dimanche 30 août 2009

Casanova tire le rideau


C'est par l'intermédiaire de très belles photographies de Marlène Gélineau Payette d'une représentation de cette pièce que j'ai découvert La fin de Casanova, de Marina Tsvetaïeva.

Photographie de Marlène Gélineau Payette

Poétesse russe du début du XXe siècle, contemporaine d'Osip Mandelstam et de Boris Pasternak qui lui vouaient une grande admiration, et attachée aux œuvres d'Edmond Rostand, de Rainer Maria Rilke ou Sergueï Aksakov, Marina Tsvetaïeva a contribué au renouveau de la poésie russe dans ces années-là. Frappée par un destin tragique, dans le tourbillon de la révolution russe et dans ses malheurs personnels (son mari parti combattre dans l'armée russe blanche, sa fille morte de faim), elle quitte notre monde par le suicide en 1941, à 49 ans.

Une pièce très touchante. En cette symbolique dernière heure de 1799, frontière entre le XVIIIe siècle finissant et le XIXe siècle naissant, Giacomo Casanova, aventurier finissant, lui aussi, s'apprête à franchir la frontière entre le monde des vivants et celui des morts. C'est par licence poétique que Marina Tsvetaïeva a gardé Casanova vivant jusqu'en 1799, puisque le « vrai » est décédé en juin 1798.
En cette soirée du 31 décembre 1799, un monde s'achève, et Casanova tire le rideau sur sa vie, et en particulier sur son amour pour les femmes, sur ses amours, en jetant au feu toutes ces lettres d'amour qui le raccrochent encore symboliquement à ce qu'il a été, à la vie, tout simplement. Lui qui a voyagé dans toute l'Europe, lui dont la vitalité, le charme et l'ingéniosité lui ont ouvert les portes des palais et des cœurs, n'est plus qu'un vieux bibliothécaire dans un château presque quelconque de Bohême. Mais la flamboyance de ce feu mêle intimement la fin et la vie.
Alors que Casanova tisse ainsi, dans sa solitude, une paradoxale toile de souvenir et d'oubli, une jeune fille vient jouer les intruses, en lui déclarant son amour. Est-ce une intruse bien réelle ou une dernière divagation de l'esprit de Casanova ? Qui sait ? Et, d'ailleurs, qu'importe ? Voilà l'occasion d'un dernier amour, avant la dernière séparation. Un dernier pas vers un absolu impossible à atteindre. Un dernier pas, en fait, vers une réalité limitée par les règles du possible.

Mes souvenirs de russe scolaire sont trop loin pour me permettre de lire Marina Tsvetaïeva, mais je pense que sa langue doit donner une dimension supplémentaire à cette pièce. Le texte de la pièce peut être trouvé en langue française sous le titre Le Phénix ou La fin de Casanova (éditions Clémence Hiver, 2002, ISBN 9782905471376 ; traduction du russe par Nicolas Struve, Zéno Bianu et Tonia Galievsky).

Œuvre à la fois poétique et dramatique, de dit et de non-dit, de réel et de songe, de refus et d'acceptation, cette Fin de Casanova est particulièrement touchante. A recommander aux amateurs de Casanova et aux amateurs de théâtre et de poésie.


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  • Pour une analyse plus profonde de cette pièce, vous pouvez vous reporter au très intéressant dossier publié sur le site du Centre national des arts du Canada (document au format PDF).

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3 commentaires:

Gilles Monplaisir a dit…

Merci pour cette information. j'ignorais totalement l'existence de cette pièce.

Monsieur de C a dit…

Je ne l'ai découverte moi-même que très fortuitement, comme je l'ai dit dans mon billet, en flânant sur le net à la recherche de sites de photographes.

J'ai souhaité partager cette découverte avec les lecteurs de mes billets.

Véra S. a dit…

Encore merci à Gilles pour cette découverte. D'autant plus que les noms évoqués dans ce billet me sont agréablement familiers. Gabriel Matzneff oblige, et vive Nicolas L. !
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