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lundi 23 février 2015

Tictac sans saveur


Les bédéphiles n’ignorent probablement pas les noms du scénariste Patrick Cothias et du dessinateur Norma.
Cothias a écrit quelques albums isolés mais s’est surtout rendu célèbre pour être l’auteur de séries à succès et souvent de longue haleine, en particulier dans des ambiances « historiques » : des 7 Vies de l’Épervier (en cours depuis 1983) au Vent des Dieux (1985-2011) en passant par Les Héros cavaliers (1986-1997) et autre Ninon secrète (1992-2004). Les sagas de la plume de Cothias m’ont parfois tenu en haleine, et parfois laissé sur le bord de la route quand j’avais l’impression d’une manque de renouvellement.

Quant à Norma, il a dessiné dans des genres très éclectiques, du western avec Capitaine Apache (1980-1995) aux explorations maritimes avec Pieter Hoorn (1991-1994), en passant par la nouvelle formule de Pif Gadget (2009). Le trait de Norma – trop chargé, presque trop appliqué – n’a jamais réussi, à lui seul, à soulever mon enthousiasme, même si j’ai pris quelque plaisir à lire Pieter Hoorn ou son adaptation graphique du Bossu (1997) sur un scénario de François Corteggiani.



Patrick Cothias et Norma s’associent à la fin des années 1980 pour produire Les souvenirs de la pendule, une évocation de la vie de Marie-Antoinette, future reine de France. Trois tomes naissent de cette collaboration, aux éditions Glénat, dans la collection Vécu : Schönbrunn (1989, ISBN 2-7234-1013-7), L’étrangère (1989, ISBN 2-7234-1108-7) et La vie de château (1990, ISBN 2-7234-1195-8).

Ces Souvenirs de la pendule s’inscrivent pleinement dans ce que j’ose appeler le « milieu de gamme » qu’offrait dans ces années-là la collection Vécu de Glénat. Des séries avec parfois des albums par dizaine, ancrées dans diverses périodes de notre Histoire, dont certaines d’une très grande qualité graphique et narrative (je pense, par exemple aux Tours de Bois-Maury d’Hermann, ou la première douzaine de tomes des Chemins de Malefosse quand ils étaient encore tracés par le duo Bardet-Dermaut, ou, bien sûr l’excellente Giacomo C de Dufaux et Griffo), d’autres plutôt passe-partout (Marie Tempête de Cothias et Wachs, ou le Pieter Hoorn que j’ai évoqué plus haut), et d’autres tout à fait oubliables – et d’ailleurs très probablement oubliées (comme Attila… mon amour de Mitton et Bonnet).

J’ose comparer cette collection Vécu de Glénat à la collection Grands détectives chez 10|18 : à mes yeux, du très bon, rarement ; du moyen, souvent ; du vraiment pas bon, parfois.


Les souvenirs de la pendule entrent dans la catégorie « oubliables-oubliés ». Dessin parfois si approximatif que j’ai peiné à discerner certains personnages des autres, texte bavard, ambiance gnangnan dans certaines parties et, au contraire, outrancière dans d’autres, mise en couleurs criarde de certaines pages, la lecture de cette trilogie m’a été douloureuse. J’ignore si une suite était prévue à ces trois premiers tomes ; toujours est-il que l’histoire que conte cette trilogie commence dans l’enfance de Marie-Antoinette et s’arrête en 1773, lorsque le déjà-couple-futur-royal arrive à Paris.


Je suis loin d’être un adorateur de Marie-Antoinette, je ne hurle pas « Au bûcher ! » lorsque sa vie fait l’objet d’adaptations déjantées, comme celle de Sofia Coppola, pas plus que je ne me rends en pèlerinage à Versailles pour l’anniversaire de sa mort. Et je ne suis pas nostalgique de la royauté ou de l’Ancien régime en général. Mon ressenti vis-à-vis des Souvenirs de la pendule n’est pas donc pas influencé par ces considérations. Et j’ai parfois des indulgences très subjectives pour des œuvres que d’aucuns jugent avec sévérité. Mais, ici, je n’incline pas à l’indulgence : je n’ai pas aimé. Point.


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 Défi. Ce billet répond au défi suivant :






dimanche 14 juillet 2013

Voir Yorktown et mourir... d’ennui

C’est avec une pointe de mauvaise conscience (mais juste un pointe) que je reprends enfin la plume dans ce salon avec un billet « coup de gueule ». Peut-être ai-je, finalement, un mauvais fond ! Je me rattraperai donc avec les quelques billets « coups de cœur » à venir.

Ce coup de gueule est plutôt, tout compte fait, un bâillement. J’évite, désormais, de dépenser plus d’énergie qu’il n’en faut à ce qui me déçoit ou m’horripile. Comme ce roman d’Arnaud Delalande, Notre espion en Amérique (éditions Grasset, 2013, ISBN / EAN : 9782246764816).





Si le temps vous manque pour lire le reste de mon billet, en voici la teneur en quelques mots : sans être totalement exécrable, ce roman n’a pas su me transporter d’enthousiasme, même pas d’un enthousiasme modéré. Je l’oublierai probablement très vite.

Si vous avez un peu plus de temps devant vous, laissez-moi vous en parler un peu plus en détail.

Il y a six ans, j’avais un peu étrillé Le piège de Dante, du même auteur. Je me demandais si, l’eau ayant flué et reflué dans la lagune de Venise, ce nouveau tome des aventures du fils improbable de Casanova et de la Tulipe Noire aurait moins goût de vase que le premier que j’avais lu. Je me suis donc lancé dans sa lecture.
Résultat, je pense avoir lu ce livre en lisant attentivement chaque page du premier tiers, puis en lisant en diagonale chaque page du deuxième tiers, puis en tournant les pages sans même vraiment m’arrêter dessus pendant le troisième tiers. L’impression que j’en retire, c’est que l’auteur a artificiellement plaqué des héros de roman dans une épopée historique qui se suffisait à elle-même. Il suffit d’avoir lu la trilogie de Gilles Perrault, Le secret du Roi, et plus particulièrement le 3e tome, La revanche américaine, pour se rendre compte à quel point il y a là une matière riche et des personnages assez hauts en couleurs sans qu’il soit besoin d’ajouter des personnages fictionnels caricaturaux.
Le mouron rouge, de la baronne Orczy, ce n’est pas un style auquel j’accroche. Alors, les personnages fictionnels de Delalande, avec son ersatz de Casanova, surnommé l’Orchidée noire, son épouse (l’Orchidée blanche...), son fils (qui n’est pas encore entré dans le club floral...), ses adversaires doublement affublés de noms de code tirés de personnages de pièces de Shakespeare et figures de jeu de cartes (ce qui est à peu près aussi risible que de porter bretelles plus ceinture, pour tenir le pantalon), des prétendus espions d’élite qui se font démasquer et tuer en deux coups de cuiller à pot, ça me fait totalement décrocher.
Sans compter les clins d’œil à des films ou des livres, par l’intermédiaire de répliques ou de citations, qui m’ont fait penser non pas à une complicité avec moi, lecteur, mais à une démonstration de camelot de foire qui place ses produits.

Tant qu’à écrire du roman, autant se servir pleinement d’un Beaumarchais, d’un Lafayette, quitte à trahir un peu leur réalité historique ; ils étaient déjà si peu ordinaires que les rendre un peu moins ordinaires encore n’aurait pas été une hérésie à mes yeux.

En résumé, je n’échangerai pas un baril de Perrault contre deux barils de Delalande. Je relirai Le secret du Roi, et ne lirai plus de romans de Delalande (j’en ai lu deux et les ai trouvés ennuyeux les deux ; mon sens du sacrifice a des limites !).


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samedi 31 décembre 2011

Comme un petit goût de revanche ?

La rivalité de longue date des Français avec leurs voisins d’outre-Manche leur fait souvent apprécier les occasions où les Anglais se font secouer. Alors, ils applaudissent aussi bien la bataille de Patay qu’un grand chelem en ovalie dont le dernier match fait manger la pelouse de Twickenham. C’est ainsi que le siège de Yorktown, en septembre et octobre 1781, prend parfois un p’tit goût de revanche. Ah, Messieurs les Anglais, vous nous aviez pris la Nouvelle-France en 1763 ? Souffrez donc que nous vous boutions, à notre tour, hors de vos colonies d’Amérique du Nord !

La Virginie avait été, dès le début de la guerre d’indépendance américaine, le théâtre de mouvements de troupes, de raids. Aux yeux de la couronne anglaise, ce territoire, avec ses terres fertiles, ses voies d’eau navigables, son tabac échangé en Europe contre des armes et des vêtements, ses élevages de chevaux, et même son éloignement des principaux théâtres d’opération de ce conflit, en faisaient une base vitale pour l’effort de guerre américain.

Les Anglais s’étaient félicités de la prise de Charleston, dont le siège s’était déroulé de mars à mai 1780. Le général Sir Henry Clinton, commandant en chef des troupes anglaises en Amérique du Nord depuis mai 1778, était porté par l’idée que la pacification de cette Amérique du Nord pouvait se baser sur l’établissement d’une chaîne de positions fortifiées autour de bases navales côtières, à partir desquelles des raids pourraient être menés jusqu’au cœur du territoire insurgé. Son subordonné, Charles Cornwallis, ne partage pas du tout la vision stratégique de Clinton, et préfère envisager des troupes mobiles plutôt que ces bases d’appui. Une telle stratégie avait une limite : elle ne pouvait tenir sur la durée que pour autant que l’Angleterre conserverait la suprématie sur les mers. Au regard des succès de la Royal Navy à cette époque-là, présupposer que cette suprématie allait de soi n’était pas tout à fait un péché d’orgueil de la part de Clinton…
Mais c’est la stratégie de Clinton qui l’emporte lorsqu’une base navale est créée à Yorktown, sur la baie de Chesapeake. De là, Clinton veut menacer les colonies centrales, et même frapper Philadelphie avec l’aide de l’armée qui descendrait de New York.





Mais la campagne de Virginie, en 1781, oblige Cornwallis à se réfugier dans Yorktown, pour offrir à ses troupes (environ 8,000 hommes) un abri, du repos, des vivres, et un répit contre la malaria. Assiégés par des troupes américaines sous le commandement de George Washington (environ 9.000 hommes) et des troupes françaises du comte de Rochambeau (environ 9.000 hommes aussi), et coupés de toute aide par voie maritime par l’escadre du comte de Grasse (avec notamment 28 vaisseaux de ligne), Yorktown et les 8.000 hommes de Cornwallis résisteront trois semaines avant de se rendre.


Même si la guerre d’indépendance devait durer encore jusqu’en 1783, la chute de Yorktown était le coup qui allait entraîner, pour l’Angleterre, la perte de ses colonies d’Amérique.


Alors, pensez donc, une telle victoire contre les Anglais, grâce à des troupes françaises et après qu’une escadre française avait tenu en échec la Royal Navy, ça vaut bien un petit billet, non ?

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Pour plus de détail sur ce siège, les lecteurs curieux se reporteront par exemple au livre Yorktown (1781). - La France offre l'indépendance à l'Amérique, de Raymond Bourgerie et Pierre Lesouef
(éditions Economica, collection Campagnes & stratégies, 1992, ISBN 978 2717822816).


Les lecteurs anglophones qui apprécient les synthèses bien illustrées se reporteront à l’ouvrage Yorktown 1781. The World Turned Upside Down, de Brendan Morrissey (texte) et Adam Hook (illustrations) (éditions Osprey, série Campaign, n°47,  1997, ISBN 978 1855326880).

 

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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"

lundi 22 août 2011

La peste soit des gribouilleurs !

 
Prenons un sujet qui se prête bien à une adaptation en bande dessinée pour en tirer une histoire tragique, avec des courageux et des lâches, des altruistes et des égoïstes. Prenons la peste qui a frappé Marseille en 1720.
Prenons quelqu’un qui aime les jeux de mots vaseux pour en faire des titres de livres. Le genre d’artiste qui trouvait les titres des romans publiés à chaîne, comme ceux de la série OSS 117. En l’occurrence, prenons quelqu’un capable de faire un jeu de mots à partir d’un autre titre de livre, et qui est content de trouver « Le diable au port ».
Ajoutons, pour faire bonne mesure, un dessinateur de bande dessinée qui a du mal à dessiner deux fois le même visage pour un même personnage, au point qu’il est difficile de le reconnaître d’une case à l’autre. Prenons un même dessinateur qui, comble du paradoxe, n’arrive pas à faire en sorte que des personnages différents aient des visages différents, au point qu’il est difficile de les distinguer les uns des autres dans une même case. Tant qu’à être exigeants, prenons aussi un dessinateur qui ne sachent mettre ses dessins en couleurs qu’avec des tons vifs et saturés, rien dans la demi-mesure.

Secouons le tout…

Nous obtenons la trilogie Le diable au port, de Benoît Lacou (dessin et couleur) et Claude Ecken (scénario), aux éditions Hors Collection : L’étoffe et le fléau (tome 1, 2002, ISBN 2-258-05686-1), Les brasiers de Marseille (tome 2, 2003, ISBN 2-258-05957-7) et Les forçats de lapocalypse (tome 3, 2004, ISBN 2-258-06299-3).


Le tome 3 se termine sur une case qui laissait espérer une suite, mais la suite n’est jamais venue. Enfin, quand je dis « espérer une suite », c’est peut-être un peu trop généreux. Disons plutôt que ça laissait entendre qu’il pourrait y avoir une suite. Mais de là à l’espérer, franchement, non.
La lecture de cette trilogie n’est pas un calvaire ; n’ayant pas le goût de la mortification, je ne serais pas allé au bout de ma lecture si cela avait été si douloureux. Mais cela me donne le sentiment d’un gâchis, une réalisation qui met à mal un projet qui pouvait être sympathique. Les éléments de base sont, certes, plutôt classiques :
- d’un côté, les « bons » : un jeune chirurgien honnête, un maître d’armes vétéran de guerre, une jeune femme victime d’appétits rapaces ;
- de l’autre, les « méchants » : des marchands peu scrupuleux faisant entrer frauduleusement à Marseille des étoffes venues du Levant et dont ils savent qu’elles sont porteuses d’infections, des médecins ignares ou complaisants, des représentants des autorités municipales ayant trop à perdre à perturber le commerce marseillais ;
- au milieu, un peuple bigarré d’artisans, de boutiquiers, de forçats, de marins, chacun traficotant pour arrondir ses fins de mois ;
- le tout dans un décor propice à retenir l’attention, dont le port et la ville de Marseille.

Mais le récit est confus, à vouloir traiter à la fois l’histoire tragique de cette peste et les anecdotes personnelles, à faire entrer des personnages trop nombreux sur une scène trop exiguë.

Récit confus, mise en images ratée. Une trilogie comme trois coups dans l’eau.

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dimanche 14 décembre 2008

Quand Maurice rêve


Une fois n'est pas coutume (mais ça pourrait le devenir), je publie un billet qui n'est pas entièrement de ma plume, mais qui vise à rendre plus visible une information donnée par un lecteur de ce blog, abdul666, dans un commentaire d'un de mes billets avec lequel il n'avait qu'un très lointain rapport.

"Le titre de ce billet me fournit un prétexte (bien mince, il est vrai: les étonnants qui y sont décrits) pourpartage ma joie de découvrir que les 'Rêveries' du Maréchal de Saxe ont été numérisées et mises en ligne par Google et par notre Bibliothèque Nationale.

Fascinant pour les amateurs d'Histoire Militaire au temps des 'Guerres en dentelles', étonnement moderne dans son contenu... mais aussi, il me semble, une intéressante curiosité pour tout amateur du 18ème siècle. Un texte agréable dans le français du temps, présenté avec l'orthographe ('o' au lieu de 'a' à l'imparfait) et la typographie ('f' pour 's') d'origine..." (abdul666)


Le titre complet de ces Rêveries est Mes rêveries. Ouvrage posthume de Maurice comte de Saxe, duc de Curlande et de Sémigalle, maréchal général des armées de Sa Majesté Trés-Chrétienne : augmenté d'une histoire abrégée de sa vie, & de différentes pièces qui y ont rapport, par monsieur l'abbé Pérau.

Je ne pouvais que relayer ce message d'abdul666 par un billet plus visible, tant ces Rêveries valent d'être découvertes par les curieux d'histoire militaire et, au-delà de ces mémoires, leur auteur lui-même, Maurice de Saxe (1696-1750.

Les lecteurs préférant le livre-papier au livre-pdf pourront trouver ces Rêveries aux éditions Economica (2002, ISBN 978-2717845280).

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samedi 12 avril 2008

Derrière le pavillon noir


A
lors que notre actualité a remis devant les yeux du grand public un problème récurrent mais peu commenté tant qu'il ne touchait pas à des intérêts français symboliques, la piraterie maritime, j'ose revenir sous vos yeux avec un livre sur la piraterie.

Celui que j'ai retenu pour ce billet n'est pas une de ces sempiternelles galeries de portraits de pirates, mi-rubrique de faits divers et horrifiants, mi-rubrique mondaine. L'ouvrage de Jean-Pierre Moreau, Une histoire des pirates, des mers du Sud à Hollywood (Tallandier, Points Histoire, 2006, ISBN 978-2-7578-0484-1) va bien au-delà. S'il consacre une grande partie de l'ouvrage à une approche historique de près de deux siècles (de 1520 à 1720 environ) de piraterie, et plus généralement d'histoire maritime et coloniale, il entreprend également de faire découvrir au lecteur la réalité derrière le mythe, la pauvreté derrière les ors, la violence derrière l'idéal de liberté, la monotonie de la vie quotidienne derrière les rares coups d'éclats.

Bien sûr, vous pouvez préférer croire que le film Pirates des Caraïbes est un reportage crédible sur le sujet. Mais accordez tout de même une chance à Jean-Pierre Moreau d'essayer de vous convaincre du contraire.



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Découvrez d'autres regards sur ce livre sur cette page-là ou cette autre-là, par exemple.

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dimanche 24 février 2008

Le dix-huitième englouti


M
es passions pour l'histoire maritime, pour le dix-huitième siècle et pour l'archéologie se rencontrent et se conjuguent lorsqu'il s'agit d'archéologie sous-marine sur un navire de cette époque-là.
J'avais déjà mentionné, sur ce sujet, l'ouvrage relatif au navire Griffin, de l'East India Company, la compagnie anglaise des Indes orientales.

Aujourd'hui, je change de média, passant du livre au DVD, avec le reportage Un corsaire sous la mer de Jérôme Julienne (production Gédéon Programmes / Arte France / CNRS ImagesMédia / Blueberry, 2002).
Le reportage est scénarisé comme une enquête policière. Le point de départ en est la découverte par deux pratiquants de chasse sous-marine, en baie de Saint-Malo, de canons gisant à faible profondeur. La prospection archéologique conduit à découvrir bien plus que des canons : un site de naufrage de grande surface, riche en éléments très divers. Mais les indices ne concordent pas les uns avec les autres, notamment en ce qui concerne la datation des objets remontés.

Alors, le rêve d'avoir découvert l'épave d'une frégate corsaire du XVIIIe siècle va-t-il s'envoler devant les résultats des analyses de datation ?

Ne comptez pas sur moi pour vous livrer les clés de l'énigme. Vous les découvrirez en regardant ce reportage, tout à fait didactique, et récompénsé par plusieurs prix. Bien sûr, le reportage suit un scénario, mais il n'en est pas artificiel pour autant. Je pense que c'est dû, notamment, aux personnalités très engageantes, sincères, des personnes qui interviennent. Mention spéciale à Michel L'Hour et Elisabeth Veyrat, du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM).

Et pour ceux qui ont des goûts éclectiques, comme moi, le DVD en question contient deux autres reportages très intéressants, l'un sur une jonque du XVe siècle en mer de Chine, et l'autre sur un grand navire de commerce étrusque au large de Giens en Méditerranée.

Trois voyages dans le temps, à savourer confortablement installé.


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Récompenses obtenues par le reportage :
- Meilleur film d'archéologie sous-marine, Cinarchea, Kiel - 2004
- Deuxième Prix, Trophée Mif Science, Festival de santé de Liège - 2004
- Grand Prix, KINEON, Bruxelles -2003
- Prix d'excellence, Festival du Film archéologique d'Amiens - 2003
- Grand Prix du festival du film archéologique d'Icronos, Bordeaux - 2002
- Prix Aventure scientifique, Festival du Scoop, Angers - 2002



Pour la petite histoire, j'ai fait la connaissance, voici quelques années, de Michel L'Hour, à l'occasion d'une animation associative sur l'archéologie sous les eaux en Aquitaine et en Pays Basque ; et, si je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer souvent par la suite, j'ai trouvé, tant en chair et en os que dans des reportages, il garde une simplicité dans son abord et dans sa façon d'être. Une qualité tout à fait appréciable.

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mardi 5 février 2008

Thalassa dix-huitièmiste


C
onti. Que voilà un grand nom du dix-huitième siècle.
Notamment porté par Louis François de Bourbon, prince de Conti. Après s’être distingué dans le services des armes, notamment pendant la guerre de Succession d’Autriche, il a été un fin diplomate, embarqué dans les manœuvres du Secret du Roi aux côté du comte de Broglie.
Nom porté aussi par plusieurs navires, dont au moins quatre vaisseaux de la deuxième Compagnie des Indes orientales.

L’Edition de Conti se place donc sous l’égide d’un grand nom. Et en ouvrant une collection dénommée Grande bibliothèque Thalassa, il était impossible qu’elle publiât des livres parmi lesquels je ne trouverais pas mon content.

A ce jour, j’ai acheté quatre livres de cette collection, tous de la plume de Julia Ferloni :
- Lapérouse : Voyage autour du monde
- De Lapérouse à Dumont d'Urville : Les explorateurs français du Pacifique
- Marchands d'esclaves : De la traite à l'abolition
- Bougainville, Cook, Lapérouse : Marins des lumières dans le Pacifique





Ces ouvrages, en grand format, démontrent pleinement la double casquette de Julia Ferloni, professeur d’histoire et diplômée de l’Ecole du Louvre, car ils offrent aussi un éclairage historique sur les différents thèmes traités qu’un choix très sûr de nombreuses et belles illustrations.

Ne vous éloignez pas, je dirai bientôt quelques mots de chacun de ces livres.

dimanche 27 janvier 2008

Barbe Noire revient... sur un plateau

En 1992, la société Jeux Descartes publiait Barbe Noire, la version française du jeu de société Blackbeard, de Richard Berg, édité par la firme états-unienne Avalon Hill.

Barbe Noire propose aux joueurs de revivre l'âge d'or de la piraterie, au début du dix-huitième siècle (historiquement, la période 1710-1730 environ). Chaque joueur incarne un pirate, qu'il conduit sur les mers du globe ou sur les côtes pour s'emparer des cargaisons des navires et des richesses des villes, et faire monter sa gloire (si possible) et sa fortune (surtout). Cependant, les obstacles en travers de cette route sont nombreux : la concurrence des autres pirates qui courent après des objectifs similaires, la chasse menée par les navires de guerre des différentes nations qui tentent de protéger convois et ports, les mutineries à bord des navires ou les duels entre pirates sur une plage.

Barbe Noire a ceci d'intéressant, à mes yeux, qu'il permet de s'attacher tant au navire pirate (c'est le pion que l'on déplace sur le plateau de jeu, et donc le moyen d'atteindre l'objectif) qu'au pirate lui-même (puisque c'est son destin personnel qui est en jeu), offrant ainsi des niveaux de jeu complémentaires l'un de l'autre.

Les mécanismes de jeu permettent de simuler ces différentes situations, ainsi que les aléas qui y sont relatifs (comme le fait de ne pas trouver de proie à piller, pendant quelque temps sur une route commerciale maritime). Ceci apporte donc de la richesse au jeu, qui mêle stratégie, diplomatie et hasard, mais le rend, par là-même, un peu complexe à mettre en oeuvre. Rien d'insurmontable, toutefois, et même des personnes peu versées dans les jeux de stratégie peuvent rapidement s'y plonger et y prendre du plaisir.
Il est possible de n'y jouer qu'à deux, ou même tout seul, mais Barbe Noire prend vraiment tout son sel à partir à partir de trois et surtout à quatre joueurs, puisque cela permet alors de signer (et de trahir) des alliances entre pirates, par exemple pour s'attaquer à une cité terrestre très bien défendue.

Le jeu étant épuisé, dans sa version originale comme dans sa version française, il n'est pas toujours facile à trouver, même sur des sites de ventes de jeux d'occasion.
Mais une nouvelle version du jeu (par l'éditeur GMT ; voir quelques détails des composants du jeu sur cette page-là) va être bientôt lancée, dont elle dit qu'elle simplifie certains des mécanismes de la première édition, sans lui faire perdre son côté épique. Je me rends donc dans le nid de la vigie pour guetter l'horizon ludique.

Arrive, Barbe Noire, je t'attends de pied ferme !

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En complément :
* quelques vues du jeu
* la présentation du jeu et des critiques de joueurs sur le site Trictrac

jeudi 10 janvier 2008

Tricornes et mocassins

Je me souviens que lorsque je découvris, adolescent, les aventures d’Œil-de-Faucon sous la plume de James Fenimore Cooper, dans une édition avec quelques illustrations, j’étais un peu interloqué par ce mélange des genres. Tricorne et habit rouge côtoyant mocassins et jambières, voilà qui avait un goût de "Fanfan la Tulipe chez les Indiens". Fortins en rondins, canoës, chasse au daim, forêts profondes, il y avait là tout un exotisme d’aventures que j’avais un peu de mal à remettre dans un contexte plus large.

J’avais pourtant bien appris, sur les bancs de l’école, que ces maudits Anglais nous avaient pris le Canada au temps du bon roi Louis XV, et que ce bon Monsieur de Montcalm en était mort. Mais il me manquait tout de même du liant, entre ces quelques bribes scolaires et les tribulations de Bas-de-Cuir. Bien entendu, cela ne m’a pas empêché de savourer, à ce moment-là, le Tueur de Daim et le Dernier des Mohicans.



C’est bien plus tard que je me suis intéressé plus avant à cette drôle de guerre, un des « théâtres d’opération », comme on dirait pour une de nos guerres d’aujourd’hui, dans un conflit que l’on pourrait « mondial » pour l’époque, puisque la guerre de Sept Ans voyait s’affronter des armées européennes non seulement en Europe, mais également dans les Amériques ou dans les Indes orientales. C’est d’ailleurs une escarmouche entre un détachement anglo-américain et un détachement français, dans cette lointaine Amérique, qui va constituer l’étincelle qui entraînera l’explosion de la guerre de Sept Ans.

Et c’est surtout chez des éditeurs anglais (descendants de ces abominables voleurs de notre Canada) que j’ai trouvé des livres très didactiques pour comprendre cette guerre que l’on appelle « franco-anglo-indienne » ou « franco-indienne ». Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il existe de très bons ouvrages en langue française pour traiter de ce sujet ; mais je n’ai pas trouvé d’ouvrage francophone constituant une porte d’entrée aussi facile à prendre en main que ces ouvrages anglophones.

C’est principalement dans les collections de l’éditeur Osprey Publishing que j’ai trouvé mon bonheur, avec des livres pas trop longs et abondamment illustrés.



Commencer avec The French-Indian War 1754–1760 permet d’appréhender ce conflit dans sa globalité, de découvrir les forces en présence, leurs stratégies et tactiques respectives.



Plusieurs ouvrages de la série Campaign permettent de découvrir des batailles marquantes de cette guerre, que ce soit les premières victoires françaises comme la campagne de Monongahela qui conduira à l’écrasement de l’armée de Braddock, ou l’héroïque défense de Ticonderoga par Montcalm qui, contre toute attente, arrivera à repousser des assaillants largement supérieurs en nombre, ou que ce soit les défaites qui suivront, chants du cygne de l’Amérique française, avec la perte de Louisbourg puis celle de Québec sous les murs de laquelle mourront Montcalm et son adversaire Wolfe.





























La guerre franco-anglo-indienne a été à la fois une guerre de mouvement et d’escarmouche, et une guerre de position, avec une stratégie de sécurisation de frontière par une série de forts de plus ou moindre grande taille. L’ouvrage French Fortresses in North America 1535–1763 présente les plus conséquentes de ces forteresses.







Empires Collide s’attache, d’une certaine manière, à reprendre et synthétiser l’ensemble de ces aspects, abordés dans toute une série d’ouvrages déjà publiés chez Osprey dans diverses collections (Campaign, Men-at-arms, Warrior, Essential Histories, Fortress et Elite).








Avec ces différents ouvrages, il y a de quoi aborder assez facilement la question de la guerre franco-anglo-indienne.



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Références des différents ouvrages cités

The French-Indian War 1754–1760, de Daniel Marston (Osprey Publishing, Essential Histories 44, 2002, ISBN 9781841764566) [fiche sur le site de l'éditeur]

Monongahela 1754-55, Washington’s defeat, Braddock’s disaster, de René Chartrand (Osprey, Campaign 140, 2004, ISBN 9781841766836) [fiche]

Ticonderoga 1758, Montcalm’s victory against all odds, de René Chartrand, (Osprey, Campaign 76, 2000, ISBN 9781841760933) [fiche]

Louisbourg 1758, Wolfe’s first siege, de René Chartrand (Osprey, Campaign 79, 2000, ISBN 9781841762173) [fiche]

Quebec 1759, The battle that won Canada, de Stuart Reid (Osprey, Campaign 121, 2003, ISBN, 9781855326057) [fiche]

French Fortresses in North America 1535–1763, Québec, Montréal, Louisbourg and New Orleans, de René Chartrand (Osprey, Fortress 27, 2005, ISBN 9781841767147) [fiche]

Empires Collide, The French and Indian War 1754-63, de William M Fowler Jr & Ruth Sheppard (Osprey, 2007, ISBN 9781846032196) [fiche]

Ceux qui se passionnent pour les détails (organisation, uniformologie, etc.) sur certaines troupes trouveront leur bonheur dans d’autres ouvrages chez le même éditeur, en particulier dans les séries suivantes : Men-at-arms, Elite, Warrior.


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mercredi 3 octobre 2007

Un parfum de France en Inde

Il y a des collections de livres avec lesquelles on se sent particulièrement à l'aise, assuré, ouvrage après ouvrage, de la diversité et du sérieux des regards et des plumes. C'est ce que je ressens avec la série Mémoires des éditions Autrement.
J'avais découvert cette série avec le n°5 sur Tolède au XIIIe siècle. Séduit par ce livre, j'avais guetté la sortie des suivants, piochant ici et là selon ma curiosité, Dublin au début du XXe siècle (n°6), Séville XVIe siècle (n°15) ou Venise 1500 (n°22). Mais c'est sur le n°24 que je souhaite donner le coup de projecteur du jour : Pondichéry, 1674-1761, L'échec d'un rêve d'empire, dirigé par Rose Vincent (1993, ISSN 1157-4488).

Pour ceux d'entre vous qui commencent à me connaître au travers de mes billets, vous vous doutez bien que cette lecture ne dessine en rien, de ma part, une sorte de nostalgie colonialiste. Il s'agissait plutôt d'aller plus loin que mes vieux et parcellaires souvenirs d'école, dans lesquels se mêlaient la liste des comptoirs français aux noms chantants, le sort de ce bon Monsieur Dupleix et ces fourbes Anglais qui nous avaient chassé de « nos » Indes.

Ecrit à plusieurs mains, ce livre m'a aidé à appréhender cette partie de l'histoire de France et de l'histoire de l'Inde d'une manière différente. L'ouvrage dresse en effet un portrait non seulement historique mais également humain et sensible de Pondichéry, de la société qui l'habitait et de son style de vie. Il est aussi une occasion de comprendre les jeux politiques menés dans la région, la finesse de manoeuvre de Dupleix et le désintérêt, voire le dédain, porté par Louis XV et la majeure partie de son entourage à ces affaires.

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La patrimoine de Pondichéry est encore très riche, de nos jours, et diverses initiatives existent pour le mettre en valeur et le développer. Vous en trouverez un exemple sur ce site-là.

vendredi 10 août 2007

Quand la noblesse me monte au nez

Au cours de mon escapade en Dordogne, j'ai mis la main sur un petit livre publié aux éditions Ouest France (2002, ISBN 2-7373-2629-X), sous la double signature de Pierre-Gabriel de la Guette et Marc Déceneux : La Noblesse en France. Son histoire, ses règles, son actualité.
Le sommaire m'avait semblé intéressant, et un feuilletage rapide avant achat m'avait permis de voir que plusieurs points pouvaient m'apporter un éclairage sur les différents anoblissements (par lettres, par charges, etc.) ou sur les droits et devoirs de la noblesse, dans le cadre de mes réflexions sur le XVIIIe siècle surtout.
La lecture dudit ouvrage s'est révélée instructive sur ces aspects là. Mais certains passages m'ont fait bondir, me donnant une envie subite et viscérale d'aller trouver les auteurs pour leur donner la bastonnade, histoire de leur faire ravaler leur condescendance et leur reposer les pieds sur la terre républicaine. Je ne sais lequel des deux, le médiéviste (Déceneux) ou le vieux noble (La Guette) a le plus tenu la plume pour écrire ce qui suit, mais je suis prêt à les rosser tous deux à égalité, dans ma grande générosité.

"L'annexion, par un petit groupe d'hommes, des richesses et des pouvoirs est un phénomène biologique naturel, propre à tous les animaux sociaux qui viennent selon des hiérarchies pyramidales : lorsqu'une meute de loups a capturé une grosse proie, ses membres ne viennent au festin que dans l'ordre de préséance déterminé par la gradation de leur qualité de dominants ; le chef mange le premier et les meilleurs morceaux, les plus faibles et les plus timorés se contentent des restes. Cependant, nous ne poursuivrons pas de telles comparaisons phylogénétiques, car elles nous entraîneraient dans des simplifications abusives et de stériles (et dangereuses !) caricatures. Plus modestement, nous nous cantonnerons aux données historiques connues pour nos sociétés occidentales."

Il ne faut pas manquer d'air pour ouvrir la partie « Historique » du livre avec une telle prose.
En premier lieu, parce que, pour autant que je sache, le pouvoir de certains hommes sur les autres n'est plus établi, depuis bien longtemps (bien longtemps avant les débuts de la féodalité, même) sur des hiérarchies biologiques comme chez les animaux. Chez l'homme, le plus riche n'est pas forcément le plus costaud, même sous Clovis, même sous Louis II.

En deuxième lieu, parce que ces deux plumitifs semblent oublier que, chez les animaux, et en particulier au sein d'une meute de loups puisque c'est l'exemple qu'ils ont retenu, la hiérarchie est fréquemment remise en question, au moins à chaque saison de reproduction. Je ne veux pas dire qu'elle change à chaque saison de reproduction, mais que des individus placés plus bas dans la hiérarchie tentent de prendre la place du mâle dominant. A défaut de l'avoir appris dans leurs pratiques respectives d'histoire de l'art et de généalogie, les deux compères peuvent le découvrir dans presque n'importe quel documentaire animalier diffusé par les chaînes télévisées.
Or, que je sache, dans la société humaine (post Cro-Magnon, dirais-je, pour caricaturer), le renversement de hiérarchie ne se fait pas majoritairement à coups d'affrontements physiques directs du dominant et du prétendant. Et certainement uniquement à la saison du rut (en tout cas depuis que l'homme, en évoluant, n'est plus limité à une seule période de rut dans l'année...). Si cela avait été le cas, je doute que nous ayons gardé, en France, une société féodale jusqu'à la fin du XVIIIe siècle (Charles IX ou Louis XIII – pour ne citer qu'eux – en costaud chef de meute, j'ai des doutes).

Enfin, et pour m'en tenir à quelques éléments sans tout démonter pièce par pièce, je me gausse de cette rhétorique, à peine digne d'un avocaillon de mauvaise série télé. Asséner des énormités, puis se retrancher derrière l'argument spécieux de ne pas les développer pour ne pas être abusivement simplificateur, cela relève, au mieux, de la farce. Le courrier que je leur prépare sera, soyez-en assurés, d'une tout autre solidité argumentaire, y compris sur les questions de biologie, qui sont un de mes domaines professionnels.

vendredi 11 mai 2007

Vivre l'Histoire

A l’occasion d’un furetage dans le forum Passion Histoire, je suis tombé sur une discussion sur les questions d’étiquette au temps des Lumières, de noblesse et de relations maîtres-domestiques. Une discussion très concrètement mise à profit par un groupe québécois, la Société d’histoire In Memoriam (SHIM), qui a choisi de faire découvrir et vivre l’histoire par le biais de reconstitution de diverses époques.

L’un des groupes de la SHIM, Soldats du Roy et Habitants en Canada, s’intéresse donc plus particulièrement au milieu du XVIIIe siècle en Nouvelle France.

Au travers de leur site et de l’album photos, vous pourrez découvrir leurs créations de vos propres yeux. Pour ma part, je salue non seulement tout ce que je vois, mais aussi tout le travail invisible qui a conduit à ces résultats visibles, qui donne l’impression d’un reportage ethnographique et pas d’une reconstitution empesée.


A défaut de pouvoir partager l’un de leurs repas que j’imagine fort sympathique, je lève mon verre à cette Société !

mercredi 9 mai 2007

Quand l’Histoire se lit comme un roman


Le Secret du Roi, de Gilles Perrault, fait partie de ces livres que j’ai dévorés.
Est-ce un livre d’histoire qui se lit comme un roman, un roman qui fait vivre l’histoire ? Qu’importe de le savoir, tant j’ai apprécié cette oeuvre.

Il s’agit, en fait d’une trilogie : Le secret du roi, L’ombre de la Bastille et La revanche américaine.

Le secret du roi et L’ombre de la Bastille s’intéressent très directement à l’histoire du "Secret du roi", qui était, en quelque sorte, le service secret diplomatique de Louis XV. Ce service travaillait sans que la diplomatie officielle en soit informée, ce qui n’allait pas sans poser de problème, puisque diplomatie officielle et diplomatie secrète n’allaient pas dans le même sens.

La fonction première du Secret du Roi était d’essayer d’asseoir un prince français sur le trône de Pologne (l’accession au trône de Pologne se faisait alors par un système d’élection). Mais il a aussi servi à jouer contre l’Angleterre, notamment après après la guerre de Sept Ans dont l’issue avait été très défavorable à la France (notamment parce que la France n’avait pas idée du poids économique de ses territoires coloniaux en Amérique et dans les Indes). Parmi les agents du secret, il y a eu des personnages peu connus du grand public (comme Charles de Broglie, ou Tercier), mais aussi des figures extravagantes comme le chevalier d’Eon.


La revanche américaine se déroule plutôt sous Louis XVI. On y retrouve les agissements secrets des Français pour nuire à l’Angleterre, et plus particulièrement dans le soutien apporté aux insurgés des "colonies" américaines. Parmi ces agents français, personne de moins de Beaumarchais, sous son pseudonyme de Roderigue Hortalez, grenouillant à Londres et dans les ports français pour livrer des armes aux rebelles américains.

Avec cette trilogie du Secret du Roi, il y a de la matière à de très prenantes aventures, des ambiances variées d’espionnage, avec des agents doubles ou triples, des codes secrets, des retournements, des opérations de désinformation, des empoisonnements, de Londres à Saint-Pétersbourg, de Vienne à Paris, de Varsovie à Boston. Un délicieux cocktail jouant sur des ingrédients que ne dédaigneraient pas John Le Carré, Eric Ambler ou Ian Fleming.

Des aventures où les agents secrets portent des gilets de soie, des cols en dentelle, et des épées à poignée tissée de fils d’argent.

Courez acheter ces trois livres. Ils sont disponibles au Livre de poche, vous ne vous ruinerez pas.