mercredi 16 mai 2007

Polars parfum XVIIIe

En 2000, bien à l’abri du bug dont certains craignaient qu’il ne fît passer notre monde de la lumière à l’obscurité, je découvrais avec plaisir un roman policier dans la France de Louis XV : L’énigme des Blancs-Manteaux, de Jean-François Parot.

Si je suis grand consommateur de romans policiers et de romans historiques, je suis souvent sur la réserve au moment de plonger dans un roman policier historique.
Le polar historique présente, certes, l’avantage de pouvoir amener le lecteur à changer d’ambiance, tout en le laissant chausser ses souliers habituels. L’apprentissage de ce nouveau décor (vie quotidienne, mœurs, contexte politique, etc.) se fait généralement en douceur au fil du récit. Mais, pour avoir lu nombre de ces romans policiers historiques, j’en tire une sensation générale de plaisir tiède.
Certains d’entre eux, manifestement écrits par des auteurs qui sont d’abord des universitaires avant d’être des romanciers, sont un peu compassés, empesés. L’obligation de donner au lecteur les clés de compréhension de l’époque, du contexte politique, etc., pousse parfois les auteurs à faire donner ces informations par les personnages eux-mêmes, dans des monologues savants qui frisent le pompeux. La volonté de didactisme l’emporte alors sur la fluidité du récit.
En outre, beaucoup de ces romans sont dénués de cet humour cynique qui fait le charme de bien des romans noirs, comme si le poids de l’histoire écrasait à la fois l’auteur et le récit. Il y manque un brin d’ironie, ou de folie. La seule série de polars historiques dans laquelle j’ai trouvé ce piment est celle écrite par Lindsay Davis, et mettant en scène le "privé" Marcus Didius Falco, dans la Rome de Vespasien, Domitien et Titus.

Enfin, j’ai la faiblesse de trouver que nombre de ces intrigues manquent non seulement de "punch" mais aussi de suspense. Au manque de punch, vous pourrez toujours rétorquer que le style "vieilles Anglaises résolvant les énigmes autour d’une tasse de thé" a aussi son charme ; je vous concède le point, il s’agit là d’une simple question de goût. Mais il me semble que le manque de suspense est plus dérangeant quand on parle de romans policiers.

Fort heureusement, il y a, dans les romans policiers historiques ayant pour cadre le XVIIIe siècle, quelques bonnes surprises, dont les romans de Jean-François Parot ou de Bruce Alexander. J’en ferai état plus en détail dans de prochains billets.


Note : la majeure partie de ce billet d’humeur est directement inspirée d’un article que j’avais écrit, dans le n°2 du fanzine Utopies, à propos des romans policiers ancrés dans le Moyen Age, sous le titre Fin limiers médiévaux. Les considérations générales que j’y expose s’appliquent tout aussi bien aux romans policiers ayant pour cadre d’autres époques historiques, et je me suis donc permis de les reprendre ici.

2 commentaires:

Olivier R. a dit…

Allez-vous faire un article du blog sur les romans de Bruce Alexander qui se passent à Londres, avec le juge aveugle Fielding ? C'est basé sur un personnage réel, avec des enquêtes variées.

Monsieur de C a dit…

Je ne saurais passer sous silence les romans policiers de Bruce Alexander. Outre le fait que je les apprécie, ils constituent une porte d'entrée sympathique vers Londres au milieu du XVIIIe siècle, et permettent de découvrir divers aspects de la société anglaise.