jeudi 6 décembre 2007

Polichinelle bien servi

Suis-je à ce point victime de l'influence des images sur mon pauvre esprit ? Pour attirer ma curiosité puis me faire acheter un produit, suffit-il de glisser sous mes yeux quelque détail d'un tableau de Boucher ou de Tiepolo ? Ou même simplement de quelque chose qui pourrait ressembler à du Tiepolo ?

Il faut croire que oui. C'est en effet l'illustration de la pochette qui m'avait conduit, voici un an ou deux, déjà, à prendre en main et à écouter des extraits de ce Pulcinella vendicato (Polichinelle vengé) du compositeur Giovanni Paisiello (1740-1816), dans l'interprétation par la Cappella de'Turchini, sous la direction d'Antonio Florio (chez Naïve, label Opus111, ASIN B00006IWQP).

Paisiello, bien que natif de Tarente, est une des figures de l'opéra napolitain, Naples étant la ville où il a perfectionné le talent et l'art que ses premiers maîtres avaient décelés en lui.
Ce Pulcinella vendicato est une oeuvre en un acte, basée sur la pièce en prose éponyme, de Francesco Cerlone. La rencontre du texte de Cerlone et de la musique de Paisiello, probablement en 1770, fut si brillante que, selon les mots mêmes de Cerlone, « [cette pièce] fut mise en musique par le très célèbre D. Giovanni Paisiello, et cette rencontre fut tellement heureuse que la pièce fut jouée pendant quarante soirs et avec elle s'acheva le Carnaval ».


Dès la première écoute du disque, j'ai été conquis par cette musique, alors que je n'avais, jusque là, pas vraiment connaissance de l'opéra napolitain. Cette farce en un acte conserve tous les traits de la commedia dell'arte et offre une brochette de personnages truculents. J'avais acheté le disque après en avoir écouté quelques extraits, et y avoir été encouragé par ma disquaire préférée. Ce n'est que plus tard que j'ai découvert une critique tout à fait élogieuse de cette interprétation-là :
"Cette oeuvre courte, à l'écriture dense et rondement menée, est caractérisée par des arie assez brèves, très contrastées et chantées en toscan, en napolitain ainsi qu'en un langage étrange qui semble un mélange des deux. Côté chanteurs, le timbre fruité de Roberta Invernizzi (Carmosina) et l'irrésistible abattage de Giuseppe Naviglio qui "cumule" les rôles de Coviello et du Mage font merveille, mais tous les protagonistes seraient à citer tant l'esprit de troupe qui les anime aboutit à une sorte de jubilation, aussi grande sans doute que celle de l'auditeur. L'orchestre brillant, endiablé, suave et coloré, n'est pas le moindre atout de cet enregistrement, que l'on peut recommander, sans aucune réserve, comme un remède absolu à la morosité."

Voilà qui n'a pas manqué de me conforter dans l'idée que j'avais fait un bon choix.

Pour en savoir plus sur l'opéra napolitain, allez donc flâner sur le site d'un passionné. Ses mots d'accueil vous diront que vous ne vous êtes pas trompés en frappant à sa porte :
"Si vous aimez Watteau, Fragonard et Chardin, Guardi et Canaletto, Gainsborough et Hogarth, vous adorerez Piccinni, Tretta, Paisiello, Cimarosa et Martin y Soler, les principaux compositeurs d'opéra napolitain. Si les opéra de Mozart vous fascinent, vous allez découvrir avec étonnement d'autres Noces et d'autres Cosi".
Un site qui m'a apporté bien des lumières sur ce courant de création musicale.

[Je me permets toutefois de pester contre les gens qui créent des sites internet avec des outils qui rendent les pages particulièrement difficiles à lire sous d'autres navigateurs que celui du quasi-monopole, du fait des nombreux caractères spéciaux non compatibles avec des navigateurs différents.]

En attendant de trouver un enregistrement de son Barbier de Séville, dont certains disent qu'il surpasse celui de Rossini, je m'en retourne chantonner la sérénade de Pulcinella à Carmosina :

Gioia de st'arma mia cara nennella: mia luna nsestagesima, mbriana, mia luna nsestagesima, mbriana. Abbascio cca' nce sta Pollocenella, Pollocenella; ca te sona de core la Diana.

Joie de mon âme, chère enfant
ma pleine lune, ma fée tutélaire :
en bas, il y a Polichinelle qui te chante
une sérénade de tout son coeur


* * * * *

2 commentaires:

Andromède a dit…

Suis-je à ce point victime de l'influence des images sur mon pauvre esprit ? Pour attirer ma curiosité puis me faire acheter un produit, suffit-il de glisser sous mes yeux quelque détail d'un tableau de Boucher ou de Tiepolo ? Ou même simplement de quelque chose qui pourrait ressembler à du Tiepolo ?

C'est simple : vous êtes une midinette :D

*ok, je sors*

Monsieur de C a dit…

C'est probablement vrai, mais je ne vous ferai pas la grâce de l'avouer publiquement ! :D