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Placé sous l'égide de Giacomo Casanova, "Monsieur de C." est un espace consacré au XVIIIe siècle, dans ses diverses déclinaisons de l'époque et dans les oeuvres qu'il a inspirées jusqu'à nos jours
mercredi 19 décembre 2012
Les prémices du non
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mercredi 24 octobre 2012
De plume et de loi
Au milieu du XVIIIe siècle, les demi-frères Henry et John Fielding ont marqué de leur talent la littérature anglaise et, de leur volonté réformatrice, la justice londonienne.
Lorsque Henry, malade, quitte son poste en 1754, c’est John qui devient le magistrat en chef à Bow Street, un poste qu’il tiendra jusqu’à sa mort en 1780. Et pendant toutes ces années, ce juge qui a perdu la vue à 19 ans après un accident en service dans la marine, Henry Fielding, sera « The Blind Beak of Bow Street », incarnation vraiment aveugle d’une justice qui essaie d’être plus juste.
C’est donc par des « polars historiques » que j’ai découvert John Fielding, le juge aveugle de Bow Street. Ceux de la série écrite par le journaliste et écrivain états-unien Bruce Alexander (de son vrai nom Bruce Alexander Cook, 1932-2003). En l’occurrence, 11 romans dont le personnage principal est John Fielding, publiés entre 1994 et 2005 ; 8 d’entre eux sont parus en en traduction française aux éditions 10-18, collection Grands détectives, ce qui les met à la portée d’à peu près toutes les bourses (ils sont au format de poche) et des lecteurs non anglophones.
En parlant de moyens, ceux du budget de la série ne semblent pas être mirifiques, mais leur modestie est contournée, assez habilement (le recours aux simulations de Londres en 3D à partir du plan dressé par le cartographe du XVIIIe siècle John Roque, par exemple), pour éviter que les scènes d’extérieur ne paraissent faites de bouts de chandelle et de carton-pâte.
Pour tout cela, et pour l’intérêt des scénarios de chaque épisode, inspiré des mémoires de Henry Fielding, cette série est de celle qui mérite l’attention des amateurs d’enquête policière et des recoins sombres du siècle dit « des Lumières ».
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samedi 31 décembre 2011
Brisons les chaînes
Il est étonnant que ce bon Monsieur Joachim Schwartz, pasteur du Saint-Évangile à Bienne et membre de la Société économique de B*** d’après le livre, ne fasse pas partie, au regard de la portée forte de ce texte, de la galerie des antiesclavagistes à laquelle les oreilles du grand-public ont pu être éduquées.
Derrière l’ironie de ce pseudonyme, c’est en effet Nicolas de Condorcet qui a tenu la plume de ces Réflexions, texte majeur sur la route vers l’abolition de l’esclavage.
Et en 1781, c’est donc le Dr Schwartz, alias Marie-Jean-Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, homme de sciences et de philosophie qui publie ses Réflexions sur l’esclavage des Nègres (première édition à Neuchâtel ; édition revue et corrigée à Paris, 1788). Le ton est donné dès l’épître dédicatoire aux esclaves : « Mes amis, quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. »
Pour mémoire, après une première abolition par la Convention nationale en 1794, l’esclavage est rétabli en 1802, avant d’être définitivement aboli en avril 1848.
Cet ouvrage de Condorcet, texte pionnier et – fait rare jusque-là, entièrement consacré au sujet de l’esclave – est de ceux qui nous amène à regarder le monde différemment, à bousculer nos certitudes, nos préjugés, à sortir de la facilité, à éveiller notre conscience de nous-mêmes et des autres. Il y a encore tant de progrès à faire que bousculer les consciences est un effort salutaire de tous les jours.
Un peu de lecture
Un exemple d’édition des Réflexions sur l’esclavage des Nègres, de Condorcet (éditions Flammarion, collection GF Philosophie, 2009, ISBN 978-2081220010).
En complément, les lecteurs curieux pourront se tourner vers les Réflexions sur la traite et l’esclavage des Nègres, d’Ottobah Cugoano (Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species, Humbly Submitted to the Inhabitants of Great-Britain, by Ottobah Cugoano, a Native of Africa , 1787 ; 1788 pour la traduction française), et vers The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African (1789), deux des premiers ouvrages militant pour l’abolitionnisme écrits par des anciens esclaves.
Des éditions sont disponibles en français ; par exemple :
Ottobah Cugoano, Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres (éditions Zones, 2009, ISBN 2-355-22017-4).
vendredi 26 août 2011
Taillé bien comme il faut
mercredi 2 septembre 2009
Des mots bons et moins bons
La présentation de cet ouvrage est fort plaisante, par sa typographie, ses gravures, ses culs-de-lampe.
Mais, contrairement à ce qu'en dit le titre, je n'ai pas trouvé tous les mots ainsi présentés aussi percutants les uns que les autres. Certains m'ont même laissé plutôt froid. Et, pour ce qui est de la présentation, pour un livre de ce prix-là (un prix neuf affiché à 15 euros), j'aurais tout de même préféré qu'il ne fût pas imprimé en Chine et recouvert d'un plastique imitation cuir. Je veux bien qu'il y ait eu un travail de sélection des textes, et qu'il faille en rémunérer les personnes qui y ont procédé. Mais la matière première était gratuite, libre de tous droits, pour autant que je sache, et il doit bien se trouver un imprimeur capable de travailler ce format de livre sans être ruineux, en France, en Espagne ou en Italie. En tout cas sans aller le chercher chez l'empereur de Chine.
En résumé, un ouvrage sympathique mais qui me laisse mi-figue mi-raisin.
mardi 18 novembre 2008
Est-ce grave, docteur ?
Dans un forum dix-huitièmiste où je traîne fréquemment mes guêtres ou mes chaussures à boucle , mon attention avait été attirée sur l'ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8).
Il m'arrive de me méfier de la présentation des ouvrages par les éditeurs, parfois dithyrambiques. Mais je reconnais que celle-ci correspond bien à l'esprit et à la lettre de l'ouvrage :Le livre n'est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C'est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l'époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives.
Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n'ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d'un grand didactisme. Une belle réussite, donc. Et un grand merci au forumiste de La passion XVIIIe qui avait éveillé ma curiosité à ce sujet.
Fiche de l'ouvrage sur le site de l'éditeur.
dimanche 2 novembre 2008
Et si nous parlions de mode ?
Il est des salons où je me sens à mon aise parce que je les fréquente assidument et que j'y participe aux discussions, dans divers domaines. Et d'autres salons où je suis plutôt un curieux, n'ayant pas toujours la matière pour participer aux discussions en apportant de l'information, en partageant de l'expérience, mais où je viens apprendre des choses.
C'est le cas du forum sur l'histoire du costume et de la mode, ouvert voici quelques semaines par Elisabeth, lectrice habituée de mes billets et à qui j'avais consacré l'un de mes billets, justement.
Dans ce forum, chacun, passionné, connaisseur ou curieux, du costume et de la mode peut venir y fureter, discuter, partager, découvrir. Du péplum au cardigan en passant par la lavallière, de la gazette d'époque au film d'aujourd'hui, en passant par les travaux de reproduction et de création des membres du forum, il y a là un espace bien riche.
N'hésitez pas à aller y faire quelques pas, ce sont des salons de bonne compagnie.
dimanche 19 octobre 2008
Autoportrait d'un village
Fouiller les bacs des bouquinistes est un exercice dont je ne me prive pas. Même quand lesdits bacs sont dans un profond désordre. Car je me dis que, devant un tel désordre, d'autres que moi, moins patients, se seront peut-être lassés avant de mettre la main sur une pièce intéressante.
C'est ainsi que, voici quelques semaines, j'ai eu la bonne fortune de mettre la main sur le livre de Christian Desplat, Village de France au XVIIIe siècle. Autoportrait (éditions Atlantica, 1997, ISBN 2-84394-006-0).
Étonnant ouvrage que celui-là. Son thème est, en effet, très particulier. Si particulier que je me demande comment un éditeur, même reconnu pour les publications d'intérêt régional, se lance dans la publication d'un tel livre, au risque de ne pas en vendre suffisamment pour rentrer dans ses frais. Mais je ne vais pas me plaindre que des éditeurs prennent ces risques. Je suis très content de pouvoir trouver des ouvrages de ce genre, aussi « pointus » soient-ils.Ce livre de Christian Desplat met en lumière des « compoix », le nom donné dans le sud de la France aux ancêtres des cadastres. Ici, il s'agit de ceux de Sadournin en Astarac et de la baronnie d'Esparros, dans les Baronnies des Pyrénées (aujourd'hui dans les Hautes-Pyrénées). S'ils ont un caractère exceptionnel, c'est parce que le prud'homme ordonnateur et rédacteur qui les a établis, Arnaud Marin d'Espouey, les a très abondamment illustrés. Christina Desplat a retenu ce qui couvre la période 1772-1773, à quelques années des grands soubresauts qui vont bouleverser la France. L'historien nous aide à comprendre la vie de ces contrées, la vie individuelle et la vie collective, les labeurs et les fêtes.
Un extraordinaire témoignage de première main, de l'intérieur, accompagné par l'analyse d'un historien spécialiste des mentalités et cultures traditionnelles, notamment pyrénéennes.
mardi 22 juillet 2008
Oignons au boisseau, oignons nouveaux !
A l'occasion d'un récent passage-éclair à Paris, j'ai mis la main, à la librairie Les nourritures terrestres (boulevard du Montparnasse) sur un exemplaire du livre de Massin, Les cris de la ville - Commerces ambulants et petits métiers de la rue (Albin Michel, 1985, ISBN 2-226-06490-7).
Le livre est abondamment illustré, avec des illustrations de diverses époques, de la fin du Moyen Age (environ) au début du 20ème siècle. Tout ce petit peuple affairé et bruyant commence à prendre corps avec ces images, il ne reste plus qu'à y ajouter les cris.Un livre idéal à feuilleter entre deux lectures du Tableau de Paris de Louis Sébastien Mercier ou des romans de Jean-François Parot.
dimanche 25 mai 2008
De la barre à l'échafaud
Le chevalier de La Barre, plus connu sous ce titre que sous son nom (François-Jean Lefebvre), a eu le triste privilège d'être le dernier Français condamné à mort pour blasphème.
Le chevalier est accusé, en 1765, de divers actes d'impiété, tout comme deux de ses amis, Gaillard d’Etallonde et Moisnel : ils ne se seraient pas décoiffés au passage d'une procession religieuse, auraient chanté des chansons insultant Marie-Madeleine, et mutilé un Christ en place publique à Abbeville. Fait aggravant aux yeux de ses accusateurs, le chevalier de La Barre possédait, outre deux livres licencieux, le Dictionnaire philosophique de Voltaire.Moisnel, très jeune, n'est pas réellement inquiété, Gaillard d’Etallonde trouve le salut dans la fuite à l'étranger, et le chevalier de La Barre, trop confiant en la justice, choisit d'affronter le procès.
Mal lui en prend puisque, malgré un solide alibi, il est finalement condamné à la torture et à la mort. Il est exécuté le 1er juillet 1766 : poing et langue coupés, il est ensuite décapité et brûlé avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire, préalablement lacéré
Le chevalier de La Barre a été victime de différents entre certains membres de sa famille et des personnages puissants d'Abbeville, d'une justice défaillante avalant – voire suscitant - accusations non étayées et faux témoignages, et de la profonde intolérance religieuse qui persistait en ce siècle des Lumières.
Des voix s'élèveront néanmoins pour défendre le chevalier, dont celle de Voltaire, qui devra s'enfuir pour ne pas être poursuivi lui-même ! Enfin réhabilité par la Convention, le chevalier de La Barre deviendra une figure symbolique de la lutte contre l'intolérance religieuse. Le fait que le gouvernement de Vichy ait fait déboulonné, en octobre 1941, la statue qui avait été érigée en 1897 devant la basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre, puis déplacée au square Nadar en 1926, ne peut que souligner à quel point les libres penseurs gênent, même lorsqu'ils ne sont que des symboles, les dictateurs de tout poil, politiques ou religieux.
Le chevalier de La Barre est toutefois revenu parmi nous, le 24 février 2001, lorsqu'une nouvelle statue a été érigée en remplacement de celle déboulonnée par les vichystes. Certains se sont plaint que la statue, représentant le chevalier les mains dans les poches, n'est pas assez militante, pas assez représentative de ce qui est arrivé au chevalier, et qu'elle aurait dû montrer également le bûcher et le Dictionnaire philosophique, comme la première statue.Le plus important, à mes yeux, est surtout de conserver la vigilance contre l'intolérance et pour la liberté de penser et de s'exprimer. Le socle de l'actuelle statue porte, gravé dans la pierre, les mots de Voltaire : « La tolérance universelle est la plus grande des lois ».
Illustrations
La carte postale ancienne est publiée sur cette page-là.
La photo de la statue actuelle est publiée sur cette page-là.
dimanche 6 avril 2008
Un très grand « dérangement »
Le titre de ce billet n'est pas né de ma plume. C'est le sous-titre du livre Les routes de l'esclavage, de Claude Fauque et Marie-Josée Thiel (éditions Hermé, 2004, ISBN 2-86665-391-2).
Cet ouvrage, nourri notamment du profond travail mené par des historiens et chercheurs de nombreux pays sous l'égide de l'Unesco (programme « La route de l'esclave »), porte la lumière sur la traite négrière et l'esclavage, tant dans sa géographie que dans son quotidien.Bien évidemment, nous sommes loin, dans le mode de traitement, du journal du capitaine négrier William Snelgrave, dont je vous entretenais il y a quelque temps.
Le livre de Claude Fauque et Marie-Josée Thiel à la fois touche aux détails et prend du recul, essayant de nous amener à comprendre l'inexplicable. Un ouvrage qui secoue, et donc j'imagine difficilement qu'il puisse être lu d'un bout à l'autre sans s'arrêter. En tout cas, pour ma part, je n'ai pas pu. D'une part parce que je n'en avais pas envie, et d'autre part parce que s'arrêter pour respirer fait du bien, dans ce genre de lecture. Pas pour tourner le dos à ce que ces pages montrent et racontent. Mais parfois pour se demander « sommes-nous bien sûrs que ça ne pourra jamais recommencer ? ».
lundi 24 mars 2008
Inconnus criminels
Certains brigands comme Cartouche ou Mandrin ont marqué les esprits de leur temps au point que leur mémoire a survécu jusqu'au nôtre. D'autres, moins connu, ont parfois fait l'objet d'études particulières, comme Blaise Ferrage, pour illustrer un phénomène particulier.
Jean-André Tournerie, dans son livre Criminels et vagabonds au siècle des Lumières (éditions Imago, 1997, ISBN 2-911416-07-4) suit une voie quelque peu différente. Il s'attache en effet à présenter plusieurs cas d'inconnus ayant eu maille à partir avec la police ou la justice, en respectant les trois unités de la tragédie : le lieu (la Touraine), le temps (la deuxième moitié du XVIIIe siècle) et l'action (tous ces inconnus vivent une « crise », chacun à sa manière).L'objet du livre, tel qu'exprimé dans l'avant-propos et tel que je l'ai effectivement ressenti à la lecture de l'ouvrage, est de faire partager ces instants de vie, ces contextes, ces procédures, tant dans ce qu'ils ont de commun que dans ce qui les différencie. Loin de l'essai académique un peu aride, et sans pour autant tomber dans le roman-feuilleton; Jean-André Tournerie nous brosse ces portraits de mendiants, de soldats,d'artisans, de comédiens, et de leurs démêlés respectif.
Une façon agréable de nous faire ressentir quelques aspects de la société des Lumières.
Un commerçant peu recommandable
Les traites esclavagistes forment une grande tache sur les pages de l'histoire de l'humanité. Et la traite négrière, dans son développement industriel – si j'ose dire – du XVIIIe siècle, est plus qu'une ombre dans ce siècle des Lumières.
Les études actuelles sur le sujet ne manquent pas, certaines ayant même soulevées des polémiques au couer même du monde scientifique. Mais il n'existe pas pléthore de documents contemporains de cette traite à être facilement disponibles pour des lecteurs d'aujourd'hui.
En publiant le journal du capitaine William Snelgrave, les éditions Gallimard mettent à portée de tous un document saisissant : Journal d'un négrier au XVIIIe siècle. Nouvelle relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d'esclaves qu'on y fait (1704-1734) (éditions Gallimard, collection Témoins, 2008, ISBN 9782070782154).Saisissant à plusieurs points de vue. En premier lieu par la précision de ce regard de l'intérieur, mêlant tout à la fois la curiosité d'un explorateur et la rigueur froide et comptable d'un épicier. Saisissant, aussi, par la démonstration que fait William Snelgrave des bienfaits de l'esclavage, y compris pour les Africains eux-mêmes.
Ce récit, auquel son style confère parfois des accents de roman d'aventures, bénéficie d'une très intéressante introduction par Pierre Gibert.
Un livre qui ne manquera pas, je pense, de saisir de frissons glacés les lecteurs d'aujourd'hui.
Consultez la fiche du livre sur le site de l'éditeur.
lundi 17 mars 2008
Dites-moi à quoi vous jouez, je vous dirai qui vous êtes
L'univers des jeux attire ma curiosité rien que par la diversité des noms de jeux. Certains claquent, d'autres rebondissent, certains glissent, d'autres intriguent. Trictrac, biribi, whist, balle à l'escaigne.
Le livre d'Elisabeth Belmas, Jouer autrefois – Essai sur le jeu dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècle) (éditions Champ Vallon, 2006, ISBN 2-87673-433-8) aborde les jeux non seulement dans leur diversité de formes, mais bien plus largement : sur le plan social, où le jeu est parfois vu comme la voie vers la perdition de l'âme (pour les pouvoirs religieux) ou de l'ordre public (pour les pouvoirs civils), mais aussi un révélateur des relations humaines, entre jeux populaires et jeux des élites, ou encore un pilier d'une certaine économie où les fortunes, plus ou moins grandes, se font et se défont.Un essai tout à fait passionnant, et pas rébarbatif du tout.
Quelques extraits de presse, sur le site de l'éditeur.
lundi 25 février 2008
Poète, obscène, vénitien
Poète, Zorzi Baffo l'était, indubitablement.
Obscène aussi, tout aussi indublitablement.
Et vénitien, bien sûr.
Une édition chez Vertige Grafic nous avait présenté certains de ses sonnets érotiques servis par les aquarelles d'Hugo Pratt, l'art délicat de celui-ci permettant aux mots de celui-là de prendre quelque hauteur.
L'édition chez L'Archange Minotaure (Collection Le rose et le noir, 2008, ISBN-13 978-2354630126), au titre sans ambage, Poèmes luxurieux de la Venise du XVIIIe, met cette fois un pinceau féminin au service des vers de Zorzi Baffo. Le pinceau de Michèle Teysseyre, que j'avais découverte dans un ouvrage bien plus « sage », Saveurs et senteurs de la Sérénissime : 80 recettes vénitiennes (éditions Clairsud, 1999, ISBN 978-2951470606), dont il faudra que je vous dise quelques mots également.En attendant que je vous parle des plaisirs de la table vénitienne, vous pouvez découvrir le contraste entre la délicatesse d'un pinceau sans pudibonderie et la crudité des mots sans retenue.
mardi 22 janvier 2008
Haut les masques
Masques, encore, de la Commedia dell'arte. Pantalon, Brighella, Colombine.
Venise, cité des masques. Hommes et femmes masqués, cherchant le plaisir, faisant des affaires, trompant la mort. Le livre de Danilo Reato, Les masques de Venise (éditions Herscher, 1995, ISBN 2-7335-0193-3), très richement illustré de reproductions de gravures et tableaux, du XVIe au XVIIIe siècles principalement, et de photographies actuelles, nous fait passer devant et derrière les masques. Et l'on y découvre la complexité de Venise, ville d'ostentations et de secrets, d'impudeurs et de pudeurs.Carnaval approche. Avez-vous choisi votre masque ?
mardi 8 janvier 2008
Vie et choses de la vie
Cet ouvrage est une sorte de dictionnaire d'histoire matérielle, avec ses articles qui vont d'« Aliment » à « Volaille », en passant par « Eau », « Lieux du vin » ou encore « Presse ». Pas plus qu'il ne me viendrait à l'idée de lire un dictionnaire dans l'ordre des articles de la première à la dernière page, je ne compte pas lire cette Ancienne France au quotidien selon son ordre alphabétique. Je procède comme dans mes autres flâneries, l'ouvrant à une page au hasard et découvrant un aspect, puis glissant vers le suivant ou le précédent, ou passant au contraire du coq à l'âne.Et le tableau qui se dessine n'est pas sans rappeler celui que l'on peut se créer mentalement en visitant un musée des arts et métiers, ou un musée des arts décoratifs, tout en y ajoutant un touche vivante : les différents articles peignent en effet, à leur manière, non seulement les objets ou les gestes de la vie quotidienne, mais également les diverses couches de la société de l'Ancien Régime. Du vin du pauvre au vin du riche, du lit du pauvre au lit du riche, il y a des abîmes de distance.
Lire cet ouvrage collectif ne remplacera pas la lecture du Tableau de Paris par Mercier ou des journaux des mémorialistes de ce temps-là. Mais cela nous propose des perspectives complémentaires, des analyses historiques et sociologiques.
Bon, j'y retourne. Un dernier article, et après j'arrête, promis. Pour ce soir, en cette période de fêtes et de frimas, ce sera « Boissons exotiques (café, thé, chocolat) ».
Fiche du livre sur le site de l'éditeur.
lundi 10 décembre 2007
Tristes espions
Faire sonner à mes oreilles le nom de Venise éveille immédiatement mon attention (j'ai dû recevoir un conditionnement pavlovien !), et je suis également curieux de ce qui touche aux histoires d'espions. Alors, pensez, en découvrant, lors de ma première lecture des aventures de Giacomo C., il y a bien des années, la référence bibliographique à un livre intitulé Les agents secrets de Venise, je n'ai pu que m'écrier : « celui-là, il me le faut ».
Avant de feuilleter le livre, j'avais espéré y trouver les récits des grenouillages de la diplomatie secrètes de Venise dans les corridors des palais et les ruelles sombres des puissances européennes ou turque au Settecento. Mais c'est de bien autres espions que traite ce livre. Des espions presque tristes. Les textes choisis par Giovanni Comisso sont en effet tirés des archives du Conseil des Dix, autorité suprême de la Sérénissime : ce sont des billets que ses « confidents », délateurs patentés mais jamais anonymes pour être recevables, déposaient dans les « bouches de lion », ces boîtes à lettres destinées à recueillir ces confidences.
Cependant, si l'on peut ressentir quelque tristesse à voir ces citoyens, dont certains fort bien nés, chuchoter aux oreilles des inquisiteurs les turpitudes de leurs voisins, le livre fait tout de même ressortir que la plume de certains de ces confidents ne manquait pas de style, de mordant, d'ironie. Ces dénonciations dessinent en creux un portait de Venise et des Vénitiens, dans leurs activités tant publiques que privées. Et l'on se surprend à parcourir le livre de ci de là, sautant quelques pages, revenant en arrière, comme l'on passerait dans les rues et sur les canaux en tendant une oreille indiscrète.
Ecoutez ces chuchotements, il vous feront découvrir Venise autrement.
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Giovanni Comisso, Les agents secrets de Venise, 1705-1797, éditions Le Promeneur / Quai Voltaire, 1990, ISBN 2-87653-084-8
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mardi 4 décembre 2007
Questions domestiques
Fouillant, à mon habitude, les bacs d'un bouquiniste bayonnais installé un jour de brocante sur le carreau des halles, j'ai mis la main sur un livre dont je découvrais l'existence ce jour-là, n'ayant pas eu souvenir de l'avoir repéré dans la bibliographie d'autres lectures. Peut-être mes yeux étaient-ils passés sur son titre sans s'y être atttardés ?
Toujours est-il que me voici désormais possesseur de Figaro et son maître, Les domestiques au XVIIIe siècle, de Jacqueline Sabattier (Editions Librairie académique Perrin, collection Pour l'histoire, 1984, ISBN 2.262.00335-1). La préface signée François Bluche n'a pas été étrangère à mon achat, car je tiens (à tort ou à raison, je ne sais) ce monsieur en assez haute affection.Ce Figaro et son maître, ouvrage qui choisit de regarder la domesticité avec un regard social, dresse un portrait de cette partie de la population urbaine qui remet en question, en partie, l'image un peu caricaturale héritée de la littérature et du théâtre du XVIIIe siècle. En partie seulement, car romans et pièces, s'ils grossissent le trait, se nourrissent toutefois de réalité. Le livre de Jacqueline Sabattier brosse un portrait de la domesticité en en faisant ressortir les différentes facettes, se refusant à la généralisation facile ; il traite non seulement de l'état de domestique, mais également du rôle ambigu de la religion à ce sujet ou des relations à la fois distantes et intimes entre maîtres et domestiques.
S'appuyant sur des sources contemporaines, dont des archives privées (actes notariés, correspondances, mémoires), Figaro et son maître est un livre bigarré, vivant. Après l'avoir lu, vous regarderez peut-être d'un autre oeil Figaro ou Gil Blas.
Pour cet ouvrage, J. Sabattier a reçu le prix Biguet en 1985.
Si j'en crois les prix que j'ai relevés sur quelques sites internet de vente de livres d'occasion, mon achat a été une bonne affaire, puisque j'ai déboursé une somme cinq à six fois inférieure à ce que je vois sur ces sites, et ce pour un ouvrage en très bon état. Une bonne affaire en guise de retour pour mon respect pour la gent domestique ? ;-)
dimanche 25 novembre 2007
Bandits, bandits
Tous deux sont nés dans des familles plutôt aisées, des artisans pour Cartouche et des négociants pour Mandrin. Cependant leurs vies vont bientôt les conduire sur les chemins du crime et à la tête de bandes redoutées, mais dans des voies différentes : quand Cartouche se spécialise plutôt dans le vol et le cambriolage, Mandrin joue la carte de la contrebande et de la lutte contre la Ferme générale.
Leurs chemins se rejoignent d'une certaine manière, à 34 ans d'intervalle : Cartouche, en 1721, et Mandrin, en 1755, finiront tous deux leurs jours roués vifs.Les récits de leurs contemporains ont brossé leurs légendes respectives, les uns les noircissant, les autres les portant aux nues. Mandrin fera l'objet d'une complainte arrivée jusqu'à nous, née dans un opéra de Rameau, et Cartouche eut droit à la sienne également.
Le livre de Fernand Fleuret, Vies de Cartouche et Mandrin (Editions Cartouche, 2006, 2-915842-16-7) dépeint ces deux personnages d'après les livres de colportage. Je ne saurais dire s'il faut y chercher une « vérité » sur l'un ou l'autre, pour autant qu'il y en ait une. J'ai lu ce livre sans autre envie que celle de me divertir avec ces histoire de brigands et, sur ce point-là, je n'ai pas été déçu.* * * * *
Pour aller plus loin :
Quelques pistes internet pour aller plus loin, vers Cartouche (là) et vers Mandrin (ici, là et encore là).
Pour une idée du reste du catalogue des éditions Cartouche, voir là.

























