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jeudi 12 mars 2015

Des couteaux pour Giacomo


Bien présomptueux serait celui qui prétendrait savoir quel style précis de couteau a eu la préférence de Giacomo Casanova. Les mentions d’un tel objet dans son Histoire de ma vie sont relativement rares. Et elles sont le plus souvent réduites à une très simple expression, comme « mon couteau ».
Je retiendrai ici quelques-unes de ces mentions, pour me laisser aller à quelques propositions, à partir de couteaux qui pourraient être « dans l’esprit casanovien ».




« Car par hasard je n’avais pas même sur moi le petit couteau que dans ma chère patrie tous les honnêtes gens sont obligés de porter pour défendre leur vie. »
Voilà donc un « petit couteau » avec lequel on pourrait « défendre sa vie ». Ces temps-là n’étaient pas encore, comme ceux d’aujourd’hui, au « couteau tactique », croisement survitaminé du couteau de poche et du couteau de combat.
Pour mon Giacomo, il me faut donc penser à un couteau assez élégant pour être celui d’un « honnête homme » amateur – comme lui – de belles choses, de taille suffisamment modeste pour qu’il soit légitime qu’il le qualifie de « petit » et, dans le même temps, assez conséquente pour être une arme et pas un simple ustensile à peler des fruits.
La « roncola veneta » ne convenait pas : elle est bien typique de la Vénétie, mais avec sa lame en serpette, c’est plutôt un outil agricole qu’un couteau pour défendre sa vie ! Je me suis donc permis d’explorer le répertoire des couteaux au-delà des frontières de la Vénétie, en particulier dans la production actuelle, artisanale voire haut de gamme, et plus particulièrement dans les catalogues des couteliers Consigli, Nino Nista, et Gian Claudio Pagani.


Modèle "Romano", coutellerie Consigli




Modèle "Romano", coutelier Nino Nista


Modèle "Balestra di Avigliano", coutelier Gian Claudio Pagani




« Tandis que celui-ci buvait avec ma garde, j’étais couvert de ma pelisse, mon couteau de chasse à la ceinture, car je n’avais plus d’épée, et deux pistolets chargés dans mes poches. »
Je me laisse aller à imaginer que Casanova n’avait pas, à la ceinture, un couteau de chasse quelconque. Mais plutôt ce que l’on appelle une dague de vénerie, à la lame longue et solide, capable de « servir » – c’est-à-dire d’achever – un gibier aussi résistant qu’un cerf ou un sanglier. Plus longue qu’un couteau de chasse sans pour autant atteindre la longueur d’une forte-épée, plus courte et plus épaisse qu’une épée de gentilhomme, la dague de vénerie avait probablement de quoi tenir en respect un malandrin. Et, si la dague au fourreau ne suffisait pas à faire réfléchir l’importun, les deux pistolets formeraient, assurément, des arguments convaincants.








« Le fils du commissaire du Canon vint me prendre, et je trouvai dans M. son père un original des plus bizarres. Les raretés de son cabinet consistaient dans la généalogie de sa famille, dans des livres de magie, reliques de saints, monnaies soi-disant antédiluviennes, dans un modèle de l’arche pris d’après nature au moment où Noé aborda dans le plus singulier de tous les ports, le mont Ararat en Arménie ; dans plusieurs médailles, dont une de Sésostris, une autre de Sémiramis, et enfin dans un vieux couteau d’une forme bizarre, tout rongé de rouille. » […] « Il déploya tous les trésors de sa burlesque érudition sur tout ce qu’il avait, finissant par son couteau rouillé, qu’il prétendit être celui avec lequel saint Pierre avait coupé l’oreille à Malek. »
L’Évangile selon Saint-Jean (Jn, 18:10), au moins dans sa traduction en français, indique que Simon-Pierre a utilisé son épée – et non un couteau – pour couper l’oreille de Malchus (que l’interlocuteur de Casanova appelle « Malek »). Mais, bon, pour un gogo, qu’importe la nature exacte de l’instrument tranchant, pourvu que la légende soit belle.
Quelle pourrait donc être, aux yeux de notre Vénitien, la « forme bizarre » (que Casanova qualifie plus loin de « baroque ») d’un tel couteau coupeur d’oreille ? Il me fallait trouver un couteau de fabrication actuelle qui, aux yeux d’un homme du XVIIIe siècle, aurait pu passer pour un couteau exotique remontant peut-être au temps de Jésus.
J’ai donc fouiné du côté des couteaux pouvant arriver des Indes orientales ou de parages similaires. Les kandjars indiens traditionnels ont retenu mon attention.




Mais, pour muser vers le côté un peu charlatanesque dans lequel Casanova aimait à nager, je me suis finalement rabattu sur l’ouvre-lettres « façon khandjar » de Sherry Cordova (http://www.sherrycordova.com/html/sterling_fine_silver_letter_opener.html). Qu’importe si cela ouvre plus de lettres que ça ne coupe d’oreilles !






Cela étant dit, un couteau d’Afrique du Nord ou du Congo aurait tout aussi bien pu faire l’affaire.





Reste à savoir comment Simon-Pierre aurait eu un tel couteau en sa possession pour couper l’oreille de Malchus…




Enfin, en clin au côté séducteur-amoureux de Casanova, un dernier couteau, de la série des « gages d’amour » (Pegni d’amore) des couteliers Consigli. Ce n’est peut-être pas vraiment vénitien, ni peut-être pas vraiment XVIIIe siècle, mais je me suis laissé aller à imaginer Casanova portant sur lui un ou plusieurs de ces « gages », en offrant un à chaque « amour de sa vie », quitte à en offrir – toujours aussi sincèrement – à son prochain « amour pour toujours ».

Modèle "Coltello dell'amore costante", coutellerie Consigli



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dimanche 8 février 2015

Mort étrange et bonne surprise


Depuis quelque temps déjà, c’est sur la pointe des pieds que je m’approche du rayon « polars historiques » d’une librairie. Mes déceptions dans les lectures de ce genre étaient devenues largement majoritaires sur mes satisfactions. Les romans à énigmes à la façon d’Agatha Christie me fatiguent autant dans une ambiance des années 1920 que dans un univers médiéval ou au Siècle des Lumières. Et Les romans où l’auteur plaque le contexte historique sous forme de leçons ou dans des dialogues interminables me fatiguent tout autant. Mes coups de cœur sont donc très rares, parmi lesquels A Conspiracy of Paper / Une conspiration de papier de David Liss (auteur dont j’ai déjà dit du bien par ailleurs), ou An Instance of the Fingerpost / Le cercle de la croix, de Iain Pears. Quant aux « séries policières historiques », j’en suis largement revenu, après des années de gloutonnerie de lecture.

Pour me faire sortir de ma réserve, il faut donc me jeter des appâts auxquels il m’est difficile de résister. Là, pour le coup, « polar historique + Casanova + éditions Actes Sud », j’ai eu un moment de faiblesse. Le genre de moment d’inattention qui fait que vous prenez un coup d’épée dans un combat déloyal.



En l’occurrence, c’est Olivier Barde-Capuçon avec son Casanova et la femme sans visage (Actes Sud, collection Babel noir n° 82, 2013, ISBN 978-2-330-01777-4, présentation sur le site de l’éditeur) qui a trompé ma défense pour porter son attaque. Un crime avec une victime sauvagement mutilée, un duo d’enquêteurs formé par un « commissaire aux morts étranges » et d’un moine qui sent le soufre, une galerie de personnages incluant Casanova le comte de Saint-Germain, manipulateurs d’esprits crédules, des grands personnages du royaume comme Louis XV et la marquise de Pompadour, et diverses coteries qui cherchent à remettre ce roi pervers dans le droit chemin ou, au contraire, à jeter la monarchie à bas.
Présentés comme ça, les ingrédients peuvent laisser présager une soupe indigeste. Pourtant, j’ai été surpris par la saveur assez fine de ce roman. Et je reconnais m’être laissé porter par le suspense tout au long des plus de 440 pages.

Si j’osais une comparaison de série à série, je dirais que cette « enquête du commissaire aux morts étranges », c’est un peu l’autre côté du miroir par rapport à une enquête de Nicolas Le Floch sous la plume de Jean-François Parot. Chez Barde-Cabuçon, le commissaire a un passé trouble ; son compagnon de route, un passé encore plus trouble ; le roi Louis XV est un monarque cyclothymique à tendance pédophile ; son valet Le Bel, un maquereau ; Sartine, un intriguant qui ne joue que ses propres cartes ; et le parti dévot est presque la moins dangereuse des forces qui agissent dans l’ombre.
Je ne célèbre pas devant ce roman comme s’il était exempt de tout défaut. Ainsi, parfois, le côté « police scientifique » frôle l’anachronique. Mais, comme cela faisait longtemps que je n’avais pas eu une vraie bonne surprise en polar historique, je ne vais pas bouder le plaisir que m’a procuré ce Casanova et la femme sans visage.

Et, alors que la série de Jean-François Parot a fini par perdre ma fidélité de lecteur (L’enquête russe, en 2012, m’avait fait franchir la limite de que j’arrivais encore à supporter, mais mon intérêt s’était déjà étiolé depuis deux ou trois titres de la série), je vais sûrement me pencher sur un autre roman d’Olivier Barde-Cabuçon dans sa série du chevalier de Volnay.
Évidemment, si cet autre roman me déçoit, je ne manquerai de lui donner la bastonnade. Au roman, pas à l’auteur. Je précise, vu que certains (lecteurs de mes billets ou auteurs eux-mêmes) ont parfois du mal à faire la différence entre mon avis négatif sur un livre et mon avis sur son auteur.
Et si cet autre roman me plaît, je le dirai tout aussi spontanément.

D’ici là, partisans ou opposants du commissaire aux morts étranges, n’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires de ce billet !

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PS : en ces temps où la caricature déchaîne les instincts meurtriers des esprits les plus dogmatiques, je signale la couverture de ce roman détournée sur le site couvzenvrac, sous le titre Casanova et la femme sans visa, et avec une aquarelle de Gaston Leroux.


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dimanche 4 janvier 2015

Casanova en grands voyages

Un bateleur de foire pourrait en crier les dimensions hors normes : 48cm de haut par 33cm de large, près de 3kg sur la balance !
Mon retour dans les salons de Monsieur de C., après une si longue absence épistolaire, se devait d’être à la (dé)mesure de Casanova. Et il devait aussi être un clin d’œil au thème du voyage. Le livre en très grand format Les voyages de Casanova (Citadelles & Mazenod, 2014, EAN 9782850886256 ; fiche sur le site de l’éditeur) ravira les amateurs de beaux livres et plaira à ceux qui, même s’ils connaissent déjà bien la vie du célèbre Vénitien, aime à découvrir des ouvrages exploitant cet univers si riche.



Ici, pas de surprise sur les textes extraits d’Histoire de ma vie, la somme (plus ou moins) autobiographique de Casanova, dans l’édition passionnante établie par Francis Lacassin (Ed. Robert Laffont, collection Bouquins, 1993), dont j’ai déjà eu l’occasion du dire du bien. Les autres textes, de la plume de Marco Carminati, historien de l’art – qui aussi écrit, par ailleurs, sur Piero della Francesca –, apportent quelques perspectives complémentaires.

Casanova a parcouru la grande Europe avec, comme principaux bagages, son esprit éclairé, son bagout bien d’aplomb, son charme sur les femmes comme sur les hommes, son élégance jusque dans la tricherie, sa capacité à retomber sur ses pattes comme les chats.
Ce beau livre évoque les voyages de Casanova au travers de textes touchant à des villes (Venise, Vienne, Paris, Londres, Berlin, Moscou, Madrid), des grandes plumes (Jean-Jacques Rousseau, Voltaire) et des despotes plus ou moins éclairés (Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie), des amours pas toujours faciles (Ester), et des épisodes peu glorieux dont il fera des moments de gloire (son incarcération puis évasion de la prison des Plombs, ou encore le duel au pistolet contre le comte Braniski).

Quant aux illustrations, elles mêlent, de façon assez originale, des images très différentes : des photographies en noir et blanc des villes évoquées, remontant aux années 1870 à 1930 ; quelques tableaux de peintres contemporains de Casanova, dont celui de Jean-François de Troy en couverture, La déclaration d’amour (1724) ; et des aquarelles d’Auguste Leroux, qui illustraient l’édition d’Histoire de ma vie de Javal et Bourdeaux (1932).



Même s’il n’a rien de révolutionnaire ou de renversant dans la production autour de Casanova, c’est un ouvrage qui saura faire plaisir aux amateurs de beaux livres et aux passionnés de Casanova.


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vendredi 19 octobre 2012

Histoire de mille vies

« Histoire de ma vie »...
Quoi de plus simple et de plus ambitieux à la fois, pour donner un titre à des mémoires ? C’est le choix que fait Jacques Casanova de Seingalt, lorsqu’au crépuscule de sa vie, il couche sur le papier ce récit de ses années d’homme-kaléidoscope : aventurier, séducteur, polémiste, kabbaliste, ou encore organisateur de loterie. Réduire Casanova à l’image réductrice d’homme à femmes qui colle à son habit, c’est oublier, voire dénigrer, toutes les autres facettes de ce personnage si représentatif d’une partie de son siècle.



Avec cette Histoire de ma vie, nous sommes bien loin des pathétiques autobiographies et auto-fictions (un genre proche de l’onanisme) dont essaient de nous abreuver certains auteurs d’aujourd’hui : journalistes qui pensent que, parce qu’ils mangent les miettes à la table des présidents, rêvent que leurs scribouillages sont dignes des Mémoires de Saint-Simon ; éditrices qui jettent leur vie sexuelle sur la place en pensant que cela va passionner les foules ; post-ados au QI de bulot et sans talent artistique propulsés au sommet des ventes de disques et qui publient, alors qu’ils n’ont pas vingt ans, des feuilles d’un vide sidéral écrites sous leur nom par un pisse-copie à solde ; ou même un ancien chef de l’État, qui aurait dû raccrocher la plume à jamais, et qui s’invente – pour se donner des frissons ? – une romance pimentée avec une princesse morte (enfin, avant sa mort à elle, bien sûr ; je n’accuse pas l’ex-président de nécrophilie), piètre auteur pour lequel une Académie, qui vaut quand même mieux que ça, s’est ridiculisée en l’accueillant sous sa coupole.

Au contraire, s’embarquer dans la lecture des mémoires de Giacomo Casanova, c’est le suivre dans ses aventures, ses voyages, ses rencontres. Joueur, soldat, violoniste de théâtre, auteur dramatique, secrétaire d’ambassade, voilà bien des visages, souvent méconnus, de Casanova. C’est plonger dans une langue riche, roulante, un français teinté d’italianismes qui lui donnent encore plus de charme.



Casanova n’écrit pas sa biographie, il n’écrit pas sa vie, mais une histoire de sa vie. Peut-être est-ce la vie qu’il a eue, et peut-être pas. Peut-être un peu de la vie qu’il a eue et un peu de la vie qu’il aurait aimé avoir. Ou peut-être un peu de la vie de la manière dont il se souvient – ou croit se souvenir – l’avoir vécue. Il raconte ses hauts et ses bas, ses réussites et ses échecs, ses conquêtes sensuelles et ses déceptions amoureuses. Lui, le fils de comédiens, ne veut pas rester mêlé aux pouilleux, mais il sait que si les grands l’acceptent parfois à sa table, quand il arrive à profiter de leur crédulité ou de leur générosité, il ne sera jamais l’un d’eux.



Casanova n’est pas un révolutionnaire. Il est un homme de son temps, de cet « Ancien régime » qu’il verra s’effondrer, de loin, en France, au moment où il entame la rédaction de son Histoire de ma vie. C’est parce qu’il peut vivre au crochet de plus riches, de plus nobles, qu’il peut porter de la soie aujourd’hui, alors qu’il portait de l’étoffe grossière hier. Mais il sait que demain, il sera peut-être obligé de fuir, démasqué, poursuivi. Mais, ce qui lui importe, c’est que son étoile soit pleinement brillante aujourd’hui, même si c’est pour une courte durée ; il sait que viendra un autre moment où son éclat sera à nouveau souriant. Il est voyageur par choix et par force, au gré de ses projets et de ses fuites.


Individualiste, il ne se bat pas pour la liberté d’un peuple dans lequel il ne se reconnaît pas, dans lequel il ne veut pas, il ne veut plus être. Mais il n’est pourtant pas égoïste, partageant les plaisirs plutôt que les prenant pour lui seul, que ce soit à table ou dans les boudoirs. Rien à voir, donc, avec les séducteurs-prédateurs comme un Valmont ou un Don Giovanni.
Péripéties voluptueuses ou cruelles, toujours en mouvement, Casanova se met en scène. Et quelle scène : une grande partie de l’Europe !, et avec quels autres acteurs : des comédiennes de théâtres au prince de Ligne, de la marquise d’Urfé, férue d’ésotérisme, à Lorenzo da Ponte, librettiste de Mozart.


L’Histoire de ma vie, c’est l’Odyssée au XVIIIe siècle. Deux aventuriers qui parcourent « leur » monde en utilisant la ruse plutôt que la force, charmant ici, bernant là, poussant leur propre bonne fortune sans attendre que les autres la leur offrent. Ne perdez pas votre temps à vous demander ce qui est vrai ou inventé ; laissez-vous emporter par les mots et les rebondissements, pour plus de mille pages.



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Les éditions des mémoires de Casanova ne manquent pas. En première approche, quelques informations sur les différentes éditions des Mémoires sont présentées dans la page qui leur est consacrée sur Wikipedia.



Pour les découvrir en détail, en intégralité, sous sa propre plume, sans se ruiner, tout en profitant du regard critique de spécialistes du personnage et de son temps, une seule édition est à retenir : celle, basée sur le manuscrit original intégral et complétée de textes inédits, parue en coffret de 3 tomes (éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1993, ISBN 2-221-06520-4). De la préface écrite par Francis Lacassin, je retiendrai surtout ces mots-ci : « Pour les mortels, la vie est un combat, pour les poètes, un voyage ; pour le Vénitien Giacomo Casanova – autoproclamé chevalier de Seingalt – elle est encore un festin où il trouve toujours sa place, un jeu ininterrompu, prétexte à un éternel défi. »



Mais, cette édition « Laffont-Bouquins », aussi fidèle et riche soit-elle, reste sous la forme de livres un peu quelconques, en papier bible et couverture souple. Alors, le casanovaphile ou l’amateur de beaux livres – qui peut, d’ailleurs, être l’un et l’autre à la fois – peut aussi mettre la main sur des éditions moins complètes, voire réécrites par rapport à l’original par des éditeurs peu scrupuleux, pour le plaisir de disposer d’une édition bien illustrée.

Ainsi, l’édition dite « de la Sirène », en douze tomes, publiée de 1924 à 1935, aux éditions de la Sirène, avec ses couvertures en cuir fin, ses illustrations en pleine page sous serpentes, ses gravures hors-texte et dans le texte, ses notes abondantes.
Ainsi, aussi, l’édition de Javal & Bourdeaux (1931-1932), remarquablement illustrée par environ 200 aquarelles du peintre français Auguste Leroux, dont une partie est trouvable sous forme de reproductions.



Ainsi l’édition d’extraits de ces Mémoires (éditions Gibert Jeune, 1950) en deux volumes, illustrée de 32 hors-texte, de nombreux in-texte, par Brunelleschi, édition tirée sur vélin de Condat et en tirage limité à trois mille exemplaires, tous numérotés. On peut regretter que les illustrations aient, dans leur très grande majorité, un penchant vers la grivoiserie (sans pour autant que cela tombe dans la vulgarité ou la pornographie). Mais force est de reconnaître que le trait et les mises en couleurs de Brunelleschi sont empreints de finesse et de délicatesse. C’est donc, là, une édition très plaisante.



Par ailleurs, certains extraits de l’Histoire de ma vie ont fait l’objet d’éditions très particulières.

L’ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8 ; fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur) n’est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C’est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l’époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives. Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n’ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d’un grand didactisme.



Quant au livre Fragments de Mémoires, de Casanova et Brody Neuenschwander (éditions Alternatives, 2005, ISBN 2-86227-432-1, fiche du livre sur le site de l’éditeur), il a été un de mes coups de cœur graphique. Il est constitué d’extraits des Mémoires de Casanova, sur les pages de gauche, et des travaux graphiques (calligraphies, collages, etc.) sur les pages de droite. Un exercice audacieux, original, qui ne laisse pas indifférent : on adore ou on déteste. Moi, j’adore !



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samedi 7 janvier 2012

Foi de Giacomo

L’année 2011 est désormais derrière nous, et 2012 fait ses premiers pas. Avec qui d’autre que Giacomo Casanova pouvais-je lever le rideau sur cette nouvelle année, dans ce blog dont le nom est un clin d’œil à ce célébrissime Vénitien ?

C’est donc à un ouvrage de qualité et accessible à toutes les bourses que je vais consacrer ce premier billet de 2012. Voilà bien des années que je suis fidèle à la collection Découvertes des éditions Gallimard, pour la synthèse qu’offre chaque livre qui la compose et pour l’abondante iconographie qui l’accompagne. Ce Casanova, Histoire de sa vie, de Michel Delon (2011, ISBN 978-2-07-044012-2) ne dépare pas dans cette belle collection.


La quatrième de couverture est un reflet fidèle du contenu du livre et du propos de son auteur :
Prédateur sexuel qui accumule les conquêtes ? beau parleur qui séduit les plus riches et les plus crédules ? aventurier qui passe son temps à fuir les polices et les créanciers ? Casanova n’est pas seulement ce fruit vénéneux d’une Venise décadente auquel la postérité a voulu le réduire. Vénitien, il l’est pleinement par son goût du théâtre et de l’opéra, par son sens des échanges et de la diplomatie, par sa famille avant tout, parents comédiens, frères peintres. Après avoir essayé la soutane religieuse et l’uniforme militaire, il se veut un maître des mots. Mots de poète : il traduit, compose, souffle peut-être une tirade à Mozart. Mots de savant : il argumente, polémique. Mots de mage : il prédit, révèle des secrets. Mots de politique : il propose des réformes. Mis à la retraite par l’âge et par l’histoire, il trouve enfin les mots qui l’imposent à la postérité. Ce sera l’Histoire de ma vie, qui fait de lui un écrivain français majeur, et, selon Michel Delon, une figure de proue de l’Europe moderne.

Quant au communiqué de presse, il éclaire, lui aussi, la richesse du personnage :
Synonyme de séducteur ou d’aventurier, Casanova est avant tout un artiste, qui s’est voué aux mots. Il manie les langues : le vénitien et l’italien, le latin et le grec, puis le français, l’espagnol et possède même quelques rudiments de langues lointaines et mystérieuses pour abuser les badauds. Il est homme de théâtre, directeur de troupe, mais aussi magicien, joueur, alchimiste, savant parfois, bibliothécaire pour finir. Il raconte sa vie comme nul autre, puis finit par l’écrire. À travers les milliers de pages de l’Histoire de ma vie, réinvention de soi, « autofiction », roman des plaisirs et des rêves d’un Vénitien à la chasse au bonheur, Casanova entraîne le lecteur à travers l’Europe du XVIIIe siècle. Celle des cours aristocratiques et des arrière-cours populaires, dans un monde où le jeu est plus important que le travail, la séduction que la famille, le bagout que le savoir. Prisonnier ni du passé ni de l’avenir, il est épris du présent et donne une superbe leçon de vie.
Un nouveau chapitre de l’histoire du casanovisme s’est ouvert fin 2010 avec l’achat par la Bibliothèque nationale de France d’un ensemble exceptionnel de manuscrits resté deux siècles dans les coffres de l’éditeur Brockhaus, en Allemagne. Une édition critique devient possible - elle est confiée à La Pléiade - , qui fera mieux comprendre l’aventurier, sans pourtant jamais épuiser les ressources romanesques de son existence. Sa vie s’est déroulée entre réalité et invention, sa postérité s’est étendue entre un texte, toujours mieux connu, et un mythe, toujours déplacé, toujours renouvelé.

Michel Delon nous entraîne loin des clichés réducteurs, et ouvre le regard des lecteurs sur ce personnage aux multiples facettes, en cinq chapitres intitulés « Un Vénitien en Europe », « Théâtres », « Libertinages », « Savoirs » et « Mémoires ».
Fidèles connaisseurs de Casanova ou simples curieux, les lecteurs de cet ouvrage ne pourront sortir que ravis de cette « Découverte » dont nous régale Michel Delon et les éditions Gallimard.


dimanche 28 août 2011

Le marronnier Casanova


Autant le dire tout de suite, en voyant que l’hebdomadaire L’Express avait consacré sa une du 27 juillet 2011 (n°3134) à « Casanova, l’épopée d’un séducteur », la méfiance m’a envahi. Ce titre-là, accompagné de ses sous-titres (L’aventurier du plaisir ; l’amoureux mélancolique ; le mémorialiste d’exception), avait un net parfum de marronnier, après un dossier sur le vrai pouvoir des francs-maçons et avant un futur dossier sur les bonnes affaires de l’immobilier.


Mes préjugés ont-ils volé en éclats à la lecture de ce dossier ? Franchement, non. Certes, l’article de Maxime Rovère – qui a publié une biographie de Casanova (Casanova, éditions Gallimard, collection Folio Biographies, 2011, ISBN 9782070300846) – et celui de Chantal Thomas – qui avait publié voici vingt-cinq ans Casanova, Un voyage libertin (réédité chez Gallimard, Folio, octobre 1998, ISNB 9782070405626) – ne sombrent pas trop dans les clichés et apportent un éclairage un peu plus complexe, mais loin d’être nouveau !, sur le personnage que l’habituel portrait unidimensionnel du séducteur invétéré.
Mais, pour vendre du papier, il fallait bien glisser ces non moins habituels clichés. Alors nous voilà gratifiés d’un abécédairede la sexualité de Casanova au travers de son Histoire de ma vie, triste florilège qui passe par « échangisme », « huîtres » et « partouze ».
Où est le mémorialiste d’exception pointé en couverture ? Pas assez vendeur ? Pas assez conforme aux idées reçues sur Casanova ? En tout cas, il est quasiment absent de ce dossier qui n’évite pas de tomber dans le racolage.
Bah, c’est l’été, et L’Express, comme d’autres hebdos aux saisons creuses, nous refile de piètres dossiers dont je me dis qu’ils sont probablement bien loin de l’esprit qu’un Jean-Jacques Servan-Schreiber avait voulu insuffler à un tel magazine.

Quant au numéro avec la une sur l’immobilier, il est arrivé un mois plus tard. Quand je vous parlais de marronniers...


dimanche 26 décembre 2010

Casanova & Brunelleschi

Ma bibliothèque personnelle ne manque pas d’éditions des Mémoires de Casanova, éditions entières ou extraits, à partir des textes originaux ou de textes tronqués voire réécrits, sans pour autant que je sois un acheteur compulsif de tout ce qui sort ou est sorti en la matière. Pour le « sérieux », je m’en tiens à l’édition publiée dans la collection Bouquins chez Laffont. Mais, pour le plaisir bibliophile et casanoviste, j’achète aussi des éditions pour lesquelles j’ai un coup de cœur. 



C’est ainsi que j’ai acquis une édition d’extraits de ces Mémoires (éditions Gibert Jeune, 1950). La justification de ce tirage numéroté est ainsi rédigée (l'ai repris les mises en italiques et en capitales telles que dans le livre) :


JUSTIFICATION DU TIRAGE
_________

La présente édition
MEMOIRES DE JACQUES CASANOVA
DE SEINGALT
- Deux Volumes -
(Extraits de 1734 à 1755. - 1755 à 1772, colligés par René Groos)
est illustrée de 32 hors-texte, de nombreux in-texte, fleurons et culs
de lampe en couleurs, de BRUNELLESCHIentièrement tirée sur
velin de Condat, son tirage a été limité à trois mille exemplaires
tous numérotés.
Aux cent premiers exemplaires sont ajoutées une suite en noir des
hors-texte et les épreuves de deux planches refusées.

EXEMPLAIRE N° 2205




On peut regretter que les illustrations aient, dans leur très grande majorité, un penchant vers la grivoiserie (sans pour autant que cela tombe dans la vulgarité ou la pornographie). Mais force est de reconnaître que le trait et les mises en couleurs de Brunelleschi sont empreintes de finesse et de délicatesse. C’est donc, là, une édition très plaisante.


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samedi 25 décembre 2010

Casanova(s)

Battaglia, Mattotti, Crepax, ces noms sonnent de manière familière aux oreilles des amateurs de bande dessinée italienne. Ils peuvent aussi être une musique familière à l’oreille des casanovistes. En effet, une bande dessinée collective Casanova a été réalisée par des dessinateurs italiens, brésilien et argentin de grand talent, chacun d’entre eux mettant en images un chapitre de la vie du célèbre vénitien.

Cet ouvrage a été publié voici 30 ans en version française (éditions Glénat, 1981, ISBN 2-7234-0246-0 ; l’édition originale italienne est parue en 1977) et, bien que j’ai pu en lire quelques extraits ici ou là, ce n’est qu’il y a quelques mois que j’ai pu en acquérir un exemplaire, dans une librairie de Bécherel, la très sympathique Cité du livre d’Ille-et-Vilaine.


Dans cet ouvrage, Hugo Pratt n’a illustré que la couverture.



Dino Battaglia signe le prologue, « Un vieux bibliothécaire », qui ouvre ce livre sur un Casanova à l’hiver de sa vie.



Cinzia Ghigliano nous fait découvrir un Casanova enfant souffreteux dans « L’enfant stupide ».
 


Lorenzo Mattotti introduit, dans « L’étudiant », un Casanova qui commence à entrevoir, dans ses premières années d’école, la duplicité de certains hommes et femmes.
 


Avec « Humiliations et rebellions » de Maurizio Bovarini, c’est l’abbé Casanova qui aiguise ses armes.


Ro Marcenaro nous invite, dans « Le voyage », à suivre Casanova de Venise à Ancône et à Naples à la suite de son évêque, un voyage au cours duquel il multiplie le mercure et séduit aussi bien une jeune fille grecque que l’épouse d’un avocat.


 
Dans « Le castrat » de Miguel Païva (le Brésilien de cette brochette de dessinateurs), cède aux charmes troublants et indécits d’un vrai-faux castrat.
 

Sous le crayon d’Altan, Casanova passe « Du bandit au gentilhomme », de la protection du sénateur Bragadin à la menace des Inquisiteurs.


 
Pour l’Argentin Oski, notre Vénitien est « Un jeune homme brillant et sans souci », jouant de son bagout pour embobiner les crédules qui se piquent d’ésotérisme.

 
 
« Henriette », de Renato Calligaro, dans un style totalement différent des styles des autres auteurs de cet album collectif, peint (et le mot n’est pas trop fort), les amours de Casanova pour cette Henriette française qu’il a connue en Italie et pour laquelle on peut dire qu’il a vibré d’amour.



Enfin, Guido Crepax, qui avait déjà dessiné une Histoire d’O (1975) inspirée de Pauline Réage et dessinera une Justine (1979) inspirée du marquis de Sade, clôt cet album avec le chapitre le plus directement érotique, « La religieuse », un épisode de la vie de Casanova où celui-ci plonge dans un tourbillon de plaisir avec des nonnes de bonne famille, en compagnie de l’ambassadeur de France à Venise, François de Bernis, futur cardinal.
 



Cet album m’a enchanté. J’ai apprécié la diversité des appropriations de Casanova par ces artistes, dont je connaissais, pour la plupart, le style par d’autres œuvres antérieures ou postérieures à ce Casanova. Cet album n’est pas très facile à trouver d’occasion en bon état, mais les bédéphiles et les casanovistes y trouveront certainement, les uns comme les autres, leur bonheur.


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vendredi 24 décembre 2010

Ne fuyez pas cette couverture racoleuse

 
J’étais plus que sceptique en découvrant la couverte du n°2 (août-septembre 2010) du magazine Biographia, la revue des grands destins. Devant les accroches comme « Sur les traces du plus grand séducteur » ou « Sa vie secrète », et devant l’illustration de couverture, je me disais que ce magazine serait à peu près du même acabit que ceux qui prétendent nous dévoiler « les secrets de l’Histoire » ou « l’Histoire mystérieuse » et qui ne sont, le plus souvent, que des salmigondis de racontars, d’hypothèses fumeuses, de textes qui au mieux prêtent à rire et au pire dégagent des fumets peu délicats. Magazines pots-de-chambre dans lesquels nagent aussi bien ceux qui pensent que la disparition de l’Atlantide nous a privés des connaissances les plus absolues et ceux qui pensent que des tas de gens tapis dans l’ombre veulent mettre la main sur le monde.
Oui, j’étais très réservé. Sachant que le groupe Lafont Presse publie aussi des titres comme Célébrité magazine et Astro Revue, je craignais le pire de ce Biographia.



Feuilleter ce numéro a donc été une bonne surprise. Car, à l’exception d’un entretien avec Philippe Sollers, « Casanova, la quintessence du XVIIIe siècle européen et français », les autres textes sont des extraits d’ouvrages du XIXe siècle et du XXe siècle sur Casanova, qui sont autant de regards, influencés par leurs époques respectives, sur ce personnage. Parmi ces textes :
- l’article sur les frères Casanova (Jean-Jacques et François) dans Le grand dictionnaire universel du XIXe siècle (1867), de Pierre Larousse ;
- l’article sur Casanova dans La bibliographie ancienne et moderne (1836). Un article qui commence par « Casanova (Jean-Jacques), célèbre aventurier et écrivain politique » ne peut être que salué, parce que la dimension « écrivain », et même « écrivain politique » passe généralement après sa réputation de trousseur de jupons dans de nombreux textes à son sujet ;
- ou encore l’article de Renée Dunan, « Sur Casanova », dans La revue des lettres, n°12 (1926).

Bref, un numéro de magazine qui offre à ses lecteurs une collection de sept textes que je trouve assez éloignés de la couverture plutôt racoleuse du magazine. Je suis finalement content de ne pas avoir cédé à ma répulsion initiale.
Un regret, toutefois : le prix de ce numéro (presque 7 euros pour une quatre-vingtaine de pages de couverture à couverture) me semble trop élevé pour un contenu composé en très grande partie de textes et d’illustrations dont je suppose qu’ils sont libres de droits.

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lundi 28 juin 2010

Le dossier Casanova

Le numéro du magazine Historia actuellement en kiosque (juillet 2010, n°763) fait la part belle à Casanova, auquel il consacre un dossier de 30 pages, sous le titre global « Casanova, incarnation des Lumières » et composé des articles suivants :
  • Le libertin vénitien, par Agnès Walch ;
  • Dans les geôles de l'Inquisition, par Pascal Marchetti ;
  • Son action au service de la France, par Joëlle Chervé ;
  • L'aventurier franc-maçon, par Yves Beaurepaire ;
  • L'intellectuel musicien, par Charles Wright.
Le dossier comprend également une courte interview de Jean Dufaux, scénariste de la série de BD Giacomo C., ainsi qu'un face à face entre Corinne Maier et Guy Chaussignand-Nogaret sur le thème « Malade génial ou génie détraqué ? ».
Ce magazine, que j'ai acheté aujourd'hui même, va me faire un peu de lecture dans les jours à venir, et je ne manquerai pas de venir dire par ici ce que je pense de ces divers articles.

jeudi 18 février 2010

Casanova (enfin !) à la BnF


L
a Bibliothèque nationale de France a fait l'acquisition du manuscrit d'Histoire de ma vie, les mémoires de Giacomo Casanova, grâce à l'apport d'un mécène souhaitant rester anonyme (je précise, à toutes fins utiles, que ce n'est pas moi !).
Le manuscrit sera dévoilé à l'occasion d'une exposition à l'automne 2011. Vous comprendrez facilement que l'impatience monte déjà en moi à ce sujet.




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Communiqué de presse du Ministère de la culture

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, a signé jeudi 18 février 2010 avec le représentant de la famille propriétaire le contrat d’acquisition d’un ensemble exceptionnel de manuscrits de Giacomo Casanova (1725-1798) pour la Bibliothèque nationale de France (BnF).
Histoire de ma vie, le manuscrit des mémoires de l’auteur, constitue le cœur de cet ensemble de manuscrits. Ce monument de la langue française est un témoignage émouvant, une fresque vivante et haute en couleurs des aventures du génial mémorialiste. Si Casanova a publié dès 1780 des récits autobiographiques, le début de la rédaction d’Histoire de ma vie se situe vraisemblablement en 1789. La première version a été rédigée en quatre ans et s’étend de sa naissance à 1774. Pour répondre à la demande du Prince de Ligne, qui souhaitait lire ces mémoires, Casanova s’est livré à partir de 1794 à un minutieux travail de révision du premier manuscrit. En mai 1798, se sentant proche de la mort, il légua le document à son neveu, Carlo Angiolini. C’est par les enfants de ce dernier que le manuscrit  d’Histoire de ma vie a été cédé en 1821 à l’éditeur Brockhaus de Leipzig.

Le texte des mémoires connut alors bien des avatars, et les adaptations expurgées ou révisées se succédèrent pendant 140 ans. Sous le titre de Mémoires de Casanova, quelque 500 éditions ont vu le jour à partir de 1822 sans qu’aucune ne puisse se référer au manuscrit original, lequel faillit disparaître dans les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale. Il faut attendre 1960 pour que les éditeurs Brockhaus et Plon publient une édition intégrale en français. Tous les « casanovistes » s’accordent pour penser que ce manuscrit est bien la version originale. Au fil de ses 3 700 pages, le manuscrit porte des ratures, des surcharges, des mots et des pages entières biffés. L’étude de ce document exceptionnel permettra de reconstituer la génèse de l’oeuvre dont l’édition critique reste à établir. De nombreux projets de valorisation sont d’ores et déjà envisagés. Une exposition, prévue à l’automne 2011 à la Bibliothèque nationale de France sera ainsi l’occasion de dévoiler pour la première fois au public ce manuscrit mythique.
L’acquisition a été réalisée, auprès des propriétaires actuels, grâce à la mise en œuvre de la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, qui a permis la reconnaissance de l'intérêt patrimonial majeur de cet ensemble de manuscrits par la Commission consultative des trésors nationaux. Le financement a été assuré complètement par un mécène qui a souhaité demeurer anonyme.
Frédéric Mitterrand, se félicite de l’entrée dans les collections nationales de cet extraordinaire témoignage de l’Europe des Lumières, qui représente par ailleurs la plus importante acquisition patrimoniale réalisée jusqu’à présent pour la Bibliothèque nationale de France, et remercie le généreux mécène qui l’a rendue possible.
Paris, le 18 février 2010

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