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lundi 23 février 2015

Tictac sans saveur


Les bédéphiles n’ignorent probablement pas les noms du scénariste Patrick Cothias et du dessinateur Norma.
Cothias a écrit quelques albums isolés mais s’est surtout rendu célèbre pour être l’auteur de séries à succès et souvent de longue haleine, en particulier dans des ambiances « historiques » : des 7 Vies de l’Épervier (en cours depuis 1983) au Vent des Dieux (1985-2011) en passant par Les Héros cavaliers (1986-1997) et autre Ninon secrète (1992-2004). Les sagas de la plume de Cothias m’ont parfois tenu en haleine, et parfois laissé sur le bord de la route quand j’avais l’impression d’une manque de renouvellement.

Quant à Norma, il a dessiné dans des genres très éclectiques, du western avec Capitaine Apache (1980-1995) aux explorations maritimes avec Pieter Hoorn (1991-1994), en passant par la nouvelle formule de Pif Gadget (2009). Le trait de Norma – trop chargé, presque trop appliqué – n’a jamais réussi, à lui seul, à soulever mon enthousiasme, même si j’ai pris quelque plaisir à lire Pieter Hoorn ou son adaptation graphique du Bossu (1997) sur un scénario de François Corteggiani.



Patrick Cothias et Norma s’associent à la fin des années 1980 pour produire Les souvenirs de la pendule, une évocation de la vie de Marie-Antoinette, future reine de France. Trois tomes naissent de cette collaboration, aux éditions Glénat, dans la collection Vécu : Schönbrunn (1989, ISBN 2-7234-1013-7), L’étrangère (1989, ISBN 2-7234-1108-7) et La vie de château (1990, ISBN 2-7234-1195-8).

Ces Souvenirs de la pendule s’inscrivent pleinement dans ce que j’ose appeler le « milieu de gamme » qu’offrait dans ces années-là la collection Vécu de Glénat. Des séries avec parfois des albums par dizaine, ancrées dans diverses périodes de notre Histoire, dont certaines d’une très grande qualité graphique et narrative (je pense, par exemple aux Tours de Bois-Maury d’Hermann, ou la première douzaine de tomes des Chemins de Malefosse quand ils étaient encore tracés par le duo Bardet-Dermaut, ou, bien sûr l’excellente Giacomo C de Dufaux et Griffo), d’autres plutôt passe-partout (Marie Tempête de Cothias et Wachs, ou le Pieter Hoorn que j’ai évoqué plus haut), et d’autres tout à fait oubliables – et d’ailleurs très probablement oubliées (comme Attila… mon amour de Mitton et Bonnet).

J’ose comparer cette collection Vécu de Glénat à la collection Grands détectives chez 10|18 : à mes yeux, du très bon, rarement ; du moyen, souvent ; du vraiment pas bon, parfois.


Les souvenirs de la pendule entrent dans la catégorie « oubliables-oubliés ». Dessin parfois si approximatif que j’ai peiné à discerner certains personnages des autres, texte bavard, ambiance gnangnan dans certaines parties et, au contraire, outrancière dans d’autres, mise en couleurs criarde de certaines pages, la lecture de cette trilogie m’a été douloureuse. J’ignore si une suite était prévue à ces trois premiers tomes ; toujours est-il que l’histoire que conte cette trilogie commence dans l’enfance de Marie-Antoinette et s’arrête en 1773, lorsque le déjà-couple-futur-royal arrive à Paris.


Je suis loin d’être un adorateur de Marie-Antoinette, je ne hurle pas « Au bûcher ! » lorsque sa vie fait l’objet d’adaptations déjantées, comme celle de Sofia Coppola, pas plus que je ne me rends en pèlerinage à Versailles pour l’anniversaire de sa mort. Et je ne suis pas nostalgique de la royauté ou de l’Ancien régime en général. Mon ressenti vis-à-vis des Souvenirs de la pendule n’est pas donc pas influencé par ces considérations. Et j’ai parfois des indulgences très subjectives pour des œuvres que d’aucuns jugent avec sévérité. Mais, ici, je n’incline pas à l’indulgence : je n’ai pas aimé. Point.


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samedi 21 février 2015

Justine, de 2D en 3D


Outre les personnages (locaux et touristes) et les décors humains et naturels de Haute-Savoie, à partir desquels il a bâti sa série de BD humoristique Fanfoué des Pnottas, Félix Meynet aime (et sait) dessiner des jeunes femmes léger et court vêtues – pourrais-je écrire pour les qualifier en paraphrasant La Fontaine.

Le carnet d’illustrations publié aux Comix Buro (2011, ISBN 978-2-916518-44-2) porte, en couverture, une de ces jeunes femmes, dans un style dix-huitiémiste.



L’éditeur de figurines Attakus a donné une dimension supplémentaire à cette jeune femme, sous l’appellation Lady Justine (référence FM01, 2013).




La figurine est assortie de ce commentaire de Félix Meynet :
"Allons, Lady Justine n’est pas libertine, juste un peu coquine.
Mutine mais pas assassine, elle ne s’en laisse pas compter
par les comtes bloqués et autres marquis marris.
En plein XVIIIème siècle, elle fait sa révolution et fait craquer les corsets de la morale guindée.
Un jupon, un grain de beauté discret, un regard et c’est le siècle des lumières qui s’illumine !"



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Coup d’oeil en coulisses


Les deux façons de traiter les « petits secrets de fabrication » sont légitimes : savourer un plat, un tour de magie, tableau, un film, sans se demander les efforts qui ont été nécessaires à le préparer et qui n’apparaissent pas dans ce qui semble être la facilité, la fluidité, du résultat final ; ou, au contraire, être piqué de la curiosité de savoir ce qui se cache sous la façade, les ingrédients particuliers, les tours de main répétés jusqu’à ce que la technique s’efface pour laisser la place à l’art, les petits trucs qui trompent nos sens.
Je dis sans détour que je suis un membre de la tribu des curieux. Non pas pour dénigrer le résultat final, mais par considération pour les efforts préparatoires, à mille lieues de ce que les « vendeurs de soupe médiatique ou culturelle » veulent nous faire avaler, comme les chanteurs qui devraient se contenter de chanter sous leur douche et que ces vendeurs installent au sommet des ventes d’albums, dans cette géographie trompeuse où l’on veut nous faire prendre les sommets des ventes pour les sommets de la qualité. Succès commercial et qualité ne sont pas forcément antagonistes, mais bien des exemples prouvent qu’ils ne sont pas, non plus, obligatoirement synonymes.


Pour en revenir à mon goût des coulisses – plus particulièrement dans le domaine de la bande dessinée, univers dont il sera question dans ce billet –, j’avais été très intéressé par deux livres qui éclairaient deux œuvres de François Bourgeon, un des dessinateurs et scénaristes du mon panthéon personnel du neuvième art :
– Dans le sillage des sirènes, de Michel Thiébaut (éd. Casterman, 1992, ISBN : 2-203-38021-7), autour de la série Les compagnons du crépuscule ;
– Les chantiers d’une aventure, du même Michel Thiébaut (éd. Casterman, 1994, ISBN : 2-203-38023-3), autour de la série Les passagers du vent, et dont j’avais dit quelques mots par ailleurs



Plus récemment, L’Épervier – Les escales d’un corsaire (éd. Soleil / Quadrants / Pelerin, 2013, 9-782-3-0203144-9) ont été publiées pour jouer un rôle similaire sur la série L’Épervier de Patrice Pellerin.
Cette série tourne autour des aventures terrestres et maritime d’un jeune noble breton sous le règne de Louis XV. Il m’est donc difficile, de ne pas penser, d’une manière ou d’une autre, aux Passagers du vent, qui avait porté le genre au pinacle. Pour autant, je ne tombe pas dans la comparaison forcenée, et je prends L’Épervier pour la série qu’elle est par elle-même. Et si la construction du récit et le graphisme sont moins puissants, à mes yeux, que dans l’œuvre de Bourgeon, la création de Patrice Pellerin n’est pas du second choix.




Le contenu des Escales d’un corsaire n’est pas inconnu des fans de la série : en effet, il s’agit surtout d’une compilation, dans une nouvelle mise en page, des articles accompagnant la prépublication des albums La Mission et Corsaire du Roy sous forme de livrets souples. Les albums de la série étaient publiés avec des délais de deux ans voire plus entre deux tomes : Le Trépassé de Kermellec (1994), Le Rocher du crâne (1995), Tempête sur Brest (1997), Captives à bord (1999), Le Trésor du Mahury (2001), Les Larmes de Tlaloc (2005), La Mission (2009), Corsaire du Roy (2012).




Il fallait donc bien jeter un os à ronger aux lecteurs impatients ! Mais ces os étaient garnis de suffisamment de viande pour que cette opération commerciale ne soit pas une arnaque outrancière. Ces 6 livrets – publiés sous le titre générique des Rendez-vous de l’Épervier (juin 2008, septembre 2008, avril 2009, mars 2011, avril 2012 et septembre 2012) – comprenaient des planches de ces deux BD, des esquisses, des illustrations en pleine page, et des documents annexes. Ces derniers ont été écrits par Pellerin lui-même en majorité, ainsi que par des historiens, des spécialistes du patrimoine, et s’organisent en quatre parties : « Être un marin du XVIIIe siècle », « Des lieux chargés d’histoire », « Un corsaire parmi les ors de Versailles », « Les coulisses de la création ».


Chaque lecteur peut ainsi découvrir comment Pellerin trouve des inspirations parfois fortuites, comment il intègre à ses dessins des lieux et bâtiments existant encore aujourd’hui, ou comment il reconstitue de manière plausible des lieux disparus. Les Escales d’un corsaire lèvent un coin du voile sur des maquettes, des plans, des photographies, des tableaux, qui ont nourri Pellerin et sa création, et aussi sur les relations humaines avec ceux qui lui ont prodigué des conseils et qui sont, pour certains, devenus ses amis.




Ce souci de la précision, jusque dans des détails qui échapperont probablement à la grande majorité des lecteurs qui ne sont pas aussi « pointus », est un plaisir que je comprends chez une personne qui dessine, comme chez une personne qui réalise un film, qui en choisit les costumes, les décors, les accessoires.
Je ne doute pas que bien d’autres auteurs et dessinateurs de BD préparent tout autant leurs propres créations. Et je ne prétends donc pas que Pellerin est au-dessus de lot dans sa préparation. Mais au moins, je dis que ce genre de livre satisfait ma curiosité. Il la satisfait doublement, comme bédéphile et comme amateur du XVIIIe siècle.


Ces Escales de l’Épervier n’ont rien d’indispensable : vous pourrez très bien vivre sans les lire. Et c’est peut-être bien parce qu’elles n’ont rien d’indispensable que vous aurez la frivolité de vous laisser aller à les parcourir !



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mardi 27 août 2013

Une Juliette sans folie

Les romans de Sade ont été servis de manière plus ou moins réussie, à mes yeux, lorsqu’ils ont été adaptés en bande dessinée. Autant la Justine de Guido Crepax m’a plu, par son graphisme, par les choix de composition des cases et des pages, autant le Juliette de Sade de Philippe Cavell (dessin) et Francis Leroi (scénario) m’a donné l’impression d’une BD pornographique plate.


La violence physique et mentale n’y manque pas, les scènes crues non plus, mais le trait, la construction, n’ont pas de souffle un peu « fou ».
J’avais dit, pour un autre billet de ce défi, que l’adaptation du roman Fanny Hill de John Cleland par ce même dessinateur était trop imprégnée de ce style « franco-belge » qui manque de panache, de mouvement. Ici, même défaut, pour moi.


Quant au scénariste de cette BD, Francis Leroi, n’oublions pas qu’il a été réalisateur de films aux titres particulièrement légers, comme L’infirmière n’a pas de culotte (1980) ou Cette salope d’Amanda (1978) (je précise, si besoin est, que j’ai trouvé ces titres sur sa fiche IMDB, et non dans ma vidéothèque personnelle !). C’est dire si le scénario de la BD promettait de faire dans la dentelle, en se basant sur l’Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice (1801) de Sade (Juliette étant, pour ceux qui ne sont pas familiers de leur arbre généalogique, la sœur de Justine).

Le duo a commis deux tomes : Juliette de Sade et L’ermite de l’Appenin (Éditions Dominique Leroy, 1979, ISBN 2-86688-002-1, et 1983, ISBN 2-86688-083-8 respectivement).


Alors, oui, dans cette Juliette de Sade de Cavell et Leroi, ça fout, ça fouette, ça tue, mais ça ne me convainc pas.


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dimanche 25 août 2013

Justine par Guido

Dans mon précédent billet, j’ai indiqué que c’est Guido Crepax qui m’a fait découvrir Sade, avec son adaptation en BD de Justine ou les malheurs de la vertu.


J’étais arrivé à Crepax par l’ambiance « roman noir et jazz » de son album L’homme de Harlem (Dargaud, 1979, ISBN 2-205-01562-1), à cette époque où les éditions Dargaud publiaient leur collection « Un homme – une aventure », riche d’au moins une douzaine de titres qui m’ont fait connaître l’école italienne, avec Hugo Pratt (L’homme des Caraïbes), Sergio Toppi (L’homme du Nil, L’homme du Mexique), Dino Battaglia (L’homme de la Légion), Attilio Micheluzzi (L’homme du Khyber) ou encore Milo Manara (L’homme des neiges).


J’ai rapidement été conquis par le trait de Crepax et le rythme qu’il avait insufflé à ce récit. Très peu après, je n’embarquais dans la lecture de Justine – d’après le marquis de Sade (éditions Le Square, 1980, ISBN 2-226-01050-5).


En revenant sur cet album après avoir récemment lu le roman de Sade, je me dis que Crepax a su faire tenir en environ 160 pages une grande partir de ce roman, sans vraiment le trahir. Certes, il y manque certains développements philosophiques dans lesquels le marquis emmenait ses lecteurs entre deux séances d’humiliation, de violence ou de stupre (ou, plus généralement, un mélange de tout cela), mais une partie essentielle s’y retrouve quand même.
 
Il convient de noter que dans la transposition des mots de Sade en dessins de Crepax, la charge est moins crue, la violence moins clinique. Oui, Crepax montre, mais je trouve qu’il ne s’appesantit pas. Alors, sans pour autant que cette Justine devienne, sous son crayon, un conte pour enfants, la lecture de cet album m’est nettement plus supportable que celle du roman.

La Justine de Crepax est aujourd’hui publiée en album « solo » (Delcourt, collection Erotix, ISBN 978-2-7560-2147-8).


Il y a une douzaine d’années, elle avait été publiée en album « duo », avec son adaptation d’Histoire d’O de Pauline Réage (Evergreen, 2000, ISBN 978-3822863428).



Cette Justine de Crepax est une adaptation en BD peut-être à découvrir avant de lire le roman.


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vendredi 19 octobre 2012

Fanny en bulles


Puisque j’ai déjà évoqué le roman Memoirs of a Woman of Pleasure / Fanny Hill de John Cleland dans un précédent billet, puis ses adaptations cinématographiques et télévisuelles dans un autre, je vais continuer avec les adaptations en bande dessinée. J’en ai repéré deux, une que j’ai lue en version papier, l’autre dont j’ai trouvé des extraits sur le net.


La première des deux fêtera bientôt son trentième anniversaire ; c’est la Fanny Hill de Philippe Cavell au dessin et Joseph Marie Lo Duca à l’adaptation du roman en scénario (éditions Dominique Leroy, 1983, ISBN 2-86688-113-3). Cavell n’en était pas à sa première adaptation graphique d’un roman libertin du XVIIIe siècle, puisqu’il avait publié, avec Francis Leroi au scénario, une Juliette de Sade en 1979 (j’y consacrerai un prochain billet). Quant à Lo Duca – par ailleurs cofondateur, en 1951, avec Jacques Doniol-Valcroze des Cahiers du cinéma, excusez du peu –, il avait déjà écrit plusieurs ouvrages sur l’érotisme.



Mais leur création commune avec cette Fanny Hill m’a déçu. Non parce qu’elle trahirait le roman (elle le respecte assez bien), mais plutôt parce que le dessin est, à mes yeux, trop appliqué, trop classique, trop « école franco-belge ». A cette époque-là, d’autres dessinateurs s’étaient largement libérés des contingences de cette école, libérant à la fois leur trait et l’architecture des pages, même dans la bande dessinée érotique ; ainsi, des dessinateurs italiens comme Guido Crepax et son adaptation d’Histoire d’O (1978) ou Les voyages de Bianca (1983) très (!) librement inspirés de ceux de Gulliver. Au final, cette Fanny Hill est trop sage pour interpeller le lecteur (ou la lectrice?).



Je n’ai pas lu la Fanny Hill de Josep Marti au dessin et au scénario (pour la version française : P&T Production, 1994, ISBN : 2-87265-031-8). Les illustrations que l’on peut en découvrir sur le net montrent que son style est plutôt celui des bandes dessinées comiques. Or, il est assez rare que comédie et érotisme se combinent pour donner une œuvre très plaisante.



Je reconnais que préjuger d’un album entier sur la seule fois de quelques reproductions de planches est assez casse-gueule, mais je m’avance à penser que je ne me sentirais pas en phase avec cette adaptation du roman de Cleland qui lui, n’est pas vraiment inscrit dans le style comique léger.


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lundi 22 août 2011

La peste soit des gribouilleurs !

 
Prenons un sujet qui se prête bien à une adaptation en bande dessinée pour en tirer une histoire tragique, avec des courageux et des lâches, des altruistes et des égoïstes. Prenons la peste qui a frappé Marseille en 1720.
Prenons quelqu’un qui aime les jeux de mots vaseux pour en faire des titres de livres. Le genre d’artiste qui trouvait les titres des romans publiés à chaîne, comme ceux de la série OSS 117. En l’occurrence, prenons quelqu’un capable de faire un jeu de mots à partir d’un autre titre de livre, et qui est content de trouver « Le diable au port ».
Ajoutons, pour faire bonne mesure, un dessinateur de bande dessinée qui a du mal à dessiner deux fois le même visage pour un même personnage, au point qu’il est difficile de le reconnaître d’une case à l’autre. Prenons un même dessinateur qui, comble du paradoxe, n’arrive pas à faire en sorte que des personnages différents aient des visages différents, au point qu’il est difficile de les distinguer les uns des autres dans une même case. Tant qu’à être exigeants, prenons aussi un dessinateur qui ne sachent mettre ses dessins en couleurs qu’avec des tons vifs et saturés, rien dans la demi-mesure.

Secouons le tout…

Nous obtenons la trilogie Le diable au port, de Benoît Lacou (dessin et couleur) et Claude Ecken (scénario), aux éditions Hors Collection : L’étoffe et le fléau (tome 1, 2002, ISBN 2-258-05686-1), Les brasiers de Marseille (tome 2, 2003, ISBN 2-258-05957-7) et Les forçats de lapocalypse (tome 3, 2004, ISBN 2-258-06299-3).


Le tome 3 se termine sur une case qui laissait espérer une suite, mais la suite n’est jamais venue. Enfin, quand je dis « espérer une suite », c’est peut-être un peu trop généreux. Disons plutôt que ça laissait entendre qu’il pourrait y avoir une suite. Mais de là à l’espérer, franchement, non.
La lecture de cette trilogie n’est pas un calvaire ; n’ayant pas le goût de la mortification, je ne serais pas allé au bout de ma lecture si cela avait été si douloureux. Mais cela me donne le sentiment d’un gâchis, une réalisation qui met à mal un projet qui pouvait être sympathique. Les éléments de base sont, certes, plutôt classiques :
- d’un côté, les « bons » : un jeune chirurgien honnête, un maître d’armes vétéran de guerre, une jeune femme victime d’appétits rapaces ;
- de l’autre, les « méchants » : des marchands peu scrupuleux faisant entrer frauduleusement à Marseille des étoffes venues du Levant et dont ils savent qu’elles sont porteuses d’infections, des médecins ignares ou complaisants, des représentants des autorités municipales ayant trop à perdre à perturber le commerce marseillais ;
- au milieu, un peuple bigarré d’artisans, de boutiquiers, de forçats, de marins, chacun traficotant pour arrondir ses fins de mois ;
- le tout dans un décor propice à retenir l’attention, dont le port et la ville de Marseille.

Mais le récit est confus, à vouloir traiter à la fois l’histoire tragique de cette peste et les anecdotes personnelles, à faire entrer des personnages trop nombreux sur une scène trop exiguë.

Récit confus, mise en images ratée. Une trilogie comme trois coups dans l’eau.

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jeudi 2 juin 2011

Coup de folie

 
Si vous décidez de lire Sade, de Griffo et Dufaux (éditions Glénat, 1991, ISBN 2.7234.1296.2), en présupposant que les créateurs de Giacomo C. se penchent sur le Divin marquis comme ils se sont penchés sur le célèbre Vénitien, vous risquez d’être surpris. Peut-être même désagréablement surpris. Parce que ce Sade est à des lieues des récits vénitiens auquel ce duo a habitué ses lecteurs.



À quoi fut-il donc s’attendre au moment de se plonger dans ce Sade ? À rien. Ou à tout. Il faut surtout accepter d’être conduit dans un labyrinthe de l’esprit, dans des jeux où se mêlent les pensées de Sade et celles de ses personnages. Sade-auteur, Sade personnage de ses propres écrits, Sade-personnage qui écrit, à son tour, et fait vivre ses rêves, ses fantasmes, ses hantises. Le lecteur est alors un funambule qui marche sur le fil entre raison et folie, entre réalité et rêve ou cauchemar. Sade-auteur et Sade-personnage bousculent l’ordre établi, se heurtent à ce nouvel ordre post-révolutionnaire, cette nouvelle « pensée unique ». Le Régime a changé, mais on ne peut laisser le peuple penser par lui-même. Alors, on ne peut laisser Sade écrire ce qu’il écrit, on ne peut laisser ses manuscrits sortir de sa cellule de Charenton, maison de folie plus que maison de fous. Les censeurs prennent même le soin de détruire tout portrait de Sade.
Pourtant, dans cet asile, on tient spectacle ! Le directeur de Charenton a fait bâtir un théâtre, où des « VIP » sains d’esprits viennent voir des pièces de théâtres écrites par Sade et dont la troupe qui les joue mêle des acteurs professionnels et des « résidents » de l’asile. Qui pourrait alors se prévaloir de savoir dessiner clairement la frontière entre fous et « normaux », entre folie et raison ? Très probablement pas le lecteur de ce Sade, lui-même bousculé par les différents plans du récit qui s’entremêlent.




Si Sade ne sortira pas vivant de cet asile, et si aucun portrait authentifié de lui n’arrivera jusqu’à nous, ses œuvres ont traversé les époques et vaincu ses censeurs. Griffo et Dufaux, dans cette BD à tout le moins déroutante, n’ont pas cherché à brosser un portrait historique de Sade, ils l’écrivent eux-même dans leur préface. Ils ont plutôt dessiné un labyrinthe dans lequel ils invitent le lecteur à se perdre. On peut alors comprendre que certaines critiques publiées sur le net fassent état de cette incompréhension face à un récit touffu, à plusieurs plans imbriqués. Être perdu dans une lecture peut se révéler particulièrement désagréable. Pour ma part, j’ai pris plaisir à errer dans ce labyrinthe. À vous de voir si vous voulez tenter l’aventure.

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mardi 11 janvier 2011

De Moonfleet à Mohune

 
Les changements d’éditeur ne sont pas un phénomène inconnu dans le monde de la BD, et c’est à l’été 2009 qu’a été annoncé le rachat du secteur BD des éditions Robert Laffont par les éditions Delcourt. La série de BD librement adaptée du Moonfleet de Falkner a donc changé d’éditeur et de titre entre son deuxième et son troisième (et dernier) tome, Le secret du Mohune, tome 3 : La malédiction, de Rodolphe au scénario et Dominique Hé au dessin, (éditions Delcourt, 2010, ISBN 978-2-7560-1900-0).



Autant je peux comprendre les changements d’éditeurs, autant pour le changement de titre, je suis plus interrogatif : un problème de droit d’utilisation du titre « Moonfleet » ? Pourtant, les deux premiers tomes de la série, publiés aux éditions Robert Laffont et auxquels j’avais consacré un billet chacun (celui-ci pour le tome 1 et celui-là pour le tome 2) ont été repris tels quels dans leur contenu en passant aux éditions Delcourt. Le titre de la série a été modifié, passant de Moonfleet au Secret du Mohune, et le titre du tome 1 a été raccourci, passant de La crypte des Mohune à La crypte tout court (choix étonnant, d’ailleurs, de passer du pluriel au singulier, en changeant d’édition : « les Mohune » sont devenus « le Mohune »), tandis que le tome 2 ressortait sous son titre premier Le trésor de John Le Noir.

Ce troisième tome me laisse perplexe. Est-ce pour éviter la malédiction qui lui donne son titre (le genre de malédiction qui fait que certaines séries de BD sont arrêtées en cours de route par leurs éditeurs parce que les ventes ne suffisent pas) que le scénariste semble avoir pris le parti de « boucler » l’histoire vite fait ?
Autant les deux premiers tomes posaient l’ambiance sans se presser, autant ce tome-ci paraît mettre le lecteur dans un toboggan pour le conduire sans délai vers la fin de l’histoire. « Allez, hop ! Pas le temps de nous attarder, M’sieursdames, j’ai une histoire à terminer sans lambiner. Vous avez des questions ? Certains points vous semblent obscurs ? Ah, non, pas de réponses ni d’éclaircissements dans un autre album, on vient de vous dire que ce troisième est le dernier. »

Une fin de voyage décevante.

dimanche 9 janvier 2011

Lectures en cours et promesses de billets

 
Parmi les livres dix-huitièmistes que j’ai récemment lus ou que je suis en train de lire, en voici quatre, deux romans et deux BD, auxquels je consacrerai prochainement des billets.

L’Arlequin de Venise, d’Odile Weulersse (édition Hachette Livre, Le livre de poche Jeunesse, 1994,  ISBN 2-01-019896.4)



Les secrets du chevalier d’Eon, espion du roi, de Gérard Morel, Nouveau Monde éditions, collection Jeunesse, 2010, ISBN 978-2-84736-509-2).


 
Le secret du Mohune, tome 3 : La malédiction, de Rodolphe au scénario et Dominique Hé au dessin, (éditions Delcourt, 2010, ISBN 978-2-7560-1900-0)




 
Rani, tome 2 : Brigande, de Jean Van Hamme et Alcante au scénario et Francis Valles au dessin (éditions Le Lombard, 2011, ISBN 978-2-8036-2752-3)




mercredi 29 décembre 2010

Une île de plus dans l’archipel

 
Encore une. Eh oui, encore une édition de l’adaptation en BD par Hugo Pratt du roman L’île mystérieuse de Robert Louis Stevenson. Depuis la première édition originale argentine en 1966, une dizaine d’autre ont suivi, à en croire la page de recensement publiée sur le site, généralement très bien informé, des « archivespratt ».
 

Une de plus chez les libraires, et une de plus dans ma bibliothèque personnelle. Je n’ai même pas cherché à résister, acheteur compulsif que je peux être quand il s’agit d’ouvrages signés Pratt. Cette édition-ci a trois caractéristiques qui m’ont vite fait flancher vers l’achat :
- elle contient, en fait, deux récits de Stevension, L’île au trésor (Treasure Island)  et Enlevé ! (Kidnapped) ;
- elle comprend une préface par Hugo Pratt, illustrée de quelques aquarelles (superbes, bien entendu), et une postface de Marco Steiner ;
- et, contrairement à ce que peut laisser penser son emballage, elle est présenté en format à l’italienne et non à la française.
 

Bien que j’en connaisse la trame à peu près par cœur, je prends toujours plaisir à relire le roman L’île au trésor, et son adaptation par Pratt. Je ne vais pas vous faire l’affront de vous parler ici en détail de ce roman qui concentre toutes les images populaires de la piraterie, du coffre au trésor au perroquet sur l’épaule, du bandeau sur l’œil à la jambe de bois, du drapeau noir au tonneau de rhum, du pirate revanchard au survivant devenu presque fou.
 
Un extrait de L'île au trésor
Enlevé !, en revanche, est un peu moins connu, même si le nom de David Balfour fera peut-être tilt dans un coin de la mémoire de ceux qui ont, en leur jeunesse, dévoré des « romans d’aventure pour adolescents ». Ce roman-là méritant mieux que cette appellation un peu étriquée, je lui consacrerai un très prochain billet.
Cette adaptation en BD présente, dans cette édition-ci, une mise en couleurs dans des tons très doux.
 
Un extrait d'Enlevé !

Ces deux récits graphiques portent bien évidemment le style de Pratt à ses débuts, un crayonné avec des hachures parfois trop présentes à mon goût, encore du trait économe, voire dépouillé, qu’il acquerra au fil du temps. Mais cette édition n’en constitue pas moins un très beau livre, qui pourra plaire aux amateurs dix-huitièmistes, aux amateurs de BD, et aux amateurs d’aventures, tout simplement.
 
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lundi 27 décembre 2010

Un crépuscule interrompu

 
Avec un rythme de parution qui est généralement d’un volume par an, une série de bande dessinée peut tenir son lecteur en haleine sur longue période. Et lorsque certains tomes se font attendre plus que de raison, l’impatience qui meuble habituellement l’attente se transforme en lassitude, en grogne, ou en dédain.
Que dire, alors, si la suite ne vient jamais ? Faut-il pester contre l’auteur fainéant ? Contre l’éditeur qui craint de prendre des risques ? Contre ceux qui n’ont pas acheté les premiers tomes au point que publier la suite n’était pas rentable pour l’éditeur ? Harceler le dessinateur ou le scénariste pour qu’il nous raconte au moins la fin de l’histoire, même sous forme d’un texte télégraphique, d’un scénario griffonné ? La suite, merde, LA SUITE !

Hum...
Respirons lentement, buvons frais.
Voilà, c’est déjà mieux.

Mais, quand même… Merde !

Après tout, rien ne m’oblige à faire semblant d’apprécier la frustration. Les papes vantent les mérites du coitus interruptus, mais, n’étant pas papiste, je m’accorde le droit de n’y trouver aucun plaisir, même pas quand l’affaire s’était engagée entre gens de talent et de bonne compagnie. En l’occurrence, c’est Stephen Desberg (scénario) et Henri Reculé (dessin) qui m’ont frustré aux deux tiers de la trilogie du Crépuscule des anges (éditions Casterman, 2 tomes, 1998 et 1999). Vous conviendrez qu’une trilogie dont on ne publie que deux tomes, ça tient de la promesse mensongère, de l’interruption fâcheuse. On peut même en venir à se dire qu’il aurait mieux valu ne pas lire du tout les deux premiers tomes, plutôt que d’être ainsi abandonné en plein plaisir. Desberg et Reculé, un duo d’« allumeurs papistes » ? Ah, la frustration m’égare, j’en tombe dans les attaques personnelles.
 
 

Il faut dire que j’ai apprécié les deux premier tomes, Poppéa (1998, ISBN 2-203-38917-6) et Le Maestro (1999, ISBN 2-203-38923-0). J’aime la finesse du trait de Reculé, ses mises en couleurs sombres dans les ombres et chaudes dans les lumières, la variété des plans et des angles de vue. Quant à l’histoire tissée par Desberg, elle contient ce qu’il faut de sentiments humains forts, l’espoir et le désespoir, la jalousie, l’envie, la force et la faiblesse pour que l’on s’attache au récit comme aux personnages.
 
 

Je me suis donc attaché à l’histoire de Poppéa, jeune cantatrice qui rêve qu’on lui accorde un premier rôle dans un des opéras du Mozart, comme ce Don Giovanni qui triomphe dans les théâtres. Est-elle trop rêveuse, pas assez armée pour affronter la cruauté du monde du théâtre, les appétits charnels et violents des hommes ? Pourra-t-elle trouver, de retour dans sa Toscane natale, auprès de son père, les conseils et les ressources intérieures qui feront d’elle une cantatrice capable d’habiter ses rôles ? Et quel est donc ce noir secret de famille qui… ?
Qui quoi ?
Eh bien, vous ne le saurez pas.
Non que je veuille garder ce secret pour moi. Mais parce qu’en l’entrevoyant, il vous tardera de savoir la suite. Et la suite, il n’y en a pas. Fichu troisième tome jamais publié !
 


Le duo Desberg et Reculé n’a pas abandonné ce Crépuscule des anges pour cause de séparation ; en effet, ces deux complices ont publié, par la suite, d’autres séries, comme Le cercle des sentinelles (1998-2000) ou Cassio (en cours depuis 2007). Mais je crains que cette trilogie dix-huitièmiste ne reste un concerto à jamais inachevé.

Pour la petite histoire : Desberg a mis ses talents de scénaristes au service d’une autre série d’inspiration très dix-huitièmiste, même si ce n’est pas directement « notre » dix-huitième siècle : la série best-seller Le scorpion, avec le très talentueux Marini. C’est d’ailleurs à Marini que Desberg avait tout d’abord proposé son scénario du Crépuscule des anges (source : une interview de Desberg pour ActuaBD).
 
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samedi 25 décembre 2010

Casanova(s)

Battaglia, Mattotti, Crepax, ces noms sonnent de manière familière aux oreilles des amateurs de bande dessinée italienne. Ils peuvent aussi être une musique familière à l’oreille des casanovistes. En effet, une bande dessinée collective Casanova a été réalisée par des dessinateurs italiens, brésilien et argentin de grand talent, chacun d’entre eux mettant en images un chapitre de la vie du célèbre vénitien.

Cet ouvrage a été publié voici 30 ans en version française (éditions Glénat, 1981, ISBN 2-7234-0246-0 ; l’édition originale italienne est parue en 1977) et, bien que j’ai pu en lire quelques extraits ici ou là, ce n’est qu’il y a quelques mois que j’ai pu en acquérir un exemplaire, dans une librairie de Bécherel, la très sympathique Cité du livre d’Ille-et-Vilaine.


Dans cet ouvrage, Hugo Pratt n’a illustré que la couverture.



Dino Battaglia signe le prologue, « Un vieux bibliothécaire », qui ouvre ce livre sur un Casanova à l’hiver de sa vie.



Cinzia Ghigliano nous fait découvrir un Casanova enfant souffreteux dans « L’enfant stupide ».
 


Lorenzo Mattotti introduit, dans « L’étudiant », un Casanova qui commence à entrevoir, dans ses premières années d’école, la duplicité de certains hommes et femmes.
 


Avec « Humiliations et rebellions » de Maurizio Bovarini, c’est l’abbé Casanova qui aiguise ses armes.


Ro Marcenaro nous invite, dans « Le voyage », à suivre Casanova de Venise à Ancône et à Naples à la suite de son évêque, un voyage au cours duquel il multiplie le mercure et séduit aussi bien une jeune fille grecque que l’épouse d’un avocat.


 
Dans « Le castrat » de Miguel Païva (le Brésilien de cette brochette de dessinateurs), cède aux charmes troublants et indécits d’un vrai-faux castrat.
 

Sous le crayon d’Altan, Casanova passe « Du bandit au gentilhomme », de la protection du sénateur Bragadin à la menace des Inquisiteurs.


 
Pour l’Argentin Oski, notre Vénitien est « Un jeune homme brillant et sans souci », jouant de son bagout pour embobiner les crédules qui se piquent d’ésotérisme.

 
 
« Henriette », de Renato Calligaro, dans un style totalement différent des styles des autres auteurs de cet album collectif, peint (et le mot n’est pas trop fort), les amours de Casanova pour cette Henriette française qu’il a connue en Italie et pour laquelle on peut dire qu’il a vibré d’amour.



Enfin, Guido Crepax, qui avait déjà dessiné une Histoire d’O (1975) inspirée de Pauline Réage et dessinera une Justine (1979) inspirée du marquis de Sade, clôt cet album avec le chapitre le plus directement érotique, « La religieuse », un épisode de la vie de Casanova où celui-ci plonge dans un tourbillon de plaisir avec des nonnes de bonne famille, en compagnie de l’ambassadeur de France à Venise, François de Bernis, futur cardinal.
 



Cet album m’a enchanté. J’ai apprécié la diversité des appropriations de Casanova par ces artistes, dont je connaissais, pour la plupart, le style par d’autres œuvres antérieures ou postérieures à ce Casanova. Cet album n’est pas très facile à trouver d’occasion en bon état, mais les bédéphiles et les casanovistes y trouveront certainement, les uns comme les autres, leur bonheur.


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