lundi 29 août 2011

C’est Vivaldi qu’on assassine


Antonio Vivaldi est mort à Vienne en 1741, dans un grand dénuement. Mais il a également été assassiné en 2006, et le coupable est connu : Jean-Louis Guillermou. Est-ce là un pseudonyme, un nom d’emprunt pris par ce criminel pour ne pas que la honte de son forfait rejaillisse sur sa famille et ses amis ? Je ne crois pas. Non, ce Guillermou est probablement un criminel qui s’assume. Ainsi, c’est de ce même nom qu’il avait signé l’assassinat de Jean-Sébastien Bach en 2003. Faut-il croire qu’il déteste à ce point-là les grands compositeurs qu’il a décidé de se lancer dans le massacre posthume ?



Son Antonio Vivaldi est un désastre cinématographique. Même son sous-titre – Un prince à Venise – est à pleurer. Ce film est à peu près aussi emballant que la mise en image d’une notice de dictionnaire sur Vivaldi. Aucun intérêt narratif, aucun rythme, une réalisation à pleurer sur le plan technique et esthétique, un jeu d’acteurs inexistant. Mais, bon sang, personne, parmi l’équipe du film ou les producteurs, ne s’est rendu compte que c’était mauvais à ce point ? Et le public du Festival international de Besançon était-il sourd et aveugle au point d’attribuer à ce film le « grand prix du public » ? Mince, si ce Vivaldi méritait le grand prix, les autres films en compétition devaient être des catastrophes encore pire.

Même si vous trouvez le DVD de ce film pour 3 sous, ne l’achetez pas. Ou alors juste pour avoir, dans votre dvdthèque, un des étalons du zéro du cinéma, tous genres confondus. Au lieu de céder à ma curiosité quand j’ai vu ce film proposé à petit prix, j’aurais dû rentrer chez moi et consulter quelques critiques sur le net. En lisant celle publiée sur le site de Muse baroque (le magazine de la musique baroque) sous la signature de Viet-Linh Nguyen ou celle de Dr Devo sur le site Matière focale, j’aurais immédiatement compris quel raté abyssal est ce film.
La curiosité est un vilain défaut, et ma curiosité m’a infligé, avec cet Antonio Vivaldi, un de mes pires voyages cinématographiques (à égalité, je pense, avec Blanche, de Bernie Bonvoisin... c’est dire!).

Amateurs de cinéma, amateurs du XVIIIe siècle, amateurs de Vivaldi, passez votre chemin. Ou ne venez pas vous plaindre que je ne vous avais pas prévenus.

dimanche 28 août 2011

Le marronnier Casanova


Autant le dire tout de suite, en voyant que l’hebdomadaire L’Express avait consacré sa une du 27 juillet 2011 (n°3134) à « Casanova, l’épopée d’un séducteur », la méfiance m’a envahi. Ce titre-là, accompagné de ses sous-titres (L’aventurier du plaisir ; l’amoureux mélancolique ; le mémorialiste d’exception), avait un net parfum de marronnier, après un dossier sur le vrai pouvoir des francs-maçons et avant un futur dossier sur les bonnes affaires de l’immobilier.


Mes préjugés ont-ils volé en éclats à la lecture de ce dossier ? Franchement, non. Certes, l’article de Maxime Rovère – qui a publié une biographie de Casanova (Casanova, éditions Gallimard, collection Folio Biographies, 2011, ISBN 9782070300846) – et celui de Chantal Thomas – qui avait publié voici vingt-cinq ans Casanova, Un voyage libertin (réédité chez Gallimard, Folio, octobre 1998, ISNB 9782070405626) – ne sombrent pas trop dans les clichés et apportent un éclairage un peu plus complexe, mais loin d’être nouveau !, sur le personnage que l’habituel portrait unidimensionnel du séducteur invétéré.
Mais, pour vendre du papier, il fallait bien glisser ces non moins habituels clichés. Alors nous voilà gratifiés d’un abécédairede la sexualité de Casanova au travers de son Histoire de ma vie, triste florilège qui passe par « échangisme », « huîtres » et « partouze ».
Où est le mémorialiste d’exception pointé en couverture ? Pas assez vendeur ? Pas assez conforme aux idées reçues sur Casanova ? En tout cas, il est quasiment absent de ce dossier qui n’évite pas de tomber dans le racolage.
Bah, c’est l’été, et L’Express, comme d’autres hebdos aux saisons creuses, nous refile de piètres dossiers dont je me dis qu’ils sont probablement bien loin de l’esprit qu’un Jean-Jacques Servan-Schreiber avait voulu insuffler à un tel magazine.

Quant au numéro avec la une sur l’immobilier, il est arrivé un mois plus tard. Quand je vous parlais de marronniers...


vendredi 26 août 2011

Taillé bien comme il faut


 S’il y a bien une raison pour lesquelles je préfère les libraires « réelles » aux librairies « virtuelles », c’est notamment pour la possibilité de me sentir mon regard accroché par une couverture, de sentir les parfums des livres, de les prendre en mains, de les feuilleter. Et parfois, en me laissant interpeller par une couverture, en feuilletant un ouvrage, paf ! le coup de cœur.
Le dernier en date a été pour le livre L’Homme au Siècle des lumières, de Florent Véniel (texte) et Noëlle Delebarre (photos) (éditions Errance, collection Histoire vivante, 2011, ISBN 978-2-8772-456-2). Le genre de livres qui, quand je l’ai dans les mains, me fait dire « voilà un livre que j’aurais aimé concevoir et réaliser ! ».


Un livre de textes et de photographies pour nous présenter des costumes masculins du XVIIIe siècle, au travers des portraits d’une quinzaine de personnages : montreur de marionnettes, colleur d’affiche, maître d’armes, laquais, médecin, etc. Pour chaque personnage, le texte apporte des éléments de compréhension du contexte de sa profession au sein de la société, puis des éléments sur les pièces de son costume.
Le texte est très agréable à lire, les photos à la fois esthétiques et pratiques. Un ouvrage qui sait allier sérieux (pour autant que je puisse en juger) et facilité de lecture, fond et forme.
Pour qui s’intéresse au costume masculin des années 1740-1790 (en gros) et qui apprécie une approche de ce costume par la reconstitution, alors ce livre constitue un excellent achat pour une introduction au sujet. Mais il ne faut pas y chercher une anthologie du costume vu au travers de dessins ou peintures d’époque, par exemple, puisque ce n’est pas du tout l’objet de l’ouvrage.

Je profite de ce billet pour tirer mon chapeau et adresser mes félicitations à la troupe des Menus plaisirs (dont est membre l’auteur du livre) qui ont servi de mannequins pour ces différents portraits. Leur travail de reconstitution au service d’une « histoire vivante » mérite d’être salué, et cet ouvrage le fera connaître, je l’espère, au-delà du cercle des seuls initiés.

La question qui se pose désormais est : à quand l'ouvrage "La Femme au Siècle des Lumières" ?

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lundi 22 août 2011

La peste soit des gribouilleurs !

 
Prenons un sujet qui se prête bien à une adaptation en bande dessinée pour en tirer une histoire tragique, avec des courageux et des lâches, des altruistes et des égoïstes. Prenons la peste qui a frappé Marseille en 1720.
Prenons quelqu’un qui aime les jeux de mots vaseux pour en faire des titres de livres. Le genre d’artiste qui trouvait les titres des romans publiés à chaîne, comme ceux de la série OSS 117. En l’occurrence, prenons quelqu’un capable de faire un jeu de mots à partir d’un autre titre de livre, et qui est content de trouver « Le diable au port ».
Ajoutons, pour faire bonne mesure, un dessinateur de bande dessinée qui a du mal à dessiner deux fois le même visage pour un même personnage, au point qu’il est difficile de le reconnaître d’une case à l’autre. Prenons un même dessinateur qui, comble du paradoxe, n’arrive pas à faire en sorte que des personnages différents aient des visages différents, au point qu’il est difficile de les distinguer les uns des autres dans une même case. Tant qu’à être exigeants, prenons aussi un dessinateur qui ne sachent mettre ses dessins en couleurs qu’avec des tons vifs et saturés, rien dans la demi-mesure.

Secouons le tout…

Nous obtenons la trilogie Le diable au port, de Benoît Lacou (dessin et couleur) et Claude Ecken (scénario), aux éditions Hors Collection : L’étoffe et le fléau (tome 1, 2002, ISBN 2-258-05686-1), Les brasiers de Marseille (tome 2, 2003, ISBN 2-258-05957-7) et Les forçats de lapocalypse (tome 3, 2004, ISBN 2-258-06299-3).


Le tome 3 se termine sur une case qui laissait espérer une suite, mais la suite n’est jamais venue. Enfin, quand je dis « espérer une suite », c’est peut-être un peu trop généreux. Disons plutôt que ça laissait entendre qu’il pourrait y avoir une suite. Mais de là à l’espérer, franchement, non.
La lecture de cette trilogie n’est pas un calvaire ; n’ayant pas le goût de la mortification, je ne serais pas allé au bout de ma lecture si cela avait été si douloureux. Mais cela me donne le sentiment d’un gâchis, une réalisation qui met à mal un projet qui pouvait être sympathique. Les éléments de base sont, certes, plutôt classiques :
- d’un côté, les « bons » : un jeune chirurgien honnête, un maître d’armes vétéran de guerre, une jeune femme victime d’appétits rapaces ;
- de l’autre, les « méchants » : des marchands peu scrupuleux faisant entrer frauduleusement à Marseille des étoffes venues du Levant et dont ils savent qu’elles sont porteuses d’infections, des médecins ignares ou complaisants, des représentants des autorités municipales ayant trop à perdre à perturber le commerce marseillais ;
- au milieu, un peuple bigarré d’artisans, de boutiquiers, de forçats, de marins, chacun traficotant pour arrondir ses fins de mois ;
- le tout dans un décor propice à retenir l’attention, dont le port et la ville de Marseille.

Mais le récit est confus, à vouloir traiter à la fois l’histoire tragique de cette peste et les anecdotes personnelles, à faire entrer des personnages trop nombreux sur une scène trop exiguë.

Récit confus, mise en images ratée. Une trilogie comme trois coups dans l’eau.

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jeudi 2 juin 2011

Coup de folie

 
Si vous décidez de lire Sade, de Griffo et Dufaux (éditions Glénat, 1991, ISBN 2.7234.1296.2), en présupposant que les créateurs de Giacomo C. se penchent sur le Divin marquis comme ils se sont penchés sur le célèbre Vénitien, vous risquez d’être surpris. Peut-être même désagréablement surpris. Parce que ce Sade est à des lieues des récits vénitiens auquel ce duo a habitué ses lecteurs.



À quoi fut-il donc s’attendre au moment de se plonger dans ce Sade ? À rien. Ou à tout. Il faut surtout accepter d’être conduit dans un labyrinthe de l’esprit, dans des jeux où se mêlent les pensées de Sade et celles de ses personnages. Sade-auteur, Sade personnage de ses propres écrits, Sade-personnage qui écrit, à son tour, et fait vivre ses rêves, ses fantasmes, ses hantises. Le lecteur est alors un funambule qui marche sur le fil entre raison et folie, entre réalité et rêve ou cauchemar. Sade-auteur et Sade-personnage bousculent l’ordre établi, se heurtent à ce nouvel ordre post-révolutionnaire, cette nouvelle « pensée unique ». Le Régime a changé, mais on ne peut laisser le peuple penser par lui-même. Alors, on ne peut laisser Sade écrire ce qu’il écrit, on ne peut laisser ses manuscrits sortir de sa cellule de Charenton, maison de folie plus que maison de fous. Les censeurs prennent même le soin de détruire tout portrait de Sade.
Pourtant, dans cet asile, on tient spectacle ! Le directeur de Charenton a fait bâtir un théâtre, où des « VIP » sains d’esprits viennent voir des pièces de théâtres écrites par Sade et dont la troupe qui les joue mêle des acteurs professionnels et des « résidents » de l’asile. Qui pourrait alors se prévaloir de savoir dessiner clairement la frontière entre fous et « normaux », entre folie et raison ? Très probablement pas le lecteur de ce Sade, lui-même bousculé par les différents plans du récit qui s’entremêlent.




Si Sade ne sortira pas vivant de cet asile, et si aucun portrait authentifié de lui n’arrivera jusqu’à nous, ses œuvres ont traversé les époques et vaincu ses censeurs. Griffo et Dufaux, dans cette BD à tout le moins déroutante, n’ont pas cherché à brosser un portrait historique de Sade, ils l’écrivent eux-même dans leur préface. Ils ont plutôt dessiné un labyrinthe dans lequel ils invitent le lecteur à se perdre. On peut alors comprendre que certaines critiques publiées sur le net fassent état de cette incompréhension face à un récit touffu, à plusieurs plans imbriqués. Être perdu dans une lecture peut se révéler particulièrement désagréable. Pour ma part, j’ai pris plaisir à errer dans ce labyrinthe. À vous de voir si vous voulez tenter l’aventure.

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lundi 24 janvier 2011

Idoménée ou Mozart se libère

J’ouvre ma participation au Défi XVIIIe avec le premier billet d’une série de cinq qui auront pour point commun l’année 1781. Pourquoi cette année-là plutôt qu’une autre ? Parce que j’avais envie en tête de consacrer un billet à l’épopée navale de Suffren aux Indes et à la bataille de Yorktown, l’un des tournants de la guerre d’indépendance des États-Unis, deux moments de l’année 1781. Il me restait à trouver trois autres sujets sur l’année 1781 pour fixer mon objectif pour le Défi. J’avais envie d’explorer d’autres pans dix-huitiméistes à cette occasion, par exemple dans le domaine des sciences et celui de la musique.


Or je viens de lire un dossier sur les opéras de Mozart dans le dernier numéro en date de la revue Diapason (n°587, janvier 20100). Et cela m’a amené à m’intéresser à Idomeneo, rè di Creta (Idomenée, roi de Crète), un opéra que je n’avais jamais écouté jusque-là, et dont il se trouve que la première a été donnée en janvier 1781, alors que Mozart avait vingt-cinq ans (et deux jours, pour les amateurs de précision !).


Bon, autant le dire, je n’avais pas vraiment de souvenir du mythe d’Idoménée, et il m’a fallu remettre le nez dans un livre pour me rafraîchir la mémoire : une tragique histoire d’un père obligé de tuer son fils pour tenir une promesse faite à un dieu en échange de son aide. En revanche, je me rappelais que cet opéra s’était retrouvé sous les feux de l’actualité lorsque ses représentations au théâtre de l’Opéra de Berlin avaient été annulées du fait de menaces ; mais je reconnais que je n’avais pas fouillé le sujet à l’époque, et n’en avais donc gardé que des éléments très superficiels.
Vérification faite, cette suspension des représentations, en septembre 2006, avait été décidée après des menaces de fondamentalistes religieux, jugeant outrageante la mise en scène de cet opéra par Hans Neuenfels. Celui-ci avait en effet inclus dans sa mise en scène les têtes coupées de Poséidon (le dieu dont Idoménée est le débiteur), de Bouddha, de Mahomet et de Jésus-Christ.
Je ne connais rien de cet Hans Neuenfels, et je ne me permettrai donc pas beaucoup de commentaires sur sa mise en scène de cet opéra que je n’ai pas vue. Je me contenterai de dire que mettre sur dans le même plat de têtes coupées celles d’un dieu, de deux prophètes, et d’un « éveillé », c’est un drôle de mélange des genres, et j’ai du mal à en comprendre le message : s’il s’agit de tuer des dieux pour s’en libérer, alors autant décapiter des dieux, et pas des prophètes.
Je ne suis pas friand des metteurs en scène qui tiennent absolument à tout bousculer d’une œuvre, pour la rendre contemporaine, ou intemporelle ; certains y réussissent très bien, d’autres n’aboutissent qu’à quelque chose d’artificiel qui fait perdre l’essence de l'œuvre originelle. Mais, d’un autre côté, je tiens en profonde détestation les sectateurs de toutes religions, et leurs menaces de censeurs.

Mais revenons-en à l’opéra lui-même. Je n’ai aucune la prétention de m’en faire une idée rien qu’en lisant la partition et le livret. Je m’en remets donc, pour aller à la découverte de cette œuvre, à l’écoute d’un enregistrement et de quelques lectures au sujet de cet opéra, dont le numéro de la revue Diapason que j’ai indiqué plus haut.

Pour ce que j’en ai lu, Idomeneo , pièce de commande pour le carnaval de Munich, marque la charnière entre les opéras « de jeunesse » de Mozart, et la série de ses chefs-d’œuvre : les deux opéras « sérieux », Idoménée et L’enlèvement au sérail, puis les trois comédies, Les noces de Figaro, Don Giovanni, et Cosi fan tutte, et enfin les deux autres opéras « sérieux », La clémence de Titus et La flûte enchantée. C’est aussi après Idoménée que Mozart quitte Salzbourg pour Vienne, son père et l’archevêque pour l’empereur ; c’est peut-être de la philosophie de comptoir, mais je me laisse aller à penser que Mozart a peut-être trouvé dans cet Idomeneo un écho au changement de sa propre situation. Mozart se libère des murs de la famille, secoue le joug de ce protecteur-tyran qu’était l’archevêque, et prend en main la création de l’opéra, ferraillant avec l’auteur du livret, Giambattista Varesco (à défaut d’affronter directement l’archevêque, Mozart s’en prend au chapelain de sa cour ?), pour ne pas se laisser imposer ses vues.

Opéra de commande, certes, mais œuvre personnelle ! Mozart trace son propre chemin, entre les lignes de l’opera seria à l’italienne et de la tragédie lyrique à la française, apportant un souffle particulier. Évidemment, c’est tragique, dramatique, et donc, parfois, un peu pompeux pour moi, qui préfère les ambiances plus légères. Mais c’est tout de même déjà du Mozart.


Il va me falloir plusieurs écoutes de cet opéra pour en découvrir les richesses, les subtilités, m’en faire une opinion plus élaborée. Tendre l’oreille, aussi, vers des interprétations différentes, pour découvrir comment différents chefs, différents chanteurs, différents orchestres se le sont approprié.
Pour l’instant, j’ai fait confiance à des critiques trouvées dans des magazines et sur le net, pour mes premières écoutes :
- la version sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, enregistrée en 1980 pour Tedec, et que j’ai écoutée dans une réédition de 2005 chez Warner Classics ;
- celle sous la direction de René Jacobs, chez harmonia mundi , 2009, HMC902036.38



Je laisserai tomber le rideau sur cet Idomeneo de Mozart en levant un autre rideau, pour dévoiler l’écran où se projette le Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick. En effet, si l’on retient le plus souvent, dans la partie musicale de ce film, l’entêtante Sarabande de Haendel, c’est bien la Marche de cet Idomoneo qui accompagne l’entrée de Redmond Barry dans le grand monde.


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Éclairage complémentaire : Avec Mozart, un parcours à travers ses grands opéras, de Claire Coleman et Fernando Ortega (éditions Lethielleux, 2010, ISBN 978-2-249-62055-3).




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Pour le complément dix-huitiméiste, je signale que ce mythe d’Idoménée a également inspiré :
- Idoménée, tragédie en cinq actes et en vers de Crébillon père (1705) ;
- Idoménée, tragédie en musique d'André Campra sur un livret d'Antoine Danchet (1712).

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samedi 22 janvier 2011

Des lettres, un (autre) défi

 
Passant de blog en blog et de forum en forum, je suis tombé sur le Challenge épistolaire lancé par  Anne Sophie et Azariel pour « permettre aux lecteurs/bloggeurs de [re]découvrir la littérature épistolaire ».


Voyant cela, je me suis dit que c’était l’occasion de croiser mon goût pour le XVIIIe siècle et ma curiosité pour ce genre littéraire, en participant à ce défi littéraire en publiant des billets sur des romans épistolaires de cette époque-là ou sur des romans épistolaires actuels ayant pour cadre le XVIIIe siècle.


Pour ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre, je place la barre de mon défi au niveau « moyen-lecteur épistolaire » (c’est-à-dire pour publier des billets sur 3 à 4 romans épistolaires avant la date de fin du challenge, soit le 31 juillet 2011), et je prendrai probablement mes lectures parmi les œuvres suivantes :
- Les lettres persanes (1721) de Charles-Louis de Montesquieu ;
- Clarissa, or the History of a Young Lady (1748) de Samuel Richardson ;
- Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau ;
- The Expedition of Humphry Clinker (L'expédition de Humphry Clinker) (1771) de Tobias Smollett ;
- Le paysan perverti, ou Les dangers de la ville (1775-1776), de Nicolas Edme Restif de la Bretonne ;
- Les liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos ;
- L'almanach des vertiges (2009) de Jean-Daniel Baltassat.

Affaire à suivre.

mercredi 19 janvier 2011

Le défi XVIIIe est lancé !

 
J'avais laissé entendre, voici quelques jours, qu'un "défi dix-huitiémiste" serait bientôt lancé. C'est désormais chose faite, avec le Défi XVIIIe, auquel un blog spécifique est consacré.



Il reste à battre le rappel des intéressés et des curieux, à en faire la publicité dans les blogs et les forums, pour amorcer la dynamique. En avant pour cette aventure !

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mardi 11 janvier 2011

De Moonfleet à Mohune

 
Les changements d’éditeur ne sont pas un phénomène inconnu dans le monde de la BD, et c’est à l’été 2009 qu’a été annoncé le rachat du secteur BD des éditions Robert Laffont par les éditions Delcourt. La série de BD librement adaptée du Moonfleet de Falkner a donc changé d’éditeur et de titre entre son deuxième et son troisième (et dernier) tome, Le secret du Mohune, tome 3 : La malédiction, de Rodolphe au scénario et Dominique Hé au dessin, (éditions Delcourt, 2010, ISBN 978-2-7560-1900-0).



Autant je peux comprendre les changements d’éditeurs, autant pour le changement de titre, je suis plus interrogatif : un problème de droit d’utilisation du titre « Moonfleet » ? Pourtant, les deux premiers tomes de la série, publiés aux éditions Robert Laffont et auxquels j’avais consacré un billet chacun (celui-ci pour le tome 1 et celui-là pour le tome 2) ont été repris tels quels dans leur contenu en passant aux éditions Delcourt. Le titre de la série a été modifié, passant de Moonfleet au Secret du Mohune, et le titre du tome 1 a été raccourci, passant de La crypte des Mohune à La crypte tout court (choix étonnant, d’ailleurs, de passer du pluriel au singulier, en changeant d’édition : « les Mohune » sont devenus « le Mohune »), tandis que le tome 2 ressortait sous son titre premier Le trésor de John Le Noir.

Ce troisième tome me laisse perplexe. Est-ce pour éviter la malédiction qui lui donne son titre (le genre de malédiction qui fait que certaines séries de BD sont arrêtées en cours de route par leurs éditeurs parce que les ventes ne suffisent pas) que le scénariste semble avoir pris le parti de « boucler » l’histoire vite fait ?
Autant les deux premiers tomes posaient l’ambiance sans se presser, autant ce tome-ci paraît mettre le lecteur dans un toboggan pour le conduire sans délai vers la fin de l’histoire. « Allez, hop ! Pas le temps de nous attarder, M’sieursdames, j’ai une histoire à terminer sans lambiner. Vous avez des questions ? Certains points vous semblent obscurs ? Ah, non, pas de réponses ni d’éclaircissements dans un autre album, on vient de vous dire que ce troisième est le dernier. »

Une fin de voyage décevante.

lundi 10 janvier 2011

Masques et ombres

 
Il n’y a pas d’âge pour se lancer à l’aventure dans les rues de la Venise du Settecento, et avec L’Arlequin de Venise, d’Odile Weulersse (édition Hachette Livre, Le livre de poche Jeunesse, 1994, ISBN 2-01-019896.4), tant les personnages principaux du roman que ses lecteurs n’attendent pas le nombre des années pour être confrontés aux lumières et aux ombres de la Sérénissime.



Tonina, la fille du sénateur Zolio, est une de ces héroïnes comme on en trouve dans nombre de romans historiques pour un lectorat jeune ou adolescent : elle est, certes, une jeune fille de ce temps qui sert de décor au roman, mais elle est aussi aussi une jeune fille un peu anachronique, animée de l’esprit de notre temps.
Faut-il pour autant bouder un tel roman ? Point du tout.
D’abord parce qu’il peint un portrait bien vivant de Venise. Ses rues et ses places, ses canaux, ses marchés et ses palazzi, son peuple bigarré, ses patriciens qui tiennent le pouvoir entre leurs mains, les fortunes qui se font (parfois) et se défont (souvent) dans les casini, ses contrebandiers qui trafiquent les marchandises trop réglementées, à leurs yeux, par la Sérénissime, ses chevaliers servants aux petits soins avec les damoiselles, ses prisons où la justice arbitraire envoie croupir même des innocents, etc.
Ensuite parce que cette jeune héroïne permet aux lecteurs adolescents de s’en sentir facilement proches. Les relations de Tonina avec son père veuf, avec son frère, avec son chevalier servant, avec le jeuen noble de Terre ferme qui voudrait la courtiser, bref, sa façon de trouver sa place entre le monde des enfants et celui des adultes, et de bâtir sa propre indépendance, autant de sujets qui peuvent se prêter à la réflexion des jeunes lecteurs.
Et comme l’identification avec les personnages est, semble-t-il, un moyen de rendre la lecture attrayante, je ne vais certainement pas me plaindre qu’un roman « pour la jeunesse » ouvre à ses lecteurs les portes de la Venise du Settecento.

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dimanche 9 janvier 2011

Bientôt un « défi dix-huitiémiste »

 
Ces dernières semaines, j’ai continué à cogiter à mon idée un peu folle de projet de zine dix-huitiémiste, qui prend peu à peu forme dans mon esprit. J’espère pouvoir exposer, dans les semaines à venir, sous une forme structurée, les idées qui me sont venues à ce sujet.
Une idée complémentaire m’est venue, qui pourrait permettre de faire se côtoyer, dans une dynamique éclectique et moins formalisée qu’un zine, des amateurs du XVIIIe siècle très variés.

De nombreux blogueurs du net font se rencontrer leurs passions à l’occasion de « défis » amicaux. Il peut ainsi s’agir de relever le défi de publier, au cours d’une année, une critique de cinq romans policiers, chacun écrit par un auteur de l’un des cinq continents. Ou de publier une critique d’un roman historique par mois de l’année. Les exemples en sont très nombreux, et ces défis n’ont généralement aucun autre objectif qu’un joyeux « rassemblement à distance » de passionnés. Il n’y a pas d’enjeu autre que d’essayer de relever le défi ; il y a du plaisir à y arriver, et aucune honte à ne pas y arriver.

L’idée m’est donc venue de lancer un défi dix-huitiémiste, en proposant à qui le veut bien de publier, au cours de l’année 2011, des billets de blog sur des sujets variés, à condition qu’ils soient liés au XVIIIe siècle. Ce défi sera bientôt lancé, en partenariat avec le forum la Folie XVIIIe, auquel je suis attaché.

Le cadre dans lequel sera lancé le forum est en cours de finalisation, mais je peux d’ores et déjà vous en donner un aperçu presque définitif.


Un défi, kézako ?
Un défi est une dynamique par laquelle chaque participant, de son plein gré, se mesure à lui-même en essayant d’atteindre des objectifs fixés par avance. Un défi du genre de celui que nous pourrions proposer n’a généralement aucun autre objectif qu’un joyeux « rassemblement à distance » de passionnés : il n’y a pas d’enjeu autre que d’essayer de relever le défi ; il y a du plaisir à y arriver, et aucune honte à ne pas y arriver.
Ce genre de défi est ouvert à tout le monde. Les seules conditions pour y participer sont d’une part de le vouloir, et d’autre part de savoir écrire d’une manière qui rend compréhensible ce que l’on publie.

Un défi sur quoi ?
Le net littéraire est riche en défis très divers :
- certains sont très simples, consistant à écrire quelques billets autour d’un sujet particulier. En voici deux exemples : le Défi des 5 continents invite les participants à publier, au cours d’une année, au moins une critique d’un livre policier d’un auteur de chaque continent ; pour le challenge Thrillers et polars historiques, il s’agit de publier, en un an, des critiques de 4 ouvrages relevant de ce genre littéraire ;

- d’autres défis sont beaucoup plus ouverts, en ce sens que les billets peuvent porter sur des objets très divers, au sein d’une même thématique. Ainsi, les participants au défi Un an en Russie peuvent publier des articles sur le thème de la Russie, dans des perspectives très variées (présenter/critiquer un roman classique russe, de la poésie russe, un roman ou un film qui se déroule en Russie, une exposition d’œuvres d’art russes ; mettre en valeur du vocabulaire russe, etc.).


Un blog spécifique comme point d’attache
Le plus souvent, ces défis ont un blog pour point d’attache, blog administré par l’organisateur (ou les organisateurs) du défi. Le blog sert à publier les « règles » du défi, à recenser les participants et leurs publications dans le cadre du défi, voire à héberger les publications des participants qui ne disposent pas de leur propre blog.


Un défi dix-huitiémiste
L’idée de base d’un défi dix-huitièmiste est de faire se croiser, se découvrir et peut-être se mettre en relation des gens qui partagent un goût pour le dix-huitième siècle et dont ce goût peut prendre des formes très variées : des lecteurs, des cinéphiles, des peintres, des musiciens, des maquettistes, des costumiers, des touche-à-tout, etc.
Nous ne prétendons pas qu’un tel défi fera naître un réseau de gens qui se mettraient, tout à coup, à se fréquenter les uns les autres alors qu’ils ne font, au mieux, que se côtoyer de blog à blog ou au sein de forums. Mais il y aura peut-être une première étincelle.


Que pourra-t-on publier dans un défi dix-huitiémiste ?
Par comparaison avec une majorité des défis que nous avons observé sur le net, nous proposerons aux participants de publier au moins un billet de présentation (ou de critique) d’une œuvre – au sens très large - dans 5 catégories à choisir parmi une vingtaine de catégories dont la liste serait établie pour servir de cadre général.
Le regroupement des catégories en « familles », ci-dessous, n’a aucune importance, il ne sert qu’à donner une typologie indicative. Un participant serait totalement libre de publier des billets se rapportant à des catégories relevant toutes d’une même « famille ».

Par exemple :

* œuvres du XVIIIe siècle
- roman
- poème ou œuvre poétique
- mémoires
- pièce de théâtre (soit en elle-même, soit au travers d’une représentation aujourd’hui, ou d’un enregistrement)
- œuvre musicale (soit en elle-même, soit au travers d’une représentation aujourd’hui, ou d’un enregistrement)
- tableau, dessin
- création architecturale

* petit ou grand personnage du XVIIIe siècle
au choix du participant au défi : littérateur, architecte, médecin, explorateur, guerrier, séducteur, philosophe, etc. Bien entendu, il peut s’agir indifféremment d’un homme ou d’une femme.


* œuvres dix-huitiémistes mais postérieures au XVIIIe siècle (écrites/réalisées/créées au XIXe, au XXe ou au XXIe siècle)
- roman historique
- étude académique, ouvrage universitaire, etc.
- film (que ce soit une adaptation d’un œuvre du XVIIIe siècle ou pas)
- téléfilm / série télévisée (que ce soit une adaptation d’un œuvre du XVIIIe siècle ou pas)
- documentaire télévisuel
- bande dessinée
- ballets
- éventuellement « inclassables » (comme le spectacle de Bartabas sur le chevalier de Saint-George)

* re-créations
- créateurs de costumes
- fabricants d’armes
- troupes de reconstitution
- modélisme

* jeux
- jeux de société
- jeux de guerre
- jeux de rôles
- autres jeux

Réussir le défi
L’idée est vraiment que chacun se sente relativement libre dans sa manière de participer au défi, une des seules contraintes étant de publier des billets de catégories différentes.

Exemple d’un défi qui serait réussi, dans une approche tous azimuts :
- un critique incendiaire d’une représentation de La locandiera de Goldoni ;
- un billet de coup de cœur pour les dessins de François Boucher ;
- une chaude recommandation d’aller faire une randonnée équestre en Margeride, le pays de la Bête du Gévaudan ;
- une salve d’applaudissements pour Barry Lyndon de Kubrick, en expliquant pourquoi on préfère ce film au roman dont il est adapté ;
- un autoportrait photographique en marquise de Merteuil.

Exemple d’un défi qui serait réussi dans une approche plus thématique :
- une mini-biographie du marquis de Lafayette ;
- une note de lecture sur un livre parlant de la guerre d’indépendance américaine ;
- un article sur la reconstitution grandeur nature de la frégate L’Hermione à Rochefort (c’est la frégate qui a emporté Lafayette vers l’Amérique) ;
- une critique de la BD L’Hermione – La conspiration pour la liberté, de Jean-Yves Delitte ;
- un coup de projecteur sur un modéliste naval qui réalise une maquette de L’Hermione.


Guettez le lancement du défi
Le défi sera lancer au travers d’un blog spécifique, comme cela a été indiqué plus haut. Mais nous en ferons la publicité par divers canaux, histoire d’attirer l’attention sur ce défi et d’essayer de titiller les envies d’écriture le plus largement possible.

Et, bien évidemment, le crieur public n’oubliera pas de passer dans les salons de Monsieur de C. Ce serait bien le diable si mes fidèles lecteurs et aimables lectrices n’en étaient pas parmi les premiers informés !

Lectures en cours et promesses de billets

 
Parmi les livres dix-huitièmistes que j’ai récemment lus ou que je suis en train de lire, en voici quatre, deux romans et deux BD, auxquels je consacrerai prochainement des billets.

L’Arlequin de Venise, d’Odile Weulersse (édition Hachette Livre, Le livre de poche Jeunesse, 1994,  ISBN 2-01-019896.4)



Les secrets du chevalier d’Eon, espion du roi, de Gérard Morel, Nouveau Monde éditions, collection Jeunesse, 2010, ISBN 978-2-84736-509-2).


 
Le secret du Mohune, tome 3 : La malédiction, de Rodolphe au scénario et Dominique Hé au dessin, (éditions Delcourt, 2010, ISBN 978-2-7560-1900-0)




 
Rani, tome 2 : Brigande, de Jean Van Hamme et Alcante au scénario et Francis Valles au dessin (éditions Le Lombard, 2011, ISBN 978-2-8036-2752-3)




dimanche 2 janvier 2011

Oiseaux de nuit


Les gentlemen de la nuit, de Béatrice Nicomède (éditions Gulf Stream, collection Courants Noirs, 2010, ISBN 978-2-35488-076-7) a un petit goût de Moonfleet. Pour ne pas y trouver ce goût, je crois qu’il faudrait être totalement ignorant de ce roman de Falkner ou du film que Fritz Lang en a tiré. Ou même, puisque Les gentlemen de la nuit s’adressent surtout à un public adolescent, n’avoir pas non plus lu l’adaptation de Moonfleet en BD par Rodolphe et Hé. Quoi qu’il en soit, ne connaître ni le roman ni le film ni la BD ne serait un crime : en regardant cela de manière optimiste, ce serait même l’occasion de découvrir ces trois œuvres qui valent, chacune d’entre elles à sa manière, le détour.
 

Mais j’en reviens aux Gentlemen de la nuit. Difficile pour moi, disais-je, de ne pas y retrouver le parfum de Moonfleet : des côtes anglaises un peu sauvages (ici, celles de l’île de Wight) à la fin du XVIIIe siècle, des îliens que la pauvreté accule à la contrebande maritime, des cachettes dans des grottes et sous des cimetières, des tonneaux d’eau-de-vie et des coffres de dentelles, des jeux de chats et de souris entre contrebandiers et douaniers dans des nuits de plus ou moins de lune, et des adolescents pris dans les affaires des adultes.
Pourtant Béatrice Nicodème ne tombe pas dans le plagiat. Par-delà l’intrigue un peu classique, elle apporte sa touche personnelle, creusant les portraits de ses personnages, leurs faces claires comme leurs faces sombres. L’ennemi le plus dangereux des contrebandiers n’est pas ici, le douanier, mais le mal insidieux qui s’est glissé au sein de l’un de leurs groupes.

Même si l’ombre de Moonfleet pèsera longtemps sur tout roman qui racontera des histoires de contrebandiers maritimes au XVIIIe siècle, aucune plume ne devrait s’interdire de s’aventurer dans ce thème-là. Après tout, bien des auteurs se sont permis d’écrire des romans de mousquetaires et spadassins après Alexandre Dumas père, et certains ont brillé dans ce genre. Alors, quand un roman lance un clin d'œil à Moonfleet tout en y apportant une touche personnelle, autant le saluer pour ses mérites propres, et Les gentlemen de la nuit n’en manquent pas.
J’ai lu ce roman avec mes yeux et mon esprit d’adulte, mais je pense qu’outre ces aspects historique et « policier », ce roman peut offrir à des adolescents des sujets de réflexion intéressants, comme la complexité des relations d’amour et de haine entre deux mêmes personnes, le mur de silence derrière lequel un père cache à son fils les raisons et circonstances du décès de sa mère, ou encore les privautés que s’autorisent les hommes mûrs sur les jeunes femmes qui sont en leur pouvoir pour des raisons de mariage ou d’emploi.

Après ce coup de tricorne à l’auteur, le coup de griffe (presque de gueule) à l’éditeur : quel est la personne inconséquente qui a rédigé la quatrième de couverture de ce livre ? Le vrai traître, ou la vraie traîtresse, des contrebandiers, c’est cette personne-là, qui dévoile, dans le texte de présentation du roman, les deux-tiers de l’intrigue ! J’applaudirai des deux mains si cette personne est démasquée et balancée à la mer pour que les flots et les crabes lui fassent un sort funeste. La peste soit des inconséquents qui privent les lecteurs d’une grande partie du plaisir de leur lecture.

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samedi 1 janvier 2011

Toi aussi, un jour, tu iras chercher ton île

Dans la préface à l’édition de l’adaptation en bande dessinée de L’île au trésor à laquelle j’ai récemment consacré un billet, Hugo Pratt citait les mots de son père quand ce dernier lui avait offert ce roman : « Toi aussi, un jour, tu iras chercher ton île... Ne t’en fais pas si tu ne la trouves pas tout de suite ; il y en a beaucoup, tu la rencontreras le moment venu ».
 
Nous portons tous en nous notre île, et toutes nos îles sont différentes. Si cette année 2010 qui s’est achevée ne vous a pas vus trouver votre île, qu’elle soit le Spitzberg, Tahiti ou Cythère,  l’année 2011 qui commence vous le permettra peut-être.
Pour ma part, voilà assez longtemps que j’ai compris que l’important n’est pas la destination, mais le voyage, avec ses découvertes et ses incertitudes, ses rencontres et ses apprentissages.

Je vous souhaite donc bon vent et bon voyage vers votre île !



illustration : The ships under command of Captain James Cook of the British Navy at anchor in Matavai Bay at Tahiti during the observations of the Venus Transit in 1769 (peinture de William Hodges - The Granger Collection NYC).

vendredi 31 décembre 2010

Tout un archipel

 
En furetant sur le net à la recherche d’éditions de L’île au trésor de Robert Louis Stevenson, j’ai pu me rendre compte de la diversité des couvertures choisies pour ce roman, au fil de plus de 120 ans de publication de ce roman. J’ai trouvé, pour l’instant, une bonne centaine de couvertures différentes, pour des éditions en français et en anglais (je n’ai pas encore fouillé le net pour des éditions dans d’autres langues, mais ma curiosité pourrait m’y pousser !).

Voici un bouquet de quelque couvertures, parmi celles que j’ai trouvées, bouquet qui essaie de balayer la diversité des styles, du plus dépouillé ne portant que le nom de l’auteur au très classique avec son image de pirate à jambe de bois, en passant par des choix un peu plus audacieux mais qui ne sortent pas totalement des sentiers battus.












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jeudi 30 décembre 2010

Des aventures bien enlevées


Le roman Enlevé ! de Robert Louis Stevenson (1886) est largement moins connu que L’île au trésorCatriona (1883), qui fait de l’ombre à presque tout le reste de la production littéraire de Stevenson. Pourtant, ce roman, qui voit apparaître le personnage de David Balfour, que l’on retrouve dans le roman (1893) paru publié sous le titre de David Balfour, mérite largement l’intérêt des amateurs du dix-huitième siècle.
Le titre complet du roman est du genre à vous en raconter la quasi-totalité ! Jugez-en vous-même :

Kidnapped: Being Memoirs of the Adventures of David Balfour in the Year 1751: How he was Kidnapped and Cast away; his Sufferings in a Desert Isle; his Journey in the Wild Highlands; his acquaintance with Alan Breck Stewart and other notorious Highland Jacobites; with all that he Suffered at the hands of his Uncle, Ebenezer Balfour of Shaws, falsely so-called: Written by Himself and now set forth by Robert Louis Stevenson.
Enlevé : les mémoires des aventures des David Balfour en l’an 1751 : comment il a été enlevé et rejeté ; ses souffrances sur une île déserte ; son voyage dans les Hautes Terres sauvages ; sa rencontre avec Alan Breck Stewart et autres Jacobites notoires des Hautes Terres ; avec tout ce qu’il a enduré aux mains de son oncle, Ebenezer Blafour de Shaws, faussement appelé ainsi : écrit par lui-même et maintenant présenté par Robert Louis Stevenson.



Si une partie des aventures de David Balfour l’entraîne sur les mers, à bord d’un navire qui le conduit vers les Carolines américaines où il est destiné à être vendu, Enlevé ! et Catriona s’intéressent surtout aux Highlands, ces Hautes Terres d’Écosse berceau du soulèvement jacobite des années 1740, largement écrasé lors de la bataille de Culloden le 16 avril 1746. Aux travers de ces « mémoires » de David Balfour, Stevenson nous offre le portrait des Highlands et de la vie de ses habitants, un thème auquel il avait souhaité consacrer une partie de son travail d’historien. Difficile de préjuger de ce qu’aurait pu être ce livre d’histoire des Highlands, mais je gage ma chemise qu’il aurait très probablement été moins vivant que ces deux romans-là.
Les analystes des aventures de David Balfour ont pointé les textes qui semblent avoir été les inspirations majeures de Stevenson pour ses deux romans. La vie de James Annesley aurait fourni la colonne vertébrale d’Enlevé !, un Irlandais qui avait traversé bien des épreuves en étant vendu comme serviteur dans une plantation dans le Delaware, dépouillé de ses biens et de son titre de comte par un oncle avide, mais réussissant, au final à revenir en Irlande et à faire valoir ses droits sur ses biens, mais pas sur son titre. Une vie incroyable mais vraie, dont Stevenson a fait une vie fausse mais crédible pour David Balfour.
Quant au « meurtre d’Appin », un fait divers survenu dans le nord-ouest de l’Écosse en 1752, il apporte de la matière tant à Enlevé ! qu’à Catriona, puisque David Balfour, témoin de cette embuscade meurtrière, essaie d’apporter son soutien à un homme accusé de cet assassinat.
Stevenson a également puisé dans divers ouvrages d’historiens de la première moitié du XIXe siècle qui dépeignaient, avec plus ou moins de parti pris jacobite, la vie et les évènements des Highlands dans ces années 1750 troublées et celles qui suivirent.

Les Highlands et les Highlanders vous appellent. Allez-vous rester sourds à leur invitation à l’aventure ?

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mercredi 29 décembre 2010

Une île de plus dans l’archipel

 
Encore une. Eh oui, encore une édition de l’adaptation en BD par Hugo Pratt du roman L’île mystérieuse de Robert Louis Stevenson. Depuis la première édition originale argentine en 1966, une dizaine d’autre ont suivi, à en croire la page de recensement publiée sur le site, généralement très bien informé, des « archivespratt ».
 

Une de plus chez les libraires, et une de plus dans ma bibliothèque personnelle. Je n’ai même pas cherché à résister, acheteur compulsif que je peux être quand il s’agit d’ouvrages signés Pratt. Cette édition-ci a trois caractéristiques qui m’ont vite fait flancher vers l’achat :
- elle contient, en fait, deux récits de Stevension, L’île au trésor (Treasure Island)  et Enlevé ! (Kidnapped) ;
- elle comprend une préface par Hugo Pratt, illustrée de quelques aquarelles (superbes, bien entendu), et une postface de Marco Steiner ;
- et, contrairement à ce que peut laisser penser son emballage, elle est présenté en format à l’italienne et non à la française.
 

Bien que j’en connaisse la trame à peu près par cœur, je prends toujours plaisir à relire le roman L’île au trésor, et son adaptation par Pratt. Je ne vais pas vous faire l’affront de vous parler ici en détail de ce roman qui concentre toutes les images populaires de la piraterie, du coffre au trésor au perroquet sur l’épaule, du bandeau sur l’œil à la jambe de bois, du drapeau noir au tonneau de rhum, du pirate revanchard au survivant devenu presque fou.
 
Un extrait de L'île au trésor
Enlevé !, en revanche, est un peu moins connu, même si le nom de David Balfour fera peut-être tilt dans un coin de la mémoire de ceux qui ont, en leur jeunesse, dévoré des « romans d’aventure pour adolescents ». Ce roman-là méritant mieux que cette appellation un peu étriquée, je lui consacrerai un très prochain billet.
Cette adaptation en BD présente, dans cette édition-ci, une mise en couleurs dans des tons très doux.
 
Un extrait d'Enlevé !

Ces deux récits graphiques portent bien évidemment le style de Pratt à ses débuts, un crayonné avec des hachures parfois trop présentes à mon goût, encore du trait économe, voire dépouillé, qu’il acquerra au fil du temps. Mais cette édition n’en constitue pas moins un très beau livre, qui pourra plaire aux amateurs dix-huitièmistes, aux amateurs de BD, et aux amateurs d’aventures, tout simplement.
 
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Bien plus que du chiffon

 
Amateurs de poupées en plastique de piètre qualité habillées de polyester étincelant et mal coupé, passez votre chemin. A la Historical Figure Foundation (Fondation des figurines historiques), l’objectif est l’éducation à l’art et à l’histoire en passant par des figurines et des monologues créés par George S. Stuart. N’allez pas croire que je fais le malin en vous disant cela, je me contente de traduire à la volée un petit bout de la présentation publiée au bas de la page d’accueil du site.
 
Yolande de Polastron, duchesse de Polignac

La collection comprend plus de 400 figurines – je devrais peut-être écrire « mannequins » – évoquant diverses époques et divers pays. Il aurait été bien improbable qu’il n’y eût pas (petit clin d'œil à un président qui se pique d’imparfait du subjonctif pour qu’on évite de penser qu’il est inculte) de mannequins correspondant à notre dix-huitième siècle.
 
Samuel Adams, un des pères de
l’indépendance des États-Unis

Plusieurs groupes de ces mannequins comportent des figurines qui peuvent retenir notre attention. Par exemple :
- celui sur les personnalités de notre « Ancien Régime » français, sous les Bourbons ;
- celui sur les personnalités de la « Révolution américaine » ;
- celui sur la Russie des Romanov.

Cela dit, ne vous sentez surtout pas interdits de visiter l’ensemble des pages de la collection !

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Illustrations :
Yolande de Polastron, duchesse de Polignac
Samuel Adams, un des pères de l’indépendance des États-Unis

mardi 28 décembre 2010

Simplement essentiel


Amateurs de XVIIIe siècle et de style français, promenez-vous donc dans le blog Essence of Frenchness, l’essence du style français pour la décoration intérieure. Reconnaissons à l’auteur du blog son bon goût personnel et le bon goût des autres intérieurs ou extérieurs sur lesquels il guide notre regard, pour arpenter aussi bien l’île Saint-Louis à Paris que l’île de Ré, les collections privées ou celles des musées. Reconnaissons-lui aussi qu’il sait sortir des sentiers de la Frenchness pour des excursions de l’autre côté de l’Atlantique ou dans les calle de la Sérénissime. Un homme de goût, vous disais-je.



Est-il besoin que je précise que ce billet n’est pas un billet de « copinage » ? Certes, c’est un « membre » des salons de Monsieur de C., et la moindre des choses est que je me balade dans les blog des visiteurs assidus de ces salons. Mais mon conseil de visite est totalement sincère, et je ne touche aucune commission sur les visiteurs qui arriveront dans le blog Essence of Frenchness en arrivant d’ici !

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lundi 27 décembre 2010

Un crépuscule interrompu

 
Avec un rythme de parution qui est généralement d’un volume par an, une série de bande dessinée peut tenir son lecteur en haleine sur longue période. Et lorsque certains tomes se font attendre plus que de raison, l’impatience qui meuble habituellement l’attente se transforme en lassitude, en grogne, ou en dédain.
Que dire, alors, si la suite ne vient jamais ? Faut-il pester contre l’auteur fainéant ? Contre l’éditeur qui craint de prendre des risques ? Contre ceux qui n’ont pas acheté les premiers tomes au point que publier la suite n’était pas rentable pour l’éditeur ? Harceler le dessinateur ou le scénariste pour qu’il nous raconte au moins la fin de l’histoire, même sous forme d’un texte télégraphique, d’un scénario griffonné ? La suite, merde, LA SUITE !

Hum...
Respirons lentement, buvons frais.
Voilà, c’est déjà mieux.

Mais, quand même… Merde !

Après tout, rien ne m’oblige à faire semblant d’apprécier la frustration. Les papes vantent les mérites du coitus interruptus, mais, n’étant pas papiste, je m’accorde le droit de n’y trouver aucun plaisir, même pas quand l’affaire s’était engagée entre gens de talent et de bonne compagnie. En l’occurrence, c’est Stephen Desberg (scénario) et Henri Reculé (dessin) qui m’ont frustré aux deux tiers de la trilogie du Crépuscule des anges (éditions Casterman, 2 tomes, 1998 et 1999). Vous conviendrez qu’une trilogie dont on ne publie que deux tomes, ça tient de la promesse mensongère, de l’interruption fâcheuse. On peut même en venir à se dire qu’il aurait mieux valu ne pas lire du tout les deux premiers tomes, plutôt que d’être ainsi abandonné en plein plaisir. Desberg et Reculé, un duo d’« allumeurs papistes » ? Ah, la frustration m’égare, j’en tombe dans les attaques personnelles.
 
 

Il faut dire que j’ai apprécié les deux premier tomes, Poppéa (1998, ISBN 2-203-38917-6) et Le Maestro (1999, ISBN 2-203-38923-0). J’aime la finesse du trait de Reculé, ses mises en couleurs sombres dans les ombres et chaudes dans les lumières, la variété des plans et des angles de vue. Quant à l’histoire tissée par Desberg, elle contient ce qu’il faut de sentiments humains forts, l’espoir et le désespoir, la jalousie, l’envie, la force et la faiblesse pour que l’on s’attache au récit comme aux personnages.
 
 

Je me suis donc attaché à l’histoire de Poppéa, jeune cantatrice qui rêve qu’on lui accorde un premier rôle dans un des opéras du Mozart, comme ce Don Giovanni qui triomphe dans les théâtres. Est-elle trop rêveuse, pas assez armée pour affronter la cruauté du monde du théâtre, les appétits charnels et violents des hommes ? Pourra-t-elle trouver, de retour dans sa Toscane natale, auprès de son père, les conseils et les ressources intérieures qui feront d’elle une cantatrice capable d’habiter ses rôles ? Et quel est donc ce noir secret de famille qui… ?
Qui quoi ?
Eh bien, vous ne le saurez pas.
Non que je veuille garder ce secret pour moi. Mais parce qu’en l’entrevoyant, il vous tardera de savoir la suite. Et la suite, il n’y en a pas. Fichu troisième tome jamais publié !
 


Le duo Desberg et Reculé n’a pas abandonné ce Crépuscule des anges pour cause de séparation ; en effet, ces deux complices ont publié, par la suite, d’autres séries, comme Le cercle des sentinelles (1998-2000) ou Cassio (en cours depuis 2007). Mais je crains que cette trilogie dix-huitièmiste ne reste un concerto à jamais inachevé.

Pour la petite histoire : Desberg a mis ses talents de scénaristes au service d’une autre série d’inspiration très dix-huitièmiste, même si ce n’est pas directement « notre » dix-huitième siècle : la série best-seller Le scorpion, avec le très talentueux Marini. C’est d’ailleurs à Marini que Desberg avait tout d’abord proposé son scénario du Crépuscule des anges (source : une interview de Desberg pour ActuaBD).
 
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