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mercredi 11 mars 2015

Pi... raté ?


La série Black Sails embarque ses spectateurs vers les temps de pirate du capitaine Flint vingt ans avant ce que Robert Louis Stevenson contait dans son Île au trésor.
Elle est plutôt bien notée par les utilisateurs du site IMDB (note de près de 8/10, sur plus de 26.000 votes à la date d’aujourd’hui). Et comme les séries télévisées sur les pirates étant plutôt rares, j’étais curieux de découvrir cette production-là.


Force, m’est de constater, après avoir regardé l’intégralité de la première saison en DVD (et sur un écran de télé de taille respectable, pas sur une tablette numérique), que mes sentiments mitigés. Je suis partagé entre le plaisir de certains aspects assez prenants, et la déception d’autres qui sont caricaturaux, voire « inutiles » à mes yeux.

J’attendais peut-être trop de Black Sails. Je me disais que ce serait peut-être à l’univers des pirates ce que Rome était à l’antiquité romaine, ou Hell on Wheels à la conquête de l’Ouest américain par le train. Je m’attendais à une série de la qualité de Vikings (qui, elle, vaut vraiment le détour).

Las. Dans Black Sails (saison 1, au moins), les personnages semblent sortis tout droit d’un casting de mode façon « bad guys », avec barbe de trois jours, cicatrices faites avec les fins de série du kit « maquillage magique ».


Idem pour les « bad girls », Anne Bonny (incarnée par Clara Paget, qui, à l’écran, paraît traîner son rôle comme un boulet) étant peut-être la pire de toutes, avec son faux regard dur et son rictus pitoyable sous l’aile large de son chapeau qui maintient son visage dans l’ombre. C’en est presque risible.


Les relations entre personnages glissent parfois du côté du soap opera le plus mou, avant de passer à l’autre extrême, avec sang à flot et sexe débridé, voire forcé. Je ne suis pas niais au point de croire qu’une horde de psychopathes et sociopathes, meurtriers en série, gens de sac et de corde, révoltés acharnés contre le monde entier, ait pu vivre comme une bande de beatniks de retour de Katmandou ou Woodstock. Je ne confonds par l’île de Providence et l’île de Wight. Mais, quand même, ces Black Sails me semblent comporter des ingrédients jetés en vrac dans le shaker, et non choisis avec soin pour s’assembler en un cocktail vraiment pensé.

Quant aux épisodes maritimes, les effets spéciaux numériques pour les navires naviguant sous voiles piquent les yeux, avec parfois des erreurs physiques dans la façon dont les voiles se gonflent ou dont les pavillons flottent au vent.


Pourtant, la photographie est bien travaillée, les costumes ne tombent pas dans le déguisement de carnaval, le souci apporté aux extérieurs et intérieurs, tant dans les bâtiments terrestres que dans les navires, donne une véracité formelle à cette série. Néanmoins, du point de vue du récit, les alliances, contre-alliances, retournements d’alliances, trahisons, faux-semblants et vrais mensonges, n’arrivent pas à me maintenir pleinement éveillé.


Bref, je pense que je n’embarquerai pas pour la saison 2.


Pour retrouver Long John Silver dans une autre appropriation de ce personnage, je retournerai plutôt vers la série de bandes dessinées que lui consacrent Mathieu Laufray au scénario et Xavier Dorison au dessin (éditions Dargaud, série terminée, 4 tomes publiés en 2007, 2008, 2010 et 2013 respectivement ; fiche sur le site de la Bedetheque).



mardi 10 septembre 2013

Courage, fuyons !

N’ayant pas franchement le goût du martyre « culturel », je n’ai jamais éprouvé de honte à laisser un livre me tomber des mains quand sa lecture devient une épreuve insupportable ; ni à quitter mon siège de spectateur face à un film, une pièce de théâtre ou une représentation musicale qui confine au calvaire.
Ma dernière retraite stratégique, en matière cinématographique, je l’ai mené face à une armée hétéroclite menée par quelques figures qui ont montré, en d’autres occasions, qu’elles ont – ou avaient – du talent (comme Fany Ardant, avec son charme à la fois proche et distant), épaulées par des gloires de la guerre précédente (Michel Serrault, qui parodie Serrault), trahies par des colonels qui ont acheté leur régiment sans avoir le moindre talent guerrier (Arielle Dombasle, qui donne envie de l’étrangler pour la faire taire), acoquinées avec des officiers fantasques qui ne brillent qu’à une bataille sur cinq (Vincent Perez, largement mieux inspiré dans Le Bossu de Philippe de Broca) ou dont on se demande ce qu’ils viennent faire là (Josiane Balasko, endossant un rôle tout en lourdeur et vulgarité), le tout sous le bâton d’un maréchal dont on a du mal à citer une bataille talentueuse (ne parlons même pas d’une bataille raffinée !).
Oui, aimables lectrices et lecteurs, j’ai battu en retraite – mais dans la dignité, bien sûr – face au Libertin (2000) de Gabriel Aghion.



Pour le dire simplement, ce Libertin est au genre libertin dix-huitiémiste ce que Blanche (2002) de Bernie Bonvoisin est au genre de cape et d’épée. Un « truc » indéfinissable, qui semble essayer de mélanger les références irrévérencieuses aux canons du genre et la kolossale farce franchouillarde. Indéfinissable, mais pas inqualifiable, au moins sur l’échelle de mes goûts : le degré zéro.
Je comprends qu’Éric-Emmanuel Schmitt n’ait pas été ravi de voir qu’Aghion a fait de sa pièce de théâtre, Le libertin (1997), dont le film s’est inspiré (de loin, en ce qui concerne la légèreté...).

Le libertin, c’est Denis Diderot, qui se réfugie dans le domaine rural du baron et de la baronne d’Holbach, pour écrire sans tarder l’article « Morale » de l’Encyclopédie. Manque de chance pour lui, le château des Holbach est fréquenté par une faune foutraque, un cardinal dévot, une nymphomane, deux bougres, un eunuque, j’en passe et des moins légers. Alors voilà Diderot en funambule, marchant sur le fil qui sépare la philosophie (et sa morale collective) et le libertinage (et ses plaisirs personnels).
Celles et ceux qui ont applaudi le Pédale douce du même Gabriel Agion – celui qui avait adapté la britannique et succulente et grinçante série Absolutely Fabulous (1992-2012) pour en tirer le navrant film Absolument fabuleux (2001) – applaudiront peut-être ce Libertin. Pour ma part, j’ai plié bagage.

Je vais plutôt me revoir Ridicule (1996) de Patrice Leconte ou Que la fête commence ! (1975) de Bertrand Tavernier. La comédie grinçante dix-huitiémiste, il y en a qui savent faire.


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mercredi 24 octobre 2012

De plume et de loi


Au milieu du XVIIIe siècle, les demi-frères Henry et John Fielding ont marqué de leur talent la littérature anglaise et, de leur volonté réformatrice, la justice londonienne.
Je parlerai de Henry Fielding (1707-1754) plus en détail dans un autre billet, tout particulièrement pour une partie de son œuvre littéraire, dont le roman Tom Jones, porté à l’écran par Tony Richardson (1963), avec Albert Finney dans le rôle principal. Aujourd’hui, je vais plutôt donner un coup de lampe sur John Fielding (1721-1780), que j’ai découvert voici quelques années non pas dans un livre d’histoire sur la justice de la Couronne britannique, mais à travers de romans policiers, dont il est question plus bas dans ce billet.



Depuis 1749, Henry Fielding, jusque là surtout connu comme homme de lettres (il a écrit une quinzaine de pièces de théâtres et une demi-douzaine de romans), officie comme juge au tribunal sis au n°4 de Bow Street, près de Covent Garden, dans le quartier de Westminster, à Londres, et John est son assistant personnel à compter de 1750. Sous l’impulsion de Henry, les bases de la première « vraie » force de police londonienne sont posées en 1749, force dont les agents (ils ne sont que 6, dans un premier temps !) reçoivent alors le surnom de Bow Street Runners. Les Fielding développent également de nouvelles façons de travailler, établissant par exemple un grand registre des criminels connus, tout en œuvrant à la prévention de la criminalité et à l’éducation des jeunes gens.



Lorsque Henry, malade, quitte son poste en 1754, c’est John qui devient le magistrat en chef à Bow Street, un poste qu’il tiendra jusqu’à sa mort en 1780. Et pendant toutes ces années, ce juge qui a perdu la vue à 19 ans après un accident en service dans la marine, Henry Fielding, sera « The Blind Beak of Bow Street », incarnation vraiment aveugle d’une justice qui essaie d’être plus juste.


C’est donc par des « polars historiques » que j’ai découvert John Fielding, le juge aveugle de Bow Street. Ceux de la série écrite par le journaliste et écrivain états-unien Bruce Alexander (de son vrai nom Bruce Alexander Cook, 1932-2003). En l’occurrence, 11 romans dont le personnage principal est John Fielding, publiés entre 1994 et 2005 ; 8 d’entre eux sont parus en en traduction française aux éditions 10-18, collection Grands détectives, ce qui les met à la portée d’à peu près toutes les bourses (ils sont au format de poche) et des lecteurs non anglophones.



J’ai été enthousiasmé par les premiers romans de cette série, tant pour le style d’écriture d’Alexander que pour la tension de ses intrigues. J’ai apprécié tout particulièrement sa façon de faire de la ville de Londres elle-même non pas un simple décor, mais une sorte de personnage des romans à part entière.
Pourtant, par la suite, je me suis senti moins accroché. Peut-être par lassitude d’avoir englouti trop de romans policiers, « historiques » ou pas, et donc de ne plus apprécier que les plats les plus relevés, les intrigues les plus surprenantes, me laissant penser que toutes les autres étaient fades. Illusion gastronomique, ou véritable fadeur, l’intégralité de la série m’a laissé, globalement, le souvenir de romans malheureusement inégaux, du point de vue de leurs intrigues « policières » respectives. Autant le portrait de divers aspects de la vie londonienne à cette époque se tient plutôt bien, d’un roman à l’autre, autant certaines intrigues sont assez tièdes, au point qu’elles n’ont pas gardé mon intérêt particulièrement éveillé et que j’ai fini par lire ces livres en diagonale.



Comme je l’ai déjà exprimé par ailleurs, pour avoir été, pendant des années, un très grand consommateur de romans policiers, et de « policiers historiques » en particulier, j’ai fini par trouver que beaucoup de séries finissent par tourner en rond, cuisinant toujours la même tambouille tout en essayant de la faire passer pour variée en changeant quelques ingrédients anecdotiques. Et même que les polars historiques sont rarement de bons polars, qui tombent souvent dans le travers de vouloir donner des cours d’histoire et de vie quotidienne « d’époque » sans que cela se fonde bien dans le récit.
Pour les romans de Bruce Alexander, nous échappons au moins à ce travers du « cours d’histoire » plaqué sur le récit policier. Et je lui tire mon chapeau d’avoir su rendre Londres si vivante, dans toute sa diversité. Puisque John Fielding est aveugle, c’est par les yeux de son assistant (fictionnel) Jeremy Proctor que Bruce Alexander, manifestement très bien documenté dans les mémoires et autres témoignages contemporains des Fielding, nous plonge dans la ville. Salles du tribunal, hôtels particuliers, quais, théâtres, lieux de débauche en tous genres, prison de Newgate, potence de Tyburn, gentlemen, domestiques, ouvriers, filles de joie, colons des Amériques, armateurs négriers, forment un kaléidoscope jamais ennuyeux.



Et le juge Fielding ne manque pas d’expliquer au jeune Proctor (et, donc, au lecteur) les maux qui rongent la société londonienne, dont la pauvreté qui pousse au crime ou à la prostitution, et ses espoirs de changer un peu la donne, à la mesure de ses moyens.

Le juge aveugle apparaît dans une autre série de romans, dus, cela à la plume de Deryn Lake (14 titres dans la série originelle, dont 8 traduits en français et publiés à la librairie des Champs-Élysées et aux éditions du Masque, Collection Labyrinthes). Ces romans ont pour personnage principal un apothicaire, John Rawlings (il serait l’inventeur de l'eau gazeuse), résolvant des énigmes criminelles, notamment à Londres pour le compte de John Fielding.



Mais les décors des aventures de Rawlings dépassent Londres pour courir dans les contrées avoisinantes ou plus lointaines, une variété qui peut apporter de la fraîcheur à la série en évitant de tourner en rond dans Londres mais qui, paradoxalement, fait perdre un peu de cohérence à l’ensemble. En outre, les intrigues des romans de cette série m’ont laissé le souvenir d’être très inégales, tirées par les cheveux, et parfois artificielles avec leurs cortèges de fausses pistes et faux coupables.



La télévision s’est également emparé des personnages de John et Henry Fielding, avec la série City of Vice. Produite pour la chaîne Channel 4, diffusée en 2008, écrite par Clive Bradley and Peter Harness et réalisée par Justin Hardy (3 épisodes) et Dan Reed (2 épisodes), elle a bénéficié des conseils de l’historienne britannique Hallie Rubenfold, dont les travaux universitaires ont porté, entre autres, sur la prostitution et autres affaires « de mœurs » dans l’Angleterre du XVIIIe siècle.


La mise en image de ces aspects sombres du XVIIIe siècle n’était pas inconnue de Justin Hardy, puisqu’il avait participé à la réalisation de documentaires sur les bas-fonds des temps « georgiens », Georgian Underworld (2003) ; quant à Dan Reed, il est le réalisateur, l’auteur et le producteur de divers documentaires sur des sujets historiques et contemporains, et le réalisateur de plusieurs épisodes de la série policière Lewis / Inspecteur Lewis.
Henry Fielding est incarné par Ian McDiarmid, que les amateurs de Star Wars connaissent sous les traits de Palpatine ; tandis que c’est Iain Glen qui s’est glissé dans la peau de John Fielding, après avoir joué, entre autres, dans des séries comme MI-5, Downton Abbey ou Game of Thrones.


Meurtres de prostituées, crimes dans le milieu homosexuel, réseau de prostitution infantile, guerre de gangs d’immigrants irlandais, la série City of Vice mérite bien son titre et n’explore pas les salons dorés et feutrés. Et les hommes des juges Fielding eux-mêmes ne dont pas dans la dentelle, eux pour qui la fin (pas toujours heureuse) semble justifier les moyens (pas toujours délicats). Mais, si les sujets des enquêtes sont violents ou scabreux, leur traitement dans la série n’est ni voyeur ni complaisant (finalement, c’est peut-être le titre de la série qui constitue l’élément le plus racoleur).


En parlant de moyens, ceux du budget de la série ne semblent pas être mirifiques, mais leur modestie est contournée, assez habilement (le recours aux simulations de Londres en 3D à partir du plan dressé par le cartographe du XVIIIe siècle John Roque, par exemple), pour éviter que les scènes d’extérieur ne paraissent faites de bouts de chandelle et de carton-pâte.
Malheureusement limitée à 5 épisodes, cette série est typique de celles qui vous font regretter que les télévisions françaises soient incapables, dans leur grande majorité, de produire un divertissement « historico-romanesque » qui soit autre qu’empesé dans un langage artificiel censé faire « d’époque » (pas facile d’avaler les premiers épisodes de la série des enquêtes de Nicolas Le Floch, par exemple), ou, au contraire, tout aussi artificiellement « modernisé » en faisant parler les croquants comme des « caillera » de banlieues (je ne sais plus trop si c’est dans Les chants de Mandrin ou dans Rani que ce procédé fumeux a été employé), ou encore martyrisé par l’Attila de l’adaptation du roman populaire en téléfilm, Josée Dayan.
La série échappe aussi à la loi des quotas « sociaux » ou « ethniques ». Reflet de temps de domination « masculine » et « blanche », elle n’introduit pas artificiellement un inspecteur de police féminin ou « issu des minorités visibles ».



Pour tout cela, et pour l’intérêt des scénarios de chaque épisode, inspiré des mémoires de Henry Fielding, cette série est de celle qui mérite l’attention des amateurs d’enquête policière et des recoins sombres du siècle dit « des Lumières ».



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vendredi 19 octobre 2012

Les écrans de Fanny Hill

Le roman de John Cleland, Fanny Hill (1748), auquel j’ai consacré un précédent billet, a été porté à l’écran – grand et petit – à plusieurs reprises, avec plus ou moins de bon goût.

Je commence par vous épargner des commentaires sur la dizaine de films, en particulier dans les années 1960 et 1970, dont une Fanny Hill est le personnage-prétexte, et dont les titres laissent présager qu’il ne s’agit pas de grands moments du cinéma. Ou alors, c’est du génie caché derrière des titres maladroits, comme Fanny Hill Meets Dr. Erotico (1969) de Barry Mahon, ou le très prometteur, également, Jorden runt med Fanny Hill (1974 ; en français La cavaleuse au corps chaud, pas moins !) de Mac Ahlberg.


Point de XVIIIe siècle à l’horizon, le seul 18 de ces films devant être celui en-dessous duquel il était interdit de les regarder… mais au-dessus duquel il faut vraiment n’avoir que ça en filmothèque pour les regarder.


En 1964, c’est Russ Meyer qui livre sa version de Fanny Hill avec, dans le rôle-titre, Letícia Román (née Letizia Novarese), dont la filmographie est composée, en majeure partie, d’œuvres plutôt oubliables, voire oubliées. L’étonnant, dans cette version, dont la trame n’est qu’assez lointainement inspiré du roman, c’est que Russ Meyer, qui deviendra le pape de la poitrine exubérante, l’archimandrite des décolletés plus qu’opulents, le grand mufti de la starlette mamelue, réalise ici un film qui n’arrive pas à être érotique. Ni même comique, ou alors à un tel « degré » de comique qu’il passe à des lieux de mon esprit. Quant à ceux qui seraient curieux de la façon dont le XVIIIe siècle y est représenté, je leur répondrais que c’est à peu près n’importe quoi, à moins de considérer que la deuxième moitié du XIXe siècle est une approximation pas trop mauvaise du XVIIIe siècle.


L’adaptation par Gerry O’Hara, Fanny Hill (1983), est plus fidèle à l’esprit et au temps du roman. Gerry O’Hara a été l’assistant-réalisateur de quelques bons – voire très bons – films comme Our Man in Havana / Notre agent à La Havane (1959) de Carol Reed, ou Term of Trial / Le verdict (1962), de Peter Glenville. Et surtout d’un film que les amateurs du XVIIIe siècle et de l’esprit libertin ne peuvent ignorer : Tom Jones / Tom Jones: de l’alcôve à la potence (1963), de Tony Richardson (je consacrerai un prochain billet à ce Tom Jones, soit dit en passant). Ce Fanny Hill n’est pas du grand cinéma, mais il plane tout de même quelques lieues au-dessus de celui de Russ Meyer.



Le Fanny Hill (1995) de Valentine Palmer, est de son côté, son unique réalisation, lui qui a été l’acteur épisodique d’une quinzaine de films en trente ans, et qui incarne Mr. Norbet dans son adaptation du roman de Cleland. Adaptation mièvre, avec cette (non-)qualité d’image que donne la vidéo de téléfilm. Bref, un de ces films érotiques donnant l’impression d’être tournés à la chaîne et diffusés à la chaîne, également, en troisième partie de soirée sur la TNT. Plutôt que de veiller tard pour regarder ce navet, veillez tard pour lire le roman !


Il faut attendre que la BBC s’empare du roman de Cleland et en tire le téléfilm en deux parties Fanny Hill (2007), réalisé par James Hawes (à qui l’on doit aussi certains épisodes de la série Merlin, par exemple), pour que cette œuvre trouve une adaptation de qualité. L’apport du scénariste Andrew Davies n’y est pas pour rien, lui qui avait été scénariste, entre autres, du Tailor of Panama / Le tailleur de Panama (2001) de John Boorman, savoureuse adaptation du nom moins savoureux roman de John Le Carré, ou de la série Sense & Sensibility / Raison et sentiments (2008), d’après Jane Austen. Andrew Davies a su adapter le roman de Cleland sans tomber dans l’indélicatesse (j’imagine que la BBC veillait au grain, aussi!), comme il avait su peindre avec délicatesse l’histoire amoureuse entre deux femmes dans Tipping The Velvet (2002, 3 épisodes). Une adaptation portée, aussi, par le charme de Rebecca Knight, dont Fanny était le premier « grand rôle » rôle en dehors de quelques courts-métrages tournés en 2006 et 2007

Vous l’avez compris, des différentes adaptations de Memoirs of a Woman of Pleasure / Fanny Hill, c’est bien la plus récente qui est la plus intéressante, tant pour son fond, respectueux du roman sans tomber dans le graveleux, que pour son esthétique.


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J'ai publié un billet complémentaire, sur des adaptations de ce roman en bandes dessinées.

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lundi 29 août 2011

C’est Vivaldi qu’on assassine


Antonio Vivaldi est mort à Vienne en 1741, dans un grand dénuement. Mais il a également été assassiné en 2006, et le coupable est connu : Jean-Louis Guillermou. Est-ce là un pseudonyme, un nom d’emprunt pris par ce criminel pour ne pas que la honte de son forfait rejaillisse sur sa famille et ses amis ? Je ne crois pas. Non, ce Guillermou est probablement un criminel qui s’assume. Ainsi, c’est de ce même nom qu’il avait signé l’assassinat de Jean-Sébastien Bach en 2003. Faut-il croire qu’il déteste à ce point-là les grands compositeurs qu’il a décidé de se lancer dans le massacre posthume ?



Son Antonio Vivaldi est un désastre cinématographique. Même son sous-titre – Un prince à Venise – est à pleurer. Ce film est à peu près aussi emballant que la mise en image d’une notice de dictionnaire sur Vivaldi. Aucun intérêt narratif, aucun rythme, une réalisation à pleurer sur le plan technique et esthétique, un jeu d’acteurs inexistant. Mais, bon sang, personne, parmi l’équipe du film ou les producteurs, ne s’est rendu compte que c’était mauvais à ce point ? Et le public du Festival international de Besançon était-il sourd et aveugle au point d’attribuer à ce film le « grand prix du public » ? Mince, si ce Vivaldi méritait le grand prix, les autres films en compétition devaient être des catastrophes encore pire.

Même si vous trouvez le DVD de ce film pour 3 sous, ne l’achetez pas. Ou alors juste pour avoir, dans votre dvdthèque, un des étalons du zéro du cinéma, tous genres confondus. Au lieu de céder à ma curiosité quand j’ai vu ce film proposé à petit prix, j’aurais dû rentrer chez moi et consulter quelques critiques sur le net. En lisant celle publiée sur le site de Muse baroque (le magazine de la musique baroque) sous la signature de Viet-Linh Nguyen ou celle de Dr Devo sur le site Matière focale, j’aurais immédiatement compris quel raté abyssal est ce film.
La curiosité est un vilain défaut, et ma curiosité m’a infligé, avec cet Antonio Vivaldi, un de mes pires voyages cinématographiques (à égalité, je pense, avec Blanche, de Bernie Bonvoisin... c’est dire!).

Amateurs de cinéma, amateurs du XVIIIe siècle, amateurs de Vivaldi, passez votre chemin. Ou ne venez pas vous plaindre que je ne vous avais pas prévenus.

jeudi 23 décembre 2010

Fin d’année dix-huitièmiste à la télévision

J’ignore si vous surveillez les programmes du petit écran et, par conséquent, j’ignore si vous avez repéré que cette fin d’année 2010 n’a pas été avare en dix-huitièmeries du côté des diffusions télévisées. Sans prétendre avoir déniché tout ce qui avait de près ou de loin rapport avec le Siècle des Lumières, j’ai au moins pointé (et parfois vu) ceci :
- le reportage La véritable histoire de Barbe Noire, d’Herlé Jouon, diffusé dans le cadre de l’émission Thalassa le 19 novembre 2010 ;
- les deux nouveaux épisodes de la série Nicolas Le Floch, réalisés par Nicolas Picard, La Larme de Varsovie (épisode diffusé le 3 décembre) et Le Grand Veneur (10 décembre) ;
- Que la fête commence, de Bertrand Tavernier, et Ridicule, de Patrice Leconte, deux bijoux que je ne me lasse pas de voir et revoir ;
- The Madness of King George / La folie du roi George, de Nicholas Hytner, que j’ai découvert hier pour la première fois, plus de 15 ans après sa sortie sur grand écran.
Et ce soir, Le Bossu de Philippe de Broca.



Et je ne serais pas étonné d’apprendre que des chaînes non hertiziennes nous glissent, d’ici la fin de l’année, une énième rediffusion de La tulipe noire de Christian-Jaque ou de Fanfan la Tulipe version Christian-Jaque ou version Gérard Krawczyk. Il y a un mois, c’était le Cartouche de Philippe de Broca qui passait sur une de ces chaînes.

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dimanche 15 août 2010

Tiens, un bossu !

Alors qu'il y a quelques semaines, c'était le Lagardère d'Henri Helman qui passait sur le petit écran (téléfilm dont j'ai déjà dit que je l'avais trouvé plaisant, malgré quelques choix regrettables pour s'en tenir au « moralement correct ), c'est Le Bossu d'André Hunebelle (1959) qui sera diffusé ce soir sur W9.
Cette version est loin d'être celle qui soulève le plus mon enthousiasme. Ma préférence va nettement à celle de Philippe de Broca (1997).


La version d'Hunebelle est assez fidèle au roman de Féval, mais elle n'arrive pas à accrocher mon attention de manière soutenue. L'interprétation de Jean Marais est une des raisons de ma tiédeur envers ce film : je n'arrive pas à la trouver convaincante, ni dans le ton (il semble passer son temps à déclamer son texte), ni dans l'allure (trop empruntée à mon goût).


Qui plus est, le film étant pleinement tourné vers la mise en avant de Jean Marais, le personnage de Gonzague (interprété par François Chaumette) en arrive à paraître falot. Comparaison n'est pas raison, mais dans la version de Philippe de Broca, le Gonzague auquel Fabrice Lucchini donne vie est, tout au contraire, un personnage de premier plan, donnant tout son sens à l'affrontement entre le Bossu et ce venimeux intrigant.
Quant à Bourvil, il apporte évidemment une touche comique, en contrepoint du Bossu, mais peut-être est-il justement un peu trop comique dans son personnage du maître d'armes Passepoil. Il me semble un poil trop proche, dans ce ton comique, de son interprétation de Planchet, le valet de d'Artagnan (incarné par Georges Marchal), dans Les trois mousquetaires du même Hunebelle (1953).



Finalement, c'est peut-être Jean Le Poulain qui trouve le plus grâce à mes yeux, dans son rôle de Peyrolles, l'âme damnée de Gonzague.

Cependant, ce Bossu-ci reste une des grandes affiches du cinéma français de cape et d'épée. Alors, ne le boudez pas pour autant !

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mercredi 26 mai 2010

Lorenzo, par Carlos



Pour autant que j'aie pu m'en rendre compte en lisant des articles dans des magazines papier et sur le net, les avis sont quelque peu partagés sur le film Don Giovanni, naissance d'un opéra (Io, Don Giovanni) de Carlos Saura (2009).

Le film est sorti le 12 mai dernier sur les écrans français, et je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller le voir. Mais je crois bien que, attirée par la photographie qui semble magnifique (Vittorio Storaro avait reçu des Oscars pour sa photographie dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci et Reds de Warren Beatty), ma curiosité va me pousser jusque dans une salle obscure pour découvrir cette œuvre sur grand écran, pour me faire ma propre idée.

En attendant, je vais me ré-écouter l'opéra, et me replonger dans les Mémoires de Lorenzo da Ponte (les éditions Mercure de France ont probablement profité de la sortie du film sur nos écrans pour refaire un tirage de ces Mémoires).

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lundi 22 février 2010

Brabant, avant Frears et Forman

 
Le roman épistolaire de Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, a connu plusieurs adaptations cinématographiques. J'ai déjà évoquées deux d'entre elles dans un billet, celle de Stephen Frears avec Les liaisons dangereuses, et celle de Milos Forman avec Valmont.
Je ne connaissais pas l'existence de l'adaptation télévisuelle par Charles Brabant, jusqu'à en découvrir très récemment le DVD dans les rayons du disquaire indépendant où je m'approvisionne souvent. J'en ai fait l'achat sans me renseigner plus avant sur cette œuvre.

J'ai donc découvert ce téléfilm sans aucun préjugé. Et cela a été une très intéressante découverte. Le film n'est pas une mise en images du roman, comme tentait de l'être la version de Stephen Frears, pas plus qu'elle n'est la mise en images d'un souvenir de lecture (souvenir bien éloigné du roman, soit dit en passant), comme l'a été la version de Milos Forman. Ici, Charles Brabant nous livre une œuvre où se mêle la vie de l'auteur et sa propre œuvre. Dans sa cellule de prison, où il a été enfermé en 1793 pour ses positions orléanistes, Choderlos de Laclos est aux prises avec son imagination. Est-ce sa façon de s'évader hors de ses murs, ou bien veut-il se justifier devant les personnages qu'il a pris dans les rets de ses Liaisons dangereuses ? Dans ce huis-clos dont les frontières ne sont que celles de l'esprit de Laclos, l'auteur discute avec ses anciennes relations réelle et ses personnages imaginaire, plus particulièrement avec Madame la marquise de Merteuil, que ronge la petite vérole.
Ces Liaisons dangereuses ne doivent pas être réduites, comme cela a été le cas dans certaines adaptations, à ce chassé-croisé de pouvoir, de désir, d'amour, mais qu'elles sont bien le portrait au vitriol d'une société au bord de l'explosion.

« Je crois que l'œuvre de Laclos est révolutionnaire en elle-même. Si l'on se reporte au XVIIIe siècle, sachant que quelques années après la publication des « Liaisons dangereuses », on va avoir le « Don Juan » de Mozart, on voit que la Révolution existe, qu'elle occupe les esprits et se répand petit à petit à travers l'époque. Le libertinage qui reflète la fin de l'aristocratie c'est aussi l'esprit de contestation. Parce qu'il s'oppose à la rigueur religieuse. Il la nie même, et derrière lui il apporte l'athéisme. À partir du moment où tout est permis et où la règle est transgressée, Dieu est mort. Par conséquent, cette œuvre est révolutionnaire dans son essence. Elle a un autre aspect révolutionnaire. C'est une œuvre qui met la femme en valeur considérablement. Au fond, l'auteur, c'est la marquise de Merteuil. » (Charles Brabant).

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dimanche 21 février 2010

Cinéma et XVIIIe siècle : une base de données



Dans les notes de leur chapitre « Les représentations du dix-huitième siècle à l'écran : une filmographie impossible » de l'ouvrage collectif Filmer le 18ème siècle que j'ai évoqué précédemment, Xavier Bittar et Martial Poirson signalent l'existence d'une base de données filmographique, le Kinématoscope, hébergée et alimentée par l'Institut des sciences de l'homme (CNRS / ENS-LSH / Université Lumière Lyon 2).




Un peu aride dans sa présentation - comme beaucoup de bases de données, je le concède – ce site offre aux chercheurs, aux enseignants et aux curieux une une base de données sur les adaptations cinématographiques d'œuvres littéraires (XVIIIe et XIXe siècles) et sur les formes de représentation du XVIIIe siècle à l'écran.

Une porte d'entrée discrète mais à ne pas négliger, en complément de la base de données cinématographique plus généraliste et plus connue IMDB.

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dimanche 31 janvier 2010

Filmer le XVIIIe siècle


Dans le forum La Folie XVIIIe où je traîne souvent mes guêtres, un message avait attiré mon attention sur le livre Filmer le 18e siècle, sous la direction de Laurence Schifano et Martial Poirson (éditions Desjonquères, 2009, 9782843211188).


La présentation de l'ouvrage par l'éditeur, en quatrième de couverture, m'avait donné envie d'en savoir plus :
Véhicule privilégié des voyages dans le temps, le cinéma semble avoir vocation à réveiller les fantômes du passé, à leur redonner présence et vie.
L'histoire du XVIIIème siècle, les puissantes ou séduisantes mythologies des Lumières, ont exercé sur les cinéastes une fascination assez forte pour les inspirer sous toutes les latitudes et à toutes les époques. En renouant avec la sensualité, la théâtralité, la liberté de ton et de pensée du XVIIIème siècle, le cinéma se réapproprie cet héritage. Dans les films évoqués - ceux d'Eric Rohmer, d'Abdellatif Kechiche, de Milos Forman, de Sofia Coppola parmi bien d'autres - le spectateur voit, entend, respire un "air" XVIIIème siècle. Un dialogue créatif s'instaure ainsi entre le siècle des Lumières et le nôtre.

Sont ici réunis des chercheurs spécialisés dans les domaines des arts du spectacle et de l'image comme de la littérature et des créateurs qui ont fait du XVIIIème siècle un pôle majeur de leur travail : Chantal Thomas, Jérôme Prieur, Karol Beffa, Marie-Dominique Montel, Jess Franco.

A la lecture de cette présentation, je m'étais laissé aller à croire que l'ouvrage était une sorte de filmographie thématique, et je m'étais donc demandé quels étaient les films des réalisateurs cités dans la présentation que l'on retrouvait dans le livre :
Pour Éric Rohmer, j'avais pensé aux Cabinets de physique au XVIIIème siècle (mais une forumiste de la Folie m'a corrigé, en m'indiquant que le livre abordait L'Anglaise et le duc, son film sur la Révolution française). Pour Milos Forman, Amadeus et Valmont me semblaient être à peu près incontournables, et peut-être Les fantômes de Goya. Sofia Coppola ne pouvait y être que pour sa Marie-Antoinette. Quant à Abdellatif Kechiche, je pensais à L'esquive, qui tourne autour de répétitions, par des « jeunes de banlieue » (veuillez excuser ce raccourci peu délicat), d'une pièce de Marivaux.
Mais, comme je l'écrivais dans le forum de la Folie, à part Milos Forman, ce n'était pas les premiers noms qui me viennent à l'esprit en pensant à « filmer le 18e siècle ».

Il me restait donc à acheter ce livre pour en savoir plus.

Aussitôt dit, presque aussitôt fait. Et pas tout à fait aussitôt lu, car d'autres livres attendaient déjà que je m'y plonge.
Je suis finalement entré dans la lecture de ce livre. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas une filmographie, pas une collection de critiques de tel ou tel film, mais le regroupement de travaux universitaires tournant autour de la façon dont le cinéma a représenté le XVIIIe siècle. C'est donc largement moins facile à aborder qu'un livre thématique-filmographique du genre "Le film noir" ou "Le western". Comme je n'ai pas une culture cinéphile aussi développée que les auteurs, et que je n'ai pas non plus une formation dans les métiers de l'image, je dois reconnaître qu'il y a des moments où je me sens un peu largué (je me dis aussi qu'il y a des effets de langage des auteurs qui confinent au verbiage, mais c'est mon côté acide qui parle, là).

Bref, un livre intéressant mais qui demande à se creuser la cervelle, et à disposer d'autres ouvrages pour comprendre soit des références, soit les notions mêmes employées dans certains chapitres. Il me faudra donc aller fouiller ailleurs, apprendre d'autres choses, et revenir vers ce livre-ci pour en profiter plus amplement que dans cette première lecture.

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lundi 4 janvier 2010

Cartouche : poudre mouillée



Au lieu de faire « boum ! », la poudre du Cartouche de Henri Helman, diffusé les 22 et 23 décembre dernier sur France 2, a fait « pssssshhhht... » à mes oreilles.

La filmographie du réalisateur de ce téléfilm, Henri Helman, m'avait incité à ne pas trop bondir de joie par avance. Certes, il a réalisé le téléfilm à peu près honorable Lagardère avec Bruno Wolkowitch (j'en ai dit quelques mots dans ce billet-là), mais en voyant qu'il avait à son actif des épisodes de Joséphine, ange gardien ou des Cordier, juge et flic, je m'accordais le droit à quelques doutes, comme je le disais précédemment. Sans compter que je n'avais pas le souvenir d'un film ou téléfilm où Frédéric Diefenthal m'eût marqué comme grand acteur...





Cependant, voulant juger sur pièce, j'étais devant ma télévision le 22 décembre au soir, devant le premier épisode de ce nouveau Cartouche. Pour le dire vite, je n'ai pas été convaincu par le premier épisode : dialogues manquant parfois de naturel, action parfois traînante, quelques détails peu crédibles. C'est donc à reculons que j'ai regardé le deuxième épisode. Ou, plutôt, que j'ai commencé à le regarder, car je n'ai pas réussi à tenir jusqu'au bout.

Soit je suis devenu trop exigeant, soit la fiction historique française a encore pas mal de progrès à faire.


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Pour que vous n'alliez pas croire que je me prosterne aveuglément devant la fiction historique anglo-saxonne alors que je vilipende la fiction historique française, je m'échappe du dix-huitième siècle pour gagner le Moyen Âge et dire que j'ai été atterré devant l'indigence de l'épisode dont j'ai vu quelques bouts aujourd'hui, sur France 4, de la série britannique Robin Hood / Robin des Bois, de Dominic Minghella et Foz Allan. Manifestement, les Britanniques ont eu aussi leur(s) Josée Dayan. Absence de rythme, dialogues à bâiller, costumes probablement empruntés pour partie au tournage d'un nanard « heroic fantasy » diffusé sur NRJ12 et pour partie à un reportage sur « les jeunes en capuche dans une banlieue près de chez vous » (sans blague, on voit même les coutures faites à la machine !), armes et armures en plastique de foire, sans parler de l'architecture Tudor pour des aventures censées se passer fin XIIe siècle. Pa-thé-ti-que.

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mercredi 30 décembre 2009

Serez-vous le dernier ou le premier ?



Serez-vous le dernier à ne pas avoir vu ce film, ou le premier devant votre écran de télévision, cet après-midi, à 17h05 ?
France 2 diffuse en effet, à cette heure de grande écoute en temps de vacances, Le dernier des Mohicans de Michael Mann.
Le film est présenté par une chaîne ou une autre environ une fois par an, mais c'est généralement sur une chaîne numérique. Si vous ne l'avez pas encore vu, ou si vous avez envie de le revoir et que vous avez la chance de ne pas travailler cet après-midi, rendez-vous donc sur une chaîne hertzienne du service public.






Pour ce qui est du film en lui-même, je n'ai pas changé d'avis par rapport à ce que j'avais déjà dit à son sujet : un film pas toujours fidèle aux romans de Fenimore Cooper, mais un grand film tout de même. Je me plais à espérer qu'il donnera envie à ceux qui ne les connaissent pas de se plonger dans les romans en question.





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lundi 14 décembre 2009

Cartouche arrive bientôt sur le petit écran



Quand la télévision publique pioche dans notre patrimoine pour monter des téléfilms, j'ai tendance à donner quelques applaudissements avant même de voir ce que cela donne. A moins, bien sûr, que la réalisation n'ait été confiée à une de mes têtes de Turc, Josée Dayan, dont les créations ont, le plus souvent, la délicatesse d'un Panzer traversant les plaines polonaises.
Pour le téléfilm en deux parties Cartouche, que France 2 diffusera les 22 et 23 décembre prochains, j'ai donc un petit fond d'enthousiasme a priori. Certes, j'avais eu quelques regrets pour l'adaptation malgré tout plaisante du Bossu de Paul Féval par ce même réalisateur, Henri Helman, sous la forme du téléfilm Lagardère (2003), mais les quelques extraits que j'ai pu voir de ce Cartouche me semblent de bon augure.





Bien évidemment, la comparaison ne manquera pas d'être faite (par moi, au moins) avec le Cartouche de Philippe de Broca (1962) dans lequel le brigand était incarné par Jean-Paul Belmondo. Mais entre film et téléfilm, la comparaison devra se faire toutes proportions gardées.

Sauf impératif de dernière minute, je chausserai donc mes bottes, ceindrai épée et pistolets, et prendrai place dans la bande de Cartouche les 22 et 23 décembre prochains.

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dimanche 6 septembre 2009

Casanova, au fond !


Je m'aperçois que je ne vous ai pas encore dit ce que je pense du film Casanova de Lasse Hallström (2005).
Pour vous faire patienter jusqu'à la publication de ce billet, qui ne saurait tarder, je me permets de vous aiguiller vers un site qui propose des fonds d'écran d'ordinateur réalisés à partir de ce film. Les esprit les plus acides - dont je ne suis pas, vous le savez bien - iraient jusqu'à dire que ces fonds d'écran sont quasiment ce qu'il y a de mieux à retenir de ce film.
 
 

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samedi 22 août 2009

Casanova sur grand et petit écran


En recoupant ma curiosité casanovienne et ma curiosité cinéphile, je me suis intéressé aux films et téléfilms qui ont mis en scène Giacomo Casanova, pour me faire une idée de l'étendue de la production à ce sujet et de la proportion de ces films que j'ai déjà vus et de ceux qui me restent à découvrir.


Pour cela, j'ai utilisé la base de données internet sur les films (Internet Movie Database), la plus complète que je connaisse. Et j'ai lancé un recherche sur les films mettant en scène un personnage appelé Casanova. J'ai complété cela par quelques pages comme celle de Mastepiece Theater sur Casanova.
Résultat : en première approche 38 films, téléfilms et reportages, entre 1918 et 2005. Il me restait alors à faire le tri pour découvrir ceux qui traitaient bien de « mon » Casanova.

Voici la liste de ceux que j'ai vus (et les liens vers les billets de ceux que j'ai déjà commentés) :
  • Infanzia, vocazione e prime esperienze di Giacomo Casanova, veneziano (Casanova, une adolescence à Venise), de Luigi Comencini (1969, film italien)
  • Il Casanova di Federico Fellini, de Federico Fellini (1976, film italien)
  • La nuit de Varennes / Il mondo nuovo, d'Ettore Scola (1982, film franco-italien)
  • Le retour de Casanova, d'Edouard Niermans (1992, film français)
  • Il giovane Casanova / Le jeune Casanova, de Giacomo Battiato (2002, téléfilm franco-germano-italien)
  • Casanova, de Sheree Folkson (2005, mini-série télévisée britannique en 3 épisodes)
  • Casanova, Lasse Hallström (2005, film états-unien)


Il me reste à découvrir :
  • Casanova, d'Alfréd Deésy (1918, film hongrois, muet)
  • Casanova, d'Alexandre Volkoff (1927, film français, muet)
  • Casanova, d'un réalisateur inconnu (1928, film états-unien)
  • Loves of Casanova, d'un réalisateur inconnu (1929)
  • Casanova, de René Barberis (1934, film français)
  • Münchhausen (Les aventures du Baron de Muenchhausen / Les aventures fantastiques du Baron Munchhausen), de Josef von Báky (1943, film allemand)
  • Les aventures de Casanova (première partie : Le chevalier de l'aventure ; deuxième partie : Les mirages de l'enfer), de Jean Boyer (1947, film français)
  • Adventures of Casanova / Casanova aventurero (Le règne de la terreur), de Roberto Gavaldón (1948, film états-unien / mexicain)
  • Il cavaliere misterioso, de Riccardo Freda (1948, film italien)
  • Casanova's Big Night (La grande nuit de Casanova), de Norman Z. McLeod (1954, film états-unien)
  • Le avventure di Giacomo Casanova (Les aventures et les amours de Casanova ), de Steno (1955, film italien)
  • Casanova, de Mark Cullingham et John Glenister (1971, mini-série anglaise de 6 épisodes)
  • Cagliostro, de Daniele Pettinari (1974, film italien)
  • Le siècle des lumières, de Claude Brulé (1976, téléfilm français)
  • Casanova & Co. (13 femmes pour Casanova), de Franz Antel (1977, film franco-italo-autrichien)
  • Casanova, de Kurt Pscherer (1981, téléfilm allemand)
  • Casanova auf Schloß Dux, Martin Eckermann (1983, téléfilm allemand)
  • Die schöne Wilhelmine, de Rolf von Sydow (1984, mini-série télé allemande) [Casanova est présent dans l'épisode 1, Ewige Treue]
  • Casanova, de Simon Langton (1987, téléfilm anglo-italo-germano-états-unien)
  • Divoka srdce, de Jaroslav Soukup (1989, film tchèque)
  • Casanova, de Neil Rawles (2002, documentaire télévisé britannique pour Channel 4)
  • Fellini : Je suis un grand menteur, de Damian Pettigrew (2002, reportage franco-italo-britannique) [certaines parties touchent, bien sûr, au Casanova de Fellini]
  • Giacomo Casanova, de Richard Blank (2004, téléfilm allemand)
  • Casanova's Love Letters, de Mark Murphy (2005, série télévisée britannique)
  • Casanova's Last Stand, de Mark Murphy (2005, bonus sur le DVD des Casanova's Love Letters)

Pour l'anecdote, Casanova apparaît également dans la série télévisée Relic Hunter (Sydney Fox l'aventurière), plus spécifiquement dans l'épisode The Book of Love (Les Secrets de Casanova), de Paolo Barzman (1999, série états-unienne).

J'ai quelques doutes sur Goodbye, Casanova, de Mauro Brelli (2000, film états-unien), qui lorgne du côté du mélange des genres.

Ne pratiquant pas la langue de Goethe, j'ai du mal à savoir, en faisant des recherches sur le net, si Frag nach bei Casanova, de Peter Eschberg (1975, téléfilm allemand) tourne bien autour de Giacomo Casanova.


Il me reste donc beaucoup de films ou téléfilms à découvrir. Des difficultés se poseront à moi pour trouver des enregistrements accessibles des œuvres les plus anciennes (les films muets, par exemple) ou des œuvres plus « exotiques » (le film tchèque, par exemple), ou de compréhension de certaines autres (les œuvres allemandes non sous-titrées, notamment).


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Vous vous en doutez certainement en regardant ces listes, je n'ai pas cherché à me tenir particulièrement au fait des créations cinématographiques relevant du rayon pornographie. Je doute que ces créations-là soient d'un grand intérêt et, de toute manière, réduire Casanova à ce seul aspect racoleur est une démarche qui m'est totalement étrangère.

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mercredi 22 juillet 2009

Le retour de la marquise pas exquise


Il y a un peu plus de deux ans, j'écrivais un billet pas très tendre sur le teléfilm de Robin Davis, Jeannine Poisson, Marquise de Pompadour.



Je ne compte pas en regarder la rediffusion ce soir, mais si certains d'entre vous veulent se faire leur propre opinion (et même venir contredire mon avis par la suite), il leur reste à se brancher sur France 2, ce soir à 20h35.

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dimanche 3 mai 2009

Portrait en négatif


Aborder Il Casanova de Federico Fellini, voilà un exercice plus difficile que celui de plonger dans les mémoires du Vénitien (et j'ai mis un certain temps à le faire, depuis que j'avais signalé mon envie). Car si Fellini s'en est inspiré, son inspiration en a été plus que libre.

En voyant, en lisant ce que Federico Fellini dit lui-même de Casanova, on comprend immédiatement que son film est un procès à charge. Il veut démasquer, dénoncer, derrière le mythe lumineux du séducteur, le personnage immature, irresponsable, ridicule, même. Au point que l'on peut se demander ce qui motive Fellini à faire ce film sur un être qu'il semble détester quasi viscéralement. Peut-on faire un bon film sur un sujet que l'on déteste ?
Il Casanova contraste vraiment avec les films précédents de Fellini. Car, si les penchants de Fellini pour la sensualité, la sexualité, sont bien présents dans ce film-ci, ils sont teintés d'une aigreur, d'une tristesse qu'ils n'ont pas dans ses autres œuvres. Presque une morbidité, et pas uniquement dans le fait que Casanova s'éteint au fur et à mesure qu'il vieillit. Dans ce Casanova, même les chairs et les esprits semblent morts.
Venise est presque absente du film, n'intervenant qu'en écho dans les souvenirs de Casanova, comme le regret d'un temps passé, plus heureux. Tandis que son cheminement vers l'Allemagne est empreint de pessimisme, de désespoir.

Fellini a-t-il projeté dans ce film ses propres angoisses ? Je ne voudrais pas me risquer dans de la psychologie de comptoir (fût-ce le comptoir du café Florian !), aussi je ne fais que soulever la question qui m'est venue en regardant ce film.

Vanité et vacuité de l'être, voilà ce qui m'a le plus marqué dans ce film fort et dérangeant.

Mais ceci ne doit pas faire oublier les qualités formelles de ce film, le grand jeu d'acteur de Donald Sutherland, la photographie de Giuseppe Rotunno.

Il Casanova est donc un grand moment de cinéma, qui ne laisse probablement personne indifférent.


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  • Un article très intéressant sur ce film, Le Casanova de Fellini, du mythe littéraire au type cinématographique, par Emmanuelle Meunier, est à lire sur cette page-là.

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