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dimanche 18 novembre 2012

Le roi des mers


Tous les chemins mènent à Rome, si l’on en croit l’adage.

Ceux qui mènent au Vaisseau de 74 canons de Jean Boudriot sont assurément moins nombreux. En particulier parce que c’est une destination beaucoup moins courue que Rome, une destination pour passionnés exigeants, plutôt qu’une destination pour tourisme de masse. Pour les amateurs de navires de guerre au temps de l’âge d’or de la marine à voile, ce Vaisseau de 74 canons est l’incontournable quadrilogie, LA somme, LE sommet. Le chef-d’œuvre d’un passionné, pour des passionnés.



Évidemment, pour ceux qui ne s’y intéressent pas trop, voire pas du tout, il est tout à fait possible de vivre sereinement sans jamais avoir lu le moindre ouvrage d’histoire navale ou d’architecture navale de Jean Boudriot (ou de ses collègues dans ce domaine). Quant aux curieux qui mettront peut-être le nez dans ce billet sans avoir connaissance de cette drôle de bête, la question qui leur viendra peut-être à l’esprit sera « Mais pourquoi 74 canons ? ».

Dans cette deuxième moitié du XVIIIe siècle et ce début du XIXe siècle où le vaisseau de 74 canons sillonnait, parfois seul et souvent en escadre, les mers du globe, des navires plus gros et plus armés existaient. Des navires de 100 canons et plus portaient les pavillons des amiraux dans les grandes batailles navales de l’époque, comme le HMS Victory (100 canons) de l’amiral anglais Nelson à Trafalgar (1805), ou L’Orient (118 canons) de l’amiral français Brueys à Aboukir (1798).



Le vaisseau de 74 canons était, en ces temps-là, considéré comme un navire de 3e rang, après ceux de plus de 100 canons (1er rang) et ceux de plus de 90 canons (2e rang). Mais il est entré de plain-pied dans l’histoire navale parce qu’il a constitué le cheval de bataille de la guerre sur mer : les ingénieurs qui l’ont conçu et développé ont réussi, avec ce navire, à conjuguer au mieux les qualités marines, la manœuvrabilité – seul ou en escadre –, la puissance de feu, la standardisation de la construction, et la maîtrise des coûts de production. Quand une des « grandes » marines occidentales – français ou anglaise – disposait d’une demi-douzaine de navires de 1er rang, elle comptait plusieurs dizaines de 74-canons.


On peut considérer, sans exagérer, qu’avant l’invention de l’avion, le navire à voile était la conception et construction humaine la plus complexe, et notamment en cette deuxième moitié du XVIIIe siècle. Pour décortiquer un tel chef-d’œuvre d’esprit et de réalisation concrète, il serait illusoire de penser que quelques pages suffiraient.
Certes, il existe, fort heureusement, des livres qui permettent d’aborder le sujet en douceur, dont certains auxquels j’avais consacré des billets dans un blog voisin. Je pense notamment à des ouvrages comme La Vie privée des hommes à bord des grands voiliers du XVIIIe siècle, de Pierre-Henri Sträter (textes) et Pierre Brochard (illustrations) (Hachette, 1979, ISBN 2-01-004684-6) [billet], ou A bord d'un vaisseau de guerre de Richard Platt (textes) et Stephen Biesty (illustrations) (Gallimard, 1993, ISBN 2-07-58139-X) [billet], qui allient un texte simple et de nombreuses illustrations. L’ouvrage de Martine Acerra et Jean Meyer, La grande époque de la marine à voile (éditions Ouest France, collection De mémoire d'homme : l'histoire, 1987, ISBN 978-27373-00387) [billet], est un peu moins facile d’abord (ce n’est pas un livre « pour la jeunesse », contrairement aux deux précédents), et il manque d’illustrations pour un regard béotien.



Mais, pour les durs de durs, les passionnés du détail, ceux qui veulent tout savoir sur le vaisseau de 74 canons, de sa conception à son lancement, de sa quille à la pomme de ses mâts, des matériaux employés à sa construction à l’organisation de son équipage, le tout mis en perspective dans l’organisation des arsenaux français et l’emploi de ce type navire au combat, c’est la quadrilogie de Jean Boudriot, Le vaisseau de 74 canons. Traité pratique d’art naval. 1780 (éditions Ancre ; fiche sur le site de l'éditeur), publiée dans son édition originale de 1973 à 1977, qui fait référence.
Le tome 1 (166 pages, 16 planches, 106 figures) traite principalement de l’administration des ports et arsenaux, des bases de la construction, et de la charpente de la coque. Le tome 2 (212 p., 26 pl., 107 fig.), de l’accastillage et des aménagements. Le tome 3 (280 p., 13 pl., 134 fig.), de la mâture, de la voilure et du gréement, avec des compléments sur l’état de la marine royale en 1780 ou encore le coût de la construction du vaisseau. Enfin, le tome 4 (392 p., 17 pl., 167 fig.) aborde l’aspect humain, avec l’emploi des hommes et leurs conditions de vie, ainsi que les aspects pratiques de la manœuvre d’un tel navire et des opérations navales.
Pour ceux qui auraient un peu de mal avec le calcul mental, cette somme offre donc 1050 pages, 72 planches et 514 illustrations aux passionnés.



Cet ouvrage, comme d’autres publiés aux éditions Ancre, fait le bonheur des modélistes navals amoureux du détail, et en particulier de ceux qui sont versés dans le modélisme dit « d’arsenal ».
Pour ma part, le chemin qui m’a mené vers ce sommet est celui tracé par François Bourgeon dans sa série de bandes dessinées Les passagers du vent (éditions Glénat pour les 5 tomes du premier cycle) [billet]. Le soin et le détail portés par Bourgeon à reconstituer les extérieurs et les intérieurs des navires qui sont, plus que des décors, des personnages à part entière de cette œuvre, doivent beaucoup à la tétralogie de Boudriot et à la disponibilité de celui-ci pour partager ses connaissances et donner ses conseils. Un autre auteur de BD, Patrice Pellerin, créateur de L’Epérvier (éditions Dupuis, 8 tomes à ce jour ; fiche Bédéthèque), ne cache pas à quel point il est redevable aux ouvrages de Boudriot.



Compte tenu du prix de l’ensemble des 4 tomes (même sur le marché de l’occasion, qui est tendu sur ces ouvrages car ils sont recherchés par les passionnés), et comme c’est surtout un livre technique, qui ne se lit pas comme un roman ou une BD, ce n’est pas un achat qui se fait à la légère. Mais, près de 40 ans après la parution du premier tome, cette tétralogie reste une référence majeure dans le domaine.


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Défis. Ce billet répond aux défis suivants :


samedi 31 décembre 2011

Du haut-bois à Uranus

Autant le dire d’emblée : avant de fureter ici et là à la recherche de sujets sur le thème « 1781 » pour relever mon propre défi dix-huitiémiste, je n’avais aucune idée de qui était William Herschel. N’étant pas passionné d’astronomie, je n’avais pas croisé sa route jusqu’à aujourd’hui. Et un article de Peter Millman, The Herschel Dynasty. Part I – William Herschel, dans le Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, (Vol. 74, p. 134, 1980) m’a fait découvrir un personnage étonnant, passé, au fil de sa vie, du joueur de hautbois au sein du régiment des Hanoverian Foot Guards (régiment de gardes à pied de George, électeur de Hanovre et incidemment roi d’Angleterre) au brillant astronome président de la Royal Astronomical Society, en passant par le compositeur d’une musique aujourd’hui peu connue du grand public.


N’étant pas vraiment familier du monde de l’astronomie, j’ai un peu de mal à comprendre qu’une personne soit reconnue comme le « découvreur » d’un corps céleste alors que celui-ci a déjà été observé dans des temps précédents. Le mot « découvreur » a probablement un sens particulier dans cette confrérie-là ; peut-être le premier à l’avoir « bien » décrite dans ses caractéristiques, son orbite, etc ?
Toujours est-il que William Herschel a « découvert » la planète Uranus en mars 1781. Ce corps céleste avait déjà été observé par d’autres astronomes, mais ceux-ci s’étaient fourvoyés sur sa nature, comme John Flamsteed qui, en 1690, l’avait prise pour une étoile de la constellation du Taureau.
Et même si Pierre Charles Le Monnier l’a observée à plusieurs reprises entre 1750 et 1769, W. Herschel en est le découvreur officiel. Uranus, qu’il avait proposé de baptiser Georgium Sidus (l’étoile de George), lui valu donc d’être récompensé, en novembre 1781, de la médaille Copley, une des plus prestigieuses et des plus anciennes récompenses remises par la Royal Society de Londres, et de venir membre de cette Society le mois suivant. Et la configuration de notre système solaire passait alors de 6 planètes à 7, un changement majeure pour l’époque : toute une conception du cosmos était à revoir !


Peut-être me faudra-t-il donc demander à quelque astronome amateur de me faire regarder Uranus dans un télescope, tout en écoutant une symphonie de Herschel (il en a composé pas moins de 24 !).


Peut-être mon esprit s’ouvrira-t-il alors à cette cosmologie musicale ? Je doute d’en arriver à tomber dans la « théologie naturelle » dont Herschel et d’autres savants et musiciens, comme Haydn, étaient les chantres. Mais ciel et musique peuvent nous ouvrir à une spiritualité et une métaphysique non religieuses, alors pourquoi s’en priver ?

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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"

samedi 25 décembre 2010

Edmund Halley and the Comet

 
Près de 250 ans avant qu’un groupe de rock initialement appelé The Saddlemen prenne le nom de Bill Haley with Haley’s Comets, Edmund Halley, avec deux « L » celui-là, publiait en 1705 la somme de son travail d’astronomie, en latin Astronomiae Cometicae Synopsis, puis en traduction anglaise A Synopsis of the Astronomy of Comets (Synopsis de l’astronomie des comètes).



Dans ce document, Edmund Halley démontrait que la comète observée en 1682 était très probablement celle déjà observée en 1456, 1531 et 1607, et qu’elle serait donc à nouveau observée en 1758.
Né en 1656, Halley se doutait bien qu’il y avait peu de chances qu’il soit vivant lors du retour de cette comète, car il aurait fallu qu’il vive jusqu’à 102 ans. Il n’a donc pas eu le plaisir de voir que sa théorie et sa démonstration étaient valides.

Mais, la comète qui finira par prendre le nom de Halley était bien au rendez-vous, apparaissant le 25 décembre 1758, 15 ans après la mort de l’astronome.

Si vous êtes hermétique au caractère religieux du 25 décembre ou à son mercantilisme effréné, joignez-vous donc à moi pour y voir un bel exemple du génie de l’esprit humain, en saluant cet homme de sciences du Siècle des Lumières, ami d’un autre grand savant, Isaac Newton.



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Illustration hébergée sur le site de Science Photo Library avec la description suivante :
Credit:  ROYAL ASTRONOMICAL SOCIETY / SCIENCE PHOTO LIBRARY
Caption:  Halley's paper on comets. Title page of an English translation and reprint of the paper A Synopsis of the Astronomy of Comets (1705), by the English astronomer Edmond Halley (1656-1742). It was in this paper that Halley announced his theory that the comets seen in 1456, 1531, 1607 and 1682 were the same object. In the same paper, he made his successful prediction of its return in 1758. The comet was subsequently named Halley's Comet in his honour. The original paper was written in Latin as Astronomiae Cometicae Synopsis, and was first published in 1705 in Philosophical Transactions, the journal of the Royal Society of London. At the time, Halley was Savilian Professor of Geometry at Oxford University, a position he had held since 1703. He was made Astronomer Royal in 1720.

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dimanche 21 février 2010

Cinéma et XVIIIe siècle : une base de données



Dans les notes de leur chapitre « Les représentations du dix-huitième siècle à l'écran : une filmographie impossible » de l'ouvrage collectif Filmer le 18ème siècle que j'ai évoqué précédemment, Xavier Bittar et Martial Poirson signalent l'existence d'une base de données filmographique, le Kinématoscope, hébergée et alimentée par l'Institut des sciences de l'homme (CNRS / ENS-LSH / Université Lumière Lyon 2).




Un peu aride dans sa présentation - comme beaucoup de bases de données, je le concède – ce site offre aux chercheurs, aux enseignants et aux curieux une une base de données sur les adaptations cinématographiques d'œuvres littéraires (XVIIIe et XIXe siècles) et sur les formes de représentation du XVIIIe siècle à l'écran.

Une porte d'entrée discrète mais à ne pas négliger, en complément de la base de données cinématographique plus généraliste et plus connue IMDB.

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lundi 14 décembre 2009

L'élégance du geste d'acier



Parmi les lectures qui ont accompagné mon adolescence, trois courants ont façonné mes goûts de lecteur, leur donnant une assise solide sur un trépied : les récits de voyage, les romans policiers et les romans de cape et d'épée.
Ma vie ne m'a pas amené à être enquêteur, et je me suis contenté de me continuer à me creuser la tête au travers des polars. J'ai pu, en revanche, voyager, voir d'autres horizons sous d'autres cieux, rencontrer d'autres gens. Enfin, si je n'ai que rarement ceint une cape sur mes épaules, c'est très récemment que j'ai mis la main sur la poignée d'une épée.
La pratique de l'escrime sportive me tentait depuis plusieurs années, mais ce n'est que l'année dernière que j'ai finalement franchi la porte d'une salle d'armes. Il ne m'a fallu que quelques séances pour me retrouver « accro » à ce sport. Bien évidemment, je n'ai aucune prétention à devenir un redoutable compétiteur, et ce n'est pas du tout dans cet esprit-là que j'enfile ma tenue et mets la main sur la poignée d'une épée : je pratique l'escrime de loisir, de mon mieux, en voyant nos affrontements amicaux comme des moyens de progresser.


D'un autre côté, cela fait aussi des années que j'ai été séduit par des illustrations de traités d'escrime du XVIIIe siècle et par les élégantes épées de cette époque-là.
Ce sont les planches de la partie « Escrime » de l'Encyclopédie de Diderot & d'Alembert qui m'ont marqué les premières, pour autant que je m'en souvienne. Mais j'ai été encore plus séduit lorsque j'ai découvert les versions originales de ces planches dans le traité de Domenico Angelo, L'école des armes (1763), dont le chapitre Escrime de l'Encyclopédie n'est autre qu'un « pompage » éhonté (une pratique courante à l'époque, soulignons-le). Ah, ces planches au trait rehaussées de fines couleurs. Élégance des postures, des gestes que ces illustrations nous offrent.

Quant à l'épée de gentilhomme du dix-huitième siècle, l'épée de cour selon son appellation française (smallsword en anglais, espadín en espagnol et spadino en italien), je lui trouve une incomparable élégance de lignes.




J'avais déjà dit quelques mots de mes envies de mieux connaître et de pratiquer l'escrime du XVIIIe siècle, voici un peu plus d'un an.
A défaut d'avoir vraiment pu commencer à goûter à cette escrime-là pour l'instant, je continue à rassembler des informations sur l'escrime de cette époque-là, sur la pratique actuelle de cette forme d'escrime, sur les épées de cour de l'époque et sur les répliques actuelles, etc.
Je viendrai partager ici, avec les curieux, mes découvertes, mes projets et mes éventuelles mises en pratiques.

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dimanche 31 mai 2009

Lumières océaniques


Le Conseil des musées de Poitou-Charentes avait publié, en 1998, une CD-ROM sur le thème L'Océanie des Lumières, c'est-à-dire l'exploration, par les marins du XVIIIe siècle (Bougainville, Cook, La Pérouse et autres d'Entrecasteaux) de ces mers et terres lointaines.

A défaut de pouvoir mettre la main sur un exemplaire de ce CD-ROM, il reste la possibilité de visiter cette très intéressante exposition virtuelle.




Un petit regret, toutefois : l'ergonomie du site, qui ne rend pas tout à fait évidente la navigation du visiteur (un comble pour un site sur le sujet de la navigation !).

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dimanche 1 mars 2009

Encyclopédie sur papier


Pour ceux qui voudraient découvrir l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert non dans son intégralité, mais qui préfèrent tout de même la tangibilité du papier à la virtualité du format électronique, il y a un moyen pas trop ruineux d'en découvrir des extraits imprimés.

Une quarantaine de volumes, comptant de 70 à 120 pages pour la majorité d'entre eux, couvrant une large gamme de thèmes, comme "Art du cheval", "Marine", "Horlogerie", "Lutherie" ou encore "Anatomie".

Il va sans dire que, aimant le contact du papier plutôt que celui de l'écran d'un ordinateur, j'ai acheté quelques-uns de ces volumes, que l'on trouve parfois à petit prix dans les solderies de livres ou chez les bouquinistes.

Des achats pour les curieux de quelques thèmes en particulier, plutôt que pour ceux qui voudraient disposer de l'Encyclopédie entière.

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On peut aussi trouver ces livrets sur quelques sites internet (comme celui-là), mais la disponibilité de tous les volumes n'est pas toujours assurée.

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samedi 6 décembre 2008

L'Encyclopedie sur une galette


J
'aurais probablement du mal à faire entrer dans ma bibliothèque personnelle, déjà bien chargée, la version originale de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, avec ses 17 volumes de textes, 5 volumes de suppléments, 2 volumes de tables analytiques et 11 volumes de planches.

J'en ai bien acheté quelques extraits en fac-simile, parce que pour moi le numérique ne peut pas remplacer totalement le papier, dans le plaisir à le manier.

Mais, pour ne pas me priver totalement de ce trésor qu'est aux yeux d'un amateur du XVIIIe siècle cette Encyclopédie, j'avais acheté, voici quelques années déjà, cette œuvre au format numérique, version CD-ROM (éditions Redon, 2000 ; nouvelle édition 2006).

Formidable outil pour qui aime se perdre dans les vagabondages, lecture au fil du texte ou saut du coq à l'âne, recherche par thème ou par mot-clé.

Une porte ouverte sur le XVIIIe siècle qui, malgré ses défauts (elle est incomplète ou en retard sur certaines connaissances de son temps) et parfois sa prudence (pour ne pas trop donner à la censure le bâton pour se faire battre), n'en est pas moins un extraordinaire reflet de ce temps des Lumières.

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mardi 18 novembre 2008

Est-ce grave, docteur ?


D
ans un forum dix-huitièmiste où je traîne fréquemment mes guêtres ou mes chaussures à boucle , mon attention avait été attirée sur l'ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8).

Il m'arrive de me méfier de la présentation des ouvrages par les éditeurs, parfois dithyrambiques. Mais je reconnais que celle-ci correspond bien à l'esprit et à la lettre de l'ouvrage :

Giacomo Casanova, insaisissable comme le mercure des alchimistes et des médecins d’antan, est aussi notre mercure messager du temps des Lumières. Il a traversé l’Europe en vibrionnant des milles feux de sa fantaisie. De ses voyages, il a laissé un témoignage au monde, un chef d’œuvre de la littérature : ses Mémoires. La médecine y tient une place à part. Passionné par ce domaine, ayant rencontré de nombreux médecins, lui-même parfois thérapeute de fortune, malade souvent, il observa avec assiduité les maux de ses contemporains. La médecine qu’il nous représente est celle de la vie quotidienne, celle des espoirs et des croyances, celle qui accompagne tout un chacun de la première à la dernière seconde de son existence. De ce point de vue-là, les choses ont un peu changé, malgré les progrès techniques. Le voyage de Casanova n’est-il pas aussi le nôtre…

Le livre n'est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C'est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l'époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives.

Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n'ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d'un grand didactisme. Une belle réussite, donc. Et un grand merci au forumiste de La passion XVIIIe qui avait éveillé ma curiosité à ce sujet.

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Fiche de l'ouvrage sur le site de l'éditeur.

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samedi 4 octobre 2008

Quand je prends le globe


L
es Robert de Vaugondy, père (Gilles, 1688-1766) et fils (Didier, 1723-1786), ont été des géographes majeurs du XVIIIe siècle, des descendants d'un géographe non moins majeur du siècle précédent, Nicolas Sanson.
Parmi leurs œuvres notables, le Grand atlas universel du père, et les globes – céleste et terrestre – du fils.
Mettre la main sur une carte des Robert de Vaugondy du XVIIIe siècle n'est pas impossible, mais le portefeuille va s'en ressentir.




Alors, j'ai ramené mes ambitions à un objet qui est plus un clin d'œil à ces géographes qu'un objet pleinement représentatif de leur art : un petit globe destiné à décorer un coin de mon bureau. L'original de ce globe, présenté à Louis XV, portait le tracé des parcours des grands explorateurs de l'époque.





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  • Quelques cartes de Didier Robert de Vaugondy sur cette page-là.
  • Si la réplique du globe de Vaugondy vous tente, laissez-vous aller à la tentation, là par exemple.

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mercredi 10 septembre 2008

Astronomie toulousaine des Lumières


L
es archives municipales de Toulouse ont mis en ligne sur leur site internet un dossier thématique intitulé « Ils regardaient les étoiles ».


L'un des composantes est consacrée au XVIIIe siècle.

Je vous invite à parcourir ce dossier, à la rencontre de figures illustres toulousaines comme Antoine Darquier de Pellepoix ou François Philippe Antoine Garipuy, et de documents divers et variés (extraits de correspondances, cartes du ciel, etc.).

Je regrette que l'ergonomie du site soit faiblarde, car cette flânerie virtuelle laisse comme un goût de bricolage.

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vendredi 25 janvier 2008

A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ?


«
A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ? » Une tradition veut que ce soit quelques-uns des derniers mots prononcés par Louis XVI sur l'échafaud. Cette réplique, très probablement apocryphe, n'en montre pas moins à quel point à quel point le non-retour de Lapérouse en France soulevait des questions dans l'esprit de ce roi si attaché au fait maritime, à l'exploration et au développement des connaissances.

Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse (ou La Pérouse), l'albigeois, a été l'un des explorateurs célèbres du Pacifique au dix-huitième siècle, après James Cook et Antoine de Bougainville. En disparaissant en 1788, il entre dans la légende, à nos yeux de Français, tout au moins ; au point que son nom est aussi prestigieux que celui de James Cook, alors que le « palmarès » de ce dernier en termes de voyages d'exploration est bien plus conséquent.

Cependant, je ne suis pas là pour organiser un classement des explorateurs, mais pour signaler un double DVD, L'incroyable aventure de Monsieur de Lapérouse, rassemblant, entre autres, des reportages d'Yves Bouregois sur trois expéditions scientifiques menées en mer et à terre sur les lieux du naufrage, à Vanikoro. Ces reportages montrent les fouilles tant sous l'eau qu'à terre, partageant les interrogations des chercheurs (où et comment les deux navires ont-ils sombré ? Certains membres des équipages ont-ils pu gagner la terre et y survivre quelque temps ?), leurs espoirs et parfois leurs déceptions.


Certaines séquences mettent en lumière des aspects intéressants, dans la valorisation prospective des éléments découverts, avec des approches de reconstitution, de simulation.


L'une est la reconstitution anatomique, anthropologique, de la tête (et donc du visage) d'un marin à partir des restes de son crâne, par Elisabeth Daynes (visitez son site pour découvrir son travail en général).


L'autre est une simulation informatique des conditions et épisodes du naufrage des navires ; vous pouvez lire, sur cette page-là, une interview d'un étudiant de l'Institut supérieur de l'art digital ayant participé à ce travail de modélisation, et regarder deux extraits de ces animations.

Je ne prétends pas que mon billet reflète une brûlante actualité, puisque ces reportages ont été diffusés à la télévision puis en DVD en 2005. Toutefois, je profite d'une prochaine actualité pour en reparler : en effet, le Musée de la marine à Paris présentera, du 19 mars au 20 octobre 2008, une exposition intitulée Le mystère Lapérouse, enquête dans le Pacifique Sud.



Sire, nous avons des nouvelles de Monsieur de Lapérouse.


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dimanche 2 décembre 2007

Naturaliste et philosophe

La télévision sait tenter de nous abreuver d'inepties destinées, selon les mots cyniques mais sincères d'une de ses promoteurs, à rendre nos cerveaux disponibles pour les messages publicitaires. Mais, fort heureusement, il reste quelques créneaux diffusant des émissions nageant au-dessus de cette fange.

Sans pouvoir préjuger entièrement de la qualité de cette émission, mon regard a été attiré par le programme proposé sur France 5, le lundi 3 décembre, à 21h35 : Buffon, le penseur de la nature, un docu-fiction de Philippe Tourancheau.
Il y a peut-être, là, quelque espoir de passer un bon moment, à la découverte d'un personnage illustre non sans raison.


Georges Jean Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), intendant du Jardin du roi, a écrit et laissé à la postérité son extraordinaire Histoire naturelle, générale et particulière, synthèse des connaissances de l'époque dans les sciences naturelles : trente-six volumes dont la publication s'étalera de 1749 à 1788. Une oeuvre célébrissime et pourtant, à bien y regarder, c'est plus l'oeuvre d'un vulgarisateur que celle d'un réel observateur ou expérimentateur. Il porte sur les expérimentateurs un regard quelque peu méprisant, et soumet même le fait d'étudier quelque chose à l'utilité qui pourra être tirée de ce qui est étudié (voir son Discours de la manière d'étudier et traiter l'histoire naturelle).
Autre face du personnage, il est un philosophe des Lumières, osant par exemple séparer l'histoire de la Terre de la Création professée par l'Eglise, ce qui vaudra aux premiers volumes de son Histoire naturelle d'être censurés par ladite Eglise.

Si vous regardez bien son année de naissance, vos remarquerez que 2007 marque le tricentenaire de sa naissance. C'était le 7 septembre dernier. Et pourtant, il ne me semble pas que nous en ayons beaucoup entendu parler sur les ondes. Je souhaite que le téléfilm diffusé demain arrive à donner aux quelques curieux qui le regarderont l'envie d'en savoir plus sur ce génial vulgarisateur, un de ceux qui ont instillé en moi, voici bien des années, le goût des sciences naturelles.


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Si vous en avez le temps et l'envie, consultez l'édition en ligne de cette Histoire naturelle, sur un site dédié à Buffon par le CNRS.
Pour quelques informations complémentaires sur le docu-fiction, dirigez vous vers le site de France 5 (ici et ).

dimanche 14 octobre 2007

Géodésie, vous avez dit géodésie ?

Dans ce même numéro n°122 de la revue Antiquité Brocante, d'octobre 2007, un court article est consacré aux instruments de géodésie, c'est-à-dire de mesure de la Terre. Même si je ne suis pas géomètre de métier, mon regard est attiré par ce genre d'objets, surtout en les mettant en perspective avec le XVIIIe siècle, cette période où l'on continue à découvrir des terres inconnues et où l'on décrit, mesure, cartographie les terres déjà connues.

L'article indique que les « signatures » les plus recherchées sont celles d'Etienne Lenoir (1744-1832), Claude Langlois (1720-1758) ou encore Nicolas Bion (1652-1733). En voyant un instrument comme celui-ci, comment ne pas être convaincu, en effet ?



Image : Cercle répétiteur n° IIII, modèle de Borda, Étienne Lenoir, Paris, (optique de Noël Jean Lerebours, Paris), 1791-1792, photo M. Heller, 1995, Inventaire général - ADAGP, Patrimoine Observatoire de Marseille (Musée de l'Observatoire de Marseille) [voir la page de source ]

mercredi 19 septembre 2007

Anniversaire : huit minutes en ballon

Le 3 novembre 1957, la chienne Laïka était le premier animal vivant à voyager dans l'espace. Grand mal lui en prit, puisque quelques heures à peine après le décollage du Sputnik 2 à bord duquel elle avait quitté la Terre, elle mourut, probablement de stress et d'une trop grande chaleur.

Le sort fut bien plus heureux pour le canard, le coq et le mouton qui se sont envolés dans le ciel de Versailles, un 19 septembre 1783, dans le ballon en forme d'œuf mis au point par Joseph-Michel et Jacques-Étienne, les deux frères Montgolfier.

J'aurais pu choisir une autre date qu'un 19 septembre pour tirer un coup de tricorne à ces deux frères, car ils avaient mené plusieurs autres expériences, couronnées de succès, depuis 1782. Mais si j'ai souhaité marquer aujourd'hui un anniversaire, c'était pour mettre en valeur ce premier vol " habité ". Certes, un canard, un coq et un mouton, ça n'a pas l'éclat du premier vol humain, et si l'Histoire a retenu le nom de Jean-François Pilâtre de Rozier comme celui du premier aérostier, nos premiers passagers du vol en ballon sont restés anonymes, à ma connaissance tout au moins. A défaut d'être faits chevaliers d'un ordre royal, ils ont regagné le plancher des vaches sains et saufs. Il se murmure même le mouton aurait été récompensé en devenant pensionnaire de la Ménagerie royale jusqu'à son dernier jour.
Favoritisme de la royale bergère envers le mouton ? Canard et coq n'auraient-ils été que les dindons de la farce ?

Il faudra attendre le mois suivant pour le premier vol d'un être humain. Nous en reparlerons, soyez-en sûrs.

mardi 14 août 2007

En visite chez Denis

S'il y a bien une oeuvre qui ne cesse de m'étonner, dans toute la production du XVIIIe siècle, c'est celle de l'Encyclopédie. Et bien des regards se sont portés et continuent à se porter sur ce monument. J'ai récemment découvert le site internet de la Société Diderot, qui encourage et publie les études et recherches sur Diderot et l'Encyclopédie.

Si les numéros récents de la revue ne sont accessibles qu'aux abonnés, en dehors de résumés publiés sur le site, les anciens numéros sont disponibles pour tout un chacun, en texte intégral au format PDF. De quoi nourrir plus d'un curieux. Dont moi.

Je retourne de ce pas feuilleter leurs archives !