Affichage des articles dont le libellé est mémoires. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mémoires. Afficher tous les articles

vendredi 19 octobre 2012

Histoire de mille vies

« Histoire de ma vie »...
Quoi de plus simple et de plus ambitieux à la fois, pour donner un titre à des mémoires ? C’est le choix que fait Jacques Casanova de Seingalt, lorsqu’au crépuscule de sa vie, il couche sur le papier ce récit de ses années d’homme-kaléidoscope : aventurier, séducteur, polémiste, kabbaliste, ou encore organisateur de loterie. Réduire Casanova à l’image réductrice d’homme à femmes qui colle à son habit, c’est oublier, voire dénigrer, toutes les autres facettes de ce personnage si représentatif d’une partie de son siècle.



Avec cette Histoire de ma vie, nous sommes bien loin des pathétiques autobiographies et auto-fictions (un genre proche de l’onanisme) dont essaient de nous abreuver certains auteurs d’aujourd’hui : journalistes qui pensent que, parce qu’ils mangent les miettes à la table des présidents, rêvent que leurs scribouillages sont dignes des Mémoires de Saint-Simon ; éditrices qui jettent leur vie sexuelle sur la place en pensant que cela va passionner les foules ; post-ados au QI de bulot et sans talent artistique propulsés au sommet des ventes de disques et qui publient, alors qu’ils n’ont pas vingt ans, des feuilles d’un vide sidéral écrites sous leur nom par un pisse-copie à solde ; ou même un ancien chef de l’État, qui aurait dû raccrocher la plume à jamais, et qui s’invente – pour se donner des frissons ? – une romance pimentée avec une princesse morte (enfin, avant sa mort à elle, bien sûr ; je n’accuse pas l’ex-président de nécrophilie), piètre auteur pour lequel une Académie, qui vaut quand même mieux que ça, s’est ridiculisée en l’accueillant sous sa coupole.

Au contraire, s’embarquer dans la lecture des mémoires de Giacomo Casanova, c’est le suivre dans ses aventures, ses voyages, ses rencontres. Joueur, soldat, violoniste de théâtre, auteur dramatique, secrétaire d’ambassade, voilà bien des visages, souvent méconnus, de Casanova. C’est plonger dans une langue riche, roulante, un français teinté d’italianismes qui lui donnent encore plus de charme.



Casanova n’écrit pas sa biographie, il n’écrit pas sa vie, mais une histoire de sa vie. Peut-être est-ce la vie qu’il a eue, et peut-être pas. Peut-être un peu de la vie qu’il a eue et un peu de la vie qu’il aurait aimé avoir. Ou peut-être un peu de la vie de la manière dont il se souvient – ou croit se souvenir – l’avoir vécue. Il raconte ses hauts et ses bas, ses réussites et ses échecs, ses conquêtes sensuelles et ses déceptions amoureuses. Lui, le fils de comédiens, ne veut pas rester mêlé aux pouilleux, mais il sait que si les grands l’acceptent parfois à sa table, quand il arrive à profiter de leur crédulité ou de leur générosité, il ne sera jamais l’un d’eux.



Casanova n’est pas un révolutionnaire. Il est un homme de son temps, de cet « Ancien régime » qu’il verra s’effondrer, de loin, en France, au moment où il entame la rédaction de son Histoire de ma vie. C’est parce qu’il peut vivre au crochet de plus riches, de plus nobles, qu’il peut porter de la soie aujourd’hui, alors qu’il portait de l’étoffe grossière hier. Mais il sait que demain, il sera peut-être obligé de fuir, démasqué, poursuivi. Mais, ce qui lui importe, c’est que son étoile soit pleinement brillante aujourd’hui, même si c’est pour une courte durée ; il sait que viendra un autre moment où son éclat sera à nouveau souriant. Il est voyageur par choix et par force, au gré de ses projets et de ses fuites.


Individualiste, il ne se bat pas pour la liberté d’un peuple dans lequel il ne se reconnaît pas, dans lequel il ne veut pas, il ne veut plus être. Mais il n’est pourtant pas égoïste, partageant les plaisirs plutôt que les prenant pour lui seul, que ce soit à table ou dans les boudoirs. Rien à voir, donc, avec les séducteurs-prédateurs comme un Valmont ou un Don Giovanni.
Péripéties voluptueuses ou cruelles, toujours en mouvement, Casanova se met en scène. Et quelle scène : une grande partie de l’Europe !, et avec quels autres acteurs : des comédiennes de théâtres au prince de Ligne, de la marquise d’Urfé, férue d’ésotérisme, à Lorenzo da Ponte, librettiste de Mozart.


L’Histoire de ma vie, c’est l’Odyssée au XVIIIe siècle. Deux aventuriers qui parcourent « leur » monde en utilisant la ruse plutôt que la force, charmant ici, bernant là, poussant leur propre bonne fortune sans attendre que les autres la leur offrent. Ne perdez pas votre temps à vous demander ce qui est vrai ou inventé ; laissez-vous emporter par les mots et les rebondissements, pour plus de mille pages.



* * * * *

Les éditions des mémoires de Casanova ne manquent pas. En première approche, quelques informations sur les différentes éditions des Mémoires sont présentées dans la page qui leur est consacrée sur Wikipedia.



Pour les découvrir en détail, en intégralité, sous sa propre plume, sans se ruiner, tout en profitant du regard critique de spécialistes du personnage et de son temps, une seule édition est à retenir : celle, basée sur le manuscrit original intégral et complétée de textes inédits, parue en coffret de 3 tomes (éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1993, ISBN 2-221-06520-4). De la préface écrite par Francis Lacassin, je retiendrai surtout ces mots-ci : « Pour les mortels, la vie est un combat, pour les poètes, un voyage ; pour le Vénitien Giacomo Casanova – autoproclamé chevalier de Seingalt – elle est encore un festin où il trouve toujours sa place, un jeu ininterrompu, prétexte à un éternel défi. »



Mais, cette édition « Laffont-Bouquins », aussi fidèle et riche soit-elle, reste sous la forme de livres un peu quelconques, en papier bible et couverture souple. Alors, le casanovaphile ou l’amateur de beaux livres – qui peut, d’ailleurs, être l’un et l’autre à la fois – peut aussi mettre la main sur des éditions moins complètes, voire réécrites par rapport à l’original par des éditeurs peu scrupuleux, pour le plaisir de disposer d’une édition bien illustrée.

Ainsi, l’édition dite « de la Sirène », en douze tomes, publiée de 1924 à 1935, aux éditions de la Sirène, avec ses couvertures en cuir fin, ses illustrations en pleine page sous serpentes, ses gravures hors-texte et dans le texte, ses notes abondantes.
Ainsi, aussi, l’édition de Javal & Bourdeaux (1931-1932), remarquablement illustrée par environ 200 aquarelles du peintre français Auguste Leroux, dont une partie est trouvable sous forme de reproductions.



Ainsi l’édition d’extraits de ces Mémoires (éditions Gibert Jeune, 1950) en deux volumes, illustrée de 32 hors-texte, de nombreux in-texte, par Brunelleschi, édition tirée sur vélin de Condat et en tirage limité à trois mille exemplaires, tous numérotés. On peut regretter que les illustrations aient, dans leur très grande majorité, un penchant vers la grivoiserie (sans pour autant que cela tombe dans la vulgarité ou la pornographie). Mais force est de reconnaître que le trait et les mises en couleurs de Brunelleschi sont empreints de finesse et de délicatesse. C’est donc, là, une édition très plaisante.



Par ailleurs, certains extraits de l’Histoire de ma vie ont fait l’objet d’éditions très particulières.

L’ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8 ; fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur) n’est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C’est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l’époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives. Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n’ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d’un grand didactisme.



Quant au livre Fragments de Mémoires, de Casanova et Brody Neuenschwander (éditions Alternatives, 2005, ISBN 2-86227-432-1, fiche du livre sur le site de l’éditeur), il a été un de mes coups de cœur graphique. Il est constitué d’extraits des Mémoires de Casanova, sur les pages de gauche, et des travaux graphiques (calligraphies, collages, etc.) sur les pages de droite. Un exercice audacieux, original, qui ne laisse pas indifférent : on adore ou on déteste. Moi, j’adore !



* * * * *

Défis. Ce billet répond aux défis suivants :


dimanche 26 décembre 2010

Casanova & Brunelleschi

Ma bibliothèque personnelle ne manque pas d’éditions des Mémoires de Casanova, éditions entières ou extraits, à partir des textes originaux ou de textes tronqués voire réécrits, sans pour autant que je sois un acheteur compulsif de tout ce qui sort ou est sorti en la matière. Pour le « sérieux », je m’en tiens à l’édition publiée dans la collection Bouquins chez Laffont. Mais, pour le plaisir bibliophile et casanoviste, j’achète aussi des éditions pour lesquelles j’ai un coup de cœur. 



C’est ainsi que j’ai acquis une édition d’extraits de ces Mémoires (éditions Gibert Jeune, 1950). La justification de ce tirage numéroté est ainsi rédigée (l'ai repris les mises en italiques et en capitales telles que dans le livre) :


JUSTIFICATION DU TIRAGE
_________

La présente édition
MEMOIRES DE JACQUES CASANOVA
DE SEINGALT
- Deux Volumes -
(Extraits de 1734 à 1755. - 1755 à 1772, colligés par René Groos)
est illustrée de 32 hors-texte, de nombreux in-texte, fleurons et culs
de lampe en couleurs, de BRUNELLESCHIentièrement tirée sur
velin de Condat, son tirage a été limité à trois mille exemplaires
tous numérotés.
Aux cent premiers exemplaires sont ajoutées une suite en noir des
hors-texte et les épreuves de deux planches refusées.

EXEMPLAIRE N° 2205




On peut regretter que les illustrations aient, dans leur très grande majorité, un penchant vers la grivoiserie (sans pour autant que cela tombe dans la vulgarité ou la pornographie). Mais force est de reconnaître que le trait et les mises en couleurs de Brunelleschi sont empreintes de finesse et de délicatesse. C’est donc, là, une édition très plaisante.


* * * * *

lundi 30 mars 2009

Un point cardinal


J
e fréquente peu les gens d'église, c'est un fait. Et, à de rares exceptions près, ils ne me donnent pas envie de les fréquenter plus. Malheureusement, parmi ces exceptions, il en est que je ne pourrai pas fréquenter du tout, à moins de croire à la possibilité de communiquer avec les morts.
Je me fais du cardinal Guillaume Dubois, personnalité éminente de la Régence, une image probablement fausse, car il ressemble plus, pour moi, à Jean Rochefort qui l'incarne dans Que la fête commence !, de Bertrand Tavernier, qu'à son portrait (pourtant certainement plus fidèle mais probablement moins savoureux) par Guy Chaussinand Nogaret.

Un autre cardinal que j'apprends à mieux connaître ces temps-ci est François-Joachim de Pierre, abbé puis cardinal de Bernis (1715-1794). C'est bien entendu Giacomo Casanova qui m'a présenté à Bernis, alors ambassadeur de France à Venise. Connaissant la facilité avec laquelle mon cher Vénitien prend quelques libertés avec les portraits qu'il fait de ses contemporains et des relations – spirituelles ou charnelles – qu'il a eues avec eux, j'ai voulu en savoir un peu plus sur Bernis au travers d'autres textes.

Je ne pouvais pas manquer les Mémoires que François de Bernis a lui-même rédigés (Mercure de France, Le Temps retrouvé, ISBN 2-7152-2192-4). Je ne suis pas naïf au point de croire que Bernis a dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dans ses Mémoires. D'ailleurs, si cela avait été le cas, j'en aurais été franchement déçu. Surtout pour un homme d'église !
Alors j'ai dévoré ces Mémoires pour ce qu'ils sont. Le regard de cet homme pas ordinaire du tout sur lui-même, sa vie, ses contemporains. Je l'y devine fidèle en amitiés comme en inimitiés, attentif à se parer de vertus en oubliant ses vices. En fin diplomate qu'il a été, il négocie avec ses lecteurs, leur offrant ce qu'il a de mieux sans s'appesantir sur les zones d'ombres.

Mais je souhaitais avoir un autre regard sur Bernis. Pas uniquement celui de ses adversaires à la plume trempée dans le vitriol, comme le duc de Richelieu qui décrivait Bernis comme « une comète qui avait une queue très longue, mais à laquelle il manquait une tête ».
C'est Jean-Marie Rouart que j'ai donc choisi comme guide. Contrairement à ce que le titre et l'illustration de couverture, inspirée de Fragonard, peuvent laisser penser, ce Bernis, le cardinal des plaisirs (éditions Gallimard, 1998, ISBN 2-07-075264-X) est tout sauf un ouvrage centré sur le libertinage. Oui, Bernis a aimé et savouré les plaisirs de la vie, mais l'ouvrage de Rouart va bien au-delà de cet aspect-là, au point que celui-ci en devient presque anecdotique.

C'est Rouart l'homme d'esprit, l'homme d'Etat, qui est à l'honneur, capable de fines manœuvres comme de coups d'éclat. Du « renversement des alliances » (la France, ancienne adversaire de l'Autriche, en devient l'alliée, contre la Prusse, ancienne alliée devenue ennemie) à la dissolution de l'ordre des Jésuites, Bernis a été le maître d'œuvre de grands changements, heureux ou moins heureux.

Quelques autres ouvrages sur Bernis chatouillent ma curiosité, de l'Éloge du cardinal de Bernis, de Roger Vaillant au Cardinal de Bernis, la belle ambition, de Jean-Claude Desprat.

Je ne vais pas quitter de si tôt une si bonne compagnie.

* * * * *

dimanche 14 décembre 2008

Quand Maurice rêve


Une fois n'est pas coutume (mais ça pourrait le devenir), je publie un billet qui n'est pas entièrement de ma plume, mais qui vise à rendre plus visible une information donnée par un lecteur de ce blog, abdul666, dans un commentaire d'un de mes billets avec lequel il n'avait qu'un très lointain rapport.

"Le titre de ce billet me fournit un prétexte (bien mince, il est vrai: les étonnants qui y sont décrits) pourpartage ma joie de découvrir que les 'Rêveries' du Maréchal de Saxe ont été numérisées et mises en ligne par Google et par notre Bibliothèque Nationale.

Fascinant pour les amateurs d'Histoire Militaire au temps des 'Guerres en dentelles', étonnement moderne dans son contenu... mais aussi, il me semble, une intéressante curiosité pour tout amateur du 18ème siècle. Un texte agréable dans le français du temps, présenté avec l'orthographe ('o' au lieu de 'a' à l'imparfait) et la typographie ('f' pour 's') d'origine..." (abdul666)


Le titre complet de ces Rêveries est Mes rêveries. Ouvrage posthume de Maurice comte de Saxe, duc de Curlande et de Sémigalle, maréchal général des armées de Sa Majesté Trés-Chrétienne : augmenté d'une histoire abrégée de sa vie, & de différentes pièces qui y ont rapport, par monsieur l'abbé Pérau.

Je ne pouvais que relayer ce message d'abdul666 par un billet plus visible, tant ces Rêveries valent d'être découvertes par les curieux d'histoire militaire et, au-delà de ces mémoires, leur auteur lui-même, Maurice de Saxe (1696-1750.

Les lecteurs préférant le livre-papier au livre-pdf pourront trouver ces Rêveries aux éditions Economica (2002, ISBN 978-2717845280).

* * * * *

samedi 21 juin 2008

Ces murs ne sont rien


D
e quelle étrange confrérie Giacomo Casanova pourrait-il donc faire partie pour y côtoyer des repris de justice plus ou moins recommandables, plus ou moins célèbres, d'Eugène-François Vidocq à Pascal Payet, en passant par Frank Morris et Albert Spaggiari ?

La confrérie des évadés !

Et Casanova est le premier des onze personnages composant ce petit panorama de ceux qui ont su se faire la belle, panorama dressé par le Journal du Dimanche en juillet 2007. Découvrez-les avec un peu plus de détails sur le site du JDD, ce « petit » dossier y est encore accessible à la date où je publie ce billet.



Casanova nous a livré lui-même le récit de son évasion, sous le titre Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise qu'on appelle les Plombs, dont il existe de nombreuses éditions. En petits ou en grands caractères, choisissez la vôtre et écoutez-le vous conter cela dans le détail. Libre à vous de le croire ou pas.

Pour ma part, j'adore l'entendre me raconter des histoires. Vraies ou fausses, est-ce vraiment important, quand le conteur a du talent ?

* * * * *

mercredi 21 mai 2008

Casanova et le chant de la sirène


I
l y avait quelques mois déjà que j'avais repéré, sur les étagères d'un bouquiniste, une « jolie » édition des Mémoires de Casanova.
Il s'agit de l'édition dite « de la Sirène », en douze tomes, publiée de 1924 à 1935, aux éditions de la Sirène.

Avec ses couvertures en cuir fin, ses illustrations en pleine page sous serpentes, ses gravures hors texte et dans le texte, ses notes abondantes, elle chantait à mes oreilles. N'ayant aucune envie de mettre de la cire dans mes oreilles pour me protéger de l'envoûtement de ce chant de sirène, j'ai fini par l'acheter.

Elle vient s'ajouter à mes autres éditions, dont celle chez Robert Laffont, plus fidèle et plus complète, mais dont le charme est bien moindre, dans son papier-bible, que celui d'une édition qui sent le cuir et le papier ancien.

* * * * *

Pour quelques informations sur les différentes éditions des Mémoires, vous pouvez vous reporter à la page qui leur est consacrée sur Wikipedia.


* * * * *

samedi 26 avril 2008

Leroux au service de Casanova


I
l m'est difficile de cacher ma curiosité pour les diverses éditions de l'Histoire de ma vie, de Giacomo Casanova. Avec celle publiée aux éditions Robert Laffont, collection Bouquins, j'ai trouvé la plus fidèle au texte original, et la plus complète grâce aux textes introductif, aux notes, etc.

Mais, tout aussi fidèle et riche soit-elle, cette édition reste sous la forme de livres un peu quelconques, en papier bible et couverture souple. Des éditions plus anciennes, certes incomplètes, voire trahies, m'intéressent également, pour leur forme. J'aime les reliures en cuir, les livres illustrés de gravures ou de dessins.

En fouinant sur le net à la recherche d'autres éditions de ces Mémoires de Casanova, j'ai trouvé la mention de l'édition de Javal & Bourdeaux (1931-1932), remarquablement illustrée par le peintre français Auguste Leroux. Cette édition est un peu chère pour ma bourse (si un lecteur se sent l'envie de me l'offrir, il peut prendre contact avec moi !), mais une partie des illustrations est trouvable sous forme de reproductions.
Plusieurs sites de vente en ligne de posters reproduisant des tableaux en vendent (un coup de moteur de recherche avec « casanova » et « leroux » comme mots-clés vous permettra d'en trouver facilement).

Mais la source la plus riche est un site néerlandais, présentant environ 200 aquarelles tirées de cette édition de Javal & Bourdeaux.
Un vrai coffre au trésor, pour les amoureux de Casanova, de Venise et d'ailleurs, ou des arts.

* * * * *

lundi 24 mars 2008

Un commerçant peu recommandable


L
es traites esclavagistes forment une grande tache sur les pages de l'histoire de l'humanité. Et la traite négrière, dans son développement industriel – si j'ose dire – du XVIIIe siècle, est plus qu'une ombre dans ce siècle des Lumières.
Les études actuelles sur le sujet ne manquent pas, certaines ayant même soulevées des polémiques au couer même du monde scientifique. Mais il n'existe pas pléthore de documents contemporains de cette traite à être facilement disponibles pour des lecteurs d'aujourd'hui.

En publiant le journal du capitaine William Snelgrave, les éditions Gallimard mettent à portée de tous un document saisissant : Journal d'un négrier au XVIIIe siècle. Nouvelle relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d'esclaves qu'on y fait (1704-1734) (éditions Gallimard, collection Témoins, 2008, ISBN 9782070782154).
Saisissant à plusieurs points de vue. En premier lieu par la précision de ce regard de l'intérieur, mêlant tout à la fois la curiosité d'un explorateur et la rigueur froide et comptable d'un épicier. Saisissant, aussi, par la démonstration que fait William Snelgrave des bienfaits de l'esclavage, y compris pour les Africains eux-mêmes.
Ce récit, auquel son style confère parfois des accents de roman d'aventures, bénéficie d'une très intéressante introduction par Pierre Gibert.

Un livre qui ne manquera pas, je pense, de saisir de frissons glacés les lecteurs d'aujourd'hui.


* * * * *

Consultez la fiche du livre sur le site de l'éditeur.

* * * * *

dimanche 12 août 2007

Promenade patchwork

Pour écrire ses livres historiques sur le XVIIIe siècle (par exemple, L'Encyclopédie de Diderot et de Jaucourt : Essai biographique sur le chevalier Louis de Jaucourt, en 2000 ; Le chevalier de Vivens. Un philosophe des Lumières en Guyenne, en 2000 également ; Le règne des femmes, 1715-1793, en 2001), Jean Haechler s'est assurément plongé dans une masse considérable de textes de l'époque. C'est d'ailleurs ce qu'il dit clairement dans la dédicace de sa Promenade dans le XVIIIe siècle (Nil Editions, 2003, ISBN 2841112837).

Peut-être déçu de ne pas avoir pu valoriser toute cette richesse dans ses ouvrages plutôt académiques, il a choisi la voie du roman, écrivant le journal apocryphe d'un homme tenant la plume de la mort de Louis XIV en 1715 à un fatal coup de guillotine en 1793, au long d'un siècle de lumières et de ténèbres.
Je n'ai pas la mémoire exacte de ce que j'ai lu, moi aussi, comme mémoires et journaux personnels de cette époque ou d'anthologies de ce types de texte (dont certains que j'ai cités dans des billets de la série « mémoires »). Mais j'en ai lu un certain nombre déjà, et je n'étais probablement le « bon » lecteur pour ce livre de Jean Haechler. Je n'étais peut-être pas assez neuf sur le sujet, et cette promenade m'a laissé un net goût de déjà-vu, du fait de sa construction même, mosaïque d'emprunts aux mémorialistes de l'époque, dont la liste est portée dans la bibliographie de l'ouvrage.
En revanche, pour qui serait béotien en la matière, voilà un roman qui brosse le portrait de ce Siècle en regard subjectif. Et qui peut donner envie de lire les textes originaux dont sont extraits les éléments qui ont servi à construire cette mosaïque.

mercredi 30 mai 2007

Mines de plombs

Casanova a raconté son enfermement dans les prisons de Venise (les fameux « Plombs »), où l'avaient conduit les soupçons des Inquisiteurs. De cette partie de sa vie, il a souligné plusieurs aspects : l'arbitraire avec lequel la Sérénissime pouvait emprisonner un de ses sujets, le côté implacable d'une « justice » opaque que l'on pourrait qualifier de kafkaïenne - n'eût été le risque d'anachronisme -, son étrange relation avec son geôlier et, pour finir, son extraordinaire évasion par les toits.

Ce sont ces différents aspects que Patrick Mallet a mis en images et textes, avec Les plombs de Venise (éditions Milan, collection Treize Etrange). Ces BD m'ont séduit par leur format, leur graphisme et leur récit. Le fait que je sois mordu de Venise et de ce Vénitien y est probablement pour quelque chose.

Sachez que cette sympathique série (3 tomes) est disponible en coffret, avec un dépliant cartonné, façon petit paravent à poser sur le bureau.


La fiche de cette série sur le site de la Bédéthèque.

mardi 15 mai 2007

Mémoires... Mémoire...

Je trouve les mémoires de grands et petits personnages intéressants par leurs témoignages de première main, par leur vue (préjugés compris) sur leur temps, par leur façon de raconter (d’enjoliver, parfois) leur propre existence.

Les Editions Mercure de France publient, dans la collection "Le temps retrouvé / Poche" une série de de ces mémoires. Plusieurs de ces ouvrages s’inscrivent dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, et j’en ai acheté plus d’un. Avec des prix dans la dizaine d’euros, ce sont là des achats tout à fait recommandables. Pour l’instant, et sauf oubli de ma part, j’ai acheté, chez cet éditeur, les ouvrages suivants :

- Cardinal de Bernis, Mémoires

- Duc de Choiseul, Mémoires

- Président de Brosses, Lettres d’Italie (2 tomes)

- Scipion de Castries, Souvenirs maritimes

- Lorenzo Da Ponte, Mémoires (1749-1838) [le librettiste de Mozart]

- Madame Du Deffand, Lettres

- Madame Du Hausset, Mémoires sur Louis XV et Madame de Pompadour

- Carlo Goldoni, Mémoires de M. Goldoni, pour servir à l’histoire de sa vie et celle de son théâtre [indispensable sur Venise]

- Prince de Ligne, Mémoires

A ceci s’ajoutent les Mémoires du Marquis de Valfond, et les Mémoires du Comte de Saint-Priest, toujours chez Mercure de France et dans la collection Le temps retrouvé, mais pas en poche.


Chez un bouquiniste, j’ai mis la main sur un livre rassemblant des extraits du Journal anecdotique d’un parisien sous Louis XV, 1727 à 1751, d'Edmond-Jean-François Barbier, textes choisis et présentés par Hubert Juin (aux éditions Le livre club du libraire, sans date).


Comme je l’ai signalé dans un autre billet, je ne pouvais, bien entendu, pas passer à côté des mémoires d’un de ceux qui m’ont ouvert les portes du Settecento : Casanova.
J’ai acheté son Histoire de ma vie, aux éditions Robert Laffont, collection Bouquins (3 volumes).
J’ai également acheté, dans une édition de format réduit qui avait attiré mon œil, son récit Ma fuite des prisons de Venise qu’on appelle les Plombs. Plusieurs éditions existent, sous des titres variables (par exemple Histoire de ma fuite des prisons de Venise).


Enfin, deux autres livres (chez Robert Laffont, collection Bouquins) complètent ma collection – toujours en cours d’évolution – de mémoires dix-huitièmistes :

- Paris le jour, Paris la nuit, construit à partir d’écrits de Louis Sébastien Mercier (Tableau de Paris, Le nouveau Paris) et de Nicolas Edme Restif de la Bretonne (Les nuits de Paris) ;

- Les Français vus par eux mêmes, Le XVIIIe siècle, Anthologie des mémorialistes du XVIIIe siècle, une sélection de textes par Arnaud de Maurepas (un nom illustre, n’est-il pas ?) et Florent Brayard, une approche thématique (« Le pays », « Les gens ») accompagnée de notices biographiques.



De quoi offrir de belles soirées de lecture en bonne compagnie.

samedi 5 mai 2007

Histoire d'une vie... et quelle vie !


"Histoire de ma vie"...
Quoi de plus simple et de plus ambitieux à la fois, pour donner un titre à des mémoires ? C’est le choix que fait Jacques Casanova de Seingalt, lorsqu’au crépuscule de sa vie, il couche sur le papier ce récit de ses années d’homme-kaléidoscope : aventurier, séducteur, polémiste, kabbaliste, ou encore organisateur de loterie.

Réduire Casanova à l’image réductrice d’homme à femmes qui colle à son habit, c’est oublier, voire dénigrer, toutes les autres facettes de ce personnage si représentatif d’une partie de son siècle.

S’embarquer dans la lecture de ses Mémoires, c’est le suivre dans ses aventures, ses voyages, ses rencontres. Joueur, soldat, violoniste de théâtre, auteur dramatique, secrétaire d’ambassade, voilà bien des visages, souvent méconnus, de Casanova.

Pour le découvrir en détail, sous sa propre plume, tout en profitant du regard critique de spécialistes du personnage et de son temps, une seule édition est à retenir : celle, basée sur le manuscrit original intégral et complétée de textes inédits, parue aux éditions Robert Laffont, collection Bouquins, en coffret de 3 tomes.

"Pour les mortels, la vie est un combat, pour les poètes, un voyage ; pour le Vénitien Giacomo Casanova – autoproclamé chevalier de Seingalt – elle est encore un festin où il trouve toujours sa place, un jeu ininterrompu, prétexte à un éternel défi."
Francis Lacassin, préface d’Histoire de ma vie, éditions Robert Laffont.