mardi 28 août 2007

Adam prend la poudre d'escampette

Il en va des surprises comme des bouteilles : certaines sont bonnes, d’autres moins bonnes.

Lors de mes vacances dordognaises, je m’étais laissé aller à acheter un roman anglais en étant séduit principalement par sa photo de couverture, et par la lecture en diagonale de la quatrième de couverture. Je l’avais pris en me disant « voyons la surprise que cela me fera », et je l'avais mis dans ma pile de lecture.

Maintenant que j'en ai terminé la lecture, permettez-moi de vous en dire quelques mots.

Le roman Adam Runaway, de Peter Prince (Bloomsbury Publishing, 2006, ISBN 9780747582946), fait partie des très bonnes bouteilles : un arôme riche sans être lourd, une belle longueur en bouche, et juste assez d’acidité pour vous titiller les papilles sans vous faire faire la moue.

Loin des décors londoniens parcourus de long en large dans d’autres romans, c’est dans Lisbonne que nous transporte ce roman, au début des années 1720. La coterie des marchands anglais est bien implantée dans la capitale portugaise, tandis que les troupes du roi George I d’Angleterre prêtent main forte aux Portugais de João V contre les Espagnols. Mais l’explosion de la « Bulle des Mers du Sud » a ruiné plus d’un spéculateur anglais, tant à Londres qu’à Lisbonne. Adam Hanaway, jeune Anglais récemment arrivé à Lisbonne, essaie de redresser la barre de sa famille, touchée de plein fouet par ce « krach » boursier. Et il est pris dans un jeu complexe, jeu de dupes et de faux-semblants, jeu de séductions et de passions, jeu de douceurs et d’amertumes.

Le récit alterne les chapitres en vue subjective, racontés par Adam Hanaway, et des chapitres en vue objective, centrés sur d’autres personnages. Une structure particulièrement prenante, puisqu’elle met en lumière les traits de caractère de ce « héros ». Rien d’héroïque en lui, à vrai dire. Adam Hanaway, dont le savoir-faire à prendre la poudre d’escampette dès que les difficultés se font jour est si grand qu’il l’a amené à être surnommé « Adam Runaway », « Adam la Fuite ». Fuyard et en même temps condescendant, il en deviendrait presque antipathique. Et pourtant, il arrive à être attachant.

Sans que la comparaison porte sur les trames des récits, j’ai retrouvé là quelques éléments de ce que j’aime dans le film Barry Lyndon. Une manière de peindre les choses qui démontre que la frontière est ténue entre courage et compromission, entre promesse et trahison.

Je me suis régalé de ce roman, écrit dans un anglais fort savoureux, et avec une touche de cynisme délectable. A ce jour, il n’a pas été traduit en français ; j’espère qu’un éditeur hexagonal le proposera dans la langue de Rousseau, car ce livre devrait séduire plus d’une personne, de ce côté-ci de la Manche.


* * * * *
Pour l'anecdote, je préfère largement la couverture de l'édition de poche que j'ai achetée (1ère en partant de la gauche), à celle de l'édition originale en plus grand format (2ème en partant de la gauche), où le décolleté avantageux surmontant la perspective de Lisbonne me semble un peu trop racoleur et surtout donne une fausse idée du roman. Une autre couverture (3ème en partant de la gauche) me semble plus conforme à l'ambiance du livre (les intrigues derrière la façade).

2 commentaires:

andromède a dit…

Ah, si seulement mon anglais grimpait quelques échelons... Parce que j'avoue à ma grande honte que les seuls bouquins que je suis à peu près capable de comprendre dans la langue de Shakespeare sont les "Harry Potter" T__T
Je vais attendre encore un peu... Qui sait, à la fin de l'année scolaire je pourrais peut être tenter ? :D

Monsieur de C a dit…

N'ayant lu Harry Potter ni dans la langue de Shakespeare ni dans celle de Molière ou de Cervantes, je ne saurais faire de comparaison entre les "niveaux" d'anglais d'Harry Potter et d'Adam Runaway.
Je peux seulement dire que celui d'Adam Runaway est assez relevé.
Pour tenter une comparaison audacieuse, je dirais que l'écriture anglaise de Peter Prince dans Adam Runaway est, à sa manière, la cousine de l'écriture espagnole d'Arturo Pérez Reverte dans Capitan Alatriste. Le goût des belles tournures et d'un vocabulaire riche, sans pour autant être incompréhensible.

C'est peut-être une motivation pour "muscler" votre anglais. ;-)