dimanche 2 décembre 2007

Un Scaramouche exceptionnel

Décidément, la télévision semble s'être mise a XVIIIe siècle, pour ce mois de décembre. Le 10 décembre prochain, Arte diffusera à 20h40, le Scaramouche de George Sidney (1952).

Si ce film est largement connu pour son duel d'escrime final (un des plus longs jamais filmés), il ne faut certainement pas s'arrêter à cela. Les personnages campés par Stewart Granger, Eleanor Parker, Mel Ferrer sont succulents, et je regrette que Janet Leigh ne soit pas mieux mise en valeur. La photographie, en Technicolor est splendide.
Le scénario de Ronald Millar ne respecte pas à la lettre le roman de Rafael Sabatini, Scaramouche, dont il s'est inspiré. Mais, tout comme Dumas trahissait l'Histoire pour lui faire de beaux enfants, ce film trahit le roman pour en faire un chef-d'oeuvre, un des très grands moments du cinéma, qu'il soit de cape et d'épée ou pas.


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Pour l'anecdote, Arte va diffuser 6 films, dont ce Scaramouche, dans le cadre d'un cycle de cape et d'épée du 10 au 18 décembre.

Toujours pour l'anecdote, George Sidney avait également réalisé un autre grand film du genre de cape et d'épée :
Les trois mousquetaires (1948), avec Gene Kelly et Lana Turner, l'adaptation de ce roman la plus brillante (et qu'importe qu'elle ne soit pas toujours fidèle, là non plus), à mes yeux.

Naturaliste et philosophe

La télévision sait tenter de nous abreuver d'inepties destinées, selon les mots cyniques mais sincères d'une de ses promoteurs, à rendre nos cerveaux disponibles pour les messages publicitaires. Mais, fort heureusement, il reste quelques créneaux diffusant des émissions nageant au-dessus de cette fange.

Sans pouvoir préjuger entièrement de la qualité de cette émission, mon regard a été attiré par le programme proposé sur France 5, le lundi 3 décembre, à 21h35 : Buffon, le penseur de la nature, un docu-fiction de Philippe Tourancheau.
Il y a peut-être, là, quelque espoir de passer un bon moment, à la découverte d'un personnage illustre non sans raison.


Georges Jean Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), intendant du Jardin du roi, a écrit et laissé à la postérité son extraordinaire Histoire naturelle, générale et particulière, synthèse des connaissances de l'époque dans les sciences naturelles : trente-six volumes dont la publication s'étalera de 1749 à 1788. Une oeuvre célébrissime et pourtant, à bien y regarder, c'est plus l'oeuvre d'un vulgarisateur que celle d'un réel observateur ou expérimentateur. Il porte sur les expérimentateurs un regard quelque peu méprisant, et soumet même le fait d'étudier quelque chose à l'utilité qui pourra être tirée de ce qui est étudié (voir son Discours de la manière d'étudier et traiter l'histoire naturelle).
Autre face du personnage, il est un philosophe des Lumières, osant par exemple séparer l'histoire de la Terre de la Création professée par l'Eglise, ce qui vaudra aux premiers volumes de son Histoire naturelle d'être censurés par ladite Eglise.

Si vous regardez bien son année de naissance, vos remarquerez que 2007 marque le tricentenaire de sa naissance. C'était le 7 septembre dernier. Et pourtant, il ne me semble pas que nous en ayons beaucoup entendu parler sur les ondes. Je souhaite que le téléfilm diffusé demain arrive à donner aux quelques curieux qui le regarderont l'envie d'en savoir plus sur ce génial vulgarisateur, un de ceux qui ont instillé en moi, voici bien des années, le goût des sciences naturelles.


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Si vous en avez le temps et l'envie, consultez l'édition en ligne de cette Histoire naturelle, sur un site dédié à Buffon par le CNRS.
Pour quelques informations complémentaires sur le docu-fiction, dirigez vous vers le site de France 5 (ici et ).

mercredi 28 novembre 2007

Oiseau de proie

Il est des oiseaux de proie que l'on ne s'attend pas à trouver sur une côte battue par la houle d'Ouest, et encore moins directement sur les flots. Ainsi en est-il de l'épervier, plutôt familier des prés, des haies et des bosquets.

Et pourtant, ce n'est pas le goéland que Pellerin a choisi pour désigner le héros de sa série de bandes dessinées, mais bien l'épervier. Épervier, même, avec un É majuscule. C'est ainsi qu'est surnommé Yann de Kermeur, breton (comme son nom l'indique) et corsaire (aurait-il pu en être autrement pour un aventurier breton de ce presque-mitan du XVIIIe siècle ?).
Un corsaire, des navires, un héros chevaleresque, de sombres secrets, il y a, dans cette série, de quoi me séduire a priori. Et pourtant, il m'a fallu quelque temps pour qu'elle me séduise vraiment. Cela n'a pas été le coup de foudre, plutôt une sorte d'affection construite peu à peu, au fil des pages, au fur et à mesure de la découverte.

Pourquoi ai-je donc été plutôt tiède au début ? Probablement parce que l'ouverture de cette série se fait sur des bases si classiques qu'elle en devient trop classique : le héros recueille les derniers mots d'un mourant, est accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis, est victime des manigances du vrai coupable, etc. Bref, une impression très claire de déjà vu, déjà lu. Le dessin et les couleurs étant d'un grand classicisme eux aussi, il n'y a pas vraiment d'élément qui ait réussi à me surprendre.


Fort heureusement, le récit prend un peu de profondeur, au cours des tomes, même si les péripéties sont parfois tirées par les cheveux, avec des rebondissements presque artificiels. Presque du Fajardie, oserais-je dire (au risque de voir arriver, rapière en main, Andromède qui me jettera son gant pour m'être laissé aller à cette pique-clin-d'oeil). Par moments, j'ai l'impression que Pellerin se laisse prendre à son plaisir de dessiner, que ce soit les scènes maritimes ou les vues terrestres, et que l'intrigue en passe au second plan ; un risque qu'il évoque, d'ailleurs, dans une interview.

En matière de BD, je suis pourtant à l'aise dans la facture classique, ayant été en partie nourri de la collection « Vécu » de chez Glénat. Mais il manque à cet Épervier une petite touche de différence, de force, d'audace, peut-être. Sans aller jusqu'au trait de Marini pour le Scorpion, il y avait peut-être de l'espace pour un peu plus d'originalité. Évidemment, se lancer dans un scénario à forte connotation maritime dix-huitiémiste, c'est prendre le risque de la comparaison avec Les passagers du vent de Bourgeon, un sommet (LE sommet ?) du genre à ce jour.
Toutefois, le fait qu'il y ait des sommets, des virtuoses, ne doit pas empêcher qui que ce soit de tenter d'ouvrir sa propre voie. Pellerin a ouvert la sienne, et je ne boude tout de même pas mon plaisir. S'il lui manque un petit grain de folie, cette série ne mérite pas qu'on lui tourne le dos.


Le livre que je trouve presque le plus intéressant est celui qui ne fait pas partie de la série à proprement parler. Les archives secrètes nous dévoilent ce que les albums de la série laissent entrevoir ou deviner, ce qui a façonné l'Épervier.





Alors, suivez l'Épervier, et profitez du voyage.


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Pour aller plus loin dans la découverte du style graphique de Pellerin pour cette série L'Epervier : quelques ex-libris et une série de croquis, et le livre Sur la dunette avec Pellerin qui explique plus largement son travail.



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PS : si j'ai adressé une petite pique souriante dans ce billet à Andromède, je me dois de préciser que c'est elle qui, par un amical « coup de coude » - selon ses propres termes -, m'a fait remarquer que je n'avais rien dit, jusque là, de cette série dans mes colonnes. Ce billet est, d'une certaine manière, un remerciement.

dimanche 25 novembre 2007

Bandits, bandits

Au détour d'un rayonnage de bouquiniste, j'ai mis la main sur un livre réunissant, sous une même couverture, deux bandits célèbres du XVIIIe siècle, deux Louis : Louis Dominique Bourguignon dit Cartouche, et Louis Mandrin.

Tous deux sont nés dans des familles plutôt aisées, des artisans pour Cartouche et des négociants pour Mandrin. Cependant leurs vies vont bientôt les conduire sur les chemins du crime et à la tête de bandes redoutées, mais dans des voies différentes : quand Cartouche se spécialise plutôt dans le vol et le cambriolage, Mandrin joue la carte de la contrebande et de la lutte contre la Ferme générale.

Leurs chemins se rejoignent d'une certaine manière, à 34 ans d'intervalle : Cartouche, en 1721, et Mandrin, en 1755, finiront tous deux leurs jours roués vifs.
Les récits de leurs contemporains ont brossé leurs légendes respectives, les uns les noircissant, les autres les portant aux nues. Mandrin fera l'objet d'une complainte arrivée jusqu'à nous, née dans un opéra de Rameau, et Cartouche eut droit à la sienne également.

Le livre de Fernand Fleuret, Vies de Cartouche et Mandrin (Editions Cartouche, 2006, 2-915842-16-7) dépeint ces deux personnages d'après les livres de colportage. Je ne saurais dire s'il faut y chercher une « vérité » sur l'un ou l'autre, pour autant qu'il y en ait une. J'ai lu ce livre sans autre envie que celle de me divertir avec ces histoire de brigands et, sur ce point-là, je n'ai pas été déçu.

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Pour aller plus loin :
Quelques pistes internet pour aller plus loin, vers Cartouche () et vers Mandrin (ici, et encore ).
Pour une idée du reste du catalogue des éditions Cartouche, voir .

mardi 20 novembre 2007

Deux frères, une haine, un coup de coeur

J'avais consacré un billet aux diverses adaptations en bande dessinée du roman de Robert Louis Stevenson, L'île au trésor.

Un autre roman de Stevenson ayant pour cadre le XVIIIe a été adapté lui aussi en BD. Probalement moins connu du grand public que L'île au trésor, Le maître de Ballantrae conte une histoire poignante, prenante, celle d'un père et ses deux fils se déchirent, en 1745, autour de la question de la fidélité au roi Georges ou du soutien au prétendant Charles Édouard Stuart, chassé du trône anglais en 1688 et souhaitant le reprendre.
Qui doit soutenir le roi ? L'aîné, sur les épaules de qui repose le destin de la famille ? Ou le cadet, alors que son frère veut rejoindre les rangs jacobites ?
Les frères sont comme deux faces d'une même monnaie, l'un amoral mais respecté, l'autre vertueux mais mal-aimé. Deux branches d'un même arbre, d'un même bois, et qui seront rongées, toutes deux, par le feu d'une même haine.

L'adaptation en BD par Hippolyte (chez Denoël ; voir la fiche sur le site de la Bédéthèque ) garde toute l'intensité du récit très prenant, en la soutenant par un graphisme original et éblouissant, tout en aquarelles.
Le premier tome, il y a un an, m'avait séduit. Le deuxième, tout récent, a achevé de me conquérir.


Un de mes grands coups de coeur !








Et comme j'aime bien tirer sur la ficelle pour dévider l'écheveau, j'ai gratté deci delà pour en savoir un peu plus sur l'art d'Hippolyte. Et, disons-le franchement, pour les gens comme moi qui fondent pour les aquarelles et les croquis, il y a là de quoi fondre et refondre. Allez donc visiter par vous-même son site internet, son ancien blog et son blog actuel.



Si je ne craignais pas la vengeance éventuelle du fantôme d'Hugo Pratt, je dirais que j'ai trouvé là, dans les aquarelles d'Hippolyte, autant de force et de plaisir que dans celle du père de Corto.



[Les illustrations de ce billet sont publiées ici avec l'aimable autorisation d'Hippolyte. Qu'il en soit remercié ici.]

vendredi 9 novembre 2007

Une tranche de Casanova

Parcourir la toile à la recherche des traces de Casanova m'amène parfois à tomber sur des articles qui me font rire. Pour celui du jour, il ne s'agit pas d'un rire moqueur, mais bien d'un rire franc, né à la lecture du message de « Rach » sur son blog, message dans lequel est publiée la photographie des tranches de tomes d'une édition anglophone de l'Histoire de ma vie de Casanova, chez un bouquiniste de Picadilly Circus. La question implicite qui me fait rire est « mais où est donc passée la tranche qui manque ? ».

Regardez donc cette photo-là et comparez-la à celle-ci :

L'édition anglophone en question est celle due aux Presses de l'Université John Hopkins (The Johns Hopkins University Press, 1997, ISBN-13 : 978-0801856648).








Pour découvrir cette Histoire de ma vie dans une excellente édition française, suivez le guide.

vendredi 2 novembre 2007

Venise en chansons

Za che semo qua a sta tola,
su, che'l spirito ghe mola
per star sempre in alegria
co sta cara compagnia
Via, tuti cantè insieme
quelo che canto mi:
viva les done tute,
sia zoveni d'età,
sia bele o brute

Puisque nous sommes ainsi en bonne compagnie, chantons ensemble; vive toutes les femmes, quelles soient jeunes, belles ou laides.

Au détour de références bibliographiques, il arrive que l'on soit aiguillé vers quelque chose qui sorte des sentiers battus. Ce fut le cas pour moi avec ce disque de Nella Anfuso, Canzoni Veneziane (Anonimi del XVIII sec.) (2000, Stilnovo, ASIN B000050HPS).
Avec ces chansons vénitiennes tirées des manuscrits du Musée Correr et de la Bibliothèque Querini-Stampalia de Venise, nous embarquons pour la Sérénissime, dans des interprétations ornementées et variées selon la coutume de l'époque. La part faite à la virtuosité vocale et aux ornementations peut surprendre, voire refroidir, car l'on souhaiterait, parfois, goûter la mélodie plus simplement.
Mais ce voyage musical est très original et, que voulez-vous, je me laisse facilement embarquer quand il s'agit de Venise.

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Deux pages à partir desquelles vous pourrez écouter des extraits de ces chansons : ici et .

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vendredi 26 octobre 2007

Un Don Giovanni magistral ?

Sur les conseils de ma disquaire du réseau Harmonia Mundi, je vais probablement me laisser tenter par un coffret du Don Giovanni de Mozart, sous la direction de René Jacobs, en « opération découverte ».

C'est d'abord la présentation du coffret qui a attiré mon regard, avec Le faux-pas de Watteau en guise d'appât. Et ce format allongé, à la façon des livres de chez Actes Sud, promesse de « plusieurs CD » et d'un beau livret.
Je ne suis pas aussi doué que les critiques et les musicologues pour vous vanter les mérites ou pointer les défauts de cette édition-là. Bien sûr, la page de présentation par l'éditeur est élogieuse, certains articles de magazine ou pages internet saluent cette version (ici, ou encore , par exemple), mais j'ai lu ici et là des commentaires moins flatteurs (par exemple ).

Alors, craquer, ne pas craquer ? Telle est la question.

jeudi 25 octobre 2007

Liaisons électroniques

Dubitatif, voilà comment je me trouve après avoir découvert ce site qui propose de « [recevoir] par mail les lettres des Liaisons dangereuses au rythme où elles ont été écrites, [suivre] le roman en temps réel ».


Je ne vis pas hors de mon temps et je conçois fort bien l’usage du courrier électronique comme outil de communication. Mais j’ai du mal à percevoir l’intérêt de ce qui est proposé par ce site. Non pas que le roman épistolaire de Choderlos de Laclos ne me plaise pas, mais j’incline à penser que le fait de recevoir ces lettres par courrier électronique leur ferait perdre leur saveur. Autant ses adaptations cinématographiques m’ont conquis, autant le format du courrier électronique me laisse de marbre, a priori.
Je n’aurais peut-être pas dit « non » à des fac-similés de lettres manuscrites, mais je crains la froideur d’un texte « au kilomètre », impersonnel et sans mise en forme.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

mardi 23 octobre 2007

Loin du fait divers


E
n achetant le livre de Jean-Pierre Allinne, L'anthropophage des Pyrénées, Le procès de Blaise Ferrage, violeur et assassin au XVIIIe siècle (éditions Cairn, 2005, ISBN 2-35069-031-2), je caressais l'espoir que ce ne soit pas une sorte de récit à sensation brodant autour d'un fait divers qui avait fait les beaux jours des journaux de l'époque et des colporteurs. Le fait que l'auteur soit un professeur d'histoire du droit à l'Université de Pau et des pays de l'Adour avait contribué à me rassurer a priori.

Me voici arrivé au bout de la lecture de cet ouvrage, et force m'est de reconnaître qu'il a dépassé mes espérances. Car là où je pensais ne trouver qu'une chronique juridique ou judiciaire, j'ai trouvé un ouvrage à la portée plus ambitieuse. En effet, en utilisant les crimes de Blaise Ferrage comme porte d'entrée, Jean-Pierre Allinne nous fait découvrir un panorama très large, allant de la vie dans les vallées de l'Ariège dans les années 1780 jusqu'au processus judiciaires prévalant à cette époque.

Le chapitre « Terre pyrénéenne » permet de comprendre la spécificité de ces vallées, tant dans leur conformation morphologique que dans leur vie sociale organisée autour de la maison, de la famille et de la communauté, et dans leurs systèmes de représentation déclinants.

Le chapitre « Insistante violence » remet les crimes de Blaise Ferrage (surtout des viols) en perspective avec les violences de ce temps-là et l'acceptation ou la non-acceptation de certains actes par la société du XVIIIe siècle en général et la société valléenne ariégeoise en particulier. Un temps où il importe moins, aux yeux de ce groupe social, de violer une fillette gardienne de vaches que de brûler une étable et les vaches qu'elle abrite.

Les chapitres « L'homme sauvage » et « L'ogre mondain » mettent en relief la façon dont une certaine élite urbaine portait un regard méprisant sur le petit peuple rural, à la fois vecteur de peurs contemporaines et écho de peurs ancestrales, et la manière dont la société de ce temps-là, friande du malheur des autres qui lui fait oublier le sien, se délectait de ces récits horribles tout en pointant du doigt ces perversions réprouvées par la morale.

Avec le chapitre « Le procès », l'auteur nous brosse non seulement le portrait des différentes étapes de cette procédure judiciaire, mais également les complexes relations entre justice locale et justice royale, les démêlés ouverts ou cachés entre accusateurs et accusés, et les réflexions de l'époque autour des vertus pédagogiques, si j'ose dire, des formes de punition des délinquants.

Cet ouvrage, qui me semble accessible à tout lecteur même s'il n'est, comme moi, ni juriste ni sociologue, est donc très prenant à lire. Je dirais même à dévorer, car c'est ainsi que j'ai ressenti le plaisir à le lire. Le dévorer n'a pas fait de moi un anthropophage, pas plus que ne l'était Blaise Ferrage, qui avait déjà assez de poids à porter avec ses viols, son meurtre et ses incendies.


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Découvrez la fiche du livre.
Et glanez quelques détails sur les éditions Cairn (n'hésitez pas à consulter leur catalogue, qui contient des titres très intéressants).



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dimanche 21 octobre 2007

Messieurs les Anglais, mourez les premiers

Si vous voulez mourir sans attirer l'attention, faites-le loin du regard scrutateur de Nicolas Le Floch, l'infatigable et perspicace commissaire aux affaires embrouillées. Ce n'est pas le choix qu'a fait l'évadé de la prison de Fort-L'Evêque, mort dans la rue au pied même de la fenêtre de sa cellule. Bien lui en a pris, dirais-je, puisque sa mort nous ouvre les portes de la septième enquête de Nicolas Le Floch, sous la plume de Jean-François Parot, Le cadavre anglais (éditions JC Lattès, 2007, ISBN 978-2-7096-2867-9).

Je ne vous dirai pas grand-chose de plus de l'intrigue de ce roman, si ce n'est pour vous dire que je l'ai trouvée fort plaisante. Certains de mes domaines de prédilection m'ont permis de deviner quelques éléments de l'intrigue avant que l'auteur ne les dévoile aux lecteurs, mais cela n'a rien retiré à l'intérêt de l'enquête. Je dirais même que cela m'a rendu encore plus curieux et encore plus impatient de connaître les dessous de l'affaire.
Parallèlement à l'intrigue elle-même, j'ai eu l'impression que ce récit était mieux conduit que certains autres de la série. Peut-être n'est-ce qu'une impression, nourrie du fait que je connais les différents personnages récurrents, une peu comme si je retrouvais un groupe d'amis ?
Quoi qu'il en soit, cette nouvelle aventure policière en compagnie de Nicolas Le Floch m'a confirmé dans le bien que je pense de cette série et que j'ai déjà eu l'occasion de dire dans ces billets.

Laissez-vous tenter de lui emboîter le pas dans cette aventure embrumée. Et si elle ne vous plaît pas, vous pourrez toujours venir pester ici contre moi qui vous l'aurai conseillé !

mardi 16 octobre 2007

Lames casanoviennes

Je ne suis pas le dernier à dire que réduire Casanova au libertinage revient à se focaliser sur certains aspects seulement de son existence pour en oublier bien d'autres. Et, s'il y a bien une pratique qui me laisse totalement de marbre, c'est bien la cartomancie (tout comme les autres "arts" divinatoires, soit dit en passant).

Mais, par ailleurs, je suis toujours curieux de belles choses, et notamment de beaux jeux de cartes. C'est donc sans souci que je vais mettre en lumière le tarot casanovien de Mario Pignatiello et Luca Raimondo.



Les illustrations de Luca Raimondo que j'en ai vues sur quelques sites (par exemple celui-ci, celui-là ou encore celui-là - attention, certaines images sont destinées à un public adulte) ne sont pas sans me rappeler le style de Griffo, qui dessine la série de BD Giacomo C dont j'ai déjà parlé.



Il n'est donc pas impossible que je l'achète prochainement, pour compléter ma petite collection casanovienne. Plutôt que de jouer avec, j'essaierai de trouver une façon de présenter quelques cartes sous formes de petits tableaux, peut-être des triptyques.

Quelques autres éléments en italien sur le site de son éditeur Lo Scarabeo et en français sur cette page-là.

dimanche 14 octobre 2007

Géodésie, vous avez dit géodésie ?

Dans ce même numéro n°122 de la revue Antiquité Brocante, d'octobre 2007, un court article est consacré aux instruments de géodésie, c'est-à-dire de mesure de la Terre. Même si je ne suis pas géomètre de métier, mon regard est attiré par ce genre d'objets, surtout en les mettant en perspective avec le XVIIIe siècle, cette période où l'on continue à découvrir des terres inconnues et où l'on décrit, mesure, cartographie les terres déjà connues.

L'article indique que les « signatures » les plus recherchées sont celles d'Etienne Lenoir (1744-1832), Claude Langlois (1720-1758) ou encore Nicolas Bion (1652-1733). En voyant un instrument comme celui-ci, comment ne pas être convaincu, en effet ?



Image : Cercle répétiteur n° IIII, modèle de Borda, Étienne Lenoir, Paris, (optique de Noël Jean Lerebours, Paris), 1791-1792, photo M. Heller, 1995, Inventaire général - ADAGP, Patrimoine Observatoire de Marseille (Musée de l'Observatoire de Marseille) [voir la page de source ]

Prendrez-vous un verre ?

Il est bien rare que j'achète des revues dans ce domaine, mais le n°122 de la revue Antiquité Brocante, d'octobre 2007, a su retenir mon attention, avec sa couverture sur la verrerie du XVIIIe.

Comme je me méfie souvent des couvertures qui promettent et des articles qui ne tiennent pas les promesses, j'ai pris la précaution de feuilleter le magazine avant de l'acheter. L'article n'est peut-être pas fracassant pour un spécialiste du sujet mais, comme je n'en suis pas un, j'ai trouvé qu'il offre une porte d'entrée didactique par son texte et par ses illustrations d'objets très variés de pichets aux lampes en passant par des verres et des loupes de dentelières.

Je ne sais pas si ce premier regard fera de moi un futur acheteur de verrerie du dix-huitième, mais il aura eu le mérite d'éveiller ma curiosité.

samedi 6 octobre 2007

Infidélité mais pas abandon

Certains d'entre vous s'en seront peut-être rendu compte s'ils sont passés par la page présentant mon « profil » : j'ai ouvert un autre carnet de voyage, qui n'est pas dix-huitièmiste, celui-là.

Tandis que mes billets ici sont placés sous l'ombre du tricorne de Giacomo Casanova, mon autre carnet de bord – tout juste naissant – s'écrit dans le sillage de Corto Maltese.
Cet autre voyage ne signifie nullement que je compte abandonner le dix-huitième siècle, et je mènerai de front ces deux aventures dans un même esprit : la curiosité et le partage.

jeudi 4 octobre 2007

Casanova en musique ?

Ma connaissance de la langue de Goethe était quasiment limitée aux quelques mots que j'ai appris dans La grande vadrouille, je suis bien en peine de comprendre un texte allemand.

Aussi, je me tourne vers vous, à la recherche de quelqu'un qui pourrait traduire les grandes lignes de ce qui est raconté, sur cette page-là, à propos de ce disque qui semble mettre en musique des extraits des Mémoires de Casanova.

Toute contribution se verra récompensée par mon immense gratitude. ;-)

mercredi 3 octobre 2007

Un parfum de France en Inde

Il y a des collections de livres avec lesquelles on se sent particulièrement à l'aise, assuré, ouvrage après ouvrage, de la diversité et du sérieux des regards et des plumes. C'est ce que je ressens avec la série Mémoires des éditions Autrement.
J'avais découvert cette série avec le n°5 sur Tolède au XIIIe siècle. Séduit par ce livre, j'avais guetté la sortie des suivants, piochant ici et là selon ma curiosité, Dublin au début du XXe siècle (n°6), Séville XVIe siècle (n°15) ou Venise 1500 (n°22). Mais c'est sur le n°24 que je souhaite donner le coup de projecteur du jour : Pondichéry, 1674-1761, L'échec d'un rêve d'empire, dirigé par Rose Vincent (1993, ISSN 1157-4488).

Pour ceux d'entre vous qui commencent à me connaître au travers de mes billets, vous vous doutez bien que cette lecture ne dessine en rien, de ma part, une sorte de nostalgie colonialiste. Il s'agissait plutôt d'aller plus loin que mes vieux et parcellaires souvenirs d'école, dans lesquels se mêlaient la liste des comptoirs français aux noms chantants, le sort de ce bon Monsieur Dupleix et ces fourbes Anglais qui nous avaient chassé de « nos » Indes.

Ecrit à plusieurs mains, ce livre m'a aidé à appréhender cette partie de l'histoire de France et de l'histoire de l'Inde d'une manière différente. L'ouvrage dresse en effet un portrait non seulement historique mais également humain et sensible de Pondichéry, de la société qui l'habitait et de son style de vie. Il est aussi une occasion de comprendre les jeux politiques menés dans la région, la finesse de manoeuvre de Dupleix et le désintérêt, voire le dédain, porté par Louis XV et la majeure partie de son entourage à ces affaires.

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La patrimoine de Pondichéry est encore très riche, de nos jours, et diverses initiatives existent pour le mettre en valeur et le développer. Vous en trouverez un exemple sur ce site-là.

lundi 1 octobre 2007

Fragonard, les plaisirs d'un siècle

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) n'a pas eu de vulgaires gribouilleurs de toile comme guides de ses premiers pas artistiques : Jean Siméon Chardin, puis l'atelier de François Boucher, avant de franchir les portes de l'école royale dirigée par Carle Van Loo. On connaît des maîtres de pire talent.
Si son Verrou ou ses Hasards heureux de l’escarpolette confinent, dans l'esprit de nombre de nos contemporains (et peut-être des siens), Fragonard aux scènes légères, libertines, voire égrillardes, s'en tenir à cet aspect de son oeuvre serait oublier bien d'autres facettes, comme les scènes religieuses ou familiales.
Le Musée Jacquemart-André inaugure, dans deux jours, l'exposition « Fragonard, Les Plaisirs d'un siècle », qui sera ouverte jusqu'au 13 janvier 2007.



Une initiative qui devrait réjouir les amoureux de ce peintre, et les amoureux d'art en général.

A compléter, en attendant par une visite de l'expo imaginaire sur Fragonard au Louvre.


Voilà qui me donne une bonne raison de penser à une escapade parisienne. :-)

dimanche 30 septembre 2007

L'élégance dix-huitièmiste sur le petit écran

La chaîne de télévision Arte, dont il est de notoriété publique qu'elle court plutôt après les productions de qualité, contrairement à d'autres chaînes dont je ne dresserai pas la liste pour ne pas faire de peine à TF1, va bientôt diffuser une série d'émissions constituant une Histoire du look.
Arte nous promet « du drapé de la toge à l'avènement de la minijupe, de la Rome antique à nos jours, une enquête historique sur la mode et le stylisme à travers les âges. »

Si la première, diffusée demain 1er octobre, est consacrée à « l'élégance à la romaine », celle du 2 octobre aux « fières allures médiévales », celle du 4 octobre aux « révolutions et modes » du XIXe siècle et celle du 5 octobre aux « libertés en s'habillant » du XXe siècle, c'est bien évidemment celle du 3 octobre qui a retenu toute mon attention avec ses « perruques et belles dentelles ». Je me permets d'en reproduire ici le court texte de présentation fourni par la chaîne :
Du XVIe au XVIIIe siècle, il s'agit toujours de contraindre le corps. Dès 1550, celui de la femme s'emprisonne dans les corsages baleinés et les robes à vertugadin. Puis la fraise godronnée devient énorme. Et si la tenue du mousquetaire concilie élégance et souplesse, le règne de Louis XIV voit affubler les hommes d'une débauche de fioritures, de rubans, de perruques. Tandis qu'en Angleterre, le vêtement féminin s'allège, la France des Lumières et de Marie-Antoinette cultive toujours avec rage les falbalas.

Mon fidèle correspondant auprès de l'association des Menus plaisirs, ce bon Docteur Monnier, a glissé à mon oreille que de nombreuses associations de reconstitution historique ont contribué à ces émissions, dont les Mercenaires du Velay, la Confrérie facétieuse, les Compagnons duellistes, les Compagnons de l'Hermine radieuse et bien sûr les Menus Plaisirs.
Un dossier plus complet est disponible, au format PDF, en cliquant sur ce lien-ci.

En guise d'apéritif, voici un cliché fourni par Les Menus Plaisirs et reproduit avec leur aimable autorisation, cliché pris sur le cotre Le Renard [voir note] dans la baie de Saint-Malo lors du tournage des émissions d'Arte sur l'Histoire du look, justement.

Je compte bien enregistrer cette série d'émissions. Et regarder en direct celle consacrée au XVIIe et XVIIIe siècles, au moins. J'imagine que vous aussi, chers lecteurs et aimables lectrices, prendrez un peu de votre temps pour découvrir cela.


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[Note] Ce navire Le Renard est la réplique du dernier navire de Robert Surcouf, le célèbre marin à deux faces, la face lumineuse du corsaire et la face sombre du négrier. En tant qu'amoureux du patrimoine maritime, je salue le travail de l'association qui a reconstitué ce navire et qui le fait vivre aujourd'hui.


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samedi 29 septembre 2007

Premiers échos du Cabinet Noir

Je n'avais pas manqué de vous informer, voici un mois, que je mettais en place un outil de connaissance de la fréquentation de cet espace.
Après un mois pendant lequel cet outil a scruté la fréquentation, voici quelques éléments d'information : 647 visites par 391 visiteurs, soit environ 20 visites et 13 visiteurs par jour, pour un total de 1004 pages vues (soit 1,5 pages par visite), à raison d'une moyenne d'une minute et demie par page.
Une grande partie des visiteurs (les trois-quarts environ) ne lisent qu'une page par visite. Compte du fait que 40% des visiteurs sont identifiés comme étant déjà venus a moins une fois, j'ai tendance à en déduire que ces habitués sont des lecteurs fréquents du blog. Et j'essaie de répondre à cette fidélité en publiant sans trop de délai entre deux billets successifs.
Pour ceux qui arrivent manifestement sur le blog par erreur, le temps de réaction avant la fuite est réduit (moins de 10 secondes !). Et encore, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de mots pouvant faire entrer ce blog au palmarès des outils de recherche. A moins qu'avec «Casanova», «libertinage» et «sensualité», je n'aie jeté, dans la rivière des recherches très orientées, des appâts attirant de drôles de brochets... qui ont dû se sentir bien dépités à la lecture de mes billets. :o)

Cet espace étant francophone, les visiteurs sont bien évidemment, dans une écrasante majorité, connectés en France, même si je note 9 visites italiennes (mais aucune en provenance de Venise ;-) ), 8 visites canadiennes, et 7 visites états-uniennes. J'imagine que vous saurez retrouver, sur la carte ci-dessous, l'endroit d'où vous vous connectez. Si vous me cherchez, je suis le point au coin sud-ouest. ;-)

Les modes d'accès au blog sont assez bien partagés entre l'accès direct, majoritaire (50%) et les accès par sites référents (25%) et par moteurs de recherche (25%). « Les sites référents » sont ceux dans lesquelles l'adresse de ce blog figure sous forme de lien et par lesquels arrivent les visiteurs ayant cliqué sur le lien ; c'est le cas de sites amis (comme le forum La Folie XVIIIe, le forum Passion Histoire qui m'a référencé dans ses liens partenaires en histoire moderne, ou encore le blog d'Andromède et la page des liens de Lisa), et de forums dédiés au jeu de rôle ou au tir aux armes à la poudre noire où l'adresse de ce blog figure dans la signature de mes messages.
La page sur les animations de l'association des Menus Plaisirs à Dourdan est celle qui a fait l'objet, à ce jour, des plus nombreuses visites. Comme quoi, je vis sur le succès des autres. Ah, l'heureux homme ! :-)

Je prends du plaisir à tenir ce journal, à partager mes « découvertes » et à nourrir ma curiosité de vos commentaires et courriers électroniques. J'espère que vous en prenez à le lire. Soyez assurés, en tout cas, que vous n'êtes pas encore débarrassés de moi. ;-)

Recevez ma respectueuse révérence.

samedi 22 septembre 2007

Dourdan, voyage dix-huitiémiste

J'avais attiré votre attention, chers lecteurs et aimables lectrices, sur les animations dix-huitiémistes organisées à Dourdan, dans l'Essonne, il y a tout juste une semaine par la sympathique équipe des Menus Plaisirs.
Ayant tissé des liens épistolaires avec quelques membres de l'association, j'ai été destinataire de clichés de ces animations, clichés que je partage avec vous avec l'autorisation de l'association.



Les derniers préparatifs avant de plonger de se lancer dans la rue ?















Monsieur l'abbé sonne le rappel de la troupe.





















« Sommes-nous tous là ? »
















Portrait de groupe.





















Le patrimoine, vivant, à portée de tous.

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8 décembre 2007 - Osez le voyage dans le temps

Sur un forum dédié au jeu de rôles dont je suis co-administrateur, les Salons de la Cour d'Obéron, un forumiste a posté un message qui pourrait intéresser certains lecteurs, fervents adeptes de reconstitution.
Il s'agit de faire semblant, le 8 décembre prochain, de faire semblant d'être un voyageur du temps : « Vous devez passer la journée entière en costume et rester dans le personnage. La seule règle, c'est de ne jamais dire à personne que vous êtes un voyageur du temps. A part ça, tout est permis. »
Je vous invite (et même incite) à lire le texte intégral de ce défi, dans sa traduction française, dans ce message-là.
Libre à vous, par la suite, de relever le défi ou pas.

J'avoue que je suis tenté. Mais j'imagine difficilement de le faire seul. Quelques complices seraient une motivation pour franchir le pas. ;-)

mercredi 19 septembre 2007

Anniversaire : huit minutes en ballon

Le 3 novembre 1957, la chienne Laïka était le premier animal vivant à voyager dans l'espace. Grand mal lui en prit, puisque quelques heures à peine après le décollage du Sputnik 2 à bord duquel elle avait quitté la Terre, elle mourut, probablement de stress et d'une trop grande chaleur.

Le sort fut bien plus heureux pour le canard, le coq et le mouton qui se sont envolés dans le ciel de Versailles, un 19 septembre 1783, dans le ballon en forme d'œuf mis au point par Joseph-Michel et Jacques-Étienne, les deux frères Montgolfier.

J'aurais pu choisir une autre date qu'un 19 septembre pour tirer un coup de tricorne à ces deux frères, car ils avaient mené plusieurs autres expériences, couronnées de succès, depuis 1782. Mais si j'ai souhaité marquer aujourd'hui un anniversaire, c'était pour mettre en valeur ce premier vol " habité ". Certes, un canard, un coq et un mouton, ça n'a pas l'éclat du premier vol humain, et si l'Histoire a retenu le nom de Jean-François Pilâtre de Rozier comme celui du premier aérostier, nos premiers passagers du vol en ballon sont restés anonymes, à ma connaissance tout au moins. A défaut d'être faits chevaliers d'un ordre royal, ils ont regagné le plancher des vaches sains et saufs. Il se murmure même le mouton aurait été récompensé en devenant pensionnaire de la Ménagerie royale jusqu'à son dernier jour.
Favoritisme de la royale bergère envers le mouton ? Canard et coq n'auraient-ils été que les dindons de la farce ?

Il faudra attendre le mois suivant pour le premier vol d'un être humain. Nous en reparlerons, soyez-en sûrs.

mardi 18 septembre 2007

Batailles (en cartons) pour la Nouvelle-France

J'avais consacré, peu après l'ouverture de cet espace, un billet aux jeux de guerre.

Aujourd'hui, je jette un coup de lanterne sur un jeu simulant les événements de la guerre de Sept Ans entre la France et l'Angleterre en Amérique du Nord : Quelques arpents de neige, du Québécois Eric Grenier.



Visant principalement à simuler la totalité du conflit, avec son environnement économique et politique, ce jeu n'est pas de ceux que l'on entreprend sur un coin de table juste pour tuer le temps. C'est ce qui me freine un peu dans l'idée de l'acheter et de le pratiquer (encore faudrait-il que je trouvasse quelqu'un pour y jouer avec moi). Mais les commentaires que j'ai lus sur ce jeu sur un forum comme Strategikon (francophone) ou Consimworld (anglophone) attisent néanmoins ma curiosité.
Toutefois, avant de me lancer éventuellement dans une telle aventure, je crois que je vais regarder du côté de jeux plus abordables et plus faciles à mettre en oeuvre.

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Un pont transatlantique entre écoles

Baguenaudant sur la toile, sur les traces de Beaumarchais, j'ai découvert un site internet réalisé à partir du travail de deux écoles, la Primary School de St Matthews, à Louisville, au Kentucky (Etats-Unis) et le Collège Louis-Pasteur, à Montbard (France) dans le cadre du Concours franco-américain Histoires Croisées en 2005. Le site est consacré au sujet "France Etats-Unis : une histoire d'une relation énigmatique, a story of a troubled relationship".

Ces élèves ont ainsi pu découvrir, au cours de leur préparation, Charles de Vergennes, Beaumarchais, dont les noms viennent peut-être moins vite à l'esprit que celui de Lafayette. Des personnages qui trouvent pleinement leur place dans ces colonnes-ci et auxquels ils ont consacré quelques textes.


Au-delà de l'anecdote de ces figures dix-huitièmistes côtoyées par ces collégiens, je salue le travail de pédagogie mené dans ce projet, pour amener jeunes Français et jeunes Etats-uniens à se regarder sans préjugés.

Quand un bateau renaît, la vie renaît

Hermione, Hermione...

Prononcez ce nom devant quelqu'un et voyez vers où son esprit va se diriger.

Un fan de la saga Harry Potter vous parlera toute de suite d'Hermione Jean Granger, élève de la maison Gryffondor, et meilleure amie de Harry et de Ron. Devant vos yeux écarquillés, il ne manquera pas de vous préciser peut-être qu'en version originale, ça se prononce "heur-ma-ïo-ni".

Pour qui se pâme de mythologie grecque, Hermione ne peut être autre que la fille de Ménélas et d'Hélène, cette Hélène dont le rapt par Pâris conduira à la guerre de Troie.

Un mélomane y entendra, de son côté, la moitié de Cadmus et Hermione, de Lully.



Mais, en soufflant à mes oreilles, le nom d'Hermione m'évoque une frégate, emportant dans ses flancs, au printemps 1780, le jeune Gilbert Motier, marquis de La Fayette qui part se battre aux côtés des insurgés américains secourant le joug anglais pour conquérir leur indépendance.

Je suis venu à cette frégate Hermione par mes amours maritimes, bien plus que par l'entremise de Lafayette. La navire à voile du XVIIIe siècle est, à mes yeux, une des plus belles réalisations humaines, et peut-être une des plus complexe avant l'invention de l'avion. J'ai connu l'Hermione par les livres d'histoire navale, puis par les travaux des archéologues du Groupe de recherche en archéologie navale.

Enfin, je m'en suis approché plus physiquement, grâce au chantier de sa reconstitution à Rochefort. Etonnant projet, dont on pouvait se demander, au moment de son lancement, s'il arrivera à attirer du public au-delà des passionnés de construction navale. Il semble bien, aujourd'hui, que le pari lancé à l'époque est aujourd'hui une réussite, si l'on en croit au moins le nombre de visiteurs.
Renaissance d'un navire, mais renaissance aussi de l'Arsenal, fermé par l'État en 1927, et, plus largement, nouvelle vitalité donnée à la région. Le patrimoine, loin de n'être qu'une idée poussiéreuse que l'on entretient à grands frais comme on entretenait sa danseuse à la fin du XIXème siècle, peut être quelque chose de très vivant.

Ne vous privez donc pas de visiter le site internet consacré à l'aventure de la reconstitution de l'Hermione.
Et, si vos pas ne vous conduisent pas à Rochefort, prenez en main le livre de Robert Kalbach et Jean-Luc Giraud, L'Hermione, frégate des Lumières (éditions Albin Michel / Dervy, ISBN 2844543197, présentation du livre), puis jetez des copeaux de chêne à vos pieds, versez un peu de brai, fermez les yeux, humez ces odeurs, et écoutez le navire en train de naître.


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dimanche 16 septembre 2007

Joutes nautiques sur la Seine

Feuilletant des notes que j'avais prises lors d'une visite du musée Carnavalet à Paris, je me suis penché sur quelques oeuvres du peintre Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793).

S'il est indéniable que les vedutte de Canaletto et les vues de Joseph Vernet sont, chacun de leur côté, des portraits précis et détaillés des canaux et palazzi vénitiens et des ports de France, les tableaux de Raguenet sont, eux aussi, des sortes de photographies au pinceau, si je peux me permettre l'expression. Ses vues de Paris, et notamment celles qui mettent la Seine en élément central, sont particulièrement saisissantes. Plusieurs d'entre elles avaient d'ailleurs été choisies pour illustrer le livre Le Paris des Lumières, que j'ai eu l'occasion de présenter précédemment.
Je reconnais avoir un petit faible pour sa Joute des mariniers, entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change (1751), que vous pouvez découvrir par exemple sur le site d'insecula (accès direct à la fiche de ce tableau).



© photothèque des musées de la ville de Paris

Il y a là quelque chose de tout à fait étonnant, avec ces mariniers dont les postures rappellent presque celles des images des chevaliers médiévaux, un peu écrasés par la perspective de ces maisons perchées sur le pont. Un panorama que n'aurait pas renié quelque réalisateur de dessin animé pour une ville imaginaire.


Paris, l'éternel dépaysement.


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vendredi 14 septembre 2007

Faisons le curieux

Poursuivant mon chemin bordé d'éventails, j'ai trouvé sur la toile un site consacré à cet accessoire, avec une page sur des éventails XVIIe et XVIIIe siècle. Manifestement pas des répliques, mais bien des éléments d'époque, qui semblent être proposés à la vente.




Me laisserai-je tenter un jour ? Le visite chez le Curieux a fait oeuvre de tentation.


[La visite de ce site me laisse néanmoins un goût de déception : encore un site dont le codage du texte n'est pas compatible avec tous les navigateurs. Lire ce site sous Firefox, comme je le fais, c'est jouer à Champollion, à remplacer de tête tous les "?" qui se sont substitués aux caractères accentués. Pénible, pénible. Le genre de lassitude qui me conduit presque à fuir un site dès que je vois apparaître de telles scories.]

mardi 11 septembre 2007

D'un geste de la main

Mon escapade béarnaise en pays de Fanfan la Tulipe avait été riche de découvertes. La rencontre avec l'association de reconstitution en avait été une, bien sûr. Mais la visite du château et du parc, également, un domaine dans lequel je n'étais jamais entré alors que j'étais passé tout près de là des dizaines de fois, soit pour mon travail soit pour me promener. L'occasion a donc fait le larron.


Petite surprise complémentaire, le château de Laas abrite une très belle collection d'éventails, rassemblée par Louis et Madeleine Serbat, anciens propriétaires des lieux, et qui fait partie, depuis le legs en 1964, du patrimoine du département des Pyrénées- Atlantiques. Quarante-cinq éventails qui dessinent, à leur manière, une histoire de l'éventail français du XVIIe siècle jusqu'au début du XXe siècle.


J'avais quelques notions de base sur les éventails et leur fabrication, les montures et les feuilles. Mais j'ai pu dépasser ces notions-là, d'une part grâce à ce qui était exposé et d'autre part grâce à l'achat (lors de la visite) et à la lecture (ces derniers jours) d'un superbe livre, Autant en porte le vent : Eventails, histoire de goût, de Bernadette de Boysson, Catherine Le Taillandier de Gabory et Georgina Letourmy (Somogy Editions d'Art, 2004, ISBN-13: 978-2850567902, fiche du livre sur le site de l'éditeur), publié à l'occasion d'une exposition présentée de novembre 2004 à février 2005 au musée des Arts décoratifs de Bordeaux.

Un des aspects particuliers de l'éventail que je ne connaissais pas du tout avant la visite du château de Laas est la mise au rectangle. Opération qui va, en fait, à l'envers même de la vie de l'éventail, puisqu'il s'agit à la fois de le déplisser et de l'immobiliser. Plus de mouvement d'ouverture et de fermeture, plus de geste de la main pour se rafraîchir ou transmettre un message muet. La toile est étalée, encollée sur une planche de bois, puis le reste de la planche de bois est peint pour compléter ce qui devient un tableau rectangulaire. Etonnant destin pour un éventail, et étonnant tableau où l'oeil qui s'approche finit par remarquer les rayons de la feuille et les parties complémentaires « lisses ».

Mais, sans m'arrêter à ce qui est, finalement, un détournement de l'éventail, j'ai commencé à entrevoir une grande richesse de styles, de matière, de savoir-faire, derrière ce « petit » accessoire.
Et cela a réveillé ma curiosité d'en savoir plus. Affaire à suivre.

vendredi 7 septembre 2007

Mélange de styles à Venise

En furetant sur la toile à la recherche des modèles pour modifier l'aspect de ce blog, je suis tombé sur un site proposant notamment des motifs d'arrière-plan pour pages internet. Mais, plus que ces motifs d'arrière-plan, ce sont d'autres illustrations qui m'ont amené à prolonger ma viste sur ce site.
Mon oeil a en effet été attiré par les mots « Venise » et « carnaval » dans la liste des rubriques. Et c'est ainsi que j'ai découvert des illustrations, mêlant un premier-plan en photographie couleurs et arrière-plan en noir et blanc imitant du dessin au trait. J'imagine que ces illustrations sont obtenues avec des outils de retouche photographique, par atténuation des couleurs du fond, et non pas un réel travail au crayon.

Mais elles n'en ont pas moins beaucoup de cachet.

Si ce mélange des styles vous tente, allez donc faire la balade vous-même.

[J'ai sollicité l'autorisation de l'artiste de reproduire dans ce billet un de ces tableaux. Si cette autorisation m'est accordée, ce billet prendra quelques couleurs. :-) ]

jeudi 6 septembre 2007

XVIII en 91

Ne craignez rien, je n'ai pas sombré dans le dédale des nombres à la recherche de quelque formule magique. Je viens simplement attirer votre attention sur des animations dix-huitièmistes dans l'Essonne. Bien loin, je le concède, de mes rives de la Nive, tellement au loin Nord que ce n'est non seulement au Nord de la Garonne, mais également au Nord de la Loire. Loin, loin, loin...
Alors, me demanderez-vous peut-être, quel bon vent vous amène donc à parler de Dourdan ? Un bon vent qui a soufflé à mon oreille. Une missive reçue dans ma boîte à lettres (électronique, je n'ai pas trop honte de le dire) voici déjà plusieurs semaines, et signée du Dr Monnier, médecin particulier du comte de Montrevel, président des états de Bourgogne.

Mon esprit vif, capable de déceler le détail révélateur, m'a conduit à penser que ce nom pouvait n'être qu'un pseudonyme ! ;-)

Mais j'aurais eu bien mauvaise grâce à tourner le dos au Dr Monnier. Ne venait-il pas me souffler à l'oreille, en effet, quelques informations sur des animations qui se tiendraient à Dourdan et qui pouvaient m'intéresser ? A ma grande surprise, Dourdan s'est révélée être une ville réelle, et non quelque cité imaginée par de mystérieux docteur. Et, après quelques minutes d'exploration perspicace dans le site internet de la mairie de cette ville, j'ai retrouvé la piste de ces animations, dans un document caché dans un tiroir à secrets. Mes yeux se sont arrêtés à la onzième page du document : tout était là.

Journées du patrimoine - 15 et 16 septembre 2007 – Entrée libre
Dans le cadre de l’ouverture de l’exposition « La famille de Verteillac et le siècle des Lumières », la troupe des « Menus plaisirs » invitera les spectateurs à revivre une journée au XVIIIème siècle avec Monsieur et Madame de Verteillac.

Si vous ne me croyez pas, vérifiez par vous-mêmes, et vous y aurez tous les détails.

Ayant lancé mes meilleurs agents fouiller les zones d'ombre de cette affaire, je n'ai pas tardé à apprendre que ce Dr Monnier y était lui-même mêlé de près, puisque des individus dignes de confiance nous ont confirmé qu'il fait partie de cette troupe. Les menus plaisirs, un groupe de passionnés du XVIIIe siècle auquel appartiennent d'autres personnes fort recommandables fréquentant des salons non moins recommandables comme les forums La Folie XVIIIeme ou Passion Histoire.

Malheureusement, je ne pourrai me rendre à Dourdan-la-Lointaine pour partager ces journées dix-huitièmistes, mais je ne pouvais manquer d'y consacrer quelques lignes dans cette gazette. Aussi, si vous êtes plus proches que moi de Dourdan, réservez ces dates sur votre calendrier. Je ne doute pas que le plaisir sera au rendez-vous.

Et soyez assurés que vous retrouverez bientôt, dans ces colonnes, d'autres nouvelles que le Dr Monnier et sa complice, Madame la Comtesse de Vereillac ont bien voulu me confier. Mon petit doigt me dit que le petit écran leur offrira une scène à la hauteur de leur passion. Restez attentifs !

mardi 4 septembre 2007

La gravure pour les gens de goûts

« Une façon de graver facile et propre pour les peintres et autres gens de goût » (Charles-Nicolas Cochin).

Voilà une façon de présenter la technique de gravure en matière noire que l'on peut trouver condescendante, ainsi sortie de son contexte, surtout pour sa référence aux « gens de goût ».

Mais, après avoir lu Ars nigra, la gravure en manière noire aux XVIIe et XVIIIe siècle (Editions Somogy, 2002, ISBN 2-85056-896-2), je 'y vois plus aucune condescendance. Cet ouvrage collectif réalisé, sous la direction de Caroline Joubert, à l'occasion de l'exposition éponyme présentée au musée des Beaux-Arts de Caen fin 2002 et début 2003, m'a permis de découvrir en détail cette technique de gravure que je méconnaissais jusque là.
Je ne vais pas détailler ici cette technique, et vous renvoie plutôt à ce site-là, qui la décrit et l'illustre en détail.

Le livre Ars nigra m'a permis de la découvrir et de l'apprécier, à la fois dans le savoir-faire technique qu'elle représente et dans des aspects plus généraux, grâce à des articles la replaçant dans son temps. Ce livre aide à comprendre aussi bien les raisons de son succès (par exemple l'extraordinaire velouté du résultat) et celles de son abandon progressif (notamment la fragilité de la plaque de cuivre ainsi gravée) au profit d'autres modes de gravure, comme l'aquatinte.

Ars nigra, l'art de la lumière dans le noir.