mercredi 28 janvier 2009

Parenthèse d'autopromotion


Après être resté longtemps comme un chantier abandonné sitôt les premiers coups de pioche donnés, le club Série noire vient enfin d'ouvrir ses portes au public.

Il ne sera concurrent ni des salons de Monsieur de C, ni du carré de la goélette cortomaltesienne.

Ce sera un espace d'un autre genre, aux fauteuils de cuir et à l'ambiance tamisée, où l'on viendra se raconter d'horrifiques histoires de criminels et de justiciers, de femmes fatales et de détectives au menton carré.




Messieurs et dames y sont les bienvenus, et personne n'est obligé de déposer ses armes à l'entrée. Une seule règle s'applique : on n'y tire pas sur le pianiste.

* * * * *

lundi 26 janvier 2009

Un trésor de pacotille


Ayant bien apprécié Les ogres du Gange de Philippe Cavalier, c'est avec un a priori plutôt positif que j'abordais son premier roman de la série naissante Le marquis d'Orgèves : Le trésor des fils de France, tome 1 (éditions Anne Carriere, 2008, ISBN 978-2843374999).

Mal m'en a pris. Je reviens franchement déçu de ce voyage aventureux.

Certes, il y a dans ce roman tous les ingrédients des feuilletons de cape et d'épée. Des héros fins bretteurs, des adversaires machiavéliques, des femmes fatales ou en détresse, des coups d'épée et des coups de pistolets, des tavernes dangereuses et des palais qui ne le sont pas moins, des chevauchées endiablées, des échappées en carrosse ou en bateau.

Mais le roman en lui-même m'a promené entre ennui et mauvaise humeur.

Je n'ai rien trouvé pour m'accrocher à ce héros, ni pour le détester comme on peut en arriver à détester le personnage de Barry Lyndon. Ce marquis d'Orgèves est à la fois trop niais et trop calculateur pour que cela donne un personnage entier, intéressant.
Quant au récit, il m'a souvent conduit à bâiller. D'abord parce que les « grands secrets » partagés par une douzaine de personnages et transmis de génération en génération pendant des siècles sans que rien ou presque n'en filtre jamais sauf au moment du roman, je n'arrive plus à être assez crédule pour qu'une telle idée me transporte de plaisir à la lecture. J'ai l'impression d'avoir lu cela mille et une fois, et le « grand secret » que nous propose ici Philippe Cavalier arrive à jouer le tour de force d'être à la fois improbable et insipide.

Ensuite parce que le roman est tristement répétitif. Le héros identifie un de ses adversaires, l'approche, le trompe ou le torture, s'empare de son bout de secret, et doit s'enfuir parce qu'il n'a pas fait tout ça discrètement. Et il recommence au chapitre suivant. Et quand il n'est pas en train de ferrailler contre des fines lames qu'il arrive tout de même à vaincre, il trousse chambrières et nobles dames, jusqu'à l'impératrice de Russie. Sous la plume de Philippe Cavalier, le marquis d'Orgèves ne trousse pas, il « fout ». Au long du livre, il fout et refout, tant et si bien qu'à la fin, c'est moi qui m'en contrefous.

Le XVIIIe siècle de cape et d'épée vu par Philippe Cavalier, c'est un mauvais cocktail de Casanova, Fanfan la Tulipe et Donatien de Sade, c'est SAS en perruque poudrée.

Des œuvres de fiction mieux tissées que celle-là, j'en ai lu et vu plus d'une, dont j'ai déjà fait l'écho dans ces billets. Et d'autres billets me restent à écrire sur des romans ou des films de bien meilleure facture, lus ou à lire, vus ou à voir. Mais parmi ces romans à lire, il n'y aura certainement pas le tome 2 de cette saga.

Les fans de ce roman pourront m'agonir de mots peu tendres dans les commentaires de ce billet ou par courrier électronique. Je ne censure jamais les avis contraires aux miens, mes billets étant un espace où je privilégie la sincérité jusque dans sa subjectivité assumée.
(Les fans de SAS et de Gérard de Villiers peuvent aussi participer à la bagarre, mais je ne suis pas sûr qu'ils soient assidus de mes billets.)

Pour les plus vindicatifs, rendez-vous dans le pré, au petit matin. N'oubliez pas de vous faire accompagner de vos témoins.


* * * * *

Je n'aurais pas l'outrecuidance de relever, ici, la liste d'erreurs, plus ou moins vénielles, présentes dans le roman, le plus souvent sur des aspects techniques des armes à feu ou sur la dénomination de certaines armes. Les spécialistes les relèveront d'eux-mêmes, les profanes glisseront dessus sans s'en rendre compte.

* * * * *

dimanche 25 janvier 2009

Un grand Monsieur


Voici quelques semaines, j'attirais votre attention sur la sortie future d'une bande dessinée consacrée à un aventurier des Lumières, Saint-Germain, de Thierry Gloris (dessin) et J.-F. Bergeron (scénario) (éditions Glénat, 2009, ISBN 978-2-7234-6263-1). Aussitôt sorti cet album, je me suis rué vers ma librairie de BD préférée, l'ai acheté et me suis plongé dans sa lecture. Et ma réaction a été immédiate et sans appel :

RE-MAR-QUA-BLE !


Oui, un album remarquable.

D'abord par son aspect visuel, le premier qui me touche en BD. Un dessin fort bien maîtrisé, des cadrages dynamiques sans que la mise en page ne soit un casse-tête, une mise en couleurs riche, chatoyante, des personnages savoureux, de Saint-Germain à Louis XV, du maréchal de Saxe aux coupe-jarrets.

Puis par son langage. Peu de BD m'avaient régalé d'une telle langue, riche sans être ampoulée, jonglant de l'ironie à la séduction, revenant parfois à l'humour de la trivialité, intégrée au récit et non plaquée dessus. Un peu de la même cuvée que De cape et de crocs, d'Ayrolles et Masbou.

Enfin par le récit lui-même. Difficile d'en dire beaucoup sans dévoiler l'histoire. Qu'il me soit néanmoins permis de dire que les deux artistes, au dessin et au scénario, se sont appropriés cet étonnant personnage, pour le plonger dans une aventure alchimique et de cape et d'épée aux nombreux ressorts, dont les fils sont tirés par d'étonnants marionnettistes.

Cette année bd-esque 2009 commence, pour mon univers dix-huitièmiste, par une pièce superbe.

* * * * *


* * * * *

Des voeux de Lumières


Des travaux d'écriture m'ont quelque peu éloigné des salons de Monsieur de C. J'espère que mon hôte et ses autres invités n'en prendront pas ombrage, même si je leur dit que ces travaux d'écriture m'ont amené à me plonger dans un autre siècle que celui des Lumières, la période troublée des guerres de religion qui ont déchiré le royaume de France.

Me voici toutefois de retour ici, reprenant la plume à une date à laquelle, selon les usages communément admis, il est encore temps de présenter ses vœux. Recevez donc les miens, aimables lectrices et fidèles lecteurs, quel que soit le calendrier auquel vous vous reportez pour compter ces années.



Pour ma part, si je n'ai qu'un seul souhait à émettre, ce sera celui que les Lumières puissent, aujourd'hui encore et demain tout autant, chasser les obscurantismes et ouvrir la voie de la liberté des esprits.

* * * * *

dimanche 14 décembre 2008

Quand Maurice rêve


Une fois n'est pas coutume (mais ça pourrait le devenir), je publie un billet qui n'est pas entièrement de ma plume, mais qui vise à rendre plus visible une information donnée par un lecteur de ce blog, abdul666, dans un commentaire d'un de mes billets avec lequel il n'avait qu'un très lointain rapport.

"Le titre de ce billet me fournit un prétexte (bien mince, il est vrai: les étonnants qui y sont décrits) pourpartage ma joie de découvrir que les 'Rêveries' du Maréchal de Saxe ont été numérisées et mises en ligne par Google et par notre Bibliothèque Nationale.

Fascinant pour les amateurs d'Histoire Militaire au temps des 'Guerres en dentelles', étonnement moderne dans son contenu... mais aussi, il me semble, une intéressante curiosité pour tout amateur du 18ème siècle. Un texte agréable dans le français du temps, présenté avec l'orthographe ('o' au lieu de 'a' à l'imparfait) et la typographie ('f' pour 's') d'origine..." (abdul666)


Le titre complet de ces Rêveries est Mes rêveries. Ouvrage posthume de Maurice comte de Saxe, duc de Curlande et de Sémigalle, maréchal général des armées de Sa Majesté Trés-Chrétienne : augmenté d'une histoire abrégée de sa vie, & de différentes pièces qui y ont rapport, par monsieur l'abbé Pérau.

Je ne pouvais que relayer ce message d'abdul666 par un billet plus visible, tant ces Rêveries valent d'être découvertes par les curieux d'histoire militaire et, au-delà de ces mémoires, leur auteur lui-même, Maurice de Saxe (1696-1750.

Les lecteurs préférant le livre-papier au livre-pdf pourront trouver ces Rêveries aux éditions Economica (2002, ISBN 978-2717845280).

* * * * *

dimanche 7 décembre 2008

Une suite sous la lune


I
l y a un an environ, je vous donnais rendez-vous pour la sortie du deuxième tome de la série de BD Moonfleet, de Rodolphe et Hé, adaptation en dessins et bulles du roman de Falkner.

Ce deuxième tome, Le trésor de John le noir (éditions Robert Laffont, 2008, ISBN 978-2-221-10905-2) est sorti, et il confirme mes impression nées de la lecture du premier tome : un dessin classique mais agréable, un récit plaisant à lire.

Pas une révolution dans le monde de la BD, mais un bon divertissement.

* * * * *

samedi 6 décembre 2008

Le comte sera bientôt bon


B
ientôt, bientôt. Mi-janvier 2009, c'est-à-dire après-demain.

C'est à ce moment qu'arrivera sur les rayons de ma librairie de BD préférée le premier tome de Saint-Germain, de Thierry Gloris (scénario) et Jean-François « Djief » Bergeron (dessin) (éditions Glénat, collection Grafica, ISBN 9782723462631).



Je savoure d'avance le plaisir de découvrir en dessins et bulles les aventures du comte de Saint-Germain, étonnant personnage d'un XVIIIe siècle pourtant pas avare en raisons de s'étonner.

* * * * *

Quelques éléments complémentaires sur le site spécifique de cette BD, sur le blog du dessinateur et dans le forum de la Bédéthèque.


* * * * *

L'Encyclopedie sur une galette


J
'aurais probablement du mal à faire entrer dans ma bibliothèque personnelle, déjà bien chargée, la version originale de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, avec ses 17 volumes de textes, 5 volumes de suppléments, 2 volumes de tables analytiques et 11 volumes de planches.

J'en ai bien acheté quelques extraits en fac-simile, parce que pour moi le numérique ne peut pas remplacer totalement le papier, dans le plaisir à le manier.

Mais, pour ne pas me priver totalement de ce trésor qu'est aux yeux d'un amateur du XVIIIe siècle cette Encyclopédie, j'avais acheté, voici quelques années déjà, cette œuvre au format numérique, version CD-ROM (éditions Redon, 2000 ; nouvelle édition 2006).

Formidable outil pour qui aime se perdre dans les vagabondages, lecture au fil du texte ou saut du coq à l'âne, recherche par thème ou par mot-clé.

Une porte ouverte sur le XVIIIe siècle qui, malgré ses défauts (elle est incomplète ou en retard sur certaines connaissances de son temps) et parfois sa prudence (pour ne pas trop donner à la censure le bâton pour se faire battre), n'en est pas moins un extraordinaire reflet de ce temps des Lumières.

* * * * *

Monsieur l'abbé vu par un écrivain


T
rouvé ce matin sur l'étal d'un libraire-bouquiniste, l'ouvrage de Jean-Marie Rouart, Bernis, le cardinal des plaisirs (éditions Gallimard, 1998, ISBN 2-07-075264-X).

J'avais apprécié la préface de Rouart dans l'édition des Mémoires du cardinal de Bernis (Galliard, collection Le temps retrouvé), et j'étais curieux de voir ce que pouvait donner la biographie de cette personnalité éminente du XVIIIe siècle sous la plume non d'un historien mais d'un écrivain.
Je vous en dirai plus lorsque j'aurais lu ce livre.

* * * * *

Ce livre existe aussi en version de poche, chez Folio.

* * * * *

mercredi 26 novembre 2008

Le chien aboie et la caravane s'ensable


L
e roman de Patrick Bard, Le chien de Dieu (éditions Seuil, 2008, ISBN 9782020653770) m'a piégé par son thème. La rencontre du thriller et du roman historique dix-huitièmiste, sur fond de vieux secrets à l'haleine de soufre.
Je n'avais pas lu le polar La Frontière du même Patrick Bard, récompensé par plusieurs prix. Cela n'a donc pas été déterminant dans mon achat. Non, le déclic a vraiment été dans cette promesse de roman à suspense autour de la Bête du Gévaudan.

Arrivé au bout du voyage proposé par Patrick Bard, je me suis retrouvé comme un funambule en équilibre entre la figue et le raisin.

Toute la partie du récit ancrée en Margeride et en Gévaudan est passionnante. C'est quasiment du roman naturaliste, du récit ethnographique. Un voile levé sur la vie non seulement de ces paysans mais aussi de ces curés, de ces nobles qui, bien que vivant loin de la capitale, n'en essaient pas moins de grenouiller dans les allées du pouvoir. Rudesse d'un pays, rudesse des vies. Et, par-dessus tout ça, le fléau, la Bête. Ou les Bêtes, qui sait ? Fléau de Dieu, du Diable, ou des hommes ?

Mais la partie romaine, vaticane, ne m'a pas autant accroché. Loin s'en faut. La conspiration que l'on devine assez vite dans le récit (même si on n'a pas lu en grand détail la quatrième de couverture...) n'est pas vraiment convaincante. Je la trouve même plutôt en décalage avec le reste du récit. Comme si la mayonnaise n'arrivait pas bien à prendre entre le ton dur, presque cruel, des épisodes en Margeride, et cette conjuration un tantinet trop « roman feuilleton ».
Je suis amateur de thrillers « durs », et de romans-feuilletons de cape et d'épée. Mais j'ai du mal à avaler le mélange des deux.

Ce Chien de Dieu m'a donc mordu, mais il n'a pas réussi à me refiler la rage.

* * * * *

mardi 25 novembre 2008

Casanova, Fellini et Arte


V
ous ne l'avez pas encore vu ?

Vous l'avez raté le 24 novembre dernier ?

Il vous reste une chance de le voir : Arte difuse à nouveau le Casanova de Fellini le jeudi 27 novembre 2008 à 00h10 et le vendredi 5 décembre à 14h55.




N'hésitez pas à en lire la critique publiée sur cette page-là.

En attendant mon billet, que je vous promets de si longue date...

* * * * *

lundi 24 novembre 2008

Wolfgang mal logé ?


L
es tenants du Grand Architecte de l'Univers me pardonneront, je l'espère, le jeu de mots du titre de ce message. Pour autant que je sache, d'ailleurs, Mozart ne s'est jamais plaint de son initiation à la franc-maçonnerie en 1784.
Je le reconnais, ce titre était surtout destiné à attirer la curiosité. Me voici tombé dans la facilité du slogan publicitaire.

Mais je dois dire que c'est ce qui m'est vite venu à l'esprit en découvrant le boîtier d'un jeu vidéo pour PC, intitulé Mozart – Le dernier secret (Micro Application, 2008).

La présentation par l'éditeur me laisse la mauvaise impression que toute la trame ou presque est dévoilée dans leur communiqué :
1788, Mozart présente Don Giovanni à l'opéra de Prague. L’accueil est enthousiaste et rien n'aurait dû inquiéter le compositeur de génie... Mais rapidement, les événements qui secouent la capitale de Bohême vont le détourner de sa musique.... Une conspiration machiavélique est en cours pour détrôner Joseph II, empereur d'Autriche-Hongrie.

Les francs-maçons seront manipulés et serviront de boucs émissaires. Vous incarnez Mozart, qui, accusé à tort d'un crime, va se transformer pour quelques heures en l'un des plus grands détectives de l'histoire pour parvenir à déjouer l'attentat des conjurés de Prague.

Quand bien même le communiqué de l'éditeur n'en aurait pas fait mention, un œil un peu exercé n'aurait pas manqué de repérer que le A de Mozart, sur le boîtier, est directement construit sur le compas et l'équerre des Frères.

Je ne sais pas ce que vaut l'intrigue du jeu, et je ne peux qu'aiguiller les curieux vers certaines critiques disponibles sur la toile, comme celle publiée sur le site Eurogamer, qui attribue à ce jeu la note de 5/10.




Je me laisserai peut-être tenter par la curiosité, une fois que ce jeu glissera du rayon « nouveautés » au rayon « prix cassé ».

* * * * *

* * * * *

dimanche 23 novembre 2008

La Bête et une dose de kung-fu


S
ectateurs de l'orthodoxie, défenseurs acharnés du canon, ne dressez pas le poteau, n'apportez pas vos fagots, ce n'est pas l'heure du bûcher. Si j'ai ouvert mes salons à Casanova ou au chevalier de la Barre, et à des créations comme Le Scorpion, vous vous doutez bien que je ne vais pas capituler facilement devant ceux qui oseraient lever l'étendard du dogme.

Alors, ne vous étonnez pas si j'ose aujourd'hui consacrer un billet au Pacte des loups de Christophe Gans (2001).
J'avais attendu ce film avec impatience. Je me demandais en effet ce que pourrait être une histoire de Bête du Gévaudan revue par celui qui avait réalisé Crying Freeman.

Alors, qu'en dire, sept ans après l'avoir vu au cinéma, et l'avoir vu et revu en DVD ?
M'arrêter aux anachronismes dans certains costumes, dans certains faits historiques évoqués ? Déplorer l'intrusion des influences du cinéma de Hong-Kong dans les combats façon kung-fu et les mouvements de caméra au ralenti ? Je pourrais. Je pourrais mais je ne le ferai pas. Car en regardant ce film, j'en accepte, par avance, les écarts, les partis pris.

J'ai grandement apprécié ce film, très bien servi par des acteurs comme Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Jean Yanne ou encore Jean-François Stévenin, tissant un monde masculin de connivences et de servilités, de rancunes et de superstition, éclairé par de rares présences féminines comme celle d'Émilie Dequenne et de Monica Bellucci. J'en ai apprécié le rythme, l'esthétique. Les décors naturels, même s'ils sont ceux des Pyrénées et non de la Margeride ou du Gévaudan. J'en apprécie les longs manteaux ruisselants de pluie, comme un clin d'œil, en contrepoint, aux « cache-poussière » d'Il était une fois dans l'Ouest.
Je n'ai pas vraiment réussi à me laisser envahir par la crédulité du spectateur comblé devant cette confrérie, cette sorte de Lupus Dei (comme s'appelle parfois ce film) un peu trop grand-guignolesque à mon goût surtout du fait des décors dans lesquels elle se réunit et auxquels je n'arrive pas à croire. C'est probablement là le principal point qui me fait tiquer dans ce film.


Mais c'est là, dans son ensemble, un grand film populaire d'aventures pleines de bruit et de fureur, comme aurait dit le grand William S., qui a repris à son compte un mythe de notre Histoire, pour raconter sa propre histoire.

* * * * *

samedi 22 novembre 2008

Un voyage et des ombres


L
a plume de Pierre Pelot m'est familière depuis que je l'avais découverte dans des romans de science-fiction aux titres aussi surprenants que Le chien courait sur l'autoroute en criant son nom ou Mais si les papillons trichent. Puis je l'ai suivi sur d'autres chemins d'écriture, comme son épopée poignante C'est ainsi que les hommes vivent.

C'est donc avec un a priori plutôt positif que je me suis laissé inviter à L'ombre des voyageuses (Editions Héloïse d'Ormesson, 2006, ISBN 2-35087-026-X). J'ai été alléché par la promesse d'un roman sur lequel souffle un vent d'aventures, de tragédie, avec en son centre un personnage féminin fort.

A la fin du voyage, me voici mi-figue mi-raisin.

La langue de Pelot, âpre et puissante, m'a soulevé de ses mots, dont certains m'étaient inconnus, me faisant voyager dans les dictionnaires et dans mes propres connaissances ou imaginations. Elle m'a fait ressentir pleinement les paysages et les gens des Vosges, en ce milieu du XVIIIe siècle, la vie dure, les rivalités paysannes, les compromissions.

Mais je suis resté sur ma faim dans certains épisodes, dans un récit un peu en accordéon, très détaillé à certains moments et traversé en fulgurance à d'autres moments. Avec l'envie de lui dire « Pas si vite, Pierre, prends le temps de me raconter ça ».

Cependant, je ne boude pas mon plaisir d'ensemble. C'est ma gourmandise qui parle quand je dis que je n'en ai pas eu assez. Alors, en grand format ou en format de poche, pourquoi ne pas, à votre tour, vous embarquer pour ce voyage ?

* * * * *

vendredi 21 novembre 2008

Le venin du Scorpion


J
e ne suis pas un gardien de l'orthodoxie dix-huitièmiste, et ces salons sont ouverts à des sujets, des créations qui ne respectent pas le dogme, la Vérité (pour autant qu'il y en ait une).

C'est donc sans fausse honte que j'invite ici Le Scorpion, la création d'Enrico Marini (dessin) et Stephen Desberg (auteur), aux éditions Dargaud (8 tomes à ce jour).

Dans la Rome d'un XVIIIe siècle qui n'est pas tout à fait le nôtre, un homme portant une curieuse marque de naissance en forme de scorpion, vient bousculer les plans machiavéliques, les alliances et les conflits, des « grandes familles » qui se sont arrogé le droit de se partager le pouvoir et les richesses du monde.

Le graphisme est impressionnant de dynamisme, de cadrages cinématographiques, de couleurs soutenues tant dans le clair que dans le sombre. Le récit est dense, sans temps mort, pleins de rebondissements, nourri de sombres comploteurs, de femmes lumineuses ou dangereuses. Des aventures de cape et d'épée dans la tradition du genre, avec de l'action à chaque page et des personnages frisant la caricature.

Au point que, par moment, le talent du dessin et du récit se laisse prendre au piège de la surenchère. Pourtant bon public et friand de ce genre de BD, j'en suis arrivé, dans certains tomes, à me dire « là, c'est un peu trop pour moi ». Mais, par la suite, les deux créateurs me semblent être revenus à plus de maîtrise, moins d'étalage de talent et, sans tomber dans l'austérité qui aurait été contraire à l'esprit de ce genre d'aventures, avoir retrouvé un ton plus juste, donnant même plus de profondeur aux personnages principaux.

Les six premiers tomes forment un cycle complet. Les deux suivants ouvrent un nouveau cycle. Alors, si vous n'avez pas encore fait connaissance du Scorpion et que vous appréciez le grand spectacle de cape et d'épée dix-huitièmiste, vous voilà devant une œuvre qui n'attend que vous.

Les fans de la série, eux, pourront aller plus loin dans la connaissance des secrets de leur héros avec le hors-série Le procès Scorpion. Textes complémentaires, dessins qui n'étaient pas parus dans les albums (hors tirages de tête), voilà de quoi satisfaire les plus curieux.


* * * * *

N'hésitez pas à visiter le site de la série.

* * * * *

jeudi 20 novembre 2008

La grande classe équestre


F
rançois Robichon de La Guérinière.

Un nom qui sonne comme une évidence aux oreilles des amateurs d'équitation classique. Un écuyer qui a porté au pinacle la légèreté, l'harmonie.


Les éditions Belin ont publié deux ouvrages autour La Guérinière et de son traité L'école de cavalerie.





L'un en 2000, sous la direction de Patrice Franchet d'Espérey (ISBN 9782701128436), rassemblant, en deux volumes, d'une part les actes du colloque tenu le 14 juillet 2000 à l'École nationale d'équitation et, d'autre part, le fac-similé intégral de L'école de cavalerie de 1733.




L'autre en 2002, sous la plume de Marion Scali (ISBN 978-2-7011-3325-6), nous fait comprendre le traité L'école de cavalerie, en le remettant en perspective dans son temps, et en faisant commenter les grands principes de La Guérinière par de grands cavaliers d'aujourd'hui.






Deux portes d'entrée pour découvrir un monde d'élégance, de maîtrise, de respect. En un mot, la justesse.

* * * * *

mercredi 19 novembre 2008

Du côté du Levant


C
hébec, tartane, felouque, demi-galère. Des noms de navires peut-être moins familiers que vaisseau, frégate, cotre. Tout au moins pour ceux tournés vers les questions maritimes atlantiques, vers le Ponant.
Pour ma part, c'est bien vers les espaces atlantiques que mon regard s'était principalement tourné. D'abord par proximité géographique, puisque la côte basque est tournée vers l'Atlantique. Ensuite parce que mes premières lectures ont été imprégnées de l'histoire des ports français atlantiques. Si j'étais né à Toulon ou Marseille, mon imprégnation aurait été différente. Mais mon héritage culturel est bien atlantique.
Ma curiosité pour la maritimité méditerranéenne est d'abord née dans mon intérêt pour l'archéologie sous-marine. Et c'est par la marine et les ports antiques que j'ai commencé à découvrir la Mare nostrum. Et j'avais envie d'en savoir plus sur la marine méditerranéenne du XVIIIe siècle.

Modèle naval réalisé par Olivier Bello - photographié par Karl Durupt


J'ai donc profité de trouver, sur l'étalage d'un bouquiniste avec qui je commence à nouer des relations livresques intéressantes, l'ouvrage de Jean Boudriot et Hubert Berti, Chébecs et bâtiments méditerranéens – Le Requin – 1750 (Éditions Ancre, Collection archéologique navale française, 1987).
Le livre était en très bon état, et à moins de moitié prix que le neuf. Je n'allais donc pas me priver. L'ouvrage brosse un portait de famille de ces bateaux méditerranéens, avant d'approfondir le portrait de l'un d'eux, Le Requin, un chébec de la marine royale construit en 1750-1751 et retiré du service vingt ans plus tard.
La monographie de ce chébec fit une large place à la réalisation d'un modèle réduit, comme tous les livres de cette collection archéologique navale. Je ne suis pas un modéliste naval assez doué pour profiter pleinement de cette richesse document et de ces plans détaillés, mais ça ne m'empêche pas de m'y plonger avec gourmandise.

Le prix de l'ouvrage en fait un livre qui n'est pas destiné au grand public, au simple curieux. Mais pour les passionnés, il y a là de quoi être pleinement satisfait.

* * * * *

La fiche de présentation de l'ouvrage est à consulter sur le site de l'éditeur.

Le modèle naval dont la photographie est portée dans l'article est présenté sur cette page-là.


* * * * *

mardi 18 novembre 2008

Est-ce grave, docteur ?


D
ans un forum dix-huitièmiste où je traîne fréquemment mes guêtres ou mes chaussures à boucle , mon attention avait été attirée sur l'ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8).

Il m'arrive de me méfier de la présentation des ouvrages par les éditeurs, parfois dithyrambiques. Mais je reconnais que celle-ci correspond bien à l'esprit et à la lettre de l'ouvrage :

Giacomo Casanova, insaisissable comme le mercure des alchimistes et des médecins d’antan, est aussi notre mercure messager du temps des Lumières. Il a traversé l’Europe en vibrionnant des milles feux de sa fantaisie. De ses voyages, il a laissé un témoignage au monde, un chef d’œuvre de la littérature : ses Mémoires. La médecine y tient une place à part. Passionné par ce domaine, ayant rencontré de nombreux médecins, lui-même parfois thérapeute de fortune, malade souvent, il observa avec assiduité les maux de ses contemporains. La médecine qu’il nous représente est celle de la vie quotidienne, celle des espoirs et des croyances, celle qui accompagne tout un chacun de la première à la dernière seconde de son existence. De ce point de vue-là, les choses ont un peu changé, malgré les progrès techniques. Le voyage de Casanova n’est-il pas aussi le nôtre…

Le livre n'est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C'est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l'époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives.

Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n'ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d'un grand didactisme. Une belle réussite, donc. Et un grand merci au forumiste de La passion XVIIIe qui avait éveillé ma curiosité à ce sujet.

* * * * *

Fiche de l'ouvrage sur le site de l'éditeur.

* * * * *

lundi 17 novembre 2008

Cartouche dans la poche


J
'avais déjà signalé, dans un billet, les romans consacrés par Michel Peyramaure à deux bandits célèbres du XVIIIe siècle français, Cartouche et Mandrin.

Celui sur Cartouche vient de faire l'objet d'une édition de poche (Pocket, 2008, ISBN 978-2-266-16874-8).

Vous auriez tort de vous priver, car ce roman n'est pas du vol.


* * * * *

Fiche du livre sur le site de l'éditeur

* * * * *

dimanche 16 novembre 2008

Eon et Saint-George sur les planches


J
e ne suis pas grand connaisseur de théâtre contemporain. Par fainéantise d'esprit, peut-être. Par manque d'information aussi, peut-être.
C'est donc avec retard que j'ai appris, par l'intermédiaire d'un blog destiné, selon ses propres mots, aux antillo-guyanais de Paris, l'existence d'une pièce d'Alain Foix mettant en scène deux chevaliers qui ont le place dans mes billets : le chevalier d'Eon et le chevalier de Saint-George.



Je suis tout particulièrement curieux de découvrir ce Duel d'ombres, présenté à Avignon en juillet 2008, texte en alexandrins sur des musiques du chevalier de Saint-George.

* * * * *

Pour plus de détails : interviews d'Alain Foix ici et là.

* * * * *