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dimanche 10 février 2008

Des Indes au firmament

Benoît Le Borgne, devenu aux Indes orientales le maharadjah Benoît de Boigne, a été récemment invité dans les salons de Monsieur de C., pour y dire quelques mots de sa vie aventureuse.
D’autres Français ont également marqué l’histoire des Indes en ce dix-huitième siècle.

René Madec (1736-1784 ; voir sa biographie) est né et mort à Quimper. Mais, entre temps, sa vie trépidant l’aura amené en Inde. Là, ce fils de maître d’école, petit marin du commerce, va se tailler un royaume à coups d’épée, devenant ni plus ni moins qu’un des nababs de l’empire moghol !

Madec est arrivé sous mes yeux quand, au fond d’une caisse de livres entassés à la va-comme-j’te-pousse chez un bouquiniste, j’ai mis la main sur le livre d’Albert Le Bail, Le Nabab René Madec (éditions La découvrance, 2004, ISBN 2-84265-292-4 ; réédition du texte original de 1936).
J’essaierai de mettre la main également sur le livre de Jean Coué, René Madec, le Nabab du Grand Moghol (Liv’éditions, 1997, ISBN-13 : 978-2910781309), publié dans une gamme « pour la jeunesse ».

Bartabas, le centaure créateur de superbes spectacles équestres, s’est inspiré de René Madec pour créer son Voyage aux Indes galantes. Je ne manquerai pas de vous parler de ce spectacle, que je n’ai pas vu en direct, mais dont le DVD me fait de l’œil, sur mon étagère des choses à regarder « très bientôt ».


Aux éditions Les Indes savantes, le livre de Jean Deloche Jean-Baptiste Chevalier, Le dernier champion de la cause française en Inde (1729-1789) m’a fait découvrir un autre de ces Français que l’Inde a fait monter au palmarès des aventuriers de ce siècle.
Un homme d’une intrépidité et d’une audace étonnantes. Alors qu’il est employé de la Compagnie des Indes depuis 1752, il pénètre en Assam, royaume interdit aux Indiens eux-mêmes. Il revient à Dhaka où, avec quelques compagnons, il tient en échec pendant plusieurs mois l’armée d’un nabab local. Puis il part au Bhoutan, au Tibet.
En 1778, il est gouverneur de Chandernagor, lorsque les Anglais se saisissent de cet établissement. Chevalier fuit alors vers le sud, à travers des zones tribales. Capturé, il est ramené à Calcutta. Puis il fuit vers l’Europe. Fait naufrage en mer Rouge. Est harcelé par les Bédouins. Gagne Alexandrie par le Nil. Arrive en Italie, traverse les Alpes sur une luge et enfin, revient à Paris.
Bref, un personnage haut en couleurs, lui aussi.

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vendredi 1 février 2008

Le maharadjah de Chambéry

Quand vous naissez fils de pelletier, en 1751, à Chambéry (dans cette Savoie qui appartient alors au roi de Sardaigne), qui pourrait penser que vous serez un jour un des grands hommes des Indes, riche à millions ? Pas grand monde, certainement. Il faut probablement un coup de pouce, un événement qui vous écarte de la voie qui semble toute tracée pour vous, celle de la reprise de la pelleterie paternelle.

Pour Benoît Leborgne, le coup de pouce, c'est la colère d'un mari trompé ! S'éloignant avec célérité et discrétion de Chambéry, le galant entame une carrière de soldat, qui va le mener en Flandre, à l'île Bourbon (notre actuelle île de la Réunion), en Turquie et en Russie. Il n'y a là rien d'infamant que de services d'autres couronnes que celle sous laquelle on est né, en ce siècle où le sentiment national n'existe pas vraiment.
Mais c'est en 1782 qu'il franchit un grand pas, en arrivant à Calcutta, sans un liard en poche, pour se mettre au service de l'East India Company, la Compagnie anglaise des indes orientales. En 1784, il passe à Madras au service d'un autre pouvoir, celui du maharadjah Mahadadji Râo Sindhia, un prince marathe qui poursuit le rêve hindou rêve de reprendre les Indes aux dominateurs moghols, souverains musulmans d’origine turco-mongole.

Benoît Le Borgne, qui a arrangé son nom en Benoît de Boigne, transforme l'armée de Mahadadji Râo en prenant exemple sur les armées européennes. Ses victoires, qui font de Mahadadji Râo le maître de l'Hindoustan, et l'amitié du prince lui valent d'amasser une grande fortune. Quand Mahadadji Râo décède en 1794, Benoît de Boigne - alors généralissime des armées du Grand Moghol, maharadjah, et souverain d'un royaume grand comme la France - ne cède pas à la tentation de prendre le pouvoir lui-même, et sert fidèlement le successeur légitime, Daulat Râo Sindhia.
Rentré en Europe en 1796, puis en Savoie en 1802, il obtient le titre de comte et consacre sa vie à des oeuvres de bienfaisance, jusqu'à sa mort en 1830, dans cette ville même où il était née. En son hommage, Chambéry fera dresser en 1838, par le sculpteur grenoblois Sappey, la surprenante « Fontaine aux éléphants ».


L'épopée flamboyante de Benoît de Boigne peut être découverte sous l'angle du roman, par exemple grâce à Benoît le Borgne, maharadjah, de Ghislaine Schoeller (éditions Robert Laffont, 1995, ISBN 2-226-07333-8), ou Le mercenaire du Gange, de Michel Larneuil (Albin Michel, 2000, ISBN : 9782226079732 ; LGF - Livre de Poche, 2002, ISBN-13 : 978-2253152439).

La fin de vie de Benoît de Boigne nous est connue notamment au travers des Mémoires de la comtesse de Boigne, Adèle d'Osmond, qu'il a épousée en 1798 (éditions Mercure de France, collection Le temps retrouvé, 1999, ISBN-13 : 978-2715221789).


Mettez vos pas de ceux de Benoît de Boigne, les Indes enivrantes vous attendent.

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mercredi 3 octobre 2007

Un parfum de France en Inde

Il y a des collections de livres avec lesquelles on se sent particulièrement à l'aise, assuré, ouvrage après ouvrage, de la diversité et du sérieux des regards et des plumes. C'est ce que je ressens avec la série Mémoires des éditions Autrement.
J'avais découvert cette série avec le n°5 sur Tolède au XIIIe siècle. Séduit par ce livre, j'avais guetté la sortie des suivants, piochant ici et là selon ma curiosité, Dublin au début du XXe siècle (n°6), Séville XVIe siècle (n°15) ou Venise 1500 (n°22). Mais c'est sur le n°24 que je souhaite donner le coup de projecteur du jour : Pondichéry, 1674-1761, L'échec d'un rêve d'empire, dirigé par Rose Vincent (1993, ISSN 1157-4488).

Pour ceux d'entre vous qui commencent à me connaître au travers de mes billets, vous vous doutez bien que cette lecture ne dessine en rien, de ma part, une sorte de nostalgie colonialiste. Il s'agissait plutôt d'aller plus loin que mes vieux et parcellaires souvenirs d'école, dans lesquels se mêlaient la liste des comptoirs français aux noms chantants, le sort de ce bon Monsieur Dupleix et ces fourbes Anglais qui nous avaient chassé de « nos » Indes.

Ecrit à plusieurs mains, ce livre m'a aidé à appréhender cette partie de l'histoire de France et de l'histoire de l'Inde d'une manière différente. L'ouvrage dresse en effet un portrait non seulement historique mais également humain et sensible de Pondichéry, de la société qui l'habitait et de son style de vie. Il est aussi une occasion de comprendre les jeux politiques menés dans la région, la finesse de manoeuvre de Dupleix et le désintérêt, voire le dédain, porté par Louis XV et la majeure partie de son entourage à ces affaires.

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La patrimoine de Pondichéry est encore très riche, de nos jours, et diverses initiatives existent pour le mettre en valeur et le développer. Vous en trouverez un exemple sur ce site-là.

lundi 28 mai 2007

Cap sur les Indes

Voilà bien des années que l'expression « Compagnie des Indes » avait attiré mon attention, sans que je sache tout à fait ce qu'il y avait derrière ces mots. Peut-être des souvenirs de cours d'histoire, mêlant sans trop de précision des images de Dupleix, des princes indiens sur des éléphants, des soieries et des épices, et des noms chantants de comptoirs, Pondichéry, Chandernagor.
Imagerie d'Epinal, me direz-vous peut-être. Oui, certainement. Et c'est ce que j'ai voulu dépasser en me documentant.

J'ai fait mes premiers pas avec un volume de la collection « Que sais-je ? », celui de Michel Morineau, Les Grandes Compagnies des Indes Orientales (Presses Universitaires de France, Collection : Que sais-je ?, 1999, ISBN : 2130460763).

A la fois intéressant, dense et un peu aride, comme à peu près tout ce que j'ai lu dans cette collection, du fait du format de ces livres. Et une porte d'entrée vers d'autres lectures.


J'ai poursuivi pendant quelques temps, sans arriver à mettre la main dessus pour l'acheter, une édition de la thèse de Philippe Haudrère, La Compagnie française des Indes au XVIIIe siècle, 1719-1795, parue à la Librairie de l'Inde (1989, ISBN : 2905455039). J'en avais emprunté un exemplaire grâce à un prêt entre bibliothèques, et je m'étais retrouvé face à une mine d'or, à un décorticage complet de cette entreprise, ou plutôt de ces entreprises successives, de leur organisation humaine à leur économie, en passant par leurs navires.
Incapable d'en trouver un exemplaire chez des bouquinistes, je m'étais même rendu à Paris, directement à la Libraire de l'Inde, au début des années 2000, mais l'ouvrage était totalement épuisé y compris sur les rayons de l'éditeur, et il ne savait pas s'il en ferait une nouvelle édition. Je m'étais donc quasiment résolu à ne jamais avoir cet ouvrage dans ma bibliothèque personnelle, et recourir à des prêts inter-bibliothèques pour en disposer quelques semaines n'était pas d'une grande praticité.

Et voilà qu'en 2005, un autre éditeur publie une édition révisée et corrigée : La compagnie française des Indes au XVIIIe siècle, Philippe Haudrère (éditions Les Indes Savantes, collection Asie, ISBN : 2846540489). Plus de 1.000 pages en deux tomes, de quoi prendre le temps de voyager !

La même année, comble de bonheur, voilà qu'est publié le livre Les compagnies des Indes, de Philippe Haudrère et Gérard Le Bouëdec, avec la participation de Louis Mézin (Editions Ouest-France, collection Histoire, 2005, ISBN : 2737338697). Une plongée moins en profondeur, bien sûr, que la thèse d'Haudrère, mais un livre avec une vocation tout autre, puisque c'est un ouvrage destiné à un plus grand public, grâce, notamment, à une très riche iconographie et en particulier à celle prêtée par le Musée de la Compagnie des Indes de Lorient, dont Louis Mézin était le conservateur au moment de la parution du livre.
Le livre conduit le lecteur tout au long d'un voyage de Lorient aux Indes et retour, de la construction du navire jusqu'à la vente des cargaisons de soie ou de porcelaine. Il suffit de se laisser embarquer pour ce voyage.

Bien évidemment, ma découverte approfondie de ce sujet n'aurait pu se faire sans une visite au musée de la Compagnie des Indes à Lorient. Le genre d'endroit où une journée de visite ne me suffit pas. Et je compte bien y retourner, même si ce n'est pas la porte à côté.
Je me dois de signaler, également, le très intéressant Guide du visiteur (Société des amis du Musée de Lorient, 1993, 3ème édition, ISBN 2-9504920-02), qui intéressera même ceux qui n'auront pas eu la chance de visiter le musée.

Ceux qui apprécient des articles plus pointus trouveront leur bonheur dans les Cahiers de la Compagnie des Indes, publication à périodicité irrégulière (annuelle ou biennale) éditée depuis 1996 par le Musée de la Compagnie des Indes et la Société des amis du Musée.


Avec tout ceci, vous devriez être parés pour votre voyage avec la Compagnie française des Indes.

jeudi 10 mai 2007

Chevalier des Indes

Aux éditions Les Indes savantes, le livre de Jean Deloche, Jean-Baptiste Chevalier, Le dernier champion de la cause française en Inde (1729-1789), m'a fait découvrir un de ces Français que l'Inde a fait monter au palmarès des aventuriers de ce siècle.

Un homme d'une intrépidité et d'une audace étonnantes. Alors qu'il est employé de la Compagnie des Indes depuis 1752, il pénètre en Assam, royaume interdit aux Indiens eux-mêmes. Il revient à Dhaka où, avec quelques compagnons, il tient en échec pendant plusieurs mois l'armée d'un nabab local. Puis il part au Bhoutan, au Tibet.
En 1778, il est gouverneur de Chandernagor, lorsque les Anglais se saisissent de cet établissement. Chevalier fuit alors vers le sud, à travers des zones tribales. Fait prisonnier, il est ramené à Calcutta. Puis il fuit vers l'Europe. Fait naufrage en mer Rouge. Est harcelé par les Bédouins. Gagne Alexandrie par le Nil. Arrive en Italie, traverse les Alpes sur une luge et enfin, revient à Paris.

Bref, un personnage haut en couleurs, et pourtant peu connu.


Découvrez ce livre sur le site de son éditeur.