vendredi 19 octobre 2012

Les écrans de Fanny Hill

Le roman de John Cleland, Fanny Hill (1748), auquel j’ai consacré un précédent billet, a été porté à l’écran – grand et petit – à plusieurs reprises, avec plus ou moins de bon goût.

Je commence par vous épargner des commentaires sur la dizaine de films, en particulier dans les années 1960 et 1970, dont une Fanny Hill est le personnage-prétexte, et dont les titres laissent présager qu’il ne s’agit pas de grands moments du cinéma. Ou alors, c’est du génie caché derrière des titres maladroits, comme Fanny Hill Meets Dr. Erotico (1969) de Barry Mahon, ou le très prometteur, également, Jorden runt med Fanny Hill (1974 ; en français La cavaleuse au corps chaud, pas moins !) de Mac Ahlberg.


Point de XVIIIe siècle à l’horizon, le seul 18 de ces films devant être celui en-dessous duquel il était interdit de les regarder… mais au-dessus duquel il faut vraiment n’avoir que ça en filmothèque pour les regarder.


En 1964, c’est Russ Meyer qui livre sa version de Fanny Hill avec, dans le rôle-titre, Letícia Román (née Letizia Novarese), dont la filmographie est composée, en majeure partie, d’œuvres plutôt oubliables, voire oubliées. L’étonnant, dans cette version, dont la trame n’est qu’assez lointainement inspiré du roman, c’est que Russ Meyer, qui deviendra le pape de la poitrine exubérante, l’archimandrite des décolletés plus qu’opulents, le grand mufti de la starlette mamelue, réalise ici un film qui n’arrive pas à être érotique. Ni même comique, ou alors à un tel « degré » de comique qu’il passe à des lieux de mon esprit. Quant à ceux qui seraient curieux de la façon dont le XVIIIe siècle y est représenté, je leur répondrais que c’est à peu près n’importe quoi, à moins de considérer que la deuxième moitié du XIXe siècle est une approximation pas trop mauvaise du XVIIIe siècle.


L’adaptation par Gerry O’Hara, Fanny Hill (1983), est plus fidèle à l’esprit et au temps du roman. Gerry O’Hara a été l’assistant-réalisateur de quelques bons – voire très bons – films comme Our Man in Havana / Notre agent à La Havane (1959) de Carol Reed, ou Term of Trial / Le verdict (1962), de Peter Glenville. Et surtout d’un film que les amateurs du XVIIIe siècle et de l’esprit libertin ne peuvent ignorer : Tom Jones / Tom Jones: de l’alcôve à la potence (1963), de Tony Richardson (je consacrerai un prochain billet à ce Tom Jones, soit dit en passant). Ce Fanny Hill n’est pas du grand cinéma, mais il plane tout de même quelques lieues au-dessus de celui de Russ Meyer.



Le Fanny Hill (1995) de Valentine Palmer, est de son côté, son unique réalisation, lui qui a été l’acteur épisodique d’une quinzaine de films en trente ans, et qui incarne Mr. Norbet dans son adaptation du roman de Cleland. Adaptation mièvre, avec cette (non-)qualité d’image que donne la vidéo de téléfilm. Bref, un de ces films érotiques donnant l’impression d’être tournés à la chaîne et diffusés à la chaîne, également, en troisième partie de soirée sur la TNT. Plutôt que de veiller tard pour regarder ce navet, veillez tard pour lire le roman !


Il faut attendre que la BBC s’empare du roman de Cleland et en tire le téléfilm en deux parties Fanny Hill (2007), réalisé par James Hawes (à qui l’on doit aussi certains épisodes de la série Merlin, par exemple), pour que cette œuvre trouve une adaptation de qualité. L’apport du scénariste Andrew Davies n’y est pas pour rien, lui qui avait été scénariste, entre autres, du Tailor of Panama / Le tailleur de Panama (2001) de John Boorman, savoureuse adaptation du nom moins savoureux roman de John Le Carré, ou de la série Sense & Sensibility / Raison et sentiments (2008), d’après Jane Austen. Andrew Davies a su adapter le roman de Cleland sans tomber dans l’indélicatesse (j’imagine que la BBC veillait au grain, aussi!), comme il avait su peindre avec délicatesse l’histoire amoureuse entre deux femmes dans Tipping The Velvet (2002, 3 épisodes). Une adaptation portée, aussi, par le charme de Rebecca Knight, dont Fanny était le premier « grand rôle » rôle en dehors de quelques courts-métrages tournés en 2006 et 2007

Vous l’avez compris, des différentes adaptations de Memoirs of a Woman of Pleasure / Fanny Hill, c’est bien la plus récente qui est la plus intéressante, tant pour son fond, respectueux du roman sans tomber dans le graveleux, que pour son esthétique.


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J'ai publié un billet complémentaire, sur des adaptations de ce roman en bandes dessinées.

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Une autre Fanny


Il y a des gens qu’un séjour en prison pousse à écrire. Pour John Cleland, ce sont les dettes qui l’on conduit à être enfermé dans la célèbre prison londonienne des bords de la rivière Fleet en 1748. Et ce séjour ne lui a pas inspiré des pages autobiographiques, ou un pamphlet contre l’horreur des geôles anglaises. Non. Il y a écrit Memoirs of a Woman of Pleasure / La fille de Joye (puis Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir, un ouvrage qui lui a valu presque immédiatement, comme à son éditeur et son imprimeur, un procès et une interdiction d’être publié dans son intégralité. L’interdiction a duré plus de deux siècles (la version non censurée ne sera autorisée qu’en 1970 au Royaume-Uni !), mais, en parallèle de l’édition expurgée autorisée, des versions intégrales se sont vendues sous le manteau.


Comme quoi, une carrière dans la Compagnie britannique des Indes orientales – l’East India Company, que d’aucuns qualifiaient d’Honorable – et un séjour à Bombay, de 1728 à 1740, peuvent ouvrir la vie d’un homme sur des horizons particulièrement inattendus. Y compris des horizons peu honorables aux yeux de certains de ses contemporains.

Les écrits de Cleland qui suivirent ces mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir, sont tombés dans l’oubli. Qui oserait, en effet, prétendre qu’il se souvient de ses pièces (jamais produites, il est vrai) comme sa tragédie Titus Vespasian, de son roman The Woman of Honour, ou de ses divers travaux philologiques ou poétiques ? Une œuvre pour laquelle la Couronne lui versait une pension annuelle de cent livres en échange de laquelle il s’était engagé à ne plus rien écrire d’obscène. Cent livres annuelles en salaire de l’oubli.

Mais Fanny Hill ou les mémoires d’une femme de plaisir ont survécu à ce salaire de la censure.

La Fanny de John Cleland est bien loin de la Fanny de Marcel Pagnol. Roman d’initiation, miroir probable des fantasmes de son auteur, portrait cru et, parfois, non dénué d’un humour peut-être involontaire, ces Mémoires d’une femme de plaisir peignent le chemin qui conduit la petite orpheline jusqu’à son élévation sociale en passant par les lits de bordels et des gentlemen. Un récit qui mêle les confessions de Fanny Hill (c’est elle dont Cleland a fait la narratrice) et celles de ses compagnes aux plaisirs tarifés, sur un ton le plus souvent clinique, sans jugement moral sur soi-même ou les autres, dans un contraste de naïveté et de savoir-faire envers les hommes, tant sur leur corps que sur leur esprit.



Le portrait que brosse, par les mots de Cleland, Fanny Hill des maquerelles qui « l’éduquent » est assez surprenant, parfois préceptrices, parfois professeurs de vertu ou, à tout le moins, de savoir-être, jamais vraiment répugnantes. Le cheminement de Fanny Hill, d’ailleurs, même s’il passe par des voies qu’elle n’a pas vraiment choisies, n’est pas une descente aux enfers comme on peut en trouver chez Sade. Même les clients de Fanny Hill et de ses « collègues » semblent se cantonner à des désirs et des pratiques assez communes. Il semble pourtant, au détour de certaines scènes, comme les dépucelages « difficiles » de Fanny ou de ces collègues, qu’une pointe de sadisme – certes, contenue – n’est pas tout à fait absente des pensées fantasmatiques de l’auteur, même si elle ne transparaît pas dans ses mots.


Même l’environnement dans lequel progresse Fanny Hill est loin d’être sordide. Ainsi, ses appartements successifs, un peu moins modestes chaque fois que sa petite fortune augmente.
Quant à la fin du livre, comment la qualifier autrement que de fin heureuse, le genre de happy end si cher aux scénaristes convenus d’Hollywood ? Fanny Hill retrouve son premier amant, l’épouse, et fonde avec lui une famille nombreuse et heureuse !
John Cleland se révèle donc plutôt un « peintre » libertin et, à sa manière, élégant, qu’un pornographe de la déchéance. Il peint riches et pauvres dans leurs comportements, leurs soupers, leurs vêtements, avec un souci du détail qui n’est pas sans rappeler les scènes de Hogarth.

 
Je ne saurais dire, en revanche, si Cleland est un bon peintre du désir féminin. J’imagine sans mal que prêter ses mots à une narratrice est, pour un auteur masculin, un exercice périlleux ; et que le péril n’en est que plus grand dans le cas d’un roman libertin, quand il s’agit d’évoquer, sans détour, les désirs et plaisirs des femmes, vu de l’intérieur, si j’ose dire. Un avis de lectrice(s) serait donc le bienvenu, en contrepoint du mien !

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Au fil du temps, ce roman a fait l’objet de nombreuses éditions, avec ou sans illustrations. Parmi les éditions « récentes » (récentes, au moins, par rapport à l’édition originale), certaines ont reçu des illustrations de couverture d’assez bon aloi, et d’autres ont plutôt sombré dans le graveleux.



La plus élégante me semble être celle chez Actes Sud, collection Babel (la première dans ce billet).

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Ces Memoirs of a Woman of Pleasure ont fait l’objet de plusieurs adaptations au cinéma, à la télévision et en bande dessinée. Je dis quelques mots de certaines d’entre elles dans un billet ciné-télé et dans un billet BD.


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Histoire de mille vies

« Histoire de ma vie »...
Quoi de plus simple et de plus ambitieux à la fois, pour donner un titre à des mémoires ? C’est le choix que fait Jacques Casanova de Seingalt, lorsqu’au crépuscule de sa vie, il couche sur le papier ce récit de ses années d’homme-kaléidoscope : aventurier, séducteur, polémiste, kabbaliste, ou encore organisateur de loterie. Réduire Casanova à l’image réductrice d’homme à femmes qui colle à son habit, c’est oublier, voire dénigrer, toutes les autres facettes de ce personnage si représentatif d’une partie de son siècle.



Avec cette Histoire de ma vie, nous sommes bien loin des pathétiques autobiographies et auto-fictions (un genre proche de l’onanisme) dont essaient de nous abreuver certains auteurs d’aujourd’hui : journalistes qui pensent que, parce qu’ils mangent les miettes à la table des présidents, rêvent que leurs scribouillages sont dignes des Mémoires de Saint-Simon ; éditrices qui jettent leur vie sexuelle sur la place en pensant que cela va passionner les foules ; post-ados au QI de bulot et sans talent artistique propulsés au sommet des ventes de disques et qui publient, alors qu’ils n’ont pas vingt ans, des feuilles d’un vide sidéral écrites sous leur nom par un pisse-copie à solde ; ou même un ancien chef de l’État, qui aurait dû raccrocher la plume à jamais, et qui s’invente – pour se donner des frissons ? – une romance pimentée avec une princesse morte (enfin, avant sa mort à elle, bien sûr ; je n’accuse pas l’ex-président de nécrophilie), piètre auteur pour lequel une Académie, qui vaut quand même mieux que ça, s’est ridiculisée en l’accueillant sous sa coupole.

Au contraire, s’embarquer dans la lecture des mémoires de Giacomo Casanova, c’est le suivre dans ses aventures, ses voyages, ses rencontres. Joueur, soldat, violoniste de théâtre, auteur dramatique, secrétaire d’ambassade, voilà bien des visages, souvent méconnus, de Casanova. C’est plonger dans une langue riche, roulante, un français teinté d’italianismes qui lui donnent encore plus de charme.



Casanova n’écrit pas sa biographie, il n’écrit pas sa vie, mais une histoire de sa vie. Peut-être est-ce la vie qu’il a eue, et peut-être pas. Peut-être un peu de la vie qu’il a eue et un peu de la vie qu’il aurait aimé avoir. Ou peut-être un peu de la vie de la manière dont il se souvient – ou croit se souvenir – l’avoir vécue. Il raconte ses hauts et ses bas, ses réussites et ses échecs, ses conquêtes sensuelles et ses déceptions amoureuses. Lui, le fils de comédiens, ne veut pas rester mêlé aux pouilleux, mais il sait que si les grands l’acceptent parfois à sa table, quand il arrive à profiter de leur crédulité ou de leur générosité, il ne sera jamais l’un d’eux.



Casanova n’est pas un révolutionnaire. Il est un homme de son temps, de cet « Ancien régime » qu’il verra s’effondrer, de loin, en France, au moment où il entame la rédaction de son Histoire de ma vie. C’est parce qu’il peut vivre au crochet de plus riches, de plus nobles, qu’il peut porter de la soie aujourd’hui, alors qu’il portait de l’étoffe grossière hier. Mais il sait que demain, il sera peut-être obligé de fuir, démasqué, poursuivi. Mais, ce qui lui importe, c’est que son étoile soit pleinement brillante aujourd’hui, même si c’est pour une courte durée ; il sait que viendra un autre moment où son éclat sera à nouveau souriant. Il est voyageur par choix et par force, au gré de ses projets et de ses fuites.


Individualiste, il ne se bat pas pour la liberté d’un peuple dans lequel il ne se reconnaît pas, dans lequel il ne veut pas, il ne veut plus être. Mais il n’est pourtant pas égoïste, partageant les plaisirs plutôt que les prenant pour lui seul, que ce soit à table ou dans les boudoirs. Rien à voir, donc, avec les séducteurs-prédateurs comme un Valmont ou un Don Giovanni.
Péripéties voluptueuses ou cruelles, toujours en mouvement, Casanova se met en scène. Et quelle scène : une grande partie de l’Europe !, et avec quels autres acteurs : des comédiennes de théâtres au prince de Ligne, de la marquise d’Urfé, férue d’ésotérisme, à Lorenzo da Ponte, librettiste de Mozart.


L’Histoire de ma vie, c’est l’Odyssée au XVIIIe siècle. Deux aventuriers qui parcourent « leur » monde en utilisant la ruse plutôt que la force, charmant ici, bernant là, poussant leur propre bonne fortune sans attendre que les autres la leur offrent. Ne perdez pas votre temps à vous demander ce qui est vrai ou inventé ; laissez-vous emporter par les mots et les rebondissements, pour plus de mille pages.



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Les éditions des mémoires de Casanova ne manquent pas. En première approche, quelques informations sur les différentes éditions des Mémoires sont présentées dans la page qui leur est consacrée sur Wikipedia.



Pour les découvrir en détail, en intégralité, sous sa propre plume, sans se ruiner, tout en profitant du regard critique de spécialistes du personnage et de son temps, une seule édition est à retenir : celle, basée sur le manuscrit original intégral et complétée de textes inédits, parue en coffret de 3 tomes (éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1993, ISBN 2-221-06520-4). De la préface écrite par Francis Lacassin, je retiendrai surtout ces mots-ci : « Pour les mortels, la vie est un combat, pour les poètes, un voyage ; pour le Vénitien Giacomo Casanova – autoproclamé chevalier de Seingalt – elle est encore un festin où il trouve toujours sa place, un jeu ininterrompu, prétexte à un éternel défi. »



Mais, cette édition « Laffont-Bouquins », aussi fidèle et riche soit-elle, reste sous la forme de livres un peu quelconques, en papier bible et couverture souple. Alors, le casanovaphile ou l’amateur de beaux livres – qui peut, d’ailleurs, être l’un et l’autre à la fois – peut aussi mettre la main sur des éditions moins complètes, voire réécrites par rapport à l’original par des éditeurs peu scrupuleux, pour le plaisir de disposer d’une édition bien illustrée.

Ainsi, l’édition dite « de la Sirène », en douze tomes, publiée de 1924 à 1935, aux éditions de la Sirène, avec ses couvertures en cuir fin, ses illustrations en pleine page sous serpentes, ses gravures hors-texte et dans le texte, ses notes abondantes.
Ainsi, aussi, l’édition de Javal & Bourdeaux (1931-1932), remarquablement illustrée par environ 200 aquarelles du peintre français Auguste Leroux, dont une partie est trouvable sous forme de reproductions.



Ainsi l’édition d’extraits de ces Mémoires (éditions Gibert Jeune, 1950) en deux volumes, illustrée de 32 hors-texte, de nombreux in-texte, par Brunelleschi, édition tirée sur vélin de Condat et en tirage limité à trois mille exemplaires, tous numérotés. On peut regretter que les illustrations aient, dans leur très grande majorité, un penchant vers la grivoiserie (sans pour autant que cela tombe dans la vulgarité ou la pornographie). Mais force est de reconnaître que le trait et les mises en couleurs de Brunelleschi sont empreints de finesse et de délicatesse. C’est donc, là, une édition très plaisante.



Par ailleurs, certains extraits de l’Histoire de ma vie ont fait l’objet d’éditions très particulières.

L’ouvrage de Didier Kihli-Sagola, La comédie médicale de Giacomo Casanova (édition Thélès, 2005, ISBN 2-84776-420-8 ; fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur) n’est pas simplement une compilation des extraits des mémoires de Casanova ayant trait à la médecine, aux maladies et aux remèdes. C’est une mise en perspective par rapport aux connaissances médicales et usages de l’époque, et un éclairage par rapport aux réalités cliniques et curatives. Même si vos connaissances médicales sont squelettiques, n’ayez pas peur de vous plonger dans cet ouvrage passionnant, car son auteur fait preuve d’un grand didactisme.



Quant au livre Fragments de Mémoires, de Casanova et Brody Neuenschwander (éditions Alternatives, 2005, ISBN 2-86227-432-1, fiche du livre sur le site de l’éditeur), il a été un de mes coups de cœur graphique. Il est constitué d’extraits des Mémoires de Casanova, sur les pages de gauche, et des travaux graphiques (calligraphies, collages, etc.) sur les pages de droite. Un exercice audacieux, original, qui ne laisse pas indifférent : on adore ou on déteste. Moi, j’adore !



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Défis. Ce billet répond aux défis suivants :


Des défis aux saveurs parfois dix-huitiémistes


J’ai ouvert, il y a quelques semaines, un blog voisin, Un air de défi, pour y publier des articles relevant de divers défis littéraires lancés dans la blogosphère.

Plusieurs de ces défis m’inspirent des billets liés au XVIIIe siècle.Je publierai dans ce blog-ci les billets dix-huitiémistes de ces défis, pour les offrir à la lecture des habitués et visiteurs de passage dans les salons de Monsieur de C.

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samedi 7 janvier 2012

Foi de Giacomo

L’année 2011 est désormais derrière nous, et 2012 fait ses premiers pas. Avec qui d’autre que Giacomo Casanova pouvais-je lever le rideau sur cette nouvelle année, dans ce blog dont le nom est un clin d’œil à ce célébrissime Vénitien ?

C’est donc à un ouvrage de qualité et accessible à toutes les bourses que je vais consacrer ce premier billet de 2012. Voilà bien des années que je suis fidèle à la collection Découvertes des éditions Gallimard, pour la synthèse qu’offre chaque livre qui la compose et pour l’abondante iconographie qui l’accompagne. Ce Casanova, Histoire de sa vie, de Michel Delon (2011, ISBN 978-2-07-044012-2) ne dépare pas dans cette belle collection.


La quatrième de couverture est un reflet fidèle du contenu du livre et du propos de son auteur :
Prédateur sexuel qui accumule les conquêtes ? beau parleur qui séduit les plus riches et les plus crédules ? aventurier qui passe son temps à fuir les polices et les créanciers ? Casanova n’est pas seulement ce fruit vénéneux d’une Venise décadente auquel la postérité a voulu le réduire. Vénitien, il l’est pleinement par son goût du théâtre et de l’opéra, par son sens des échanges et de la diplomatie, par sa famille avant tout, parents comédiens, frères peintres. Après avoir essayé la soutane religieuse et l’uniforme militaire, il se veut un maître des mots. Mots de poète : il traduit, compose, souffle peut-être une tirade à Mozart. Mots de savant : il argumente, polémique. Mots de mage : il prédit, révèle des secrets. Mots de politique : il propose des réformes. Mis à la retraite par l’âge et par l’histoire, il trouve enfin les mots qui l’imposent à la postérité. Ce sera l’Histoire de ma vie, qui fait de lui un écrivain français majeur, et, selon Michel Delon, une figure de proue de l’Europe moderne.

Quant au communiqué de presse, il éclaire, lui aussi, la richesse du personnage :
Synonyme de séducteur ou d’aventurier, Casanova est avant tout un artiste, qui s’est voué aux mots. Il manie les langues : le vénitien et l’italien, le latin et le grec, puis le français, l’espagnol et possède même quelques rudiments de langues lointaines et mystérieuses pour abuser les badauds. Il est homme de théâtre, directeur de troupe, mais aussi magicien, joueur, alchimiste, savant parfois, bibliothécaire pour finir. Il raconte sa vie comme nul autre, puis finit par l’écrire. À travers les milliers de pages de l’Histoire de ma vie, réinvention de soi, « autofiction », roman des plaisirs et des rêves d’un Vénitien à la chasse au bonheur, Casanova entraîne le lecteur à travers l’Europe du XVIIIe siècle. Celle des cours aristocratiques et des arrière-cours populaires, dans un monde où le jeu est plus important que le travail, la séduction que la famille, le bagout que le savoir. Prisonnier ni du passé ni de l’avenir, il est épris du présent et donne une superbe leçon de vie.
Un nouveau chapitre de l’histoire du casanovisme s’est ouvert fin 2010 avec l’achat par la Bibliothèque nationale de France d’un ensemble exceptionnel de manuscrits resté deux siècles dans les coffres de l’éditeur Brockhaus, en Allemagne. Une édition critique devient possible - elle est confiée à La Pléiade - , qui fera mieux comprendre l’aventurier, sans pourtant jamais épuiser les ressources romanesques de son existence. Sa vie s’est déroulée entre réalité et invention, sa postérité s’est étendue entre un texte, toujours mieux connu, et un mythe, toujours déplacé, toujours renouvelé.

Michel Delon nous entraîne loin des clichés réducteurs, et ouvre le regard des lecteurs sur ce personnage aux multiples facettes, en cinq chapitres intitulés « Un Vénitien en Europe », « Théâtres », « Libertinages », « Savoirs » et « Mémoires ».
Fidèles connaisseurs de Casanova ou simples curieux, les lecteurs de cet ouvrage ne pourront sortir que ravis de cette « Découverte » dont nous régale Michel Delon et les éditions Gallimard.


samedi 31 décembre 2011

Juste à temps


C'est juste à temps que j'ai relevé, en 2011, le Défi XVIIIe que j'avais contribué à lancer.

Je l'ai relevé avec les billets suivants, tous relatifs à l'année 1781, thème que je m'étais fixé :



Je n'ai pas fait l'effort de mobiliser des contributeurs d'horizons différents, et c'est donc avec peu de participants que s'achève cette année de Défi. Pourtant, cela ne me fait pas baisser les bras pour autant. Le Défi XVIIIe sera donc un défi permanent, sans limite de date. Et s'il étiole au point que personne n'y contribuera, j'en tirerai le constat sans amertume et le rideau tombera.

D'ici là, recevez mes meilleurs vœux pour cette année 2012 désormais très proche !

Brisons les chaînes

C’est en 1781 qu’un pasteur suisse, le Dr Schwartz publie, à Neuchâtel, le court livre Réflexions sur l’Esclavage des Nègres. Une dénonciation de l’esclavage, qui démonte les arguments des esclavagistes sur les plans humaniste, juridique, économique et culturel.
Il est étonnant que ce bon Monsieur Joachim Schwartz, pasteur du Saint-Évangile à Bienne et membre de la Société économique de B*** d’après le livre, ne fasse pas partie, au regard de la portée forte de ce texte, de la galerie des antiesclavagistes à laquelle les oreilles du grand-public ont pu être éduquées.


Les connaisseurs de la langue de Goethe auront peut-être souri en lisant le nom dudit pasteur. Le Dr Schwartz ? Le Docteur Noir, voulez-vous dire ? Ah, je comprends mieux !
Derrière l’ironie de ce pseudonyme, c’est en effet Nicolas de Condorcet qui a tenu la plume de ces Réflexions, texte majeur sur la route vers l’abolition de l’esclavage.




Un peu plus d’un siècle plus tôt, Le Code noir, ou Édit du Roy servant de règlement pour le gouvernement et l’administration de justice et la police des isles françoises de l’Amérique, et pour la discipline et le commerce des nègres et esclaves dans ledit pays, formalisait les règles infâmantes de la traite des esclaves et privait les esclaves de toute personnalité civile et juridique, faisant d’eux de simples biens mobiliers (peu glorieuse année, cet an 1685, qui voit à la fois l’édiction du Code noir et la révocation de l’édit de Nantes...). Les plus cyniques voyaient dans ce Code un moyen de protéger les esclaves de l’arbitraire absolu qui prévalait jusque-là ; de quoi rendre acceptable l’inacceptable. Un Code qui aura la vie longue, puisqu’il durera jusqu’en 1785, après divers remaniements qui en renforceront la portée...


Au Siècle des Lumières s’affrontent partisans et adversaires de l’esclavage, et même les philosophes « éclairés » avaient, sur ce sujet, des positions contrastées. Parmi les antiesclavagistes, certains s’attaquent à l’esclavage par l’ironie, comme Montesquieu, en 1748, dans De l’esprit des loix (sic), ou Voltaire, dans un des épisodes de Candide ou l’Optimisme (1759) ; d’autres abordent le sujet sous l’angle du droit de nature, de l’esprit de la religion, ou encore de l’économie, comme le chevalier de Jaucourt dans les articles « Esclavage » et « Traite des Nègres » de l’Encyclopédie, ou de la vie en société, comme Jean-Jacques Rousseau, dans Du Contrat social (1762) ; d’autres encore mettent en scène des personnages dont l’un défend l’esclavage et l’autre en réfute les arguments ; ainsi l’abbé Raynal dans L’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (1770).

Et en 1781, c’est donc le Dr Schwartz, alias Marie-Jean-Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, homme de sciences et de philosophie qui publie ses Réflexions sur l’esclavage des Nègres (première édition à Neuchâtel ; édition revue et corrigée à Paris, 1788). Le ton est donné dès l’épître dédicatoire aux esclaves : « Mes amis, quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. »


La publication de la première et, surtout, de la deuxième édition a provoqué des élans dans les deux camps, pro- et anti-esclavage. Aux élans de la Société des Amis des Noirs, abolitionniste, répond l’intense lobbying du Club de l’hôtel de Massiac, du nom de la résidence parisienne de l’autoproclamé marquis de Massiac où se réunit une société rassemblant plusieurs dizaines, puis plusieurs centaines de colons des Antilles farouches partisans du maintien de l’esclavage.
Pour mémoire, après une première abolition par la Convention nationale en 1794, l’esclavage est rétabli en 1802, avant d’être définitivement aboli en avril 1848.

Cet ouvrage de Condorcet, texte pionnier et – fait rare jusque-là, entièrement consacré au sujet de l’esclave – est de ceux qui nous amène à regarder le monde différemment, à bousculer nos certitudes, nos préjugés, à sortir de la facilité, à éveiller notre conscience de nous-mêmes et des autres. Il y a encore tant de progrès à faire que bousculer les consciences est un effort salutaire de tous les jours.

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Un peu de lecture
Un exemple d’édition des Réflexions sur l’esclavage des Nègres, de Condorcet (éditions Flammarion, collection GF Philosophie, 2009, ISBN 978-2081220010).



En complément, les lecteurs curieux pourront se tourner vers les Réflexions sur la traite et l’esclavage des Nègres, d’Ottobah Cugoano (Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species, Humbly Submitted to the Inhabitants of Great-Britain, by Ottobah Cugoano, a Native of Africa , 1787 ; 1788 pour la traduction française), et vers The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African (1789), deux des premiers ouvrages militant pour l’abolitionnisme écrits par des anciens esclaves.

Des éditions sont disponibles en français ; par exemple :
Ottobah Cugoano, Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres (éditions Zones, 2009, ISBN 2-355-22017-4).

Olaudah Equiano, Ma véridique histoire (éditions Mercure de France, coll. Le temps retrouvé, 2008, ISBN 978-2715228580).


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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"

L'amiral Satan

Pierre André de Suffren de Saint-Tropez n’est pas un des ineffables gendarmes qui ont fait les choux gras d’un certain cinéma français. Né dans une famille noble provençale, Suffren monte les échelons tant dans la marine royale (jusqu’au grade de vice-amiral) que dans l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (il en deviendra le bailli).


Le duc de Choiseul, dans les années 1760, entreprend, entre autres tâches, la modernisation de la marine royale, dont il pressent qu’elle peut être un atout pour prendre, un jour, une revanche sur l’Angleterre, après la désastreuse défaite française dans la guerre de Sept Ans.
Suffren, lui, sert en Méditerranée, notamment contre les pirates et corsaires de Salé, ou, en congé de la marine française, sur les galères de Malte. Puis vient le temps de la guerre américaine, sous les ordres de l’amiral d’Estaing, sans résultat vraiment décisif.

C’est l’année 1781 qui marque le tournant pour Suffren, qui se voit confier le commandement d’une division de 6 vaisseaux. Oh, alors que la guerre d’indépendance américaine bat son plein, la mission de Suffren peut sembler anecdotique, puisqu’elle doit le mener bien loin du terrain d’opération majeur : appareillant de Brest en avril 1781, il doit aller écarter la menace de la Royal Navy de la colonie hollandaise du Cap, au sud de l’Afrique, avant de se rendre dans l’océan Indien pour y jouer un rôle encore mal défini.
En route vers le Cap, Suffren surprend le 16 avril 1781, au mouillage à Porto Praya dans l’archipel du Cap-Vert, une flotte anglaise de navires marchands accompagnés de vaisseaux de guerre. Après une violente canonnade, il ne peut toutefois pas remporter une victoire décisive, et poursuit son chemin. Au Cap, la population hollandaise se révèle plus anglophile que francophile, mais Suffren arrive à éloigner les navires de l’amiral Johnstone, cette même escadre qu’il avait en partie étrillée à Porto Praya.


Après son arrivée à Madras, en février 1782, il prend son service sous les ordres de l’amiral Thomas d’Orves, qui a le bon goût de trépasser peu après, laissant donc le commandement en chef à Suffren. Celui-ci va, jusqu’à la fin de 1783, mener un jeu de chat et de souris avec les forces anglaises de l’amiral Edward Hugues. Leur « duel » verra des batailles tant navales que terrestres, certaines sanglantes, la plupart indécises, aucun des deux n’arrivant à anéantir son adversaire (Suffren étant, en cela, particulièrement desservi par des crises avec ses subordonnés).


L’Histoire retiendra pourtant que cette épopée du bailli de Suffren aux Indes a été l’un des moments les plus glorieux de la marine française de cette fin du temps des Lumières. Même les Anglais, pourtant avares de compliments sur les marins français de cette époque-là, voient en lui un grand amiral, qu’ils ont même surnommé « l’amiral Satan ».
Malgré la défaite en Amérique du Nord, le sous-continent indien restera aux mains des Anglais. Et Suffren, rentré en France, mourra quelques années plus tard, perclus d’obésité et de dettes.

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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"

Du haut-bois à Uranus

Autant le dire d’emblée : avant de fureter ici et là à la recherche de sujets sur le thème « 1781 » pour relever mon propre défi dix-huitiémiste, je n’avais aucune idée de qui était William Herschel. N’étant pas passionné d’astronomie, je n’avais pas croisé sa route jusqu’à aujourd’hui. Et un article de Peter Millman, The Herschel Dynasty. Part I – William Herschel, dans le Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, (Vol. 74, p. 134, 1980) m’a fait découvrir un personnage étonnant, passé, au fil de sa vie, du joueur de hautbois au sein du régiment des Hanoverian Foot Guards (régiment de gardes à pied de George, électeur de Hanovre et incidemment roi d’Angleterre) au brillant astronome président de la Royal Astronomical Society, en passant par le compositeur d’une musique aujourd’hui peu connue du grand public.


N’étant pas vraiment familier du monde de l’astronomie, j’ai un peu de mal à comprendre qu’une personne soit reconnue comme le « découvreur » d’un corps céleste alors que celui-ci a déjà été observé dans des temps précédents. Le mot « découvreur » a probablement un sens particulier dans cette confrérie-là ; peut-être le premier à l’avoir « bien » décrite dans ses caractéristiques, son orbite, etc ?
Toujours est-il que William Herschel a « découvert » la planète Uranus en mars 1781. Ce corps céleste avait déjà été observé par d’autres astronomes, mais ceux-ci s’étaient fourvoyés sur sa nature, comme John Flamsteed qui, en 1690, l’avait prise pour une étoile de la constellation du Taureau.
Et même si Pierre Charles Le Monnier l’a observée à plusieurs reprises entre 1750 et 1769, W. Herschel en est le découvreur officiel. Uranus, qu’il avait proposé de baptiser Georgium Sidus (l’étoile de George), lui valu donc d’être récompensé, en novembre 1781, de la médaille Copley, une des plus prestigieuses et des plus anciennes récompenses remises par la Royal Society de Londres, et de venir membre de cette Society le mois suivant. Et la configuration de notre système solaire passait alors de 6 planètes à 7, un changement majeure pour l’époque : toute une conception du cosmos était à revoir !


Peut-être me faudra-t-il donc demander à quelque astronome amateur de me faire regarder Uranus dans un télescope, tout en écoutant une symphonie de Herschel (il en a composé pas moins de 24 !).


Peut-être mon esprit s’ouvrira-t-il alors à cette cosmologie musicale ? Je doute d’en arriver à tomber dans la « théologie naturelle » dont Herschel et d’autres savants et musiciens, comme Haydn, étaient les chantres. Mais ciel et musique peuvent nous ouvrir à une spiritualité et une métaphysique non religieuses, alors pourquoi s’en priver ?

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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"

Comme un petit goût de revanche ?

La rivalité de longue date des Français avec leurs voisins d’outre-Manche leur fait souvent apprécier les occasions où les Anglais se font secouer. Alors, ils applaudissent aussi bien la bataille de Patay qu’un grand chelem en ovalie dont le dernier match fait manger la pelouse de Twickenham. C’est ainsi que le siège de Yorktown, en septembre et octobre 1781, prend parfois un p’tit goût de revanche. Ah, Messieurs les Anglais, vous nous aviez pris la Nouvelle-France en 1763 ? Souffrez donc que nous vous boutions, à notre tour, hors de vos colonies d’Amérique du Nord !

La Virginie avait été, dès le début de la guerre d’indépendance américaine, le théâtre de mouvements de troupes, de raids. Aux yeux de la couronne anglaise, ce territoire, avec ses terres fertiles, ses voies d’eau navigables, son tabac échangé en Europe contre des armes et des vêtements, ses élevages de chevaux, et même son éloignement des principaux théâtres d’opération de ce conflit, en faisaient une base vitale pour l’effort de guerre américain.

Les Anglais s’étaient félicités de la prise de Charleston, dont le siège s’était déroulé de mars à mai 1780. Le général Sir Henry Clinton, commandant en chef des troupes anglaises en Amérique du Nord depuis mai 1778, était porté par l’idée que la pacification de cette Amérique du Nord pouvait se baser sur l’établissement d’une chaîne de positions fortifiées autour de bases navales côtières, à partir desquelles des raids pourraient être menés jusqu’au cœur du territoire insurgé. Son subordonné, Charles Cornwallis, ne partage pas du tout la vision stratégique de Clinton, et préfère envisager des troupes mobiles plutôt que ces bases d’appui. Une telle stratégie avait une limite : elle ne pouvait tenir sur la durée que pour autant que l’Angleterre conserverait la suprématie sur les mers. Au regard des succès de la Royal Navy à cette époque-là, présupposer que cette suprématie allait de soi n’était pas tout à fait un péché d’orgueil de la part de Clinton…
Mais c’est la stratégie de Clinton qui l’emporte lorsqu’une base navale est créée à Yorktown, sur la baie de Chesapeake. De là, Clinton veut menacer les colonies centrales, et même frapper Philadelphie avec l’aide de l’armée qui descendrait de New York.





Mais la campagne de Virginie, en 1781, oblige Cornwallis à se réfugier dans Yorktown, pour offrir à ses troupes (environ 8,000 hommes) un abri, du repos, des vivres, et un répit contre la malaria. Assiégés par des troupes américaines sous le commandement de George Washington (environ 9.000 hommes) et des troupes françaises du comte de Rochambeau (environ 9.000 hommes aussi), et coupés de toute aide par voie maritime par l’escadre du comte de Grasse (avec notamment 28 vaisseaux de ligne), Yorktown et les 8.000 hommes de Cornwallis résisteront trois semaines avant de se rendre.


Même si la guerre d’indépendance devait durer encore jusqu’en 1783, la chute de Yorktown était le coup qui allait entraîner, pour l’Angleterre, la perte de ses colonies d’Amérique.


Alors, pensez donc, une telle victoire contre les Anglais, grâce à des troupes françaises et après qu’une escadre française avait tenu en échec la Royal Navy, ça vaut bien un petit billet, non ?

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Pour plus de détail sur ce siège, les lecteurs curieux se reporteront par exemple au livre Yorktown (1781). - La France offre l'indépendance à l'Amérique, de Raymond Bourgerie et Pierre Lesouef
(éditions Economica, collection Campagnes & stratégies, 1992, ISBN 978 2717822816).


Les lecteurs anglophones qui apprécient les synthèses bien illustrées se reporteront à l’ouvrage Yorktown 1781. The World Turned Upside Down, de Brendan Morrissey (texte) et Adam Hook (illustrations) (éditions Osprey, série Campaign, n°47,  1997, ISBN 978 1855326880).

 

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Billet publié dans le cadre du Défi XVIIIe, sur le thème "1781"