mardi 27 mai 2008

Guerre en pays sauvage


L
a guerre franco-anglo-indienne en Amérique du Nord n'a pas été moins terrible que les autres guerres de la période ni que les autres guerres de l'histoire du monde. Mais mes jeunes lectures de romans comme Le dernier des Mohicans et de vieux livres d'histoire m'avaient donné envie d'en savoir plus. Plus tard, je m'y suis intéressé plus avant, et je vous avais fait part, chers lecteurs, de quelques ouvrages assez faciles à prendre en main pour découvrir ce sujet.


Ayant quelque goût pour les jeux de guerre, j'avais déjà évoqué un jeu de guerre sur la Nouvelle France, Quelques arpents de neige. Mais celui-là était relativement complexe, et c'est un jeu plus simple que je vous présente aujourd'hui.





Wilderness War a été créé par Volko Ruhnke et développé par Rob Winslow pour l'éditeur de jeux GMT et publié en 2001. Le titre du jeu, la « guerre en pays sauvage », si j'ose dire une traduction à la volée, fait référence au fait que cette guerre s'est grandement déroulée dans des terrains difficiles, souvent boisés, dans des affrontements en escarmouches, entre troupes légères et bandes indiennes. Paradoxalement, c'est pourtant dans des batailles très « classiques » de plaine, à la mode européenne, que le sort de l'Amérique du Nord française s'est définitivement scellé.


Wilderness War utilise des mécanismes originaux qu'il partage avec d'autres jeux de la série née avec We The People, créé en 1993 par Mark Herman pour l'éditeur Avalon Hill :

- il ne repose pas sur une grille régulière à hexagones, comme les jeux de guerre « classique », mais sur un réseau irrégulier de cases représentant des endroits stratégiques (villes, forts, traversées de rivières, etc.) ;


- chaque joueur utilise des cartes spéciales pour générer les actions de son camp (déplacer des troupes, construire un fort, déclencher un événement particulier, etc.).
Avec de tels mécanismes, on dépasse le simple affrontement de deux troupes, pour faire entrer en ligne de compte des aspects plus larges, politiques et économiques.

Le jeu respecte plutôt bien la disproportion des forces en présence, ce qui veut dire que, sur la durée, le camp anglais a plus de chances de remporter la victoire que le camp français. Mais certains scénarios, notamment ceux qui se concentrent sur les premières années de la guerre, offrent toutes ses chances au joueur du camp français.

Cet équilibre du jeu, combiné à des scénarios variés et à des mécanismes originaux et simples sans être simplistes font de Wilderness War un jeu particulièrement agréable, à la fois abordable et très prenant.


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Pour aller plus loin :
- la présentation du jeu sur le site de l'éditeur, avec de nombreux éléments téléchargeables pour s'en faire une idée assez précise ;
- la traduction française du jeu ;
- une fiche de présentation du jeu et deux avis de joueurs, en français ;
- une fiche de présentation du jeu, en anglais ;
- une fiche du jeu et quelques avis, en anglais ;
- une critique en français ;
- une critique très détaillée, en français, dans le n°23 du magazine Vieille Garde, téléchargeable en PDF ;
- une autre critique du jeu en français a été publiée dans le n°41 de la revue Vae Victis.
- une longue critique, en anglais ;
- une courte critique, en anglais
- une critique, en anglais :
- le rappel des nominations de ce jeu aux récompenses International Gamers Awards .


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dimanche 25 mai 2008

En mocassins devant la télévision



Allumez la télévision, chaussez vos mocassins et empoignez votre long fusil, pour courir sur les traces d'Œil-de-faucon !
Ce soir, la chaîne NT1 diffuse Le dernier des Mohicans, dans sa version réalisée par Michael Mann, dont j'ai déjà parlé il y a quelques mois.



Grand spectacle assuré, même si, comme je l'ai écrit, cette version n'est pas toujours fidèle aux romans de Fenimore Cooper.

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De l'échafaud au roman


F
rançois-Jean Lefebvre, chevalier de La Barre, est une des victimes de l'intolérance religieuse et des magouilles juridico-sociales qui persistent au siècle des Lumières, et le billet que je viens de lui consacrer reflète mon attachement profond à la liberté de penser, attachement exacerbé en ces temps où l'on essaie de nous refourguer du religieux en guise de nouveau ciment de notre société.

Ceux qui voudraient découvrir le chevalier de La Barre sous forme romanesque, en complément, par exemple, de la Relation de la mort du chevalier de La Barre à Monsieur le marquis de Beccaria et le Cri d’un Sang Innocent , tous deux de la plume de Voltaire, peuvent se réjouir : les éditions Phébus viennent en effet de publier Le chevalier de La Barre, de Michel Zévaco (collection Libretto, 2008, ISBN 978-2-78-290324-2).
Zévaco, journaliste puis prolifique auteur de romans-feuilletons, a eu un engagement politique anarchiste et anticlérical. Il pouvait donc difficilement passer à côté du chevalier de La Barre sans en faire le personnage central d'un de ses romans.
Un roman à prendre comme il vient, c'est-à-dire comme un roman militant, un roman réquisitoire contre les machinations juridiques et religieuses. Il ne faut pas y chercher la véracité historique, le réalisme sur l'époque. Mais, une fois que l'on est conscient de cela, ce Chevalier de La Barre reste un roman passionnant, avec les aventures trépidantes et les rebondissements qui sont les fondements du genre.

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De la barre à l'échafaud


Le chevalier de La Barre, plus connu sous ce titre que sous son nom (François-Jean Lefebvre), a eu le triste privilège d'être le dernier Français condamné à mort pour blasphème.

Le chevalier est accusé, en 1765, de divers actes d'impiété, tout comme deux de ses amis, Gaillard d’Etallonde et Moisnel : ils ne se seraient pas décoiffés au passage d'une procession religieuse, auraient chanté des chansons insultant Marie-Madeleine, et mutilé un Christ en place publique à Abbeville. Fait aggravant aux yeux de ses accusateurs, le chevalier de La Barre possédait, outre deux livres licencieux, le Dictionnaire philosophique de Voltaire.

Moisnel, très jeune, n'est pas réellement inquiété, Gaillard d’Etallonde trouve le salut dans la fuite à l'étranger, et le chevalier de La Barre, trop confiant en la justice, choisit d'affronter le procès.
Mal lui en prend puisque, malgré un solide alibi, il est finalement condamné à la torture et à la mort. Il est exécuté le 1er juillet 1766 : poing et langue coupés, il est ensuite décapité et brûlé avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire, préalablement lacéré
Le chevalier de La Barre a été victime de différents entre certains membres de sa famille et des personnages puissants d'Abbeville, d'une justice défaillante avalant – voire suscitant - accusations non étayées et faux témoignages, et de la profonde intolérance religieuse qui persistait en ce siècle des Lumières.

Des voix s'élèveront néanmoins pour défendre le chevalier, dont celle de Voltaire, qui devra s'enfuir pour ne pas être poursuivi lui-même ! Enfin réhabilité par la Convention, le chevalier de La Barre deviendra une figure symbolique de la lutte contre l'intolérance religieuse. Le fait que le gouvernement de Vichy ait fait déboulonné, en octobre 1941, la statue qui avait été érigée en 1897 devant la basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre, puis déplacée au square Nadar en 1926, ne peut que souligner à quel point les libres penseurs gênent, même lorsqu'ils ne sont que des symboles, les dictateurs de tout poil, politiques ou religieux.

Le chevalier de La Barre est toutefois revenu parmi nous, le 24 février 2001, lorsqu'une nouvelle statue a été érigée en remplacement de celle déboulonnée par les vichystes. Certains se sont plaint que la statue, représentant le chevalier les mains dans les poches, n'est pas assez militante, pas assez représentative de ce qui est arrivé au chevalier, et qu'elle aurait dû montrer également le bûcher et le Dictionnaire philosophique, comme la première statue.

Le plus important, à mes yeux, est surtout de conserver la vigilance contre l'intolérance et pour la liberté de penser et de s'exprimer. Le socle de l'actuelle statue porte, gravé dans la pierre, les mots de Voltaire : « La tolérance universelle est la plus grande des lois ».


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Illustrations
La carte postale ancienne est publiée sur cette page-là.
La photo de la statue actuelle est publiée sur cette page-là.


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mercredi 21 mai 2008

Casanova et le chant de la sirène


I
l y avait quelques mois déjà que j'avais repéré, sur les étagères d'un bouquiniste, une « jolie » édition des Mémoires de Casanova.
Il s'agit de l'édition dite « de la Sirène », en douze tomes, publiée de 1924 à 1935, aux éditions de la Sirène.

Avec ses couvertures en cuir fin, ses illustrations en pleine page sous serpentes, ses gravures hors texte et dans le texte, ses notes abondantes, elle chantait à mes oreilles. N'ayant aucune envie de mettre de la cire dans mes oreilles pour me protéger de l'envoûtement de ce chant de sirène, j'ai fini par l'acheter.

Elle vient s'ajouter à mes autres éditions, dont celle chez Robert Laffont, plus fidèle et plus complète, mais dont le charme est bien moindre, dans son papier-bible, que celui d'une édition qui sent le cuir et le papier ancien.

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Pour quelques informations sur les différentes éditions des Mémoires, vous pouvez vous reporter à la page qui leur est consacrée sur Wikipedia.


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Giacomo contre les Mongols


D
isques, livres, films, tarots, Casanova a inspiré bien des « produits dérivés », comme diraient les loups de la mercatique. Il a même inspiré un jeu vidéo, Casanova – Le duel de la rose noire (développement et édition Arxel Tribe, 2001).

Inspiré de loin, précisons-le d'emblée. Ce jeu propose au joueur d'incarner un Vénitien, grand séducteur et pas manchot quand il s'agit de manier l'épée, déjouant un sombre complot (est-il des complots lumineux ?) visant à livrer la Sérénissime à un non moins sombre ennemi. Un ennemi plutôt inattendu, puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que des Mongols, arrivés jusque là dans les navires de leur flotte...
Ah, j'en entends qui toussent. De saisissement, peut-être. Je peux comprends, j'ai toussé, moi aussi. De saisissement.

La première stupeur passée, et bien revêtu de votre costume casanovien, vous voici parti dans les rues et les palazzi de Venise, courtisant une jeune femme ici, affrontant un aristocrate en duel là. Le jeu est construit autour d'énigmes, surtout dans sa première partie, et d'affrontements à l'épée ou à l'arbalète (tiens, j'en entends encore qui toussent), surtout dans la deuxième partie.

Si le rendu visuel est plutôt saisissant – dans le sens positif du mot -, et si le jeu ne souffre pas, avec un ordinateur d'aujourd'hui, de la lenteur dont il souffrait avec une machine standard lors de sa sortie il y a plus d'une demi-douzaine d'années, ce Duel de la rose noire reste un jeu inégal, où les énigmes sont trop peu nombreuses pour donner un vrai sel à l'aventure et où les commandes peu ergonomiques, au clavier et à la souris, rendent les scènes d'action peu plaisantes.

Le jeu vidéo est un univers dont je suis très peu familier et très peu friand. Mais ma curiosité est un vilain défaut que j'assume. Ce jeu, acheté d'occasion, ne m'a coûté que quelques sequins. Ni coup de cœur, ni coup de gueule, il m'a permis d'explorer un univers casanovien étonnant.


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Si vous souhaitez en savoir plus, parcourez ces trois critiques détaillées, une en français (ici), deux en anglais (ici et ), dont j'ai pu constater que leurs auteurs partageaient mes vues sur ce jeu..


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jeudi 8 mai 2008

Clin d'œil à Fanfan


J
'avais déjà invité dans ces colonnes, avec son accord, le dessinateur Pierre Joux. Repassant en revue, ce jour, certaines des illustrations qu'il m'avait envoyées, je me suis arrêté sur l'une d'entre elles, qui m'a fait penser aux films Fanfan la Tulipe, et plus particulièrement au personnage de Fier-à-bras, interprété par Noël Roquevert dans la version de Christian-Jacque et par Philippe Dormoy dans celle de Gérard Krawczyk.














Tout l'art de la séduction, vu par un dragon. Avouez que ça change des manières du hussard !


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Photographies
- Gina Lollobrigida et Noël Roquevert (photographe inconnu de ma part)
- Vincent Perez et Philippe Dormoy (© Olivier Gachen)

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samedi 26 avril 2008

Leroux au service de Casanova


I
l m'est difficile de cacher ma curiosité pour les diverses éditions de l'Histoire de ma vie, de Giacomo Casanova. Avec celle publiée aux éditions Robert Laffont, collection Bouquins, j'ai trouvé la plus fidèle au texte original, et la plus complète grâce aux textes introductif, aux notes, etc.

Mais, tout aussi fidèle et riche soit-elle, cette édition reste sous la forme de livres un peu quelconques, en papier bible et couverture souple. Des éditions plus anciennes, certes incomplètes, voire trahies, m'intéressent également, pour leur forme. J'aime les reliures en cuir, les livres illustrés de gravures ou de dessins.

En fouinant sur le net à la recherche d'autres éditions de ces Mémoires de Casanova, j'ai trouvé la mention de l'édition de Javal & Bourdeaux (1931-1932), remarquablement illustrée par le peintre français Auguste Leroux. Cette édition est un peu chère pour ma bourse (si un lecteur se sent l'envie de me l'offrir, il peut prendre contact avec moi !), mais une partie des illustrations est trouvable sous forme de reproductions.
Plusieurs sites de vente en ligne de posters reproduisant des tableaux en vendent (un coup de moteur de recherche avec « casanova » et « leroux » comme mots-clés vous permettra d'en trouver facilement).

Mais la source la plus riche est un site néerlandais, présentant environ 200 aquarelles tirées de cette édition de Javal & Bourdeaux.
Un vrai coffre au trésor, pour les amoureux de Casanova, de Venise et d'ailleurs, ou des arts.

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jeudi 24 avril 2008

Nicolas Le Floch à la télé


L
es romans de Jean-François Parot mettant en scène son enquêteur Nicolas Le Floch me comptent parmi leurs lecteurs fidèles.

C'est donc avec curiosité et impatience mêlées que j'attends de voir ce que donnera la transposition de ces romans sur le petit écran.

Quelques éléments d'information ont été publiées sur les tournages qui se sont déroulés à la fin de l'année 2007.

La réalisation a été confiée à Edwin Baily qui a, à son actif, quelques œuvres télévisuelles intéressantes, comme l'adaptation des Petits meurtres en famille d'Agatha Christie. Remarquez, tant que ce n'est pas Josée Dayan derrière la caméra, je pense que l'on est à peu près assuré d'éviter le pire (elle est devenue, à mes yeux, la spécialiste incontestée du massacre des œuvres du patrimoine littéraire populaire français).

L'adaptation des romans pour le petit écran a été menée par Hugues Pagan, policier passé à l'écriture de romans noirs et de scénarios pour la télévision.

La production est assurée par la Compagnie des phares et balises, qui a, dans son catalogue, quelques documentaires vraiment bien faits.

Enfin, le rôle principal, celui de Nicolas Le Floch, échoit à Jérôme Robart, dont je dois dire que sa filmographie ne m'avait pas franchement marqué. J'apprécie la « gueule » que semble avoir Jérôme Robart dans ce rôle, qui l'éloinge un peu de l'image de « beau gosse un peu insipide » que je m'était faite en lisant les romans. Je crois qu'inconsciemment, j'avais mis sur le personnage de Nicolas Le Floch la tête de l'improbable mélange entre Charles Berling dans Ridicule et Stefano Accorsi dans Le jeune Casanova.

Je découvre là un autre Le Floch, et cela me rend impatient de voir ces téléfilms.

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mercredi 23 avril 2008

Un mystère sur l'étagère


J
'avais signalé l'existence d'un DVD fort intéressant présentant les recherches menées pour retrouver et analyser les traces de la disparition de Lapérouse.

Dans le prolongement de l'exposition au Musée national de la Marine, j'ai craqué pour le catalogue Le mystère Lapérouse, ou le rêve inachevé d'un roi, sous la direction de l'association Salomon (édition de Cont, 2008, ISBN-13 : 978-2-35103-012-7).

Un ouvrage qui passionnera les amateurs de voyage, les naturalistes, les passionnés d'histoire et de mer, les curieux d'archéologie, les amoureux des beaux-livres.

Pourtant, comme j'ai eu l'occasion de le dire par ailleurs, je suis partagé entre des sentiments un peu antagonistes : la curiosité d'en savoir toujours un peu plus sur Lapérouse, et l'envie qu'il reste néanmoins entouré d'un peu de mystère. Finalement, je suis bien content que l'on n'ait pas retrouvé son crâne, par exemple.

J'espère que nous n'aurons pas trop de nouvelles de Monsieur de Lapérouse.

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mardi 22 avril 2008

Signé Boucher, à tort ?


En présentant le livre La France au temps des libertins, que je trouve à la fois très intéressant et visuellement superbe, j'avais écrit que « Le livre se termine sur un cahier fermé regroupant des reproductions de gravures (d'après Antoine Robel ou François Boucher, par exemple) ».

Un lecteur de mes colonnes m'a envoyé une missive électronique attirant mon attention sur le fait que ce commentaire, que j'avais basé en toute bonne foi sur les légendes des illustrations présentent dans ledit cahier, contribuait à rapporter une information erronée. Je me permets de reproduire ici une partie des échanges que j'ai eus avec lui, pour partager avec vous son regard affûté, ses arguments et ses pistes pour en savoir plus.


Découvrant votre très plaisant site et y navigant au hasard des pages, j'ai remarqué que vous parliez de l'ouvrage intitulé "La France au temps des libertins".

Voici un très bel ouvrage mais je doute fort que les tableaux érotiques figurant dans le livret scellé soient attribuables à François Boucher.

Beaucoup de commanditaires du XIXème ont fait faire des retouches sur des tableaux du XVIIIème pour leur donner ce côté égrillards qui les attiraient temps dans ce siècle dit "de la douceur de vivre".
De plus si vous comparez les dates de naissances du dauphin, du peintre, etc., vous vous apercevrez que c'est un François Boucher reconnu mais débordé par les commandes, âgé et malade (sa vue éteint) qui aurait fait ces tableaux licencieux.
Louis (1729-65), Louis XVI (1754-93), Boucher (1703-70) et la date du mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette (1770) ; il apparaît donc que le peintre aurait donné ces cours d'éducation sexuelle dans les dernières années de sa vie.


Le catalogue de la rétrospective de 1986 consacrée à Boucher
et les ouvrages de Georges Brunel -spécialiste reconnu- ne les citent même pas comme pouvant être du peintre.


Le catalogue auquel ce correspondant fait référence est celui de l'exposition François Boucher, 1703 - 1770. Paris, Galeries nationales du Grand palais, 18 Sept. 1986 - 5 Janv. 1987 , édité par la Réunion des musées nationaux.


Ayant cité ses mots, je lui tire mon tricorne et le remercie ici de ces précisions (et de ses compliments à l'égard de ces colonnes).

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lundi 21 avril 2008

La bourse ou la vie


Mandrin et Cartouche m'avaient fait de l'œil, chacun à sa manière, attirant ma curiosité vers ces deux brigands aux personnalités et parcours forts différents.

Je me suis laissé aller à acquérir deux romans pour voir comment ces deux brigands différents pouvaient vivre au travers de l'imagination d'une même plume, celle de Michel Peyramaure.

Les trois bandits, tome 1 : Cartouche (Robert Laffont, 2006, ISBN-13 : 978-2221106709)
Louis Dominique Garthauszien, dit Cartouche, a été le plus célèbre et le plus redoutable brigand de son temps, celui de la Régence. Fils d'un tonnelier de la rue du Pont-aux-Chaux, à Paris, il rompt dans sa jeunesse avec sa famille pour entrer en délinquance, comme on entre en religion, avec une surprenante précocité et des dons incontestables. Alors qu'il n'a pas encore vingt ans, il est admis dans un gang dont, devenu le chef, il fait une organisation criminelle destinée à mettre Paris au pillage. Il saignera à blanc tous les nobles et les bourgeois qui s'enrichissent malgré la misère accablant la population. Il investira des villes entières et se conduira toujours envers ses victimes avec une forme d'élégance cruelle. Au-delà de l'Histoire, Michel Peyramaure s'est attaché à sonder l'âme de ce personnage hors du commun: exécrable bandit ou brigand d'honneur ? " Il avait, avoua un magistrat, de la politesse et des sentiments... "

Les trois bandits, tome 2 : Mandrin (Robert Laffont, 2007, ISBN-13 : 978-2221106891)
Il a laissé dans notre imaginaire l'image du contrebandier au grand cœur qui venge les pauvres terrassés par l'impôt en détroussant les fermiers généraux avides et corrompus... Né en 1724, Louis Mandrin a dix-huit ans quand son père meurt, le laissant responsable d'une famille de neuf enfants. Compromis dans une rixe en 1753 et condamné à être roué vif, Louis se réfugie dans l'illégalité et s'enrôle dans une bande dont il devient bientôt le chef. A la tête de trois cents hommes de tout acabit, il pratique la contrebande sur une échelle jamais envisagée jusqu'alors. Cuirs, peaux, grain, fourrage, poudre et plomb, tabac, toiles peintes, mousselines, indiennes sont acheminés vers la France. Sel, tissus, produits coloniaux filent vers la Savoie. Mandrin vend ses marchandises dans les foires des villes du bord du Rhône, qu'il investit le temps de son commerce. Le temps aussi de libérer les prisonniers, séduire les femmes du monde et dépenser sans compter. Ses succès lui valent la sympathie d'une grande partie de la population et sa notoriété devient si considérable qu'elle menace l'autorité royale - qui jure sa perte...

Les romans sont-ils à la hauteur des présentations par l'éditeur, citées ci-dessus ? Je le saurai bientôt, et je viendrai vous en glisser deux mots.

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Note : le troisième tome est consacré à Vidocq, vers qui ma curiosité me porte moins.

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dimanche 20 avril 2008

Fouette, cocher !


« Les misérables rosses qui traînent ces voitures délabrées, sortent des écuries royales, et ont appartenu à des princes du sang, enorgueillis de les posséder. Ces chevaux réformés avant leur vieillesse, passent sous le fouet des plus impitoyables oppresseurs. Ci-devant nobles quadrupèdes, impatiens du frein, traînant l'équipage superbe comme un fardeau léger ; maintenant malheureux animaux, tirant le nerf, humides de pluie, dégouttants d'une sueur sale, fatigués, tourmentés pendant dix-huit heures par jour, sous le poids des courses que le public leur impose.
Ces voitures hideuses, dont la marche obscure est si traînante, servent quelquefois d'asile à la jeune fille échappée un instant à la vigilance de ses argus, et qui montant d'un pied agile et non aperçu, veut converser avec son amant sans être vue ni remarquée. Rien ne révolte l'étranger qui a vu les carrosses de Londres, d'Amsterdam, de Bruxelles, comme ces fiacres et leurs chevaux agonisants.
»

Les mots de Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris (tome I, texte n°56) ne sont pas tendres pour les fiacres. Mais, ne voulant pas m'en tenir à ce seul témoignage, même s'il était de première main, j'ai souhaité aller plus avant dans la connaissance sur le transport en voiture au XVIIIe siècle.

Fort heureusement, j'ai trouvé chez un bouquiniste un exemple de l'ouvrage de Jospeh Jobe, Au temps des cochers. Histoire illustrée du voyage en voiture attelée du XVème au XXème siècle (Edita, 1976, ISBN 2-88001-019-5). Le livre comporte quatre grands chapitres, chacun grossièrement relatif à un siècle : « Origine et début de la voiture » (XVIe siècle), « Du coche branlant au carrosse doré » (XVIIe s.), « Un siècle de grands seigneurs cosmopolites » (XVIIIe s.) et « L'âge d'or de la diligence » (XIXe s.).

Le chapitre sur le XVIIIe brosse d'abord le portrait des différents types de voyageurs, diplomates, aristocrates, financiers, ou tout simplement curieux, avant de présenter des aspects particuliers à certains pays (Italie, péninsule ibérique, France, Angleterre, etc.). Une partie du chapitre est spécialement consacrée au voyage de Paris à Vienne vers 1750, et une autre à la berline et à la chaise de poste.

Voilà qui avait de quoi satisfaire une partie de ma curiosité, les notes et la bibliographie de l'ouvrage ne manquant pas, cependant, de me donner envie d'aller plus loin.

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Quand le papier tue


B
enjamin Weaver avait pris le parti de gagner sa vie comme pugiliste, mais voici qu'on fait appel à lui pour enquêter sur la mort peu naturelle de Mister Balfour. Cette recherche de la vérité va le mener bien plus loin qu'il ne le pensait, jusques et y compris dans le passé de sa propre famille dont il s'était volontairement éloigné.

Une conspiration de papier (A Conspiracy of paper), de David Liss (éditions J.-C. Lattès, 2001, ISBN-13 : 978-2709620413), est un remarquable roman. Ancré dans Londres au début du XVIIIe siècle, il nous entraîne dans les rouages sombres de la finance, les intrigues autour de la Compagnie des mers du Sud. Ce roman ravira tant les amateurs de thrillers complexes que les amateurs de romans historiques, et même les amateurs de bons livres, tout simplement.

Ce roman traite de ce que l'on pourrait appeler "l'explosion de la bulle des mers du Sud", basée sur la spéculation sur les actions et la manipulation du papier-monnaie qui venait d'être mis en circulation.
Mêlant la réalité et la fiction, David Liss tisse une toile dans laquelle il prend son lecteur, lui faisant vivre cette paradoxale double envie : l'envie de connaître la fin, les dessous de l'histoire, et, en même temps, l'envie de savourer chacune des pages, de se délecter du fait d'être mené en bateau (au bon sens du terme) par l'auteur.



Achetez ce livre ! Si vous êtes déçu(e), je vous rembourse... en actions de la Compagnie des mers du Sud. ;-)


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Pour aller plus loin :
Quelques éléments complémentaires sur cette page-là, pour les lecteurs anglophones.


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dimanche 13 avril 2008

Jouons les espions à Venise


E
ntorse, avec ce billet, avec ma ligne éditoriale qui veut d'en tenir au dix-huitième siècle. Mais petite entorse seulement, je pense, en présentant ce jeu, Intrigues à Venise.

Certes, le jeu n'est pas ancré dans la Venise du Settecento, celle de Giacomo Casanova et des denunzie segrette au Conseil des Dix. Mais il a un côté intemporel qui fait qu'on peut tout à fait s'imaginer jouer à cette période-là.
Le jeu se base sur l'affrontement entre quatre espions à Venise, à la période du Carnaval. Chaque espion doit d'abord arriver à déterminer avec quel autre espion il est censé faire équipe, puis la paire ainsi constituée doit l'emporter sur l'autre paire en accomplissant la mission qui lui est dévolue.

Intrigues à Venise, création du duo Alex Randolph et Leo Colovini (ce dernier étant vénitien, précisons-le pour l'anecdote) chez l'éditeur de jeux MB, fête ses vingt ans cette année. Après être resté indisponible pendant des années, il a retrouvé une nouvelle vie en 2001 chez un autre éditeur, Winning Games, sous le nom qu'il avait déjà à sa création, Inkognito.

Le matériel de jeu est très bien réalisé. Je me permettrai toutefois de regretter que les pions de jeu n'aient pas une apparence un peu plus "artistique" que ces silhouettes qui font passer les Playmobil pour des Verrocchio.

Si vous appréciez les jeux d'enquête comme le Cluedo, avec une touche d'esprit de collaboration, alors Intrigues à Venise est fait pour vous.


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Pour en savoir un peu plus :
- la fiche du jeu sur le site Trictrac ;
- l'avis de Bruno Faidutti, figure célèbre du monde du jeu de société ;
- un compte rendu de partie.

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samedi 12 avril 2008

Passez-moi la pince


E
n consultant divers ouvrages sur Tiepolo et sur l'histoire de l'art en général, je suis tombé à plusieurs reprises sur son tableau L'arracheur de dents (peint vers 1754).


Crédit photographique : (C) RMN - ©Droits réservés


J'apprécie ce tableau tant dans son ensemble que dans la richesse de ses détails, le charlatan dans sa splendeur démonstrative, les costumes vénitiens du quotidien et du Carnaval, le choc du rêve et de la réalité.




Cette image est présentée ici grâce à un lien vers le site de l'Agence photographique de la Réunion des musées nationaux, sans intention de porter atteindre à ses droits sur cette image. Vous en trouverez la fiche détaillée sur cette page-là.

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Derrière le pavillon noir


A
lors que notre actualité a remis devant les yeux du grand public un problème récurrent mais peu commenté tant qu'il ne touchait pas à des intérêts français symboliques, la piraterie maritime, j'ose revenir sous vos yeux avec un livre sur la piraterie.

Celui que j'ai retenu pour ce billet n'est pas une de ces sempiternelles galeries de portraits de pirates, mi-rubrique de faits divers et horrifiants, mi-rubrique mondaine. L'ouvrage de Jean-Pierre Moreau, Une histoire des pirates, des mers du Sud à Hollywood (Tallandier, Points Histoire, 2006, ISBN 978-2-7578-0484-1) va bien au-delà. S'il consacre une grande partie de l'ouvrage à une approche historique de près de deux siècles (de 1520 à 1720 environ) de piraterie, et plus généralement d'histoire maritime et coloniale, il entreprend également de faire découvrir au lecteur la réalité derrière le mythe, la pauvreté derrière les ors, la violence derrière l'idéal de liberté, la monotonie de la vie quotidienne derrière les rares coups d'éclats.

Bien sûr, vous pouvez préférer croire que le film Pirates des Caraïbes est un reportage crédible sur le sujet. Mais accordez tout de même une chance à Jean-Pierre Moreau d'essayer de vous convaincre du contraire.



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Découvrez d'autres regards sur ce livre sur cette page-là ou cette autre-là, par exemple.

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dimanche 6 avril 2008

Intrigué et tenté


U
ne flânerie sur le net m'a amené sur le site de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts.

Et sur la page consacrée aux catalogues des publications, j'ai relevé Les salons des mémoires secrets 1767-1787, édition établie et préfacée par Bernadette Fort (1999, ISBN 2-84056-066-6)
Le texte présentant l'ouvrage a attiré ma curiosité :

Cet ouvrage reproduit en un volume le texte intégral des onze Salons dispersés jusqu’ici dans les trente-six volumes des "Mémoires secrets" pour servir à l’histoire de la République des Lettres, souvent dits “Mémoires de Bachaumont”. Ces textes, qui recensent les expositions bisannuelles de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture de 1767 à 1787, comptent parmi les textes les plus importants de la critique d’art sous l’Ancien Régime. Qu’ils traitent de peinture d’histoire, de portraits, de paysages ou de scènes de genre, des statues commandées par le roi ou de gravures intimes, les Salons constituent un remarquable corpus critique sur l’évolution de l’art et du goût esthétique français de la génération de Boucher à celle de David. Par leur regard acéré, leur style incisif, la qualité de leur jugement esthétique, ces Salons rivalisent avec ceux de Diderot. L’origine semi-clandestine de la publication où ils s’insèrent assure à ces textes, qui restent anonymes (et auxquels Bachaumont n’a d’autre part que légendaire), l’immunité vis-à-vis de la censure, et donc la liberté d’expression, choses inconnues de la critique d’art contemporaine. Mal connus ou négligés jusqu’ici, les "Salons des Mémoires secrets" s’avèrent une source indispensable pour les historiens, les conservateurs, ou les collectionneurs.


Je ne suis ni historien, ni conservateur, ni collectionneur. Mais un amateur et un curieux. Je me demande donc si cet ouvrage est accessible à une personne qui n'est pas plongée dans le monde de l'art ou de l'histoire de l'art au quotidien.

Tout avis est donc le bienvenu.

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Un très grand « dérangement »


L
e titre de ce billet n'est pas né de ma plume. C'est le sous-titre du livre Les routes de l'esclavage, de Claude Fauque et Marie-Josée Thiel (éditions Hermé, 2004, ISBN 2-86665-391-2).

Cet ouvrage, nourri notamment du profond travail mené par des historiens et chercheurs de nombreux pays sous l'égide de l'Unesco (programme « La route de l'esclave »), porte la lumière sur la traite négrière et l'esclavage, tant dans sa géographie que dans son quotidien.
Bien évidemment, nous sommes loin, dans le mode de traitement, du journal du capitaine négrier William Snelgrave, dont je vous entretenais il y a quelque temps.

Le livre de Claude Fauque et Marie-Josée Thiel à la fois touche aux détails et prend du recul, essayant de nous amener à comprendre l'inexplicable. Un ouvrage qui secoue, et donc j'imagine difficilement qu'il puisse être lu d'un bout à l'autre sans s'arrêter. En tout cas, pour ma part, je n'ai pas pu. D'une part parce que je n'en avais pas envie, et d'autre part parce que s'arrêter pour respirer fait du bien, dans ce genre de lecture. Pas pour tourner le dos à ce que ces pages montrent et racontent. Mais parfois pour se demander « sommes-nous bien sûrs que ça ne pourra jamais recommencer ? ».


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Photographie et remerciements


J
'avais sollicité l'autorisation de Jean-Paul Lozouet pour illustrer mon billet sur le spectacle de Bartabas consacré au chevalier de Saint-George avec l'une de ces photographies prises durant une des représentations dudit spectacle en 2004.
Cette autorisation m'ayant été accordée, le billet en question est désormais illustré de l'un de ces clichés.


Photo Jean-Paul Lozouet, avec son aimable autorisation expresse


Je vous invite à découvrir les autres photographies de ce spectacle sur la page spécifique que Jean-Paul Lozouet lui a consacrée.

Et laissez-vous aller à flâner dans ses autres albums, non dix-huitièmistes.

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