mercredi 15 octobre 2008

Le charme discret de Chardin


U
ne vie de 80 ans pendant laquelle il n'a quasiment pas quitté Paris, voilà qui rend Jean-Baptiste-Siméon Chardin assez différent de nombre de ses contemporains dans le domaine de la peinture. Une exemplaire sédentarité. Et une fidélité, également à deux genres picturaux qu'il a abordés successivement : d'abord celui de la nature-morte, puis celui du portrait.
La nature-morte n'est pas un genre qui me passionne. Je reconnais le talent de ceux qui s'y adonnent, lorsqu'ils arrivent à faire ressentir les détails, les lumières, les textures. Mais j'ai un peu de mal à me passionner pour ces tableaux, dont j'ai du mal à saisir les lignes de force de la composition, lorsque le tableau dépasse la simple juxtaposition des objets. Les natures-mortes de Chardin ne m'enthousiasment pas plus que les autres.

Le portrait, en revanche, attire mon attention. Et dans ce domaine, Chardin est un peu à l'opposé d'un Maurice Quentin de La Tour ou d'un Jean-Baptiste Perronneau. Alors que ceux-ci peignent des portraits de personnages hauts en couleurs, reflets d'un siècle exubérant, Chardin joue sur le ton de l'intimité et du personnage presque passe-partout. Ses portraits, souvent de profil, nous renvoient des figures presque lisses. Sobriété ou froideur ? Difficulté du peintre à s'ouvrir aux émotions, comme s'il souhaitait se contenir ? Je ne sais trop qu'en penser, car si ses portraits à l'huile sont parfois lisses, ce n'est plus du tout le cas de ses portraits au pastel, matière à laquelle il recourt à la fin de sa vie, quand sa vue commence à baisser.

Si je devais retenir un seul des tableaux de Chardin, ce serait celui du « Jeune dessinateur taillant son crayon ». Pourquoi celui-là parmi tous les autres ? Difficile à dire. Le visage de ce dessinateur n'a rien de particulier, semblable à la plupart des autres visages de ses faiseurs de châteaux de cartes, par exemple. Mais peut-être que, dans ce portrait de dessinateur, c'est la force de la composition qui retient mon regard, avec la pointe blanche du crayon qui joue comme un aimant avec l'œil.
Je n'essaie d'ailleurs pas de décortiquer mon ressenti. Ce portrait me plaît beaucoup, voilà tout. Et c'est, pour moi, l'essentiel.


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Pour aller plus loin :

Sources d'illustrations : site du ministère de la culture

Une page sur Chardin, avec des liens vers diverses de ses œuvres.


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2 commentaires:

Andromède a dit…

Aaaah, Chardin. J'entends beaucoup parler de lui en ce moment... ( le père Diderot l'aime assez, et comme le père Diderot est au programme de khâgne... ) Si vous saviez tous les gros mots que la critique emploie à son sujet XD

Monsieur de C a dit…

L'ouvrage de José Gonçalvès dont je parle dans mon autre billet sur Chardin a parfois la dent dure contre Chardin, pointant les faiblesses des compositions de ces tableaux, par exemple.
Mais je trouve que ces regards "pointus" sont intéressants, car ils nous amènent à nous interroger sur les raisons qui font que nous apprécions ou pas une œuvre, au-delà d'un simple ressenti global.

Mais je ne me sens jamais obligé de me ranger à l'avis des critiques. Surtout quand je ne le partage pas !