première et, surtout, de la deuxième édition a provoqué des élans dans les deux camps, pro- et anti-esclavage. Aux élans de la Société des Amis des Noirs, abolitionniste, répond l’intense lobbying du Club de l’hôtel de Massiac, du nom de la résidence parisienne de l’autoproclamé marquis de Massiac où se réunit une société rassemblant plusieurs dizaines, puis plusieurs centaines de colons des Antilles farouches partisans du maintien de l’esclavage.
Pour mémoire, après une première abolition par la Convention nationale en 1794, l’esclavage est rétabli en 1802, avant d’être définitivement aboli en avril 1848.

Cet ouvrage de Condorcet, texte pionnier et – fait rare jusque-là, entièrement consacré au sujet de l’esclave – est de ceux qui nous amène à regarder le monde différemment, à bousculer nos certitudes, nos préjugés, à sortir de la facilité, à éveiller notre conscience de nous-mêmes et des autres. Il y a encore tant de progrès à faire que bousculer les consciences est un effort salutaire de tous les jours.

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Un peu de lecture
Un exemple d’édition des Réflexions sur l’esclavage des Nègres, de Condorcet (éditions Flammarion, collection GF Philosophie, 2009, ISBN 978-2081220010).



En complément, les lecteurs curieux pourront se tourner vers les Réflexions sur la traite et l’esclavage des Nègres, d’Ottobah Cugoano (Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species, Humbly Submitted to the Inhabitants of Great-Britain, by Ottobah Cugoano, a Native of Africa , 1787 ; 1788 pour la traduction française), et vers The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African (1789), deux des premiers ouvrages militant pour l’abolitionnisme écrits par des anciens esclaves.

Des éditions sont disponibles en français ; par exemple :
Ottobah Cugoano, Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres (éditions Zones, 2009, ISBN 2-355-22017-4).

Olaudah Equiano, Ma véridique histoire (éditions Mercure de France, coll. Le temps retrouvé, 2008, ISBN 978-2715228580).


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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"

samedi 16 février 2008

Jouez sous le pavillon noir

Voici déjà quelques lunes que j'ai présenté, dans un billet, ce que sont les jeux de rôles. Mais les jeux de rôles ancrés dans le XVIIIe siècle sont rares, et j'avais mis en lumière l'un de ceux auxquels j'ai longtemps joué, Privateers & Gentlemen, qui a pour cadre l'âge d'or de la marine à voile, c'est-à-dire la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe.
Ce jeu est toutefois un vénérable ancêtre et, s'il était déjà peu pratiqué en France au moment où il a été publié, du fait de son thème assez spécifique, je doute que quiconque le pratique aujourd'hui dans notre beau pays.

Mon coup de lampe d'aujourd'hui porte sur un jeu bien plus actuel, Pavillon Noir, de Renaud Maroy, aux éditions Black Book. Ce jeu offre un univers qui se situe « à l'autre bout » du XVIIIe siècle par rapport à Privateers & Gentlemen, puisqu'il s'intéresse principalement à l'âge d'or de la piraterie européenne dans les Caraïbes et l'océan Indien, c'est-à-dire environ 1710-1730. Pavillon Noir permet de jouer dans d'autres périodes, comme celle des flibustiers (dont la « grande » période va, grossièrement, de 1640 à 1690). Mais le cœur du jeu est bien l'épopée des pirates, celle de ces écumeurs des mers, mus par des rêves de liberté et de fortune.
Certains ont marqué l'histoire de leur empreinte, comme Edward Teach dit « Barbe Noire », William Kidd et Bartholomew Roberts, et même quelques rares femmes comme Anne Bonny et Mary Reade. Pourtant, étoiles filantes sanglantes dans un ciel noir comme leur pavillon, elles n'ont eu que des « carrières » courtes et fulgurantes, un à trois ans en général.

Pavillon Noir propose de jouer des aventures de cet âge d'or de la piraterie, en incarnant l'un de ces révoltés-pillards. Présenté de telle manière, le jeu pourrait être considéré comme s'approchant de limites dont on peut se demander s'il est opportun de les tutoyer de l'esprit, même dans la cadre d'un jeu. Endosser le costume d'un grand criminel, voilà qui peut poser question. Cependant, il faut garder présent à l'esprit que, dans le cadre d'un tel jeu, l'idée est plutôt de se projeter dans une ambiance cinématographique, un grand spectacle, à la manière des films avec Errol Flynn et Basil Rathbone, ou ceux avec Johnny Depp et Orlando Bloom, selon les préférences ou les références générationnelles, ou des ambiances moins mouvementées mais tout aussi prenantes, comme celles des contrebandiers de Moonfleet.

Pour découvrir mon ressenti détaillé de ce jeu, écrit peu de temps après la sorti des premiers livres de la gamme, je me permets de vous renvoyer à la critique détaillée que j'en ai écrite dans le n°1 des Songes d'Obéron, le fanzine de la Cour d'Obéron. Vous trouverez également dans ce numéro une interview grand format que j'ai menée avec l'auteur du jeu, un des correcteurs et un des éditeurs.

Si je devais résumer mon avis d'aujourd'hui sur le jeu et sa gamme, je dirais qu'au-delà du succès éditorial qu'il représente dans un thème qui est une niche dans le monde du jeu de rôles (les grands succès du jeu de rôles s'inscrivent plutôt dans le courant médiéval-fantastique ou dans les aventures d'horreur des années 1920), Pavillon Noir offre aux maîtres de jeu une machinerie toujours fouillée, souvent complexe, et aux joueurs une grande richesse d'aventures.

Les informations données dans les divers livres de la gamme et le recours à des ouvrages d'histoire et de géographie permettent en effet à ceux qui préfèrent sortir des sentiers battus pirates-dans-les-Caraïbes d'explorer d'autres ambiances, de celle de la contrebande entre Bretagne et Cournouailles anglaise à celle de la poursuite des navires du Grand Moghol dans les eaux de l'océan Indien, en passant par les corsaires barbaresques en Méditerranée. Il est également possible de donner à des parties de Pavillon Noir une saveur de cape et d'épée façon Le Bossu de Féval ou Le chevalier d'Harmental de Dumas, C'est ainsi que j'ai publié dans le n°2 de la revue Black Box, éditée par Black Book, le scénario Quand tombent les masques qui a pour cadre Saint-Malo.


Le vent de l'aventure souffle à vos oreilles. Vous convaincra-t-il de vous embarquer ?


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Pour en savoir plus sur la gamme constituant ce jeu, reportez-vous à sa présentation sur le site du GROG, et au site de l'éditeur.

Ceux qui pratiquent déjà ce jeu peuvent échanger expériences et conseils sur le forum dédié à ce jeu par ses fans.



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vendredi 19 octobre 2012

Histoire de mille vies

« Histoire de ma vie »...
Quoi de plus simple et de plus ambitieux à la fois, pour donner un titre à des mémoires ? C’est le choix que fait Jacques Casanova de Seingalt, lorsqu’au crépuscule de sa vie, il couche sur le papier ce récit de ses années d’homme-kaléidoscope : aventurier, séducteur, polémiste, kabbaliste, ou encore organisateur de loterie. Réduire Casanova à l’image réductrice d’homme à femmes qui colle à son habit, c’est oublier, voire dénigrer, toutes les autres facettes de ce personnage si représentatif d’une partie de son siècle.



Avec cette Histoire de ma vie, nous sommes bien loin des pathétiques autobiographies et auto-fictions (un genre proche de l’onanisme) dont essaient de nous abreuver certains auteurs d’aujourd’hui : journalistes qui pensent que, parce qu’ils mangent les miettes à la table des présidents, rêvent que leurs scribouillages sont dignes des Mémoires de Saint-Simon ; éditrices qui jettent leur vie sexuelle sur la place en pensant que cela va passionner les foules ; post-ados au QI de bulot et sans talent artistique propulsés au sommet des ventes de disques et qui publient, alors qu’ils n’ont pas vingt ans, des feuilles d’un vide sidéral écrites sous leur nom par un pisse-copie à solde ; ou même un ancien chef de l’État, qui aurait dû raccrocher la plume à jamais, et qui s’invente – pour se donner des frissons ? – une romance pimentée avec une princesse morte (enfin, avant sa mort à elle, bien sûr ; je n’accuse pas l’ex-président de nécrophilie), piètre auteur pour lequel une Académie, qui vaut quand même mieux que ça, s’est ridiculisée en l’accueillant sous sa coupole.

Au contraire, s’embarquer dans la lecture des mémoires de Giacomo Casanova, c’est le suivre dans ses aventures, ses voyages, ses rencontres. Joueur, soldat, violoniste de théâtre, auteur dramatique, secrétaire d’ambassade, voilà bien des visages, souvent méconnus, de Casanova. C’est plonger dans une langue riche, roulante, un français teinté d’italianismes qui lui donnent encore plus de charme.



Casanova n’écrit pas sa biographie, il n’écrit pas sa vie, mais une histoire de sa vie. Peut-être est-ce la vie qu’il a eue, et peut-être pas. Peut-être un peu de la vie qu’il a eue et un peu de la vie qu’il aurait aimé avoir. Ou peut-être un peu de la vie de la manière dont il se souvient – ou croit se souvenir – l’avoir vécue. Il raconte ses hauts et ses bas, ses réussites et ses échecs, ses conquêtes sensuelles et ses déceptions amoureuses. Lui, le fils de comédiens, ne veut pas rester mêlé aux pouilleux, mais il sait que si les grands l’acceptent parfois à sa table, quand il arrive à profiter de leur crédulité ou de leur générosité, il ne sera jamais l’un d’eux.



Casanova n’est pas un révolutionnaire. Il est un homme de son temps, de cet « Ancien régime » qu’il verra s’effondrer, de loin, en France, au moment où il entame la rédaction de son Histoire de ma vie. C’est parce qu’il peut vivre au crochet de plus riches, de plus nobles, qu’il peut porter de la soie aujourd’hui, alors qu’il portait de l’étoffe grossière hier. Mais il sait que demain, il sera peut-être obligé de fuir, démasqué, poursuivi. Mais, ce qui lui importe, c’est que son étoile soit pleinement brillante aujourd’hui, même si c’est pour une courte durée ; il sait que viendra un autre moment où son éclat sera à nouveau souriant. Il est voyageur par choix et par force, au gré de ses projets et de ses fuites.


Individualiste, il ne se bat pas pour la liberté d’un peuple dans lequel il ne se reconnaît pas, dans lequel il ne veut pas, il ne veut plus être. Mais il n’est pourtant pas égoïste, partageant les plaisirs plutôt que les prenant pour lui seul, que ce soit à table ou dans les boudoirs. Rien à voir, donc, avec les séducteurs-prédateurs comme un Valmont ou un Don Giovanni.
Péripéties voluptueuses ou cruelles, toujours en mouvement, Casanova se met en scène. Et quelle scène : une grande partie de l’Europe !, et avec quels autres acteurs : des comédiennes de théâtres au prince de Ligne, de la marquise d’Urfé, férue d’ésotérisme, à Lorenzo da Ponte, librettiste de Mozart.


L’Histoire de ma vie, c’est l’Odyssée au XVIIIe siècle. Deux aventuriers qui parcourent « leur » monde en utilisant la ruse plutôt que la force, charmant ici, bernant là, poussant leur propre bonne fortune sans attendre que les autres la leur offrent. Ne perdez pas votre temps à vous demander ce qui est vrai ou inventé ; laissez-vous emporter par les mots et les rebondissements, pour plus de mille pages.



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Les éditions des mémoires de Casanova ne manquent pas. En première approche, quelques informations sur les différentes éditions des Mémoires sont présentées dans la page qui leur est consacrée sur Wikipedia.



Pour les découvrir en détail, en intégralité, sous sa propre plume, sans se ruiner, tout en profitant du regard critique de spécialistes du personnage et de son temps, une seule édition est à retenir : celle, basée sur le manuscrit original intégral et complétée de textes inédits, parue en coffret de 3 tomes (éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1993, ISBN 2-221-06520-4). De la préface écrite par Francis Lacassin, je retiendrai surtout ces mots-ci : « Pour les mortels, la vie est un combat, pour les poètes, un voyage ; pour le Vénitien Giacomo Casanova – autoproclamé chevalier de Seingalt – elle est encore un festin où il trouve toujours sa place, un jeu ininterrompu, prétexte à un éternel défi. »



Mais, cette édition « Laffont-Bouquins », aussi fidèle et riche soit-elle, reste sous la forme de livres un peu quelconques, en papier bible et couverture souple. Alors, le casanovaphile ou l’amateur de beaux livres – qui peut, d’ailleurs, être l’un et l’autre à la fois – peut aussi mettre la main sur des éditions moins complètes, voire réécrites par rapport à l’original par des éditeurs peu scrupuleux, pour le plaisir de disposer d’une édition bien illustrée.

Ainsi, l’édition dite « de la Sirène », en douze tomes, publiée de 1924 à 1935, aux éditions de la Sirène, avec ses couvertures en cuir fin, ses illustrations en pleine page sous serpentes, ses gravures hors-texte et dans le texte, ses notes abondantes.
Ainsi, aussi, l’édition de Javal & Bourdeaux (1931-1932), remarquablement illustrée par environ 200 aquarelles du peintre français Auguste Leroux, dont une partie est trouvable sous forme de reproductions.



Ainsi l’édition d’extraits de ces Mémoires (éditions Gibert Jeune, 1950) en deux volumes, illustrée de 32 hors-texte, de nombreux in-texte, par Brunelleschi, édition tirée sur vélin de Condat et en tirage limité à trois mille exemplaires, tous numérotés. On peut regretter que les illustrations aient, dans leur très grande majorité, un penchant vers la grivoiserie (sans pour autant que cela tombe dans la vulgarité ou la pornographie). Mais force est de reconnaître que le trait et les mises en couleurs de Brunelleschi sont empreints de finesse et de délicatesse. C’est donc, là, une édition très plaisante.



Par ailleurs, certains extraits de l’Histoire de ma vie ont fait l’objet d’éditions très particulières.

L’ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8 ; fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur) n’est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C’est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l’époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives. Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n’ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d’un grand didactisme.



Quant au livre Fragments de Mémoires, de Casanova et Brody Neuenschwander (éditions Alternatives, 2005, ISBN 2-86227-432-1, fiche du livre sur le site de l’éditeur), il a été un de mes coups de cœur graphique. Il est constitué d’extraits des Mémoires de Casanova, sur les pages de gauche, et des travaux graphiques (calligraphies, collages, etc.) sur les pages de droite. Un exercice audacieux, original, qui ne laisse pas indifférent : on adore ou on déteste. Moi, j’adore !



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Défis. Ce billet répond aux défis suivants :